IV. CAMPAGNES DE CESAB DANS LES GAULES
Pendant que tant d'exeès souillaient la capitafe du monde romain , César avait poursuivi glorieusement la conquête des Gaules.
Il y avait près d'un siècle que les Romains avaient, pour la première fois, franchi les Alpes et porté leurs armes sur le territoire gaulois , à la sollicitation de Massalie (Marseille) , colonie phocéenne. Cette ville , qui avait conservé de ses anciens fondateurs un esprit industrieux , actif et mercantile , était devenue puissante par la ruine des nations et des villes commerçantes établies sur les. bords de la Méditerranée, par la ruine des Étrusques, de Tarente, de Syracuse, de Carthage et de la Grèce même. Marseille, de bonne heure alliée des Romains , survécut seule à tous ces désastres, et couvrit bientôt de ses colonies toute la côte de la mer intérieure, depuis Empories en Espagne, jusqu'au Var en Italie. Mais la position de Marseille, entourée de peuples barbares qui jetaient des yeux d'envie
^8 cp*ktbs jrriiu
sur ses richesses, était toujours précaire; l'tJKaace Ab ltone la sauva. Dès l'an 1 M^ des légion parurent dans le paya d^s Ligures Oxybit *set Déoéates, qui avaient assiégé deux colonies de Marseille. Les barbares, malgré leur courage, ne purent tenir contre le consul Opimius,et leurs terres forent données à Marseille.
Ce succès encouragea les Massaliotes à demander encore, vingt'huit ans plus tard, l'assistance de Rome contre les Salyens (125). Fluvius Fiaocus, puis C. Sextius Calvinus, écrasèrent les Salyenset tes Voconces; tout le littoral, depuis le Rhône jusqu'au Var, fut encore cédé aux Massaliotes. Cette fois cependant les Romains formèrent on établissement dans les Galles (1 24). Ce fut Aqwe Sextice (AU). Se mêlant aussi à la politique gauloise , ils firent alliance avec les Édues, que pressaient à droite, dans les Alpes, et à gauche, dans les Cévennes , les AUobroges «et les Arvernes.
Ces peuples étaient trop éloignés du territoire de Rome pour avoir avec elle quelque contestation ; mais un roi des Ligures s'étant réfugié chez les AUobroges, Domitjus le réclama, et, sur leur refus, déclara la guerre. Les Gaulois ne se firent pas longtemps attendre : deux cent mille Arvernes parurent bientôt devant l'armée romaine. Leur chef Bitmt était monté sur un char d'argent ; son costume militaire était tout éclatant d'argent et d'or. A l'une des ailes de \ l'armée étaient une grande quantité de chiens; c'était ce qu'il appelait sa meute de combat. En voyant le petit nombre des Romains, il disait : * II n'y en a pas là pour un repas de mes chiens. » Cependant les habiles dispositions de Fabius, la discipline des Romains, mais surtout la présence des éléphants, animaux inconnus aux Gaulois , jetèrent le désordre dans leurs rangs. Ils périrent presque tous dans le Rhône, qu'ils avaient eu l'imprudence de franchir. Quelque temps après , Domitius appela Bituit à une conférence, et, malgré la foi promise, il te retint prisonnier et l'envoya à Rome (121). La paix fut fetteavec les Gaulois. On ne demanda rien aux Arvernes, mais les AUobroges payèrent pour tous. Ils furent déclarés sujets de l'empire,
CBSJJt AA.HS XB$ jGAULBS. 2§g
et leur territoire forma, avec celui des ligures, la Province romaine.
Rome songea ensuite à fonder une ville sur la rive droite du Rhône, afin de pouvoir surveiller la Gaule, l'Espagne et Marseille elle-même (119). Ce fut Narbonne qui devint l'arsenal des Romains entre les Alpes et les Pyrénées. Pour lui former un territoire, on fit la guerre aux peuples voisins, et le consul Gépion poussa même jusqu'à Toiosa pour piller les trésors de cette riche cité.
