GUERRE DES GLADIATEURS
les autres périrent en combattant avec la plus grande valeur , et tombèrent à l'endroit même où ils avaient été placés. Spartacus , après une si grande défaite, se retira vers les montagnes de Pétélie, toujours suivi et harcelé par Quintus et Scrophas, le premier, lieutenant de Crassus, et l'autre, son questeur. Spartacus se tourna brusquement contre eux et les mit en fuite; Scrophas fut dangereusement blessé , et on eut de la peine à le sauver des mains des ennemis. Ce succès , en inspirant aux fugitifs la plus grande fierté, causa la perte de Spartacus; ses troupes ne voulant plus éviter le combat, ni obéir à leurs chefs, les entourent en armes au milieu du chemin , les forcent de revenir sur leurs pas, à travers la Lucanie , et de les mener contre les Romains.
« C'était entrer dans les vues de Crassus , qui venait d'apprendre que Pompée approchait; que déjà dans les comices bien des gens sollicitaient pour lui, et disaient hautement que cette victoire lui était due; qu'à peine arrivé devant les ennemis , il les combattrait, et terminerait aussitôt la guerre. Crassus donc , pressé de la finir avant son arrivée , campait toujours le plus près qu'il pouvait de l'ennemi. Un jour qu'il faisait tirer une tranchée , les troupes de Spartacus étant venues 'charger les travailleurs, le combat s'engagea, et comme des deux côtés il survenait à tout moment de nouveaux renforts , Spartacus se vit dans la nécessité de mettre toute son armée en bataille. Lorsqu'on lui eut amené son cheval , il tira son épée et le tua : «La victoire, dit-il, me fera trouver assez debonsche- « vaux parmi ceux des ennemis ; et si je suis vaincu , je « n'en aurai plus besoin. » A ces mots , il se précipite au milieu des ennemis, cherchant à joindre Crassus à travers une grêle de traits et déjà couvert de blessures ; mais n'ayant pu l'attemdre, il tue de sa main deux centurions qui s'étaient attachés à lui. Enfin abandonné de tous les siens, testé seul au milieu des ennemis, il tomba mort après avoir vendu chèrement sa vie (71) \ »
1 Phitarque, Vie de Crassus, ch. VIII et suiv., traduction de Ricard.
§ TV. POMPÉE.— -BÉTABLTSSE1TENT DES DROITS DU TBIBU- NAT.— INFLUENCE DES CHEVALIERS. — CONDAMNATION DE VEKBÈS.
Poupée recueillit encore Ja glotae de cette guerre^ il revenait d'Espagne avec ses troupes, quand il rencontra en JLucanie dix mille .gladiateurs échappés à Crassus ; il les extermina,, ,puis écrivit au sénat que , si Crassus avait coupé Tarare, Ai avait,. lui, extirpé les racines. Il ffeiint que .Crassus 4e contentât de partager wec loi tPhoimeur de cette guesre.
Crassus ne #ut voir sans un «vif mécontentement ses services ainsi mécoanus. Mais que faire contre cette faveur populaire si souvent aveugle? Crassus, en homme habile , caressa l'idole du peuple ; les deux rivaux unirent même leurs factions pour se faire porter tousdeux au consulat; mais une fois l'objet de leur ambition obtenu , la mésintelligence (reparut. Du reste, cette mésintelligence fat utile à Pompée: car il nîavait pas à craindre que Crassus, qui n'avait pour lui que ses immenses richesses , pût jamais récupser.
