‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 31 sur 157 · II. INVASION DBS GAULOIS · texte numérisé non relu

II. INVASION DBS GAULOIS

Rome comptait déjà trois cent soixante ans d'existence, lorsqu'elle faillit être emportée par une invasion de Gaulois de l'Italie septentrionale. «Ces peuples, dit Polybe, faisaient leur demeure dans des bourgs sans murailles, manquant de meubles, dormant sur l'herbe ou sur] la paille, ne se nourrissant que de viande, ne s'occupant que de la guerre et d'un peu de culture ; là se bornait leur jscience et leur industrie. L'or et les troupeaux constituaient à leurs yeux toute la richesse, parce que ce sont les seuls biens qu'on .peut transporter avec soi, à tout événement. » Ces peuples à demi nomades envoyaient tous les ans des bandes d'aventuriers piller les villes opulentes de l'Italie , et surtout celles de la Grande-Grèce. "Vers 391 , une de ces bandes se jeta sur FÉtrurie; c'étaient trente mille guerriers sénons qui, se trouvant trop à l'étroit dans leur pays, venaient demander des terres aux habitants deClusium. Ceux-ci implorèrent l'assistance de Rome , qui envoya d'abord trois députés ; l'un d'eux demandait au chef gaulois quel droit il avait sur les terres d'autrui : « Ce droit, reprit le Brenn , c'est celui que vous faites va- «loir vous-mêmes sur les biens de vos voisins; c'est le «droit du plus fort; nous le portons à la pointe de nos «épées. » Au sortir de cette conférence, les Romains, oubliant leur caractère d'ambassadeurs , dirigèrent eux-mêmes une attaque sur le camp ennemi. C'était une violation évidente du droit des gens. Les Gaulois en demandèrent réparation, et, sur le refus du sénat, ils marchèrent aussitôt contre les Romains^ dont ils trouvèrent l'armée campée sur le bord de l'Allia, à douze milles de Rome (18 juillet 390). Ce fut moins une bataille qu'une déroute. Effrayés de l'aspect et des cris sauvages des Gaulois , les Romains prirent la fuite dès le commencement de l'action. L'aile gauche, presque intacte, se retira à Véies; l'aile «Iroite, à Rome: quant au centre, il fut écrasé entre l'armée Jbarbare et le fleuve.

La consternation fut à son comble à Rom:. Les ves-

INVASION DES GAULOIS. l33

taies, les vieillards, les femmes, les enfants, se réfugient dans les villes voisines. Tous les objets du culte qui peuvent être transportés trouvent un asile à Caeré. La jeunesse, abandonnant le reste de la ville, ne songe plus qu'à défendre le Capitole, qu'on remplit d'armes et de munitions.

Trois jours après la bataille ; le Brènn arrive dans Borne avec son armée. En voyant les portes et les murailles sans gardes, il soupçonne d'abord quelque ruse; mais lorsqu'il s'est assuré de la vérité, il prend possession de la ville, fait cerner le Capitole par un corps d'élite , et conduit le reste sur le Forum. Là, quand il aperçut tous les vieux sénateurs qui, assis avec leurs ornements et dans un profond silence, restaient immobiles à l'approche des ennemis , il fut saisi d'admiration. Un spectacle si extraordinaire frappa tellement les Gaulois, que, les regardant comme des êtres divins, ils n'osèrent, pendant longtemps, ni avancer, ni les toucher. Enfin, l'un d'entre eux, s'étant hasardé à s'approcher de Marcus Papirius , passa doucement la main sur sa barbe, qui était fort longue. Papirius le frappa de son bâton sur la tête, et le blessa. Le Barbare irrité tire son épée, et le tue. Alors les Gaulois se jettent sur les autres, et les massacrent tous. Ils passèrent ensuite plusieurs jours à piller , à saccager la ville , et finirent par y mettre le feu.

Cependant le siège du Capitole traînant en longueur, les Gaulois, qui commençaient à manquer de vivres, changèrent le siège en blocus , et ravagèrent les contrées voisines. Camille , malgré son injuste exil , toujours dévoué à son ingrate patrie , engage les Ardéates à prendre les armes contre les Barbares, auxquels il fait essuyer plusieurs . défaites. Mais ils ne se découragent point encore, et tentent de s'emparer du Capitole par une attaque nocturne. Peu s'en fallut qu'ils ne surprissent les Romains plongés dans le sommeil : heureusement les oies consacrées à Junon donnèrent l'alarme, et Manlius repoussa les Barbares, qui, découragés et ne recevant point de renforts , décimés d'ailleurs par des chaleurs pestilentielles , qui aujourd'hui en-

l34 CHAPITRE TI.

