CHAPITRE XVII LES ORDURES MÉNAGÈRES (GADOUES
Les ordures ménagères ou gadoues sont les résidus solides de la vie domestique : résidus de cuisine, cendres des fourneaux, débris divers (chiffons, papiers, ustensiles hors d'usage), etc., à l'exclusion des déchets de Findustrie et du bâtiment, ainsi que des cendres provenant des foyers industriels. On y ajoute parfois le produit du balayage des rues.
Leur quantité^ variable avec les saisons, la nourriture ordinaire des populations, leur mode de chauffage, etc., est, en moyenne, dans les grandes villes de 600 à 700 g., par habitant et par jour, (Paris : 770; Lille : 630; Nancy : 800; Zurich : 630; Londres et sa banlieue : 830; Berlin : 370 en été et 584 en hiver).
Leur densité^ est, en moyenne, de 600 kg. par m. c. Les cendres la rendent plus forte en hiver (à Paris, 657 en hiver, contre 486 en été).
Leur composition est également très variable, suivant les saisons et les latitudes. Pendant Thiver et dans les pays du Nord, les matières combustibles (charbons incomplètement brûlés, bois, papier, etc.) y sont prédominantes. Pendant Tété et dans les pays méridionaux, les foyers moins actifs fournissent moins d'escarbilles, mais les cuisines donnent plus de déchets de légumes et de fruits : la proportion d'eau y est plus considérable. A Paris, les ordures ménagères, prises dans les tombereaux, contiennent, d'après Girard et Miinlz, 32,4 p. 100 de matières organiques, 59,3 p. 100 de parties fines, passant à la claie, et 8.3 j). 100 de pierres, verres, porcelaines, etc. Comme substances fertilisantes, on trouve, par tonne, 3 kg. 700 d'azote, 4 kg. 100 d'acide phosphorique, 4 kg. 20 de potasse et 25 kg. 700 de chaux.
La proportion notable des matières organiques, au moins dans nos pays, fait, des ordures ménagères, un milieu extrêmement fermentesrihle et très favorable à la multiplication des bactéries
LES ORDURES MÉNAGÈRES (gADOUEs) :U 3
|)athogènes. Au bout de quelques jours, le voisinage d'un tas de gadoues, entré en fermentation, devient intolérable.
Étant donnée cette grande quantité de gadoues, déversée journellement sur la voie publique, étant donnée leur grande putrescibilité, le problème de renlèvement et de la destruction des gadoues est une des plus grandes préoccupations des municipalités.
1" Collecte des ordures ménagères. — Celte première opération incombe aux habitants des maisons. Dans chaque ménage, les ordures ménagères doivent être recueillies dans une boîte métallique étanche en tôle galvanisée, d'un nettoyage facile, et munie d'un couvercle qui empêche rac('ès des mouches. Si l'immeuble a plusieurs logements, les boîtes de chaque ménage sont vidées, chaque soir, dans une boîte commune, placée dans la cour. Ces boîtes placées le matin par le concierge de la maison sur le trottoir, seront vidées ou enlevées par des voitures.
A Paris, l'arrêté de 18S4 du Préfet Poubelle a imj)Osé aux concierges de déposer, au moment où ils ouvrent la porte cochère de la maison, un récipient en tôle galvanisée portant le nom de la rue et le numéro de l'immeuble. A Lyon, un arrêté du maire en date du 27 octobre 1910 a obligé les propriétaires à posséder des poubelles d'un modèle uniforme avec couvercle, mettant la gadoue à l'abri du vent, des chiens et des chiffonniers. Dans la plupart des villes françaises, le règlement municipal exige actuellement l'emploi de récipients analogues et fermés.
En 1908, la ville de Charlottenbourg a confié, pour une durée de quinze ans, à une société particulière, le soin de l'enlèvement des ordures ménagères avec le pouvoir d'exiger des habitants qu'ils fassent chez eux, le triage des ordures en trois lots : l'un comprenant les résidus de cuisine, os et déchets de nourriture; le second les cendres et balayures; le troisième enfin, les chiffons papiers, boîtes de fer-blanc, débris de vaisselle et verre. Des récipients et un sac, ce dernier interchangeable, pour le troisième lot, sont fournis aux habitants qui doivent verser chaque lot dans des coffres spéciaux à trois compartiments, placés dans les cours des habitations. Ces coffres sont vidés trois fois par semaine. Voir plus loin (p. 315) le modèle des boîtes à ordures, qui sont enlevées elles-mêmes par des voitures spéciales et remplacées à mesure par un second jeu de poubelles semblables. Si ce procédé n'était pas coûteux et ne nécessitait pas l'emploi d'un grand nombre de voitures spéciales, il serait évidemment le plus recommandable au
point de vue hygiénique, puisque la poubelle ne serait pas ouverte pendant son transport à l'usine.
Le chiffonnage (triage dans les poubelles de tout ce qui possède une valeur marchande : linges, papiers, étoffes, pain, métaux, etc.), dispersant une partie des ordures ménagères sur la voie publique, a de multiples inconvénients et devrait être interdit. Mais, il est extrêmement difficile, en pratique, de procéder à cette interdiction car, dans bien des villes, ce syndicat des chiffonniers exerce un droit qui lui est reconnu par traité, n'arrivant à expiration que dans un grand nombre d'années.
On parait s'être très peu préoccupé, jusqu'à ce jour, dans la plupart des grandes villes, du lavage et de la désinfection des poubelles. Cependant la ville de Kiel l'assure d'une manière rigoureuse. Les récipients enlevés avec leur contenu, sont transportés à l'usine où des femmes les lavent à grande eau phéniquée.
2° Transport des ordures ménagères. — La municipalité doit l'assurer.
Le plus ancien mode d'enlèvement et d'évacuation est la voiture de l'ânier chargée à la pelle et le tombereau ouvert avec hausses mobiles de son successeur, le rondier. Ce procédé doit être condamné, car il est une cause de souillure de la rue et de dissémination de poussières bacillifères. Il est cependant le seul encore en usage dans nombre de villes de France.
Depuis quelques années, grâce aux exemples venus de l'étranger, d'Allemagne et de Suisse en particulier, les grandes cités françaises adoptent peu à peu des modèles de voiture hygiéniques.
A Paris, on utilisait, jusqu a ces derniers temps, la voiture Rivière dont le vidage se faisait par acculement. Elle était fermée par deux panneaux, formant couvercle, mobiles autour de charnières portées sur les montants des deux grands côtés de la voiture; cette voiture n'était pas parfaite, mais constituait un réel progrès.
A New-York, on emploie des charrettes métalliques, à couvercle également métallique, qu'on décharge par acculement (fig. 61).
A Lyon, la voiture Meunier permet de vider les poubelles sans qu'il s'échappe de poussières. Les baquets à ordures pleins sont placés sur une plate-forme à l'arrière de la voiture et soulevés par un mécanisme analogue aux chaînes à godets, mis en mouvement au moyen d'une manivelle. Ils déversent leur contenu dans Tintérieur du tombereau couvert et sont ramenés vides sur la plate-forme