Quanta Pompée, sa destinée est singulière. Général à vingt-trois ans., il lève, bien que simple particulier, trois légions qu'il conduit à Sylla. Le dictateur, terrible pour tous, s'adoucit pour lui; il flatte sa vanité, le salue luimême du nom* iïlmpemtor et de Magnus, et le laisse triompher malgré sa défense. Après la mort de Sylla, Pompée «e fait pour quelque temps Je général du sénat ^t de r aristocratie, poursuit les derniers restes de l'armée de Lepidus, puis passant en Espagne, profite de tous les coups que Metéllus a déjà poutésà Sertorius, pour «ecabler ce généreux soutien de la «omise populaire. Jamais général ne fut plus heureux. U n'entreprend <que des guerr» à moitié achevées,, >et les succès de ceux qui l%nt précédé sont mis «en oubli pour rvenir grossir les siens. Âprèstta défaite de Sertorius, il revenait en Italie; rencontrant par hasard quelques bandes de gladiateurs, il les prend ou les disperse, et lorsqu'il entre à Rome, c'e^t tout au plus si
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l'on se souvient que Ctataras a «crasé, détruit la véritable armée , et tué «on chef. (Bientôt nous afWons Je voir se faire revêtir de pouvoirs «xtraerdtowres pour nue guerre peu sérieuse, et enfin aller recueiffiren Asie la gloire qu'avait si bien méritée Lucullusâans sa guerre contre lifthridsrte. Ainsi se forma , pour ainsi dire , des dépouilles d'uutrui ,,la réputation et la gloire de Pompée. Jamais il n'avait pris de couleur politique bien tranchée : jusqu'alors , il est vrai, il avait paru servir le sénat; mais en combattant Sertorius, c'était moins la faction aristocratique qu'il voulait fortifier, que l'empire de Rome , où 41 espérait lui-même prendre la première place. Et puis sa vanité n'était point satisfaite des éloges graves et modérés que pouvaient donner les sénateurs. Dans les rangs de cette noblesse il y avait sans doute contre lui beaucoup de jalousie , et on ne lui épargnait pas les paroles railleuses. Le peuple, au contraire, s'abandonnait à l'admiration, à l'enthousiasme.
Pompée d'ailleurs affectait parfois un certain désintéressement. Après son triomphe, il avait refusé d'entrer dans le sénat, et était resté simple chevalier. Un jour, durant son consulat, comme les censeurs étaient assis sur leur tribunal , et faisaient la revue des chevaliers , on vit tout à coup Pompée descendre vers la place, précédé de tout l'appareil de la dignité consulaire, menant lui-même son cheval par la bride. Quand il fut près des censeurs , le plus ancien des deux lui demanda, selon l'usage, s'il avait fait toutes les campagnes ordonnées par la loi : « Oui, je les ai toutes faites, répondit-il à haute voix, et je n'ai jamais eu que moi pour général. » Tout le peuple battit des mains , les censeurs eux-mêmes se levèrent, et, pour plaire à la multitude, le reconduisirent chez lui.
C'est par ces applaudissements que le peuple avait gagné Pompée. Aussi, pour 'le reconnaître, il effaça durant son consulat (70) la loi de Sylla concernant les tribuns dn peuple , et rétablit cette magistrature dans ses anciens droits. Il rendit encore une autre loi importante, ce fut oelie qui transféra les jugements aux chevaliers. Dans une ville comme Borne , où il n'y avait peint de pouvoir établi pour
exercer une surveillance active sur tous les agents de l'autorité; où les grands, ceux qui avaient les charges, se croyaient au-dessus des lois et libres d'agir selon leurs caprices; où le seul tribunal qui était ouvert aux plaintes s'élevant de toutes les parties de l'empire , siégeait dans la capitale, les fonctions judiciaires prenaient une bien grande importance , puisqu'elles donnaient à ceux qui en étaient revêtus le droit de juger sans appel tous les citoyens. Plus ces fonctions étaient importantes, plus elles procuraient de pouvoir réel et même de richesses, si on voulait se vendre, et plus elles étaient ambitionnées. Et ce n'était pas seulement par quelques hommes que ces places étaient recherchées, mais par un des ordres de l'État. Il y en avait alors trois à Rome, et chacun d'eux, presque toujours en guerre contre les deux autres , voulait obtenir les jugements et se donner ainsi les moyens d assurer l'impunité à ses membres et de frapper ceux des deux autres classes. Aussi les changements du pouvoir judiciaire ne furent pas à Rome, comme ils le seraient chez nous, de simples changements administratifs , mais de véritables révolutions politiques ; car selon qu'il était entre les mains des sénateurs ou des chevaliers, il donnait la prédominance à l'un ou à l'autre de ces ordres. Nous avons vu déjà , à plusieurs reprises, l'autorité judiciaire passer successivement du sénat aux chevaliers; au temps de Pompée, les sénateurs étaient en possession des jugements. Pompée, qui durant son consulat s'était décidément tourné contre le sénat, favorisa la révolution qui fit passer de nouveau les jugements aux chevaliers. Cette révolution fut amenée par le scandaleux procès de G. Cornélius Verres.
