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CONQUETE DE LA LIGURIE. 2Q

des Ingaimes et des Intéméliens, sans doute pour s'assurer de leur obéissance.

La soumission de la Ligurie n'était pas encore complète, car l'année suivante (179), les deux consuls Q. Fulvius et L. M anlius reçurent encore cette contrée pour province. Ils pénètrent dans les montagnes , en chassent les habitants, qu'ils forcent à descendre et à s'établir dans la plaine ; et comme il est à craindre qu'ils n'abandonnent leurs nouvelles demeures, des postes sont placés sur les montagnes pour les en éloigner de vive force.

L'année 178 se passa sans qu'il fût question des Ligures; mais, en 177, nouvelle révolte. Le proconsul Glaudius Pulcher marche contre eux, et les défait sur les bords de la Scultenna. H leur tue douze mille hommes, leur fait sept cents prisonniers, s'empare de cinquante et un étendards, et va triompher à Rome. Mais pendant son absence les infatigables Ligures reprennent les armes, ravagent le territoire de Mutina, et s'emparent de cette colonie. À cette nouvelle, le sénat ordonne à Glaudius de retourner en toute hâte contre eux, en attendant que le nouveau consul, Petilius, vienne se mettre à la tête de l'armée. Claudius leur reprend Mutina, où il leur tue huit mille hommes ; pendant ce temps, une flotte romaine parcourt les côtes de la Ligurie pour intimider les révoltés. Cependant les Ligures, en apprenant le retour de Glaudius , s'étaient emparés des monts Lectus et Balista, qu'ils avaient entourés d'un mur. Là, dans leur désespoir, ils massacrent leurs prisonniers, égorgent leurs troupeaux, brisent contre les murailles tout le butin fait à Mutina. Petilius arrive, fait sa jonction avec Glaudius, et s'avance pour les attaquer dans leurs retraites. Il est tué dans un combat ; mais les ennemis ne s'en aperçoivent pas, et leur position est emportée. Le collègue de Petilius, C. Valerius, lui succède, et venge sa mort par de nouveaux succès.

Les Àpuans et les Friniates étaient anéantis ; restaient les Garnies, les Lapicins, les Hercates et les Briniates. Le consul Publius Mucius Scsevola les soumit et les désarma

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Cependant Rome continuait à envoyer presque chaque année ses deux consuls en Ligurie. L'an 173, les Statielles, les seuls d'entre les Ligures qui n'eussent jamais pris les armes contre les Romains, sont injustement attaqués par le consul Popilius Laenas. Celui-ci, en assiégeant Carystum, leur capitale, les met dans la nécessité de prendre les armes et de songer à se défendre. Ils résistèrent durant trois heures avec un courage héroïque ; mais une brillante charge de la cavalerie romaine assure une victoire au consul, qui en abuse cruellement. Dix mille Statielles seulement échappent à ce désastre. Toute résistance devenait inutile ; ils se soumettent donc sans condition, comptant sur un traitement généreux: mais le consul leur enlève leurs armes, renverse leur ville, les fait tous vendre comme esclaves, et met leurs biens à l'encan. Le sénat jugea cette conduite atroce, et, craignant les suites d'un pareil exemple, ordonna au consul de racheter les Statielles, de les remettre en liberté , et de leur rendre leurs biens ; cela fait , il sortira de la province : car une victoire est glorieuse quand on bat l'ennemi qui nous attaque, et non quand on sévit contre des vaincus.

