DEPRAVATION DES MOEURS POLITIQUES
mis à celui qui pourrait procurer les suffrages de la première centurie. Les sommes dépensées par les candidats furent si grandes que l'intérêt de l'argent monta de quatre pour cent à huit, tant on avait besoin de capitaux. Une année, tes deux consuls qui devaient sortir de charge convinrent avec deux candidats, pour le consulat suivant, de forger un édit du peuple et du sénat sur la distribution des provinces consulaires. Mummius et Gabinius, les deux candidats, déposèrent entre les mains des consuls une forte somme d'argent, qu'ils devaient garder si ceux-ci n'appuyaient pas le faux sénatus-consulte du témoignage de trois augures et de deux sénateurs consulaires, qui jureraient d'avoir assisté à l'assemblée où avait été confirmé ce décret. La divulgation de ce traité, qui montrait une corruption si profonde même parmi les premiers personnages de la république, empêcha l'élection de nouveaux consuls, et la cité resta six mois sans magistrats. On parla alors d'un dictateur , et le nom de Pompée fut sourdement prononcé. Caton profita des protestations de désintéressement que fit Pompée pour l'empêcher de se rétracter, en lui prodiguant ces éloges qu'il aimait tant , et qui sortant d'une bouche sévère, en avaient d'autant plus de prix à ses yeux. Pompée d'ailleurs n'aurait pu s'emparer de cette charge sans mécontenter César et rompre le triumvirat ; aussi était-il fort embarrassé sur le parti à prendre. Il sentait bien que César ne se contenterait pas toujours de partager avec lui. La mort de Crassus, qui venait d'être tué dans la guerre contre les Parthes, avait rompu l'équilibre ; il n'y avait plus que deux hommes dans la république, et leur rivalité devait bientôt éclater. Julia, la fille de César et l'épouse de Pompée, vint encore à mourir, et cette mort rompit le dernier lien qui existait entre eux. Us restaient donc tous deux en face l'un de l'autre avec leur ambition. César le comprenait; aussi se hâtait-il d'en finir avec les Gaules. Pour Pompée, flottant toujours dans l'incertitude, il n'osait rompre encore, et écoutait sans les entendre les conseils de Caton. « Vous ne savez pas, lui « disait celui-ci, le fardeau que vous placez sur votre tête ;
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« il tombera un jour sur la république, mais il vous écra- « sera auparavant. » Il attendait donc, faisant administrer ses provinces par des lieutenants , et recherchant les applaudissements du peuple, en établissant un théâtre fixe, où tons les spectateurs étaient assis.
L'anarchie qui régnait dans la ville amena un nouvel interrègne : on ne pouvait parvenir à nommer les consuls. Le Foruna était transformé en un véritable champ de bataille où les candidats se chargeaient à la tête de ceux qu'Us avaleat gagnés, et la rivalité de Milon et de Clodius portait toujours le désordre au comble. Milon aspirait au consulat, Clodius ne manqua pas de s'y opposer; les deux adversaires se livrèrent sur la voie Sacrée un combat en règle. Le consul Calvinus, qui voulut les séparer, se fit blesser ; le combat finît pourtant ; mais à quelques jours de là, Clodius allant à Lanuvium , rencontra Milon, près de BovHae, sur la voie Appienne ; les gladiateurs des deux troupes se {Mirent de querelle , et le combat recommença. Milon, qui se trouvait le plus fort, profita de son avantage; Clodius fut obligé de se réfugier dans une auberge sur la route, où il fut assiégé et tué (53). A cette nouvelle, il y «ut une émeute dans la ville ; toute cette populace dont Clodius était le chef se vengea sur la maison de Milon. Pendant plusieurs jours, il fut impossible de rétablir Tordre. « Aussi tout ce qu'il y avait de gens raisonnables aurait regardé comme un grand bonheur que cet état si violent de démence n'amenât pas un plus grand mal que la monarchie. Plusieurs même osaient dire ouvertement que la puissance d'un seul était Tunique remède aux maux de la république, et que ce remède, il fallait le recevoir du médecin le plus doux, ce qui désignait clairement Pompée. Gaton, qui pénétrait l'ambition de ce chef, conseilla au «énat de le nommer seul consul , afin que, satisf&t de cette espèce de monarchie plus conforme aux lois, il n'enlevât pas de force la dictature \ »
