‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 72 sur 157 · GUERRE CIVILE! —DICTATURE DE CESAR. — SA MORT · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE! —DICTATURE DE CESAR. — SA MORT

I. GUERBE CIVILE ENTRE CESAR ET POMPEE. — GUERRE D' ESPAGNE BATAILLE DE PHARSALE.

« La politique n'avait pas permis qu'il y eût des armées auprès de Borne; mais elle n'avait pas souffert non plus que l'Italie fût entièrement dégarnie de troupes. Gela fit qu'on tint des forces considérables dans la Gaule cisalpine, c'est-à-dire dans le pays qui est depuis le Rubicon, petit

RETOVfi DE CÉSAR. 3j3

fleuve de la Romagne, jusqu'aux Alpes. Mais pour assurer la ville de Rome contre ces troupes , on fit le sénatus-consulte que l'on voit encore gravé sur le chemin de Rimini aj]esène, par lequel on dévouait aux dieux infernaux et l'on déclarait sacrilège et parricide, quiconque avec une armée, avec une légion, avec une cohorte, passerait le Rubicon1.»

César n'en était plus à s'inquiéter de légalité ; cependant lorsqu'il arriva sur les bords du fleuve avec ses cinq miHe fantassins et ses ceut cavaliers , il hésita un instant ; mais bientôt : « Le sort en est jeté, » dit-il , et il franchit cette étroite et terrible barrière, derrière laquelle il devait trouver einq années de guerre civile, la dictature, le pouvoir absolu et la mort(49). Lorsque cette nouvelle parvint à Rome le sénat en corps se rendit précipitamment auprès de Pompée. On lui demanda quelles étaient ses forces : il répondit deux légions, celles que César lui avait renvoyées, et les nouvelles levées, qui pourraient promptement fournir trente mille hommes. « Tu nous as trompés, » s'écria un sénateur, et il proposa d'envoyer des ambassadeurs à Gesar. «Frappe donc du pied, lui dit un autre , il en est temps a ; » mais l'activité de César ne donnait pas même le loisir de la réflexion. A peine a-ton reçu la nouvelle du passage du Rubicon , qu'on apprend qu'il est entré à Ariminium, qu'il est en Toscane, qu'il s'avance sur Rome La frayeur {bt extrême; Pompée , suivi des consuls et du sénat , se dirigea vers la Campanie.

Peu de jours après, César entra dans Rome; il traita avec douceur ceux qui étaient restés. Déjà on pouvait voir qu'il n^ aurait pas de proscription pour les vaincus. Labienus, un de ses plus habiles lieutenants , l'ayant abandonné, il lui renvoya, sans en rien retenir, son argent

* Montesquieu. —La fuite des deux tribuns Crassus et Antoine refaite à quitter Rome, déguisés en esclaves , pour chercher un asile dans te camp de lpur patron, avait décidé César, dont les partisans étaient nnsi proscrits, à ne plus garder de mesure; d'ailleurs la présence de ces tribuns au milieu de son^armée semblait légitimer son entreprise

* Pompée avait dit, en apprenant leretour de César, qu'il lui suffirait Je frapper la terre du pied pour en faire sortir des légions.

HIST. ^DM. là

3l4 CBA?IX»B XJX»

et ses équipages. Domitius, qui défendait Corûoiam, set rendit à lui et en fat bien reçu. Cette clémence lui était presque aussi utile que son activité; elle lui gagna les troupes de Domitius et les nouvelles levées faites pour Pompée. A Rome, il eut besoin d'argent ; le tribun Metellus ayant voulu l'empêcher de toucher au trésor public, César, pour la première fois, fit entendre des paroles de colère. Il le menaça de le tuer, ajoutant qu'il Jui étaitmoins difficile de le faire que de le dire. Cet argent était celui qu'on tenait en réserve depuis les invasions gauloises, dans la crainte d'un nouveau tumulte, « Cet or, dit César, est « inutile, puisque par ma conquête j'ai rendu impossible « le danger qu'il était destiné à prévenir ; » et il fit briser à coups de hache la porte du trésor. Après quelque temps de séjour à Rome , il se mit à la poursuite de Pompée , afin de le chasser d'Italie avant que les troupes qu'il attendait d'Espagne arrivassent. Pompée s'était emparé de Brundusium, moins pour s'y arrêter qu'afin d'avoir une ville et un port où il pût réunir ses forces pour les diriger sur Dyrrachium; car il avait résolu de transporter la guérie en Grèce. César et Cicévon lui-même ne comprirent rien à ce départ précipité. Soixante jours avaient suffi pour la conquête de l'Italie. César aurait dû se mettre sur-le-c&amp à la poursuite de Pompée ; mais il n'avait pas de vaisseaux. Lui laissant donc tout loisir de réunir ses moyens de défense, « Je vais, dit-il , combattre une armée sans général ; « je combattrai ensuite un général sans armée : » il parlait des sept légions que Pompée avait en Espagne.