Ce Verres s'était fait connaître durant la guerre civile, en passant dans le camp de Sylla avec la caisse militaire de Carbon, dont il était questeur. Sylla ne lui témoigna jamais ni confiance, ni estime. Chargé, comme lieutenant du proconsul Dolabella, de combattreïes pirates, il abusa impunément de son autorité pour piller à Délos, à Samos , à Ténédos, à Aspende, à Athènes, les richesses des temples. A Lampsaque, l'infamie de ses mœurs lui fit courir risque
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le la vie ; sauvé de la fureur du peuple par l'intercession les chevaliers et dès négociants romains, il fit condamner ï mort ceux qui avaient résisté à ses coupables désirs. Préteur à Rome , en Tannée 74, il vendit la justice tout le temps qu'il fut en charge. Mais ce fut surtout en Sicile |u'il montra la misérable condition des provinciaux soumis aux caprices de ceux que Rome envoyait pour les gouverner. Si à Rome ni les lois, ni la publicité, ni la surveillance active du sénat et du peuple, ne pouvaient arrêter les prévarications d'un magistrat, que devait-il arriver dans une province dont les habitants étaient toujours considérés comme des vaincus , que leur défaite abandonnait à la merci des gouverneurs romains; où la justice , les finances , les troupes de terre et de mer , les approvisionnements, l'administration entière, étaient concentrés dans les mains d'un homme qui avait rarement à répondre de sa conduite? Aussi il n'est pas d'actes d'avarice , de libertinage et de barbarie , que le maître de la Sieile ne se plût à commettre. Les villes soumises à d'énormes contributions; les sommes détournées de leur destination^ les vaisseaux de guerre vides de soldats et de munitions; les exemptions de tout genre prodiguées à ceux qui pouvaient les acheter; les flottes romaines prises par suite de sa négligence ; le pavillon des pirates arboré sur le port de Syracuse ; les capitaines , qui avaient été vaincus faute de soldats, mis à mort impitoyablement ; un citoyen romain exécuté sur le bord de la mer, en face même de l'Italie; enfin, les maisons et les temples dépouillés de tous les ouvrages précieux qu'ils renfermaient , et deux vaisseaux expédiés à Rome d'année en année pour y transporter les richesses ravies de toute part : tels sont les traits caractéristiques du gouvernement de la Sicile par Verres, dont la conduite semblait, du reste, justifiée par celle de beaucoup d'autres proconsuls.
Cependant Verres fut remplacé. Quand il revint à Rome, des accusateurs l'y avaient précédé ; mais Verres était sans crainte, il se vantait d'avoir amassé assez pour échapper à la justice. Il avait divisé ses trois années de brigandages en
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trois .parts , l'une pour ses juge*., iTautre pour son avocat , la troisième pour lui. Toutefois,, M n'avait pas compté sur les événements politiques qui s'étaient passés à ftome «durant son absence. Il était dans l'intérêt de Pompée que Verres lût condamné, et son procès commença. fCioépon se changea de lîaccusation. Rien ne fut négligé pour produire une grande impression : rorateur fît un voyage en -Sicile peur réunir ses preuves, et revint écraser Yervès d'une série de questions accablantes. Le prêteur prévint par l'exil nue condamnation inévitable,, après avoir rendu aux Siciliens neuf millions : ee n'était encore que le tiens -de oe qu'avait demandé Cieéron. Le procès fini, Cieéroa , pour que rien ne manquât à la iionte.de rarâstocratieyd!0ii Verres était sorti, écrivit les Verrines, «qui, (lues et copiées, révélèrent partout la corruption sénatoriale (70).
