LES ORDURES MENAGERES GADOUES
(roù le rondier les })reiid pour les remettre au seuil de la maison. A Zurich, on emploie un tombereau système Ochsner (fig. 62)
Fig. 01. — Cliarrettes métalliques pour le service de l'enlèvement des ordures
ménagères à New-York.
qui est excellent. Un système analogue a été adopté à Vichy, à Villeurbanne, (Rhône), etc. Les collecteurs des maisons] doivent,
Fig. 62.il — Collecte des ordures ménagères à Zurich : camion portant trois caisses combinées pour le chargement direct des ordures dans les fours Horsfall.
pour l'usage de ces tombereaux, être de mêmes dimensions et fermés par un couvercle à coulisse. Pour les vider, les ouvriers les
renversent sur le bord du couvercle du tombereau, et les poussent d'avant en arrière. Cette manœuvre fait ouvrir simultanément boîte et tombereau et le mouvement inverse provoque leur fermeture automatique. La figure 62 montre des caisses combinées pour le chargement direct des ordures dans les fours Horsfall, destinés à leur incinération. Strasbourg. Mulhouse et nombre de villes allemandes possèdent des voitures analogues à celles de Zurich. Le système rie Kiel consiste à enlever directement les baquets à ordures (chaque voiture peut en recevoir 44) qui sont vidés à Tusine et désinfectés. Ce mode de transport, parfait au point de vue hygiénique, est coûteux.
Depuis près de deux ans, la, ville de Boulogne-sur-Seine, a mis en service des tombereaux .entièrement métalliques, d'une contenance de 4 mètres cubes, fermés hermétiquement par une tôle qui comporte une série de trappes s'ouvrant à l'aide de glissoires (fig. 63).
Les ordures sont entassées dans chaque ménage, dans des boites spéciales à base rectangulaire et que bouchent hermétiquement des couvercles à glissoires.
Lemployé soulève la boîte, la place sens dessus dessous, entre deux des réglettes, posées sur la toiture du camion, la pousse devant lui et la ramène. Ce simple mouvement a pour elTet d'actionner simultanément le couvercle de la boîte et la tra]q)e du tombereau, cette trappe et ce couvercle, se refermant pendant que l'employé ramène la poubelle en arrière.
On a justement préconisé pour lenlèvement des gadoues, la traction automobile. Celle-ci aurait le très grand avantage de permettre Tenlèvement rapide des gadoues, chaque voiture, pouvant contenir jusqu'à 00 mc^ et pouvant faire plusieurs voyages dans la matinée. Le moteur sert, à larrèt, à actionner un montecharge pour les caisses des maisons, mais évidemment une pareille voiture automobile ne j)eut être utilisée que si le dévcîrseinent se fait dans une usine spécialisée.
Fig. 63. — Tombereau métallique de Boulognesur-Seine.
LES OUDURES MÉNAGÈKES ((JADOUES) 317
La ville de Liverpool utilise, depuis quelques lenq)s, des wagons automobiles à va])eur (jui portent uue charge de A tonnes. Grâce à des dispositifs spéciaux, ces wagons peuvent être utilement mis à profit, en dehors des heures de collecte pour (fautres opérations
Fig. 64. — Camion à avant-train électrique pour le service du nettoiement de
la ville de Nancy.
de voirie : arrosage des rues et projection de gravier. Paris (fig. 65), le Havre, Nancy (fig. 64), utilisent aussi actuellement la traction automobile.
Quanta l'utilisation des tramways, pour le transport des gadoues
Fig. G.'). — Camion à avant-train électrique adopté par la ville de Paris pour l'enlèvement des ordures ménagères.
pendant la nuit, elle n'a pas encore été mise en pratique en France. M. Vincey avait fait en 1902 un projet pour Paris.
S'^ Destruction et utilisation des ordures ménagères. — d)\Chiffonnage. — Nous avons déjà signalé (p. 314) le danger du privilège des chiffonniers, qui dispersent, sur la voie
publique, une partie du contenu des poubelles. En outre, les matériaux, ainsi triés par les chiffonniers, sont employés, sans stérilisation, et peuvent constituer un danger au point de vue industriel.
b) Décharges. — L'envoi aux décharges publiques et leur utilisation, pour combler les excavations du sol, pratiquées dans beaucoup de villes, présentent des dangers, en raison des odeurs qui peuvent se dégager et des risques de contamination des nappes aquifères. Ces dépôts doivent être interdits.
c) Rejet à la mer. — En principe, ce procédé est excellent, mais pour qu'il puisse donner de bons résultats, il est nécessaire d'abord que les conditions de la navigation permettent, en tout temps, d'évacuer, le jour même, la collecte du matin, en second lieu que le régime des vents et des courants marins soit tel que les ordures ne puissent être rejetées sur la côte. Ce système est pratiqué dans nombre de villes, New-York, Liverpool, etc. A Nice, les ordures sont emmenées, tous les deux jours, à l'aide d'un chaland qu'un petit remorqueur traîne jusqu'à environ 8 kilomètres du rivage. Mais les ordures reviennent souvent vers la côte de la baie des Anges, le long de la promenade des Anglais. Aussi, la ville cherche une autre solution à la question des gadoues.
d) Utilisation agricole. — C'est le mode le plus ancien de destruction des ordures ménagères, et encore le plus général.