On a vu plus haut les événements dont la Gaulé méridionale et la Province avaient été le théâtre pendant i'iavasion des Cinabres. Durant la guerre civile de Marius et de Sylia, la Province prit parti pour le premier; l'Aquitaine se déclara pour Sertorius, et défit une armée romaine ; enfin un grand nombre de Gaulois passèrent les Alpes avec Lepidus. Aussi, quand Pompée parut dans la Narbonnaise, poursuivant les débris du parti démocratique vaincu en Italie, il soumit la Province à mille vexations tyranniques. Telle était donc la situation de la Gaule, environ soixante ans avant notre ère: au sud-est, la Province romaine; au sud-ouest, l'Aquitaine; sur le Rhône supérieur, les Edues ; à leur gauche , dans le Jura , les Sequanes; à leur droite, dans les Ce venues, la puissante confédération des Arvernes; au nord-est, les Belges, les plus belliqueux et les plus opiniâtres des Gaulois; à l'ouest, la confédération des cités armoricaines , où les Venètes , puissants par leur marine , tenaient le premier rang ; enfin au nord, les Morins, et entre la Seine et la Loire, divers peuples, parmi lesquels dominaient les Carnutes, dont le pays était le centre de la religion druidique.
Depuis l'invasion des Cimbres, les peuplades germaniques jetaient des yeux d'envie sur la Gaule, et se pressaient sur les bords du Rhin ; les Suèves surtout n'attendaient qu'une occasion de saisir cette proie. Elle se présenta bientôt. Un jour, ils virent arriver au milieu d'eux des Gaulois implorant leur secours. C'étaient des députés séquanes qui, opprimés par les Édues, alliés et amis du peuple romain, voulaient opposer à cette alliance celle des
barbares d'an delà du Rhin. Arioviste, chef de plusieurs tribus suéviques, les accueillit avec empressement, et passa le Rhin avec quinze mille guerriers. Deux batailles suffirent pour ruiner la puissance des Édues; mais les Suèves oublièrent bientôt qu'ils n'étaient entrés dans, la Gaule qu'à titre d'alliés des Séquanes. Une fois au milieu de ces riches contrées, ils ne voulurent plus les quitter, prirent le tiers du territoire des Séquanes, exigèrent de nombreux otages , et formèrent à deux pas des frontières romaines une puissance défendue par deux cent mille guerriers.
La Gaule allait devenir Germanie ; tous alors s'adressèrent à Rome. César, qui, comme nous l'avons déjà dit, avait besoin de longues et glorieuses entreprises, se fit charger du gouvernement de la Province (58) , et méditant la conquête de la Gaule entière , il comprit qu'il fallait avant tout en fermer l'entrée aux barbares de la Germanie. D'abord il refoula dans leurs montagnes les Helvétiens, qui, fatigués des continuelles incursions des Suèves,. leurs voisins, voulaient aller chercher sur les côtes du grand Océan un climat plus doux et une vie moins rude.
Cette première expédition achevée, César se trouva visà-vis des Suèves. Il avait d'abord essayé des négociations, et demandé une conférence à Arioviste. « Si j'avais besoin « de César, dit le chef barbare , j'irais le trouver; si César « a besoin de moi, qu'il vienne lui-même. Quant à la de- « mande de ne plus tourmenter les Édues, j'use du droit « de 1 epée : le vainqueur dispose à son gré du vaincu. Que « César, comme il s'en vante, essaye de venger les Édues, « il apprendra à connaître les Germains , nation aguerrie et «indomptable qui, depuis quatorze ans, n'a pas reposé « sous un toit. » « Ceci est ma Gaule, » disait-il plus tard à César lui-même, en montrant de la main tout le pays des Séquanes; «vous avez la vôtre.... Au reste, si vous me « laissez en repos, je ferai toutes les guerres que vous vou- « drez sans peines ni périls pour vous. »
Ces paroles, les récits que faisaient les Gaulois de la taille gigantesque des soldats d' Arioviste , de leur bravoure
CESAR DAHS LUS GAULES. 3oi
prodigieuse, de leur habitude des armes, Jetaient la terreur dans le camp romain. Partout on ne voyait que gens qui faisaient leur testament ; les plus vieux soldats se promettaient même de ne point suivre les enseignes , quand César ordonnerait de les porter en avant. Il fallut tonte l'éloquence du proconsul pour ranimer les courages ; « Si «vous m'abandonnez , leur dit-il, j'irai toujours; il me « suffira de la dixième légion. »
La bataille fut acharnée ; cependant la discipline romaine l'emporta. Tout ce qui ne fut point tué sur le champ de bataille, fut poursuivi jusqu'au Rhin , et périt dans le fleuve. Àrioviste , avec un petit nombre , échappa dans une barque qu'il trouva par hasard sur la rive. Mais il ne survécut pas longtemps à la honte de sa défaite, ou à ses blessures. César apprit bientôt sa mort avec la nouvelle que les Suèves effrayés s'éloignaient des bords du Rhin , et regagnaient leurs forêts. L'invasion de la Gaule par les Germains fut retardée pour quatre siècles.
