‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 30 sur 157 · I. GONOOBTES DU PEUPLE. TRIBUN AT MILITAIRE. EXIL DE CAMILLE · texte numérisé non relu

I. GONOOBTES DU PEUPLE. TRIBUN AT MILITAIRE. EXIL DE CAMILLE

Tant qu'avait duré la tyrannie des décemvirs , le sénat avait tenu une conduite for^quivoque. II avait montré peu <le courageuse contentanxde marquer par son silence qu'il désapprouvaifrles actes des décemvirs. Gomme nous l'avons vu, il n'en fut point ainsi du peuple ni des plébéiens. Si les décemvirs tombèrent, ce fut sous les coups de ces derniers ; et la révolution qui s'opéra à cette époque fut faite par le peuple du Forum et par celui de l'armée. Lorsqu'on avait chassé les Tarquîns, c'était l'aristocratie qui s'était mise à la tête de la révolution; elle en avait amplement profité, en prenant pour elle tout l'héritage de la royauté. Cet exemple , les plébéiens limitèrent, quand ib firent à leur tour leur révolution. Fiers de leurs succès , ils ne quittèrent point les armes qu'ils venaient de prendre, avant d'avoir obtenu d'importantes garanties. Les lois qui furent promulguées immédiatement après la chute d'Appius montrent évidemment que le peuple entendait bien tirer parti d'une révolution qu'il avait fttite à ses risques et périls. Dès lors il porta haut ses prétentions , et ne connut plus aucun obstacle. Ce qui semblait être le patrimoine exclusif des patriciens, ils voulurent Fobtenir en partage. Quatre ans se sont à peine écoulés depuis que la tyrannie a disparu, et déjà le tribun Canuleius demande l'abolition de la loi sur les mariages, qui empêchait la filsion des deux ordres de l'État (445). En même temps tous

ses collègues demi dent l'admission des plébéiens an consulat. Jamais les tribuns n'étaient allés si loin. Demander le mariage entre les deux ordres, c'était vouloir effacer la distinction maintenue jusqu'alors entre les patriciens et lés plébéiens; demander le partage du consulat, ce n'était pas seulement vouloir obtenir la première charge de la république, c'était encore pénétrer dans le sanctuaire de la religion , s'initier à ces formules mystérieuses que les patriciens cachaient avec tant de soin : c'était enfin dévoiler tout d'un coup aux plébéiens les ressorts cachés de ce gouvernement que les patriciens avaient su confisquer à leur profit. Aussi les patriciens frémirent d'horreur. «Ainsi donc, disaient-ils, rien ne pourra rester pur. Il « faudra que l'ambition plébéienne vienne tout souiller, et « l'autorité consacrée par le temps , et la religion , et les « droits des familles, et lejauspices. » Mais les patriciens n'étaient plus tout-puissants. Il fallut râler.

Ici se montre l'habile politique au sénat. Vivement pressé sur deux points importants, il accorde d'abord le premier, et permet le mariage entre les deux ordres , espérant que sans doute aucun patricien ne voudra déshonorer sa race, en s'alliant à une famille plébéienne. Quant à la demande du consulat, il s'en tira d'une autre façon. 11 créa une nouvelle magistrature, le tribunat militaire, et donna à ceux qui en étaient revêtus la plupart des fone- ■ tions attribuées jusqu'alors aux consuls (444). Seulement, pour ne point confier aux plébéiens des fonctions religieuses, il eut soin d'enlever aux tribuns militaires la prérogative qu'avaient les consuls d'observer eux-mêmes le ciel et d'accomplir certaines cérémonies religieuses. Le sénat espérait faire regarder le tribunat militaire comme une magistrature remplaçant le consulat. Pour cette dernière charge, il aimait mieux la suspendrejet la tenir en réserve, afin qu'elle reparût dans toute sa force et pure de toute souillure, si jamais il était donné au sénat de voir s'arrêter * cet esprit d'innovation populaire. Le peuple , content d'avoir obtenu cette concession, ne nomma pendant les premières années que des patriciens à cette charge. Peu à peu

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il montra moins de désintéressement, et les tribuns militaires, dont le nombre fut poçté successivement à six et même à dix , furent bientôt indistinctement choisis dans les deux ordres. Cette magistrature dura soixante-dix-huit ans. Toutefois, durant cet intervalle, on en revint plusieurs fois au consulat. Ces retours vers la magistrature patricienne indiquent les efforts que faisait le sénat pour éteindre le tribunat militaire.

Dès que le sénat se vit obligé d'entrer dans la voie des concessions, il adopta comme règle de conduite d'affaiblir, d'amoindrir toujours ce qu'il était forcé d'accorder au peuple. En 445, il a été obligé de confier presque tous les pouvoirs consulaires à des magistrats qui peuvent être plébéiens; il s'empresse de diviser et de partager entre deux . magistratures le pouvoir qui n'appartenait qu'à une seule lorsqu'elle était patricienne, tfàinsi , deux* ans après l'établissement du tribunat militaire, on créa la censure; les nouveaux magistrats furent nommés d'abord pour cinq ans, plus tard pour dix-huit mois; ils furent» chargés de faire le cens, que les consuls avaient oublié depuis dix-sept ans. La censure, créée ainsi aux dépens du consulat, et qui doit dans la suite devenir la première charge de l'État, était une charge curule. Les patriciens seuls y pouvaient parvenir. C'était un dédommagement des concessions qui venaient d'être faites. Rome, avec sa population si nombreuse, son territoire si étendu, ne pouvait plus se contenter de l'organisation qu'elle avait eue jadis, lorsqu'elle n'était qu'une ville de peu d'importance. Les fonctions deviennent trop pénibles, trop fatigantes pour un seul homme : il faut au moins doubler les fonctionnaires. Les campagnes étant désormais plus longues et l'administration de l'armée plus difficile, on fut obligé, en 419 > de créer deux questeurs militaires. Le sénat les voulait patriciens ; les tribuns ne manquèrent pas de réclamer cette charge pour leur ordre. Il y eut encore sur ce point plusieurs aimées de disputes, qui se terminèrent l'an 409 par la concession que le sénat fit aux plébéiens de ce qu'ils demandaient.