1" Gadoues vertes. — Les gadoues vertes., mises en tas, sont soumises à une fermentation de quatre à cinq mois et transformées en gadoues noires, qui constituent un engrais passable.
A première vue, ce mode d'utilisation semble simple et parfait. Il présente cependant de graves inconvénients. Pour les employer au mieux, il faut leur faire subir un triage, qui les débarrasse des sjubstances inutiles ou même nuisibles aux champs (pierres, verre, métaux, etc.). Cette opération est une complication, au point de vue économique, et un danger au point de vue hygiénique.
L'utilisation presque sur place n'est possible que pour les petites agglomérations, elle devient beaucoup plus compliquée quand il s'agit d'un grand centre. La quantité de gadoues à enlever et à utiliser devient tellement considérable, qu'on ne sait ni où ni comment les utiliser. On est obhgé de les transporter. Biuxelles, Anvers, Amsterdam ont organisé des transports par bateaux. Paris, Berlin ont obtenu des administrations des chemins de fer des tarifs inférieurs à ceux de toute autre marchandise. Marseille, grâce également à un tarif de transport spécial très peu élevé,
LES ORDURES MÉNAGÈRES (gaDOUËs) 311)
évacue les gadoues dans les plaines de la Grau. Souvent le })iix devient un obstacL^ à la vente et, en temps d'épidémie, aucune contrée ne veut recevoir les ordures ménagères provenant d'une ville contaminée, d'où encombrement.
2^ Gadoues broijées. — Les gadoues, après triage des substances dures (pierre, métaux, boites métalliques, etc.) qui a l'avantage de supprimer le chitïonnage sur la voie publique, sont finement broyées dans des broyeurs-malaxeurs à vapeur, dont le combustible est constitué par une partie même de ces gadoues. Les ordures ménagères ainsi broyées sont alors un peu moins putrescibles, plus maniables et d'une meilleure utilisation, pour l'agriculture. La première usine de broyage a été créée, en 1896, à Saint-Ouen par la Société des Engrais complets, qui a, depuis, installé deux usines similaires à Issy-les-Moulineaux et à Romainville. L'opération comporte quatre phases : 1° déversement par les tombereaux des ordures ménagères dans de vastes fosses pouvant renfermer la production quotidienne; 2'' transport de ces gadoues par une toile sans fin, sur laquelle se fait le triage; 3" broyage dans des broyeurs-malaxeurs, actionnés par des machines à vapeur, brûlant une partie des gadoues ; 4° tamisage qui sépare une partie fine (poudre de gadoue), seule offerte à l'agriculture, d'un refus qui est brûlé.
Ce système serait excellent si l'on pouvait trouver, tous les jours, le débouché agricole de ces gadoues broyées. Malheureusement, rien n'est plus inégal. A Paris notamment, l'écoulement dépend des besoins des agriculteurs du Nord.
3° Gadoues broyées et desséchées. — On a perfectionné le système précédent, en desséchant et en stérilisant les gadoues broyées. Celles-ci sont amenées au sommet d'une cheminée à l'origine d'un chemin hélicoïdal qu'elles parcourent, de haut en bas, pendant que de Fair surchauffé monte de bas en haut. Arrivées en bas, les gadoues sont transformées en une poudre sèche, noire, à peine putrescible. Elles sont alors mises en sac, pourront être conservées et écoulées, au fur et à mesure des commandes. Ce système qui a été adopté par la ville de Toulon est excellent, au point de vue hygiénique, mais il est douteux que la vente de ces engrais, surtout si les usines se multiplient, soit suffisante pour le succès économique des sociétés qui l'exploitent.
e) Traitement "par la vapeur. — Les ordures ménagères sont soumises dans des lessiveuses de 45 à 50 m^, à une cuisson à 150°,
avec de Feau. Des lessives, il serait possible d'extraire des graisses. De plus, les matières solides, laissées dans les lessives, seraient séchées, puis vidées dans un transporteur horizontal, entre deux haies de chiffonniers trieurs qui y retrouveraient des métaux, os, chiffons, etc., dont le rendement serait assez important. Le reste, enfin, constituerait de Fengrais. D'après M. Berges, le protagoniste du procédé, ce traitement des ordures ménagères donnerait un bon rendement, au point de vue économique, et il n'existe pas d'objection au point de vue hygiénique.