Lorsque Pompée avait poursuivi au delà des Alpes les restes de l'armée de Lepidus , il avait exécuté flans la Province de grands changements , proscrit les uns, enrichi les autres ; une ville surtout avait été l'objet de ses laveurs : Marseille n'avait eu qu'à se louer de la conduite de Pompée à son égard. Aussi en garda- t-eile le souvenir,, et quand éclata la guerre civile , Marseille , toute pompéienne de coeur , prétendit , à l'arrivée des Césarieos , rester neutre entre les deux partis. Pompée en effet [était trop loin pour la secourir ; mais César ne s'y trompa pas 9

CÉSAR EK B&BAGNE. 3x5

11 connaissait- les dispositions de la ville , et cette cité était trop importante pour qu'il laissât derrière lai ce foyer de résistance. 11 la fit assiéger par Trebonius , puis franchit tes Pyrénées pour aller combattre les légions de Pompée. Tétaient les meilleures troupes de son rival, de vieux sollats depuis longtemps sous les armes, mais qui pendant eur long commerce avec les Espagnols avaient oublié quelques-uns des usages de la tactique romaine. Leurs îhefs étaient dévoués à Pompée, ce qui rendit la guerre lifficile.

César allait si rapidement qu'il n'amenait jamais avec lui qu'une pallie de ses troupes. D'ailleurs il était obligé de combattre en nlusieurs endnoHs différents; son habileté toutefois suppea au nombre. Les Pompéiens furent attirés lana un pays difficile où ,les vivres n'arri vaientque péniUemewt Les Césariens e«x^»éi»es souffrirent de la famine ; nais il y avait longtemps qu'ils y étaient habitués. Par les adroites manœuvres de César, l'armée pompéienne fut enveloppée de toutes parts ; les communications furent wupées , les convois enlevés. Il fallut bientôt capituler. D'ailleurs César employa le moyen qui avait si bien réussi à SyUa, au commencement de la guerre civile. Ses soldats gagnèrent £eux de l'ennemi. Lés légionnaires de Petreius et d'Afranius contraignirent leurs chefe à se rendre. César renvoya les généraux et les officiers , et garda les soldats. Ce traité lui donna l'Espagne citérieure. Un autre générai pompéien , Varron , était , avec deux légions , dans l'ultérieure. César ne se donna même pas la pâme de le crnubattre. Il attira à lui Tune de ses légions ; trop faible pour résister avec l'autre , Varron mit bas les armes.

A son retour par la Gaule, César acheva le siège de ftlaistiile , qui avait été soutenu par les habitants avec m grand courage. Il était temps qu'il revint vers le eenfcre de l'empire. Plusieurs de ses lieutenants, Dolabella , Antonius , avaient été vaincus. Curioo venait d'être tué en Afrique par Tarins et Juba , après avoir soumis rapidement la Skite et la Sardaigae. Enfin une de ses lé-

3l6 CHAPITRE XIX.

gtons s'était révoltée. Le regret du reste vint bientôt , et la mort de douze des plus mutins fit rentrer les autres dans le devoir.

A Rome , on le proclama dictateur; mais depuis Sylla ce titre déplaisait ; César ne le garda que quelques jours, que le temps nécessaire pour rendre plusieurs édits qui devaient lui assurer des partisans. Il rappela les bannis, Milon excepté , rétablit dans tous leurs droits les enfants de ceux qui avaient été proscrits par Sylla , et déchargea les débiteurs d'une partie des intérêts de leurs dettes. Après quelques autres ordonnances semblables, il abdiqua au bout de onze jours la dictature , et se nomma lui-même consul avec P.. Servilius Vatia Isauricus. Puis il partit pour Brindes et ne s'occupa plus que de la guerre.

Il n'avait sous la main que six cents cavaliers et cinq légions. On était au commencement de janvier (48) ; la mer était difficile; la côte opposée, stérile, couverte d'ennemis ; il y avait de quoi arrêter le plus hardi. César cependant partit, traversa la mer Ionienne , s'empara d'Oricum et d'Apollonie , et renvoya les vaisseaux de transport pour ramener en toute hâte le reste de ses troupes. Mais la flotte pompéienne et les orages fermaient le passage ; César, fatigué de rester à Apollonie sans rien entreprendre, à cause de la faiblesse des troupes qu'il avait avec lui , voulut un jour aller chercher lui-même son armée. A l'entrée de la nuit, il se déguisa en esclave, monta dans une barque, et descendit PAoûs. Quand il fut arrivé à l'embouchure, il s'éleva un vent si violent que les vagues refoulèrent les eaux du fleuve. Le patron de la barque ne put se résoudre à franchir cette barre dangereuse , et voulut retourner en arrière. «Que crains- tu? lui dit son passager, tu portes « César et sa fortune. » On fit de nouveaux efforts , mais la tempête était trop violente ; il fallut mettre pied à terre. Bientôt Antoine , trompant la vigilance de Bibulus , arriva avec les troupes de Brindes. Aussitôt César marcha contre le camp de Pompée.

Celui-ci avait rassemblé les forces les plus considérables. Sa flotte comptait cinq cents vaisseaux de guerre et une

Page 1