(57) Par la défaite des Helvètes et des Suèves, César dominait dans tout le sud-est de la Gaule ; ses légions campaient sur les frontières des Belges. Ces peuples , alarmés de ce dangereux voisinage , formèrent une vaste coalition contre les Romains. Mais là aussi se trouva un peuple qui trahit les intérêts communs; les Rèmes jouèrent dans là Belgique le même rôle que les Édues dans la vallée du Rhône; ils se détachèrent de la ligue, qui fut rompue par cette défection. César n'eut plus qu'à attaquer ces peuples les uns après les autres. Ce fut toutefois une rude guerre : les Belges passaient pour les plus belliqueux de tous les Gaulois; leur pays d'ailleurs, entrecoupé de marais et de forêts impénétrables, était éminemment propre à une guerre défensive; il fallut souvent que les légions s'ouvrissent un passage avec la hache à travers ces bois que la main de l'homme avait encore rendus impraticables; car là où se trouvaient des clairières , où la forêt était moins épaisse, ils recourbaient de jeunes arbres et les replantaient en terre pour se faire ainsi des barrières naturelles. Une première victoire remportée sur l'Axona (l'Aisne) lui sou-
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mit les Sussions, las HeHovaqoe* et tas Ambiénufe, €mtà^rekaBdgesdeFoiwrt.Reatweot^eaKderestîcîétateit les plus terribles. Les Nerviens se firent tous tnr jusqu'au dernier, unis après avoir mis en grand péril l'arasée iumame dont plusieurs légions furent écrasées. César luimême courut âe grands risques, et fut obligé de combattre comme un simple légionnaire. La soumission des Àtuatiques , qui furent tous vendus comme des esclaves au nombre de cinquante mille , assura aux Romains la possession de la Belgique orientale. Pendant ce temps, le jeune Crassus soumettait les cités armoricaines et les pays maritimes entre la Loire et la Seine. César de son dite dompta les Morins; enfin , durant L'hiver, Sergins Galba éerasa les populations du haut et bas Valais, afin d'assurer à César les importantes positions des Alpes et les communications entre l'Italie et la Gaule.
La troisième campegne (56) fut employée tout entière à recommencer la conquête de lArmorique. Les diverses •cités de cette péninsule formaient une puissante confédération , à la tête de. laquelle se trouvaient les Venètes; il fallut , pour combattre les grands vaisseaux des Venètes , dont les cordages étaient des chaînes et les voiles des peaux de bêtes préparées , inventer une tactique nouvelle. Après une vive résistance , ils furent vaincus dans un grand combat naval ; leur soumission amena celle de la confédération des cités armoricaines, et par eontre-coup celle aussi des peuples de la Normandie actuelle. Pour achever la conquête du littoral , César envoya Crassus s'emparer de l'Aquitaine.
(55) César, comme nous l'avons dit, voulait isoler la Gaule de la Germanie. Lomqu'il se trouva maître de faute la Gaule orientale , après son expédition contre les Belges, Il voulut assurer ses nouvelles conquêtes du nord , comme il avait fait pour odles du midi, en éloignait des bords du Rhin les peuplades germaniques. D'ailleurs, ce que les Suèves avaient tenté , deux nouvelles tribus voulaient le faire. La défaite cTArioviste n'avait pu ébranler la puissance de la ligue des Suèves ; elle faisait encore en Ger-
CES** DidfS ta» gaulbs. 3o3
raaiiie tant trembler devant elle , forçant les peuplades voisines à payer tribut ou à chercher au loin de nouvelles demeures. Les Usipiens et les Tenctères , après mie vive résistance, avaient été chassés de leurs terres , et, poussés pendant trois années de canton en canton à travers tes forêts de la Germanie , ils étalent enfin arrivés , au nombre de quatre cent trente mille, à l'embouchure du Rhin. La tribu gauloise des Ménapiens se retira à leur approche sur la rive gauche , pour défendre le passage. Trompés par un stratagème des Germains qui , après s'être éloignés du fleuve pendant trois jours, tombèrent à l'improviste sur eux , les Ménapiens perdirent une partie de leurs guerriers , et les Germains se trouvèrent encore une fois au delà du Rhin , au milieu des peuplades récemment soumises par Gésar.