En Amérique, on traite également par la vapeur les épluchures de légumes et les déchets de viande des ordures ménagères, après triage préalable des cendres d'une part, et des papiers, déchets de bois et cuirs, vaisselle cassée, balayures, chiffons, vieux métaux d'autre part (procédés Arnold, Merz, elc). On en retire des matières grasses vendues aux savonneries et stéarineries et le résidu est utilisé comme engrais. Ces procédés sont inférieurs au précédent, au point de vue hygiénique, en raison du triage des ordures, avant les autres opérations.
f) Incinération. — C'est d'Angleterre que sont venus en Europe les moyens de se débarrasser, par incinération, des ordures ménagères. On le comprend aisément quand on envisage, d'une part, la composition des gadoues de la plupart des grandes villes anglaises, très chargées d'escarbilles, à cause du bon marché du charbon, de la nourriture des Anglais qui comprend peu de légumes verts, d'autre part l'abandon, de plus en plus accentue, de la culture maraîchère dans ce pays. Depuis, l'incinération des ordures ménagères a reçu de très larges applications à l'étranger, notamment en Belgique, en Allemagne et en Autriche.
Lors des premiers essais d'incinération, on pouvait se demander si les ordures ménagères seraient, partout et en toutes saisons, capables de brûler d'elles-mêmes, sans addition de combustible. L'expérience des quinze dernières années a répondu par l'affirmative. Avec les fours modernes avec tirage forcé, les ordures sont auto-combustibles; elles possèdent même une puissance calorifique assez importante pour que la chaleur, récupérée au moyen de générateurs à vapeur, puisse devenir une source de bénéfices compensant et au delà les frais de l'incinération.
En ce (}ui concerne les fours (incinérateurs Heenan, iMeldrum, Horsfall, Herbertz, etc.), les particularités de chaque type soûl sans influence sur son efficacité technique, quant à l'incinéralion
LES ORDURES MÉNAGÈRES (gADOUEs) 321
effectuée et complète des gadoues et sur Thygiène des opérations.
Ce sont les dispositifs adoptés pour la réception et Femmagasinage des gadoues, pour le chargement des fours, pour Tescarbillage et pour l'élimination des scories, qui constituent les caractéristiques hygiéniques de chaque usine en particulier.
Le chargement des fours s'effectue par le haut ou par le bas. Dans le premier cas, les ordures ménagères sont introduites par un orifice pen^é dans la voûte et tombent de haut en bas sur la grille de combustion. Le chargement s'elTectue soit à la pelle, soit par des procédés mécaniques.
Dans le second cas, les gadoues sont enfournées, soit par la porte unique qui sert à la fois au chargement et à Tescarbillage, soit par une porte spéciale, ménagée à Farrière. Le chargement par le bas se fait toujours à la pelle.
Il faut, comme nous Tavons dit, réaliser des températures élevées au moyen d'un tirage forcé. Tous les fours incinérateurs comportent donc un système de ventilation, généralement par ventilateurs centrifuges, destiné à amener sous les grilles un courant d'air intense. Souvent, on associe à l'air insufflé, un peu avant le moment où les scories doivent être retirées des grilles, une certaine proportion de vapeur. L'effet de celle-ci est de rompre ou tout au moins de diminuer l'adhérence des grilles rougies aux scories, ce qui facilite l'escarbillage.
L'incinération résout la question des gadoues, d'une façon à laquelle les hygiénistes ne peuvent que donner leur adhésion sans réserve. Au point de vue économique, grâce à l'utilisation des sous-produits, on peut, non seulement récupérer les déj)enses, mais faire même des bénéfices. En somme, au point de vue hygiénique, l'incinération des gadoues est évidemment le procédé idéal, mais la principale objection à lui faire au point de vue municipal, c'est que le système est fort coûteux et comme installation d'usine et comme fonctionnement. En outre, on peut lui reprocher de détruire les ordures, sans aucun profit pour l'agriculture; cette perte n'est habituellement pas compensée par les sous-produits, destinés à l'industrie.
En France, ce procédé a été adopté notamment par la ville du Havre, dont la situation géographique ne permettait pas d'autre utilisation des gadoues. Villeurbanne (Rhône) vient également d'adopter l'incinération.
Voir p. 505, le système Bréchot qui permet de détruire par
CouHMONT. — Précis d'hygiène. 21
le teu tous les détritus (urines, matières fécales, gadoues, pansements, etc.), d'un hô})ital.
g) Conclusions. — En France, tout au moins, Tulilisation agricole, malgré ses imperfections, au ])oint de vue hygiénique, est ce qu'il y a de plus pratique pour les petites agglomérations. Quant aux grandes villes, elles doivent donner la préférence à Tincinération, en utilisant, bien entendu, les sous-produits.
Mais la destruction des gadoues restera toujours pour les municipalités un problème difficile à résoudre, étant donné le coût des installations perfectionnées. A Lyon, par exemple, où toutes les gadoues sont données à des agriculteurs et ne coûtenl donc rien comme destruction, le simple enlèvement revient annuellement à 379 693 fr. (1912).