Tant de querelles firent croire à un chevalier romain

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-que des deux et tés on éeràfcétre las d'an**HMrté'*c.m. gesse. Uae femme étant survenue, Sp. Mielins, reprenant, dit-ôn, les desseins de Sp. Gassjas> s'efforça de gagner h multitude, à laquelle il fit de grandes distributions de Wé. Le sénat s'alarma de cette conduite ; les tribuns , de leur côté, furent jaloux de ce qu'on osait se placer entre eux et le peuple; et le malheureux Melius, accusé d'aspirer à la tyrannie, fut tué par Servilius Ahala, lieutenant du dicta' leur Quinctius Gincinnatus (440).

Bien que Rome ne soit pas, à cette époque, farttramquille, les querelles cependant sont moins sérieuses que durant la période précédente. Il y avait encore aux élections des disputes pour savoir si on choisirait des consuls ou des tribuns militaires ; mais, la question une fois décidée, le peuple prenait les armes et suivait les cfeefs que les comices lui avaient donnés^n se promettant, s'ils lui déplaisaient, de les changer aux comices prochains. Aussi kl -pierre est poussée avec plus de vigudfcr , le territoire s'é* «end, 4es conquêtes s'affermissent. Fidèaes (437 et 426} et .a plupart des villes des Volsques succombent suecessiFement. L'établissement de la solde (406), dont les patriciens payent la plus lourde part, contribue aussi à rétablir la concorde, et fait entreprendre aux Romains leur plus langue tentative , le siège de Véies ; la longueur du siège fit naturellement naître des soupçons et des inquiétudes. Les accusations réciproques recommencèrent ; pour les préve^ nir, les patriciens employèrent un nouveau moyen : jadis ils cherchaient à gagner les tribuns; maintenant ils se font tribuns eux-mêmes, malgré la loi Trebonia. Les plébéiens se vengent en faisant parvenir des hommes de leur ordre au tribunat militaire, d'abord trois, puis cinq ; mais la fortune se montre contraire à ces hommes nouveaux , et il faut recourir au patricien Furius Camillus , le héros de Rome à cette époque. À force de persévérance et d'habileté, Camille s'empare de Véies et de Faléries(39&et 894). Le danger une fois passé, le peuple fit expier au vainqueur des Véiens et des Falisques la gloire qu'il avait acquise. Camille s'était emparé de Paieries, non par la force des

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armes, mais paria noble généralité avec laquelle il avait repoussé le traître qui lui offrait de la lui livrer ; aussi s'était-il contenté d'exiger des habitants une légère contribution. Mais les soldats, dont le pillage de Vêtes avait excité l'avidité, mécontents. de s'en revenir cette M* tas mains vides, ne furent pas plutôt de retour à Rome, qtrtis accusèrent Camille de s'être montré l'ennemi du peuple, en ôtant aux citoyens pauvres un moyen légitime de s'enrichir.

Bientôt de nouveaux griefs s'élevèrent contre lui. À là suite de la conquête de Véies, le tribun Sichiius avaft*proposé de faire de cette opulente cité une seconde Rome , en y transportant la moitié des citoyens et du sénat. Camille s'était opposé plus fortement qu'aucun autre patricien à cette proposition funeste qui fut renouvelée par les tribuns, à son retour de Faléries. Camille persista avec énergie dans son opposition -, et fit en quelque sorte violence au peuple, qui, contre son propre sentiment, abrogea la loiSicinia. Mais les tribuns ne pardonnèrent pas à Camille cette nouvelle victoire, et l'un d'eux, L. Apuleius , l'accusa d'avoir détourné une partie du butin de Véies. Camille venait de perdre son fils; tout Rentier à sa douleur, il ne comparait pas devant le peuple, qui paraissait disposé à le condamner; mais il appelle près de lui ses amis, ses anciens collègues , les officiers qui ont servi sous ses ordres, et les conjure de ne pas souffrir que, sur des accusations calomnieuses, il subisse une condamnation injuste. «Nous ne « saurions, lui répondirent-ils, empêcher le jugement; mais « si tu es condamné à une amende , nous la payerons pour « toi. » Alors Camille ne pouvant supporter l'idée d'une telle injustice, et n'écoutant que son indignation, prend la résolution de s'exiler volontairement. Il part; mais, an* rivé aux portes delà ville, il s'arrête, se retourne, et, moins généreux qu'Aristide, il demande aux dieux, les mains étendues vers le Capitole, que les Romains aient bientôtà se repentir de leur injustice et regrettent de l'avoir perdu. Ses vœux furent promptement exaucés.

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