La terreur se répandit sur toute la Gaule. Heureusement pour Gésar, les Gaulois redoutaient plus encore la férocité des Germains que le joug dont Rome les menaçait. La plupart se réunirent à lui , et une nombreuse cavalerie vint se joindre aux légions. Gomme les Cimbres, comme Arioviste, les nouveaux envahisseurs ne demandèrent à Gésar que de les laisser s'établir paisiblement sur les terres qu'ils avaient conquises. « Nous ne cédons , disaient-Us , « qu'aux Suèves seuls, à qui les dieux mêmes ne résiste- « raient pas ; quant à tout autre ennemi , il n'en est pas « sur la terre qui ne doive trembler devant nos armes. » i Gésar fut plus heureux encore cette fois que eobtre Arioviste. Les barbares, surpris par l'armée romaine, au moment où ils attendaient le retour de leurs envoyés , eurent à peine le temps de saisir leurs armes ; rompus par les légions, ils s'enfuirent jusqu'au confluent de la lieuse et du Rhin. Toute la horde périt entre les deux fleuves.
Profitant de cette victoire inespérée , le proconsul jeta en dix jours un pont sur le Rhin , non loin de Cologne, alla chercher lui-même les barbares jusque dans leurs forêts, et revint sans avoir rencontré l'ennemi.
Ces deux victoires de Gésar arrêtèrent le mouvement qui poussait les peupladesgennaniquea sur la Ganle; elles
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avaient été reçues si rudement lorsqu'elles s'étaient aventurées au delà du fleuve, qu'elles désespèrent de franchir cette frontière.
La même année, César passa en Bretagne; car pour être maître de la Gaule, il fallait être craint dans la grande lie qui s'étend le long des côtes , du nord-est au nord-ouest, et qui entretenait des relations habituelles avec le continent. « La Bretagne , dit César, est la patrie des druides, * c'est-à-dire que cette lie était regardée par les Gaulois comme le centre de leur religion. Aussi les Venètes, dans leur guerre contre César, avaient-ils appelé leurs frères de la Bretagne, et en avaient-ils reçu d'utiles secours. Des vaisseaux furent donc préparés , et l'armée romaine débarqua après avoir dispersé les insulaires postés sur la rive. Mais cette expédition faillit être fatale aux Romains: la quatrième nuit depuis le débarquement, la violence des vents lit gonfler les vagues , comme dans une marée de printemps. C'était d'ailleurs la nouvelle lune , époque des plus hautes marées de l'Océan ; bientôt, au grand étonnement des Romains, les flots arrivèrent jusqu'aux galères tirées sur le sable f, les soulevèrent, les brisèrent les unes contre les autres , et César se crut enfermé avec ses soldats dans l'Ile. D'un autre côté, les insulaires, encouragés par ce désastre, montraient des intentions hostiles; César crut donc nécessaire , pour rendre quelque courage à ses soldats, de les mener à l'ennemi, qui se dispersa après une vive résistance. Profitant de ce succcès , il fit réparer ses vaisseaux , et se hâta de regagner prudemment le continent, après une absence de dix-sept jours.
C'était presque une fuite ; aussi César reconnut-il la nécessité de faire, l'année suivante (54), après avoir réprimé les Pirustes en Iilyrie et les Trévires en Gaule, une nouvelle expédition en Bretagne. Ses mesures étaient mieux
1 Les Romains ne naviguaient alors que sur la Méditerranée ; le soir, s'ils étaient près de la côte, ils descendaient à terre, et tiraient leurs grandes barques sur la grève , où elles n'avaient pas à craindre d'être, durant la nuit , mises à flot par U marée montante , qui est à peine sensible dans la Méditerranée.