Popilius n'obéit point ; il accourt à Rome pour demander que le sénat rapporte son décret ; et comme il ne peut l'obtenir, il retourne se venger sur les malheureux Ligu-r res. L'an 172, conservant le commandement en qualité de proconsul, il attaque les Statielles, leur tue dix mille hommes, et par là provoque un soulèvement en masse de toutes les peuplades liguriennes. L'indignation ; à Rome fut à son comble. Les tribuns du peuple, M. Marcius Sermo et Q. Marcius Sylla , du consentement du sénat, portent cette rogation : « Si , avant les calendes de Sextilis, il se « trouve un seul Statielle qui ne soit pas rendu à la liberté, « le sénat s'engage par serment à rechercher et à punir l'au~ « teur de ce délit. » Les nouveaux consuls vont remplacée Popilius , qu'on rappelle à Rome pour qu'il ait à se justifier ; mais les prières et les intrigues de sa famille, jointes à l'influence de son frère, alors consul, le. dérobent au jugement qui le menace ; et cependant il avait mas-

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icré vingt mille innocents! Pour tout dédommagement, uelques milliers de Statielles forent rachetés , et on «r assigna* des terres au delà du Pô.

Six ans plus tard , les Ligures se soulèvent encore ; mais 'est leur dernier effort, et l'on pressent désormais l'issue e cçtte lutte inégale. Il fallut cependant quatre ans (166- 63), et chaque année deux armées et deux consuls, pour néantir les débris de ce peuple énergique , pour briser ette pierre sur laquelle le peuple romain , suivant la belle xpression de Florus, avait si longtemps aiguisé le fer de a valeur.

§ IV. CONQUÊTE DE l'iSTBIE.

Bans le cours des années m et 177, l'Istrie, qui , déjà conquise en 221 , avait recouvré son indépendance penlant la seconde guerre Punique , s'était vue replacée sous le joug de Rome. Cette expédition faillit être funeste au consul Manlius Vulso, qui l'avait entreprise sans l'autorisation du sénat : il fut surpris, sur les bords du Timave, par les Istriens , que commandait leur roi iEpulo. Une terreur panique s'empare de son armée , qui l'entraîne dans sa fuite, et son camp tombe au pouvoir des ennemis. Ceuxci, trouvant les tables dressées dans les tentes, ne songent plus qu'à se livrer à des plaisirs qui leur sont peu connus. Ils se gorgeût de vin et de viandes; mais, pendant leur ivresse , Manlius revient et les fait passer du sommeil à la mort. iÉpulo est sauvé par quelques serviteurs fidèles qui le jettent à la hâte sur un cheval.

Cependant la nouvelle de la prise du camp arrive à Rame. En peu d'instants , soixante mille hommes sont prêts pour voler au secours de Manlius ; mais quand on apprend que le jour même il a réparé son désastre , son collègue taûus se borne à lui mener quelques auxiliaires. Les Istriens sont défaits une seconde fois, et se dispersent dans leurs villes.

C. Claudius Pulcher, successeur de Manlius , assiège Nesactium , place forte où s'étaient retirés JE^ulo et les Principaux chefs des Istriens. Gêné dans ses opérations par

la rivière Àrsa, qui traversait la ville, et qui, en fournissant de l'eau aux assiégés, prolongeait leur résistance , Glaudius la détourne, en lui creusant, non sans peine, un nouveau lit. Les barbares , en voyant tout à coup la rivière se dessécher, çont frappés de terreur. Sans songer à demander la paix , ils égorgent leurs femmes et leurs enfants ; et pour que les ennemis soient spectateurs de cette résolution désespérée , ils les égorgent sur les remparts , et les précipitent dans les fossés. Au milieu des cris des enfants et des femmes, et de cette affreuse boucherie, les soldats romains escaladent les murs et pénètrent dans la vilie. Le tumulte et les clameurs des fuyards apprennent au roi que Nesactium est tombé au pouvoir des ennemis ; il se perce de son épée, pour ne pas être pris vivant ; tout le reste est "tué ou fait prisonuier. Claudius s'empare ensuite de deux autres places fortes, Mutila et Faveria, qu'il détruit. Près de six mille Istriens furent vendus ; les auteurs de la guerre furent frappés de verges et décapités ; toutes les populations voisines livrèrent des otages et se soumirent. Et ainsi par la prise de ces trois villes , par la mort de son roi , l'Istrie, comme le dit Tite-Live, fut pacifiée!

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