§ V. GUEBBE CONTRE LES PÏBÀTES.
Le scandale qu'avait excité dans Borne le grand oratew ne .permettait plus au sénat de garder îles jugements , qui passèrent aux enevalieis. Pompée appuyade tout son*rédft cette révouition^en reûennaissafuoe, Jes^valier&laî&r^ donner le commandement delà gneurecontïe les pirates.
Os pirates étaient des hommes de toutes races, des Ciliciens surtout, «et tous «es marins qui étaient restés *sans service quand Sylla eut obligé Mithri4ate.de licencier ses flottes. Profitant des guerres cibles, ils infestaient toutes les cotes tdu grand empire, .enlevant les «navires de commerce, pillant même les villes maritimes. Lorsqu'ils faisaient .un citoyen romain prisonnier, et que cetai+oi 4es an#naçait de la critère de Borne , -ils affectaient beaucoup de erainte, se prosternaient devant 'lui pour lui demander grâce, 'lui apportaient de splendides -vêtements pour lui faire femnenr ; puis appliquant une échelle au bord'du navire, ils le priaient de partir pour regagner sa balte vifles'il hésitait, on le faisait descendue la tôte la première. Un jour , César tono/bn entre leurs mains ; ils lui demandaient cinquante talents pour sa rançon : « Vous «m aurez cetft, dit-il , mais^i«uite je vous ferai peDdre; » et il leurtint parôle. Tantiqu'ils se contentèrent de piller les côtes de la
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Grèce ou de l'Asie, te peuple romain ne crat pas sa dignité compromise ; mais lorsqu'ils s'avisèrent d'intercepter les convois qui portaient à Borne tes blés de la Sicile, alors le peuple s'indigna , et n'eut point de repos qu'il n'eût donné commission à Pompée de châtier ces misérables «ennemis.
Déjà Servilius Vatia (79-76) les avait vaincus dans divers combats, et leur avait enlevé plusieurs Tilles dans l'île de Rhodes , la Lycie et la Pamphyfcie ; la capitale même de l'Isaurie, d'où était sorti un grand nombre de pirates , tomba en son pouvoir ; mais , en 76 , dis battirent honteusement Marc-Antoine. De 76 à 70 , ils régnèrent sur toute la Méditerranée ; ils avaient déjà pois quatre cents villes quand on se décida à envoyer (contre eux Metellus. Celui-ci resta trois ans à faire la conquête de la Crète , qui fut réduite an province romaine. Pompée lui enleva la gloire de ce succès, en achevant «a victoire.
Les pouvoirs extraordinaire* «qui lui forent confiés montrent combien on était loin déjà des anciennes habitudes républicaines. C'était presque le pouvoir dictatorial. On lui donnait pour trois ans le proconsulat des mers, avec cinq cents vaisseaux: montés par cent vingt mille soldats, et six mille talents; vingt-quatre sénateurs étaient mis sous ses ordres pour lui servir de lieutenants; enfin a eut permission de puiser dans le trésor puMe , et on lui accorda une autorité absolue et irresponsable sur toutes des côtes jus* ques assez avant dans les terres. En wain le consul Catulus et le sénat s'opposèrent à oe décret; il passa malgré toutes les résistances , tant était grand l'aveuglement du peuple. Il n'en fallait pas tant cependant pour achever cette guerre : en .moins de irois mois., Pompée «eut balayé la Méditerranée , et pris tous les repaires des pirates (