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prises cette fois, et il put conquérir une partie du pays. Il poursuivit les insulaires jusqu'à douze milles delà côte, dans un bois qui paraissait avoir été fortifié depuis longtemps durant les guerres civiles, car les approches en étaient défendues par de grands abatis d'arbres. Cependant les Romains ayant élevé une terrasse et formé la tortue avec leurs boucliers, pénétrèrent dans l'intérieur du bois et en chassèrent les insulaires. Le lendemain au matin , César apprit qu'une tempête avait encore détruit une partie de sa flotte, et il fallut perdre dix jours et dix nuits à construire de nouveaux vaisseaux, qu'il mit à l'abri des flots en les traînant jusque dans son camp retranché ; puis il se remit à la poursuite des Bretons. Ceux-ci étaient alors réunis en beaucoup plus grand nombre qu'auparavant. Pour mettre plus d'unité et de force dans leur résistance , ils s'étaient choisi un chef de guerre; c'était le puissant et belliqueux Caswallawn, dont les États s'étendaient sur la rive gauche de la Tamise. Toutes les peuplades , oubliant leurs anciennes haines, vinrent se ranger sous son étendard, décidées aux plus grands sacrifices pour sauver l'indépendance nationale et repousser les envahisseurs. « Les Bretons , dit César , combattent , par petites troupes , à cheval ou montés sur des chariots. Lorsqu'ils veulent engager le combat, ils se lancent à travers la plaine, étonnent d'abord l'ennemi par la rapidité de leur course et le bruit de leurs chariots. Ils ont une telle habitude de les conduire, qu'ils poussent leurs chevaux sur la pente rapide des collines, courent sur le timon , sautent sur le joug, tout en lançant des traits, et si l'ennemi est proche, ils se retirent sur leurs chariots pour le combattre de pied ferme, ou sautent à terre pour l'attaquer corps à corps. »
Les Romains, étonnés de ce nouveau genre de combat, perdirent d'abord beaucoup de monde; mais la discipline et la supériorité des armes finirent, comme toujours , par l'emporter; les Bretons vaincus se dispersèrent , et ne se rallièrent que pour disputer aux légions le passage de la Tamise, dont ils avaient fortifié le seul gué praticable. Ce fct encore sans succès.
César à* que laraeul Mpwt àss légion i drede bataille dam le lit dn fleuve, intimida teHemnft les insulaires, qu'ils ^enfuirent dans les fais «sans oser les aftftendae. Si l'on en trait un iratreécmain, 4es Bretons n*«itaiettt cédé qu'à la teneur dort ils ftara* saisis à ta vue d'un éléphant , portant «sur son dos une toar chargée abonnes armés. Les Bornâtes, déjà maîtres do pays ée Kent, pouvaient maintenant pénétrer dans tes contrées on oord de la Tamise, dans les États môme do grand chef breton. Caswalfcrrcn ne perdit point encore tonte «spéxodûb^ certain qu'il ne pourrait plus arrêter les Romans ; par une bataille, il renvoya toutes ses troupes, à f eseep- ' tic» de quatre mille chariots, fit retirer toute la population .dans les bois, incendia les habitations ,i détruisit toutes les „ prettsians et suivit de près l'armée romaine, enlevant les fcnrrageurs et tous ceux qui s'écartaient des enseignes. Ce nouveau pian du chef breton compromettait singulièrement le sucées de l'expédition, et les Césarims auraient peutêtre été contraints de quitter honteusement la Bretagne , •comme Tannée précédente, si la trahison n'était venue à leur secours. \
Dans Je camp romain se trouvait un jeune Breton, Mandubrat, fui, sous le nom d'Androg ou d'Àfarwy, a été longtemps maudit par les Bretons , avec tous les traîtres qui. causèrent la ruine de l'Ile de Prydatu. Son père, puissant chef du pays des Trtnobantes , avait été tué par Cas- Tfaliawn ; lai-méme n'avait échappé à la mort qu'enfuyant sur le continent. Depuis qu'il était redescendu dans Pfle avec César, il avait envoyé ses émissaires chez les Trino- Aantes, qui s'étaient joints à la grande armée nationale. Pressés par ces émissaires,. les Trtnobantes se soumirent aux Romains. Leur défection fut fatale à Casvfjtfiawn, car ette entraîna celle de plusieurs autres peuples. Le chef, abattu par plusieurs défaites, abandonné à lui-même par la retraite de ses alMés, ne put tenir tète aux légions, et demanda la pais; César raccorda volontiers, à condition que l'Ile payerait un tribut annuel.
La Bretagne n'était pas conquise, mate César avait â-
cÉsjft Mm* um mules* "3oy
teint son bat : me étttft effrayée; H pouvait donc revenir maintenant achever «on ouvrage en -Gante. Lors de la secende expédition de César dans fa Bretagne, m chef éduen qm lui avait jusqu'alors, dans tontes les guerres île Oanleet de Germante, servi de guide et d'interprète, avait refusé de passer avec loi dans nie , disant que la religion l'empêchait cette fois de le suivre. Ce refus fut connue Fannonce des combats que César allait avoir à livrer. La Traie guerre des Gaules, la guerre de l'indépendance, n'avait pas encore commencé. Jusqu'alors on s'était battu sur divers points, et pendant que César écrasait telle ou telle nation gauloise, il y en avait une autre qui applaudissait à la ehute d'une rivale. Mais maintenant les illusions sont -dis-, sipées; tous voient bien que Borne veut asservir ia Gaule entière. Cette pefcsée va réunir les Gaulois , et former ces coalitions formidables que César ne dissipera qu'à force de génie et décourage.
César avait été forcé par la disette de disperser ses légions; les Gaulois du nord croient l'occasion favorable, et les Éburons massacrent la légion qui campait au milieu d'eux : les Asiatiques et les Nerviens en assiègent nne autre, commandée par Q. Cicéron, le frère de l'orateur. Ce digne chef fait une résistance opiniâtre, qui donfte le temps à César de venir le délivrer : le proconsul s'était Mt jour avec huit mille hommes à travers soixante mille Gaulais. Bans le même temps, Labienus, le plus habile de ses lieutenants, battait les Trévires dans le pays rémois, et dispersait les Àtuatiques et les Nerviens {53). La coalition du nord paraît dissoute , et César veut que la Gaule en- Mère avoue solennellement qu'elle se reconnaît vaincue. Il convoque à Lutèce les états de la provinee; tous y viennent , à l'exception des Sénonais , des Garantes , des Trévires et des Éburons. Mais ces peuples attaqués séparément forent accablés. Les Éburons seuls firent une viye résistance, guidés par leur chef Ambiorix, qui, voyant toute l'armée romaine réunie contre lui, dispersa ses troupes et se jeta dans la profonde forêt des Ardennes. Les Germains d'au delà du Rhin s'étaient rapprochés du fleuve
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pour donner assistance aux Trévires; César, pour les chasser de la frontière gauloise, passa le fleuve une seconde fois, mais sans pouvoir joindre l'ennemi. A son retour, il fit traquer dans les bois, par divers corps de Gaulois, l'infatigable Ambiorix; mais, soit la difficulté de la poursuite, soit le mauvais vouloir des troupes gauloises qui en étaient chargées, Ambiorix échappa à toute recherche. Dans le même temps, César fit condamner à mort et exécuter Acoo, le chef des Sénonais.
Alors la Gaule du midi s'ébranla (52), et entraîna dans son mouvement le pays tout entier. L'auteur de cette révolution était un jeune Arverne, dont le père avait exercé jadis une sorte de dictature sur la Celtique. Héritier de sa fortune, de son influence et de son ambition, le fils de Ceitille saisit une occasion honorable de ressaisir le rang que son père avait perdu ; il entraîne dans ses projets la multitude qu'il n'a cessé d'exciter contre Rome, et se fait décerner le commandement de la guerre, et le titre de Vercingétorix. Presque tous les peuples répondent à son invitation , et il se trouve bientôt à la tête d'une innombrable armée. Avant tout, il veut écraser les traîtres à la patrie; Lucterius est chargé par lui de forcer les Ruthènes à rentrer dans la ligue, tandis qu'il attaque lui-même les Bitu* riges, qui lui livrent leurs troupes; les Ruthènes, les Nitiobriges, les Gabales, donnent aussi des otages à Lucterius, qui menace déjà la Province romaine, lorsque César arrive tout à coup de la Cisalpine. Le danger était grand, et la Narbonnaise s'effrayait ; mais le proconsul rassure les esprits et met le pays à l'abri d'un coup de main. Lucterius, intimidé, recule à son tour, et laisse César franchir les Cévennes et se jeter audacieusement entre les deux armées gauloises, pour aller ravager le pays des Arvernes, le pays d'où la guerre est partie. A cette nouvelle, le Vercingétorix revient sur ses pas. C'est ce que demandait César. Laissant le jeune Brutus faire face à l'ennemi , il se rend à Vienne , prend ce qu'il y trouve de cavalerie , court à Langres où sont deux légions, réunit les troupes éparses sur la route, et recompose ainsi son armée qui, se trouvant
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dispersée au commencement de la campagne, aurait pu. être détruite légion par légion.