Cette décision rapprocha définitivement Pompée du se-
1 Ptatarque.
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aat, «et les actes de*s*a non veau 4n**sulat (52) le réconcilièrent avec cet ancien gtarti *ftti;aw#t peu de confiance en lui, mais qui était obëgé par te malheur des temps de se mettre sous sa protection. Les Juges ne forent plus choisis qm parmi les citoyens tes phss riches, afin de pouvoir en trouver, s'il était possible, qui fussent moins avides. Les lois sur la brigue furent remises en vigueur. Il fut défendu aux accusés de se faire assister, comme oda arait eu lieu jusqu'à présent , par une armée 4e patrons et de solliciteurs. Le temps de la procédure fut fixé, et Ton ne laissa 91e trois heures à la défense. Voulant paraître revenir en toutes choses à la légalité, il décréta que nul ne pourrait obtenir de provinces que cinq ans après sa sortie de charge. Il est vrai que lui-même donnait un éclatant démenti à sa loi, en cumulant le gouvernement de l'Espagne et de l'Afrique avec sa dignité consulaire. Ses règlements sur la procédure ne furent pas mieux observés par lui, à moins que son intérêt ne l'y obligeât, comme dans le procès de Milon, où, par une affectation d'impartialité , il entoura le tribunal de ses soldats, pour défendre les juges, mais en réalité pour leur imposer la condamnation de i*accusé,qtie Gicéron intimidé n'osa défendre. Au bout de sept mois, Pompée s'adjoignit un collègue; il prit son beau-père, Mételius Scipion, qui erut faire beaucoup en abolissant la loi de Clodius, par laquelle il était défendu aux censeurs de noter un citoyen, comme si la censure pouvait redevenir comme autrefois une puissance capable d'arrêter et de punir la corruption.
Pompée, qui ne voulaitpomt encore rompre avec César, dont il redoutait, sans se l'avouer à lui-même, l'ambition et les talents, fit accorder au proconsul des Gaules , malgré une loi récente qu'il avait rendue lui-même, le droit de. postuler le consulat en son absence. Ce fut la dernière preuve de borne intelligence que se doooèrem les deux triumvirs. Le moment approchait, en effet, où il faudrait savoir qm des deux aurait l'empire. Pompée gâtait franchement rallié m parti sénatorial , qui se croyait tmfrfHiasant.; le calme régnait dans la ville; le tribunat
était muet, César, éloigné; les lois s'exécutaient; le Forum n'était plus ensanglanté comme au temps de Clôdius et de Milon. La paix semblait renaître sous la main de Pompée, et le sénat pouvait croire qu'il était assez fort pour conserver l'antique constitution. II n'y avait plus, pensait-on , qu'à se débarrasser de César pour voir renaître tes beaux jours de la république. Dans cette confiance, on poussait de tous côtés Pompée à en finir avec lui. Marcellus, Lepidus, Bibulus, parlaient chaque jour dans le sénat contre le proconsul des Gaules. Caton jurait de le traîner devant les tribunaux, dès qu'il aurait licencié son armée. Oubliant qu'il était à la tête de dix légions, on ne gardait envers lui aucune mesure. César avait dernièrement accordé le droit de bourgeoisie aux habitants*de la ville de Côrae ; un des sénateurs de cette ville étant venu à Rome, le consul Marcellus (50) le fit battre de verges, et lui dit que n'étant pas citoyen romain , il lui imprimait cette marque d'ignominie afin qu'il allât la montrer à César. C'était forcer César à se mettre au-dessus des lois. Aussi disait-il après la bataille de Pharsale : « Ils m'ont « réduit à cette nécessité; si j'avais licencié mon armée, ma « condamnation était prononcée. »
D'abord, selon sa. coutume, il gagna à prix d'or des partisans. Les trésors de la Gaule lui permirent d'acheter plusieurs importants personnages. Le collègue de Marcellus, iEmilius Paulus, consentit à recevoir quinze cents talents, dont il employa, il est vrai, la plus grande partie à construire une basilique sur le Forum. Cicéron lui-même se chargeait de surveiller les immenses travaux que César faisait exécuter à Rome, pour que le peuple, non-seulement entendit parler de ses triomphes , mais encore le vît eu quelque sorte tous les jours au milieu de lui, en regardant . tout ce qu'il faisait pour ses plaisirs et pour l'ornement de la ville. Mais la meilleure acquisition pour César fut celle du tribun Curion, homme habile , éloquent , qui, par son adresse , sut cacher sa connivence avec César, et en profita pour donner aux affaires de celui-ci la tournure la plus favorable. Marcellus ayant proposé dans le sénat de