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H. — PROPHYLAXIE

La prophylaxie de la fièvre typhoïde ne nécessite pas de mesures inlernalionales, les épidémies étant toujours locahsées et Tendémie étant partout.

1° Mesures générales pour diminuer l'endémie et éviter Tépidémie. — C'est de Vhygiène communale défensive. Elle consistera à :

; a) Protéger Veau potable. — Voir à ce sujet le chapitre xix, •-^ p. 358. L'eau de consommation publique devi-a être, soit bien protégée, s'il s'agit d'une eau de source, soit convenablement stérilisée. La surveillance médicale des régions d'où proviennent les eaux de sources, telle qu'elle existe à Paris, a donné de bons résultats, mais nous paraît insuffisante. Gomment connaître tous les cas de fièvre typhoïde (malades non soignés, formes frustes, erreurs de diagnostic, etc.), et surtout les porteurs de germes? Toute eau de source, exposée aux souillures, sera un jour l'occasion d'une épidémie typhique.

/ L'application des règlements qui interdisent les puits superfi- ' ciels et situés au voisinage des waler-closets ou des fosses à purin, est un élément important de ])rophylaxie antityphique.

h) Evacuer convenablement les eaux souillées. — C'est tout le chapitre xviii, p. 323, sur les Egouts, les Eosses, les Eaux

ménagères , elc. L'épandage humain devrait èlrc absolument interdit sur les jardins maraîchers (p. 348).

c) Surveiller les alimenls. — Voir, chap. cxxxii, la surveillance du lait. En réalité, les épidémies typhiques provenant du lait n'existeraient pas si le lait était consommé cuit; le lait cru est toujours dangereux Une réglementation sévère devrait exister sur la production maraîchère de tous les légumes qui se consomment crus. Nous avons vu qu'il était indispensable de surveiller les parcs ostréicoles et la vente de ces mollusques (p. 556).

d) En résumé^ toutes les notions d'hygiène générale sur les eaux., les matières usées, les alimenls., etc., permettront de diminuer l'endémie et d'éviter les épidémies.

2*^ Campagne antityphique allemande. — C'est de u prophylaxie offensive. Elle fut proposée par R. Koch, en 1902. Elle repose sur la contagion directe (p. 557) et Texistence des porteurs de germes. Une station de recherches fut instituée à Trêves, sous la direction de Frosch, Conradi, von Drigalski, Jurgens. Douze laboratoires furent créés dans douze villes du district de Trêves et de l'Alsace-Lorraine pour rechercher les bacilles dans le sang et dans les excrétions des malades, pour faire des séro-diagnostics, des analyses d'eaux; l'étude épidémiologique était menée concurremment. Tous les malades, les porteurs de germes, étaient isolés, les excrétions désinfectées. Des médecins d'arrondissement, nommés au concours, ne faisant pas de clientèle, s'occupaient de ces soins. Le médecin traitant leur envoyait la déclaralion (obligatoire); si le résultat des examens était positif, une déclaration officielle était faite à la police; une enquête spéciale à domicile suivait. Les typhiques hospitalisés ne sortaient que lorsque l'examen des selles avait été trois fois négatif. Pareille organisation ne peut être acceptée qu'en Allemagne. Elle n'a d'ailleurs pas donné des résultais extrêmement appréciables. La fièvre typhoïde a diminué (de 1/3 environ) dans la région ainsi surveillée, mais pas notablement plus qu'ailleurs.

3'' Mesures en temps d'épidémie ou dans une ville à endémie continuelle. — Ce sont des mesures individuelles. On peut les formuler ainsi : faire bouillir l'eau potable; s'abstenir de légumes crus (salade) ; s'abstenir de certains fruits facilement contaminables, comme les fraises ; se laver soigneusement les mains avant de manger. En un mot, n'avaler cru aucun aliment pouvant être souillé.

4° Mesures autour du typhique. — La déclaration et la désinfection sont obligatoires (loi de 1902, p. 37). La fièvre typhoïde est certainement la maladie où la déclaration doit être le plus hâtive.) pour permettra très rapidement la désinfection en

coiu's de maladie. Il s'agit d'empêcher la dissémination des bacilles d'Eberlti pendant une infection qui dure plusieurs semaines. En outre, les bacilles lyphiques des selles sont encore 2)lus nombreux au commencement quà la fin de la maladie (p. 560). Dès que la déclaration sera parvenue au poste de désinfection, celui-ci organisera la désinfection des selles, des urines, du linge, comme il a été expliqué au chapitre xxxiii, p. 526. Les lessiveuses pour ébouillanter le linge seront spécialement utiles dans la fièvre typhoïde Le malade sera isolé autant que possible, et les personnes pénétrant dans la chambre prendront les précautions classiques (p. 525). On recommandera tout spécialement aux personnes de l'entourage de se laver soigneusement les mains, et notamment avant les repas.

Tous les typhiques devraient être soignés à ihôpital, comme cela se fait dans les pays Scandinaves (p. 393). En attendant, rinslitution à'infîrmiers volants que l'on imposerait aux familles, pour le traitement des typhiques, serait une chose excellente.

11 est parfois utile de licencier des casernes, des camps ou même des écoles, pour permettre une désinfection soigneuse.

Llwspitalisation des typhiques est une question qui n'a pas encore reçu de solution précise en France. Des services spéciaux pour typhiques s'imposent, dans Vintérêt du malade lui-même, (qui est ainsi mieux soigné par un personnel spécialisé, et qui a de ce fait, plus de chance de guérir) et dans Vintérêt de la collectivité, pour éviter la contