I. ORGANISATION POLITIQUE
Avant de continuer l'histoire de Rome, voyons ce qu'avaient édifié les rois.
Les Romains, il est vrai , n'écrivirent que fort tard leur histoire; mais, comme nous l'avons prouvé, quand ils commencèrent à l'écrire les sources ne leur manquèrent pas , et ils purent retracer les actions de leurs pères avec la certitude de n'omettre aucun fait important, aucune institution fondamentale. Sans doute, pour le premier siècle de leur histoire, tous les faits ne se présentèrent pas avec une extrême clarté, et les monuments authentiques durent être assez rares; mais, aidés par la tradition , par les souvenirs des familles, par les annales des peuples voisins, ils purent se faire de Rome à son berceau une idée qui , si
1 Montesquieu.
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eltetfétatt pas f^awfmii€nte»tle!3Ba«te;^d^ïkifc cependant ne pas.étre-fort étoiyoéiïfde la: yériéé/. Le* s«*K repnwhe
le port»** lecinfre, pièce flowg lé règme deRomulusbaaur cowp xtffcwtitutirjB» dbntitoftdate devrait étpe«pkRs ancœaae. TrowwBtj à IVwigiiieidftieuEhistoiw^tin grand nom, celui do fbértxteuriie te^ viifceiy^s^mitttiisuiJ Je compte durais de Kfât*} eammesiharmiïiffioventiBOipûrejl cas* ce qui ne pouvait? avoir 'été fàit>qoe pa«^pl«skur»v et sarto*t,§af le. tempsuâ'èstafosi que Romalu» se trouva tee* éateusd.'unorr dre^ebosfs^pmpeofe-êtFeiferé^ulafiisa, mais qui «ertainemente^rtaita^^fiïtliDijIidmM, ditron, le territoire deHoune. en trcwparjliesyert tepeapfe m troistribus^qm prirentte nom. de Ranwense&y Tiéiimes^ «t Lueeres. La tribu futensuite fractk>Miée<c»?dixrOQriesr; la carie, en dix décuries; puis il se fit présenter trois hommes par chaque tribu, autant par chaque curie ; et à: ces quatre-vingt-dix-neuf personne* il en ajouta une de sonîchofec: c'est ainsi que fut constitué le conseil commun de la cité , le sénat ; et il donna aux sénateurs le titre dr pères, patres. Lews descendants formèrent fa classe des patriciens , à qui étaient réservés les soins de la religion et du gouvernement. Quant au reste du peuple, qui tatniititeï otasaetjdes* plébéiens, il devait avoir pour partage le travail des champs, les métiers, etc. Voilà le tableau que les Romains nous retracent de la constitution primitive de leur patrie. Essayons, à l'aidcèes' conjectures de l'érudition moderne, de pénétrer uir peu plus avant. Rome, nous le savons, estun asile; c'estdaiwte camp tracé par Romulus au pied dumont Patetin quefiwait se réfugier des hommes de toute race, apportant avec era les mœurs, les coutumes, lès croyances de leur payswp tal. Aussi les institutions romahrés seronty comme sayp©pBv; lation, un mélange de coutumes étrangères: Or* daûla vieille Italie, dans l'Italie1 centrale* d'où' Rdroe estmnrtfe', la société semble avoir reposé sorr'atïtoritépaîtenieMfe Le père de famille ; celui du moins qui possède «ne ferre qwr la religion a consacrée par des cérémonies, est revêtu d'un terrible pouvoir; l'épouse et les enfanta. m< «ont
INSTIT. DB 'ROKE" S0US LES ROIS. 8t
point doB'pentmttes libres; mais der choses qui appsrtfctanent^au» i>èreye* Coutil peut disposer presque à son grév Que réponse dérobe les ciels , boive du Tin , viole la M conjugale, sonœari pourra la mettre à raort, sans* que per-> sonne seit en droit de lui demander compte de son'actiflfc Si son enfant naît? difforme, il pourra le tuer. Pourêtre affranchi du fouterité paternelle, il faudra que le fife soit vend» trois fbfe. 11 est- inutile- d'ajouter que le père de ianriHe disposera de ses esclaves» comme bon* lui semblera. Le droit de vie eft de mort sur l'esclave est d'ailleurs de droit commun dans ^antiquité. A coté du fils se placent; sovsla'dépendaneedu père de famille, tous les membres delà gens; tous les clients; ce sont d'anciens habitântsdtt pays-, qufr de* propriétaires sont devenus fermiers,' des esclaves affîtonchiseufirgitifs, ou^bieneneore de pauvres étrangersqui'ont trouvé protection auprès^Fun chef defa» mille. Ces clients, qui n'étaient? attachés au Qwirite par aucun lien de parenté, contractaient cependant envers Ini certaines1 obligations : ainsi ils devaient le suivre' à là guerre', contribuer de leur fortune pour payer sa rançon et doter sa<fil!e ; ils ne pouvaient' devant les tribunaux porter témoignage contre lui. Deson- côté le père de famille prenait* en mahries intérêts deson elient, lui* donnait quelquefois mx champ pour se nourrir lui et tes» «siens, lutexpftqaaft"la lof, et plaidait pour lui deranMa justice r c'est là ce qn'eiuappelait le patronage: Femmes, enfants, cliente, affranchie, esclaves1, réunis» autour du père, ne. forment qutone seule famiMe, une gens, qui n?a qu'un nom , celui du chef, et qui1 est représentée par lui; ainsi , la gens Cèhnelto', te gens ClawcUa ; aimlfa gens Fabia, assez nombreuse peur- se' changer seule de soutenir la guerre contrôles Véfens* Un certain nombre de<ces génies, réunies antenrd^Ércbef particulier, s'appelait curia. Chaque gens de la curie donnait son vote , et le suffrage unique de la curie était formé parla majorité des suffrages de chacune des génies qui la composaient. Le vote des curies formait ensuite le vote décisif de tout le peuple ; car alors les assemblées se faisaient par curies.
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. En dehors de la gens il y avait une classe d'hommes particulière , les plébéiens , qui, par cela même qu'ils n'étaient compris dans aucune gens, ne prenaient part à aucune délibération, et par conséquent ne. votaient jamais. Ces plébéiens étaient des vaincus, des étrangers, ceux, en un mot , qui avaient refusé d'entrer sous le patronage d'an chef de famille. Bien que privés de tout droit politique, ils conservaient cependant leur liberté, et devaient croître en nombre et en puissance , jusqu'à pouvoir renverser un jour cette aristocratie de curies qui n'avait point voulu les recevoir. Toute l'histoire intérieure de Rome se réduit à cette lutte des plébéiens et des patriciens. Mais où ceux-ci , si peu nombreux dans l'origine, trouvèrent-ils assez de force pour soutenir cette lutte? Ce fut dans l'accroissement de la population) pauvre, dans la translation à Rome d'un grand nombre de vaincus, enfin dans la réunion aux plébéiens des clients qui sortaient des gentes, à meaire que se relâchaient les liens de patronage, que la décadence ou l'extinction d'une gens les laissait sans patron. Mais ee furent jfcrtout les institutions de Servius qui opérèrent ce changement. Dans les assemblées curiates, tous les membres de la gens, pauvres ou riches , se rassemblaient autour du chef de famille pour donner leur vote ; dans les assemblées centuriates, que Servius substitua aux premières , les riches furent avec les riches, les pauvres avec les pauvres, c'est-à-dire que les clients furent obligés de se séparer de leurs patrons , et de se mêler avec ceux qui étaient trop pauvres pour entrer dans la classe des riches ; alors les riches, les patriciens, comprenant que, s'ils s'unissaient fortement entre eux, tout le pouvoir leur appartiendrait, oublièrent, pour l'intérêt de leurs castes, leurs clients , qui furent confondus avec les plébéiens. A l'époque de la loi des Douze Tables , on n'aperçoit plus de distinction entre les deux classes.
On comprend aisément que, dans une telle organisation .sociale , tout le pouvoir politique devait rester aux mains .Ues patrons. Ils composèrent le grand conseil de la cité, sous le nom de Patres. Ils eurent toutes les charges, tous
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les emplois. Sous Romulus , ils étaient au nombre de cent ; quand les Sabins s'établirent à Rome*avec Tatius, on en ajouta cent , pris dans les nouveaux venus. Enfin , comme il y avait des plébéiens qui avaient acquis beaucoup de fortune et de puissance, Tarquin l'Ancien porta le nombre des sénateurs à trois cents. On appela ces derniers Patres minorum gentium.
Rome étant en guerre continuelle avec ses voisins, il lui fallut un chef militaire : ce chef fut le roi. Le sénat était comme sa gens; il le convoquait, le présidait comme patron suprême, et rendait justice à tous les Romains devenus ses clients. Il veillait au maintien de la religion, des lois et des mœurs ; il administrait les finances par le moyen de deux questeurs. Toutefois, il lui fallait respecter les droits de l'aristocratie jalouse qui J'entourait. Romulus porta la peine d'avoir voulu attenter aux prérogatives des nobles ^es sénateurs en firent un dieu.
Ainsi telle était primitivement l'organisation intérieure de Rome : un roi commandant des armées, chef de la religion et de la justice; un sénat qui discute les lois, juge certaines causes, et gouverne l'État par un de ses membres , en l'absence du roi ; enfin les assemblées par curies, ai qui réside le pouvoir souverain , qui votent l'élection du roi et des magistrats inférieurs, adoptent les lois, font la paix ou la guerre.
L'avant-dernier roi de Rome, Servais, fit un grand changement à cette organisation. Les conquêtes successives des rois ayant augmenté le territoire de Rome et le nombre de ses citoyens-, Servius établit une nouvelle division du peuple. Il forma dix-neuf tribus, dont quatre urbaines, correspondant aux quatre quartiers de la ville. Les quinze autres furent les tribus rustiques. Les quatre tribus de la ville se nommèrent Suburanne, Esquiline, Colline, et Palatine. Il assigna une limite aux tribus rustiques, et à chaque habitant des nouveaux cantons, un champ à cultiver ; puis il ordonna un dénombrement. Il fallut , sous les peines les plus sévères, que chaque citoyen déclarât avec serment son nom, son âge, sa famille, et le nombre de ses
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esclaves*,' aînsr ^foe*fe 'ttdetJr de soih jBfftH/ Ccf!flr4fait^Aitvvlii9 rangea, en raison-de Infortuné; toute-kr popntotigweasfac classes, qutfureiït'elles-mêmwdivhétowra férent de centuries. Lapreraière classe en «oirteoaitqtiatrevhigt-dix-huit, y comprisles dix-huit eerrtwriesdes che^ vafiers; elle fut composécde-ceux qui possédaient»» «wkffi • cent mille as de fortune. Il en fallait soixante-quinze mille pour entrer dans la seconde, divisée en vingtr-deuncwntiiries; cinquante mille pour !a troisième, qui en avait visgÇ vingt-cinq mille pou» la quatrième, qui* en* vr/ait ifogldeux ; et douze mille pour la cinquième, qui en contenait trente. La dernière classe, formée d'une sente centurie, comprenait tous cet» qui ne possédaient rien, ou dont la fortune était au-dessous de àonvt mille as. Ainsi les* centuries réunies des cinq dernières classe» ncs'éievaiewt qtr*au nombre deTruatre-vingt-quinze; et' comme la première en contenait quatre-vingt-dix-huit, elle se trouvait en adroit à elle sente un plus grand nombre qm toutesles «titres ensemble. Or, Servius décréta que1 Fo» ne* voterait ph» par curie comme autrefois, mais -par centurie. C'était dite qu'à Ta venir le sort d'une proposition dépendrait toujours de la bonne our de- la mauvaise volonté de la première classe. En effet , une centarie représentent un suffrage, si la première classe tout entière étaitd'accord pour adopter ou pour rejeter une proposition , elle devait nécessairement avoir la majorité, puisqu'elle avait quatre-vingt-dix-huit suffrages, tandis que les- suffrages réunis des antre» classes ne pouvaient jamais s'élever au jdetà de quatre-vingt-quirae. Par ces changements , qui faisaient passer tout le pouvoir entre les mains de ceux qui composaient la premièreclasse, c'est-à-dire des plus riches, Servius remplaça l'aristocratie de naissance par une aristocratie de richesse. Toutefois c'était déjàr un avantage pour les plébéiens; c'était un progrès pour* eux»; car, dans l'ancien système, ils n'auraient jamais pu aspirer qu'à devenir les clients des patriciens, tandis que maintenant, si la fortune leur vient, ils pourront au moins, à titre de riches, prendre part à toutes les affaires de l'État. La richesse est une chose mobile qui
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porede mutoen matai, *qirV>U'<p«*t iiequé^pePsoit*e«" rage, sonfsliabMefiéveo&AiHh^^
eatsonneiitanftffiesftwaiij dlmmenses'diftctrités , arriver peu à peu*; défasse «eelassej jusqu'àtapretifièfe.'tJnautte' avaBt»^ <piette9plél^ieDS»etipèrent "de «ett* wganisa«uii> nouvelle, c'est qu'étant renfermés dansune même clame,' ils purent se voir , se compter , prendre confiance les uns dans les autres, et s'enharcHr dans leur lutte contre i'aristoeentîfivqm les privait de tout clroiinpeiitique. D'ailleurs leu» nomfaee vient d'être singaâèrement augmenté. Parie* loiséeSerrius, comme nom i'ggyon»déJà remarqué^ le clkirii nevonnatfc plus son patron ;;& n'y a plus maintenant' qae des pawftesret derviches* Ibusteapavvrfs*, a&mtMfy jùéb&emf, étrangers, clients^ n'vntpto'jaaMsnnitqii^M mêiBeûntéréfc Les 4ois de Serviui sont^<toe évWfswnwrt de» lois-popoiaines, biei»qu'eile»eoiretiteeiit une fort» aria» tocraiie.) Le» plébéiens! viennent d'être affranchis des cw* ries!: ils n'étaient arien* dam liÉtafc;. les voici -mainttafmt? qui: forment une «lasse, qui sont conqatés pou» qoehpe chose, JSowdes verrons bientôt eoomienaer!: une ^lutter de plusieurs siàrles, pour obtenirdciffkbes'i/égMîté detousle» droite politiques
Afin de prévenir tes plaintes que les plébéiens pouvaient élever, Servius compensa poureuxlanoo^artiripaftionaiiK droit» politiques par divers privilèges qui leur acosrdav Ainsi les prolétaires^ c'est-à-dire les ptébééensde la sixième classe, furent exemptés de tout? impôt, même du service militaire , qui , à cette époque où le soldat était «ontraint de s'équiper et de se nourrir à ses irais1; nfétait pas un impôt moins lourd que les antres. Quant aux autres classes, elles payèrent collectivement la môme somme, c'es^à-dire que le petit «ombre des riches de la première dasse paya, une somme égale à celieiqoe-devaient 'fournir les citoyens beaucoup plus nombreux , mais moine riebes, de chacune des classes inférieures. Les cinq premières classes furent obligées» au service militaire; mais ceux de la première classe devaient se fournir d'un équipement plus complet et plus cher que les autres. Cette équitable répartition des
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charges pouvait faire prendre patience, pour quelque temps au moins, aux citoyens de ia dernière classe.
Nous avons dû nous arrêter longtemps sur cette législation de Servius; car la connaissance de l'organisation intérieure de Rome est de la plus haute importance pour l'intelligence de son histoire.