Mais le Vercingétorix égale le proconsul en activité; ne le trouvant plus à son retour chez les Arvernes , il poursuit son premier plan d'écraser les amis de Rome. Il attaque la "ville éduenne deGergovie; mais César a maintenant ses légions sous la main , et les villes tombent une à une sous ses coups. Déjà Vellaudunum a capitulé, Genabum est prise, pillée détruite; Noviodunum ouvre ses portes. Alors le cbef des Arvernes déclare qu'il n'y a qu'un moyen d'anéantir Farinée romaine, c'est de faire un désert autour d'elle; on l'approuve, et les villages, les fermes sont brûlées par les Gaulois eux-mêmes. Vingt villes deviennent la proie des flammes ; mais les habitants d'Àvaricum demandèrent grâce pour leur cité , l'ornement et le boulevard de la Gaule; le Vercingétorix y consentit à regret. Avarieum n'en tomba pas moins au pouvoir des légions , qui s'opiniâtrèrent avec une admirable constance. Cependant, ce succès est funeste à César, car il détermine les Édues, jusqu'alors fidèles, et du pays desquels il tirait tous ses vivres, à entrer dans la confédération gauloise. Noviodunurn, où sont les magasins et le trésor, est prise et pillée. César voit toute la Gaule en armes. Son lieutenant Labienus est pressé et presque accablé dans le nord ; il semble qu'il n'y ait plus qu'à regagner en toute hâte la Province. Au contraire, César s'enfonce audaeieusement vers le nord, et se jette au milieu de ses ennemis; il opère sa jonction avec Labienus, qui vient de se dégager par une pénible victoire, entre Lutèce et Melun, et répand partout le bruit qu'il fuit au delà du Rhin. Ce fut contre cette ruse que vint échouçr la prudence des Gaulois; ils le poursuivent et l'atteignent près du pays des Lingons. Une bataille seule pouvait sauver César ; il l'accepte avec joie. Les cavaliers gaulois avaient jaré de ne point rentrer sous leurs toits, de ne point revoir leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'eussent deux fois traversé à cheval les rangs romains ; ils tinrent parole. Le combat fut terrible; César lui-même perdit son épée dans la mêlée ; mais la tactique romaine
$*&. CH1WME. XYMl.
l'emporta* La BftdUeare partie de y armée gauloise resta sur le champ de bataille. Le Venektgétorix7 encore à la télé ta (gratte-vingt mille guerriers, vint; chercher un refuge sous le* murs de la ville forte d'Àlesia, située au haut d'une montagne. César l'y suivit et n'hésita point à assiéger cette grande ville défendue par une armée de qoatrevûigt mille hommes. U y eut là des efforts gigantesques*
Aiesia était située sur le sommet d'une colline élevée , an pied de laquelle coulaient deux rivières en sens divers» Devant la ville s'étendait une plaine d'environ trois milles de long; de tous les autres côtés, des collines peu éloignées et d'une égale hauteur entouraient la place. L'ennemi était campé au pied des murs du côté qui regarde l'orient T et avait devant lui un fossé et une muraille haute de six pieds. César fit tirer une ligne de circonvaUation de onze milles d'étendue; son camp, avantageusement situé, fat défendu par vingt-trois forts. Pendant que les Romains achevaient ees travaux, un combat de cavalerie s'engage ; les Gaulois sont mis en déroute, et ne regagnent leur camp qu'avec peine. Le Verciugétorix , profitant de ce que le&Romains n'avaient point encore achevé leurs retranchements, renvoie sa cavalerie pendant la nuit, ordonnant à chacun de retourner dans son pays pour lui ramener des renforts. Il a encore des vivres pour trente joursr et pourra tenir un peu plus longtemps en les ménageant; mais s'ils tardent à revenir, c'en est fait de lui et des quatre- vingt mille hommes d'élite qu'il commande.
César, instruit de la résolution deson<ennemi, croit devoir ajouter à ses moyens de défense et d'attaque. D'abord on creusa un fossé à angles droits de vingt pieds de largeur et de profondeur, puis deux autres de quinze pieds, dent le premier fut rempli des eaux de la rivière qu'on y détourna; Derrière ces fossés , on éleva une terrasse et un rempart de douze pieds de haut, garni d'un parapet à créneaux et de gros trooes d'arbres fourchus plantés à la jonc* tk>n du parapet et du rempart, afin d'empêcher l'ennemi démonter. Le tout est flanqué de tours placées à quatrevingts pieds l'une de l'autre.
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CÉSAR BUTS. XX» <KUJLES. 3lT
Gekuaeaui&t point enaore pmr arrêter las attaques des raulois. César alors fit creuser en avant de ses lignes un ;ouveau tassé de cinq, pieds, pois huit rangs de- fossés (KM»» profonds, dont le fond était hérissé de pieux durcis u feu, qui ne sortaient de terre que de quatre ponces, et ru'on reeouvrit de ronees et de broussailles. Tous ces traaux, César les fit répéter du côté de kt campagne dans me étendue de quatorze milles, pour se mettre à l'abri Les attaques du dehors. Et pour de pareils prodiges , César t'eut besoin que d'un mois et dé soixante mille hommes. Cependant, la Gaule entière s'était levée à la voix du /arcingétorix. Huit mille cavaliers, deux cent quarante oHbR fantassins accoururent an secours d'Alesia. Mais les tffoito réunis des assiégés et de leurs auxiliaires sont impuissante; trois cent mille hommes vinrent se briser contte es retBanehaments de César et le courage des légions. L* Vencingétorix , Famé de cette guerre , voyant qu'il faut »éder au sort r se couvre de ses plus belles armes, sort de la vAHe sur un cheval- magnifiquement enharnaché, et après l'arroir fait caracoler autour de César, qui était assis sur son tribunal y il met pied à terre, se dépouille de toute son armure , et va s'asseoir en silence aux pieds du général romain , qui le remet à ses soldats pour servir d'ornement à sontriomphe*
Ce fut le dernier effort de la Gaule : il y eut bien encore des résistances partielles qui éclatèrent l'année suivante (51); mais elles n'eurent rien de sérieux. L'indépendance gautota avait décidément péri sons les murs d'Alesia. Pour éviter que ces résistances isolées se prolongent , César les punit avec la dernière sévérité. Les habitants dlUxellodunum ayant été pris d'assaut, César fait couper le poing à tous les prisonniers», et les disperse par toute la Gaule. Le pays des Trévires et des Éburons fut encore une fëis ravagé; les Bitariges et les Carnutes, qui avaient remué, firent leur soumission; les Bellovaques furent également contraints à fléchir sous le Joug. Enfin la révolte de V Aquitaine fut réprimée; et la soumission des Atrébates fut le dernier acte de la guerre des Gaules.
3l2 CHAPITRE XIX.
Dès lors César changea de conduite à l'égard des vaincus ; il ne parut plus occupé qu'à fermer les blessures faites par là victoire. Il employa le dernier hiver qu'il passa an delà des Alpes (50) à parcourir l'une après l'autre les cités gauloises. Point de confiscations, de colonies militaires; aucune mesure violente. Il leur laissa toute liberté dans leur gouvernement intérieur, ne leur demandant qu'un impôt de quarante millions de sesterces , qui encore fut déguisé sous le nom moins humiliant de solde militaire. Les meilleurs guerriers de la nation entrèrent même dans ses troupes, formèrent la légion de YAlauda, qui lui rendit tant de services durant la guerre civile. Ce ne fut pas tout : il enrôla, à titre d'auxiliaires, des corps choisis dans les différentes armes où la Gaule excellait, de l'infanterie pesante de la Belgique, de l'infanterie légère de l'Aquitaine et de l'Arvernie, des archers ruthènes , etc. Les ailes de ses légions se composèrent presque uniquement de cavalerie tirée de l'une et de l'autre province transalpine. Aussi ce ne fut pas seulement, comme on l'a dit, avec l'or des Gaulois qu'il conquit Rome, mais aussi avec leurs armes ; car les vétérans gaulois payèrent de leur sang toutes les victoires du dictateur sur les Pompéiens.