core rendent si dangereux le séjour de Rome et surtout de sa campagne, consentirent à se retirer moyennant mille livres d'or. S'il faut en croire une tradition rapportée par Tite-Live et Plutarque, mais qui est contredite par de graves autorités, Camille, nommé dictateur, arrive au moment où le Brenn pesait l'or , et ajoutait aux poids son épée avec le baudrier, en s'écriant : Malheur aux vaincus! «La cou- «tume des Romains, dit Camille, est de racheter leur «patrie avec le fer, et non avec de Tor \» Et dors la guerre recommence, et le dictateur, dans un combat aussi long que terrible , met les Gaulois en déroute, et en fait un horrible carnage. Mais cette tradition, que l'orgueil national dut préférer, n'est rien moins que vraisemblable , et it est beaucoup plus naturel de croire que les Romains durent lenr salut autant à leur or qu'à leur opiniâtreté et à leur courage.

Quoi qu'il en soit, les Barbares reparurent encore quatre fois dans l'espace de quarante ans; mais les Romains s'étaient habitués à leur manière de combattre ; l'habileté de Camille , qui écrasa une armée gauloise sur les bords de rAnio(367); celle de C. Sulpicius et de PopiliusLanas, qui battirent aussi deux fois les Barbares (358 et 350); enfin, les exploits de Manlius Torquatus et de Valerius Corvus, qui tuèrent en combat singulier deux Gaulois de taille gigantesque, délivrèrent Rome des craintes que lui avaient inspirées ces terribles ennemis.

HI. LE CONSULAT EST ACCORDE AUX PLEBEIENS. NOOTEL*- LES CONQUÊTES DES PLÉBÉIENS SUE LES FATBICt HfS.

Les petits peuples du Latium et de l'Étrurie, qui voulu* cent profiter des invasions gauloises pour s'affranchir de la domination romaine, furent rudement replacés sous le joqg,et leurs attaques ne purent même distraire les Rojorains des querellesxlu Forum, qui s'étaient ranimées pins

1 Polybe, I, 6 ; II, 18 et 22. Diod. Sic., XIV, 116. Jucftia, XXYIII, 2, et XLUI, 5. Tacite, Ann. II, 24. Suétone, Vie de Tibère, cbap. 3, auruw Sénonibus olim in obsidtone Capitolii datwn, nk, et

FÂMA B6T, EXTORTUM A CAM1LLO.

moment qoe jamais. Lesplébéienscommençaicnt en effet à se lasser du tribonat militaire ; ils sentaient bien que l'égalité politique ne serait décidément établie que quand le consulat lui-même serait partagé. Aussi leurs chefs reprirent ,de noaveaneette proposition. L'on 376 , te. tribun Iitinius Stolon demanda qu'il ne fût point permis de posséder plus de' cinq cents arpents de terre , et que l'un des deux consuls fût plébéien. La lutte dura dix ans ; les tribuns réunirent cette fois toutes leurs forces; ils se continuèrent dans le tribunat, empêchèrent la nomination aux charges curules , et voulurent même faire traîner en prison le grand Camille , le vainqueur des Gaulois. Tant, de violences effrayèrent le sénat; et CaniHe, vouant un temple à la Geo* corde, vint déclarer au peuple l'adoption de la loi LtaÉnia. Lb tribun Sextius, collègue de Iicinkis^ fut te planter consul plébéien (3*6).

Le» tribuns poursuivirent vivenent leur victoire : en nwin&âe trente années , ils envahirent successivement ton» tes les charges curnles. En 365 , ils arrivèrent à i'édittté enrôle ; en 350 , à la dictature ; en 3 5 1,4 la censure ; en» fin, en 337,àlapréture, charge nouvelle créé*, comme nous lavons déjà git, par le sénat lorsqu'il avait cédéleconsolat, etàiaqueileil avaitattribué les mnetkm'sjudiciairesdesconsuis. Restait le souverain pontificat; il fut aussi envahi par les plébéiens en 301. Les charges inférieures tombèrent en même temps en leur pouvoir: déjà, en 364, ils avaient pris occasion du dévouement filial du jeune Manlius, peur le nommer tribun légionnaire, et s'attribuer le ehoix des deux tiers de ces officiers ; en 31 1 , ils obtinrent que lesquestancs des lé gions pourraient aussi être choisis dans les deux ordres. Ainsi, l'égalité politique était établieetl'union des deux ordres consommée. Il était temps que la paix régnât au Forum, car Borne allait avoir à soutenir une guerre terrible de soixante-dix ans contre tous les peuples d'Italie» dont l'ambition romaine menaçait l'indépendance. Cette longue guerre, où Rome va se trouver engagée, porte le nom du peuple qui y a joué le principal rôle; c'est la guerre dnSomntam.

l36 CHAPITRE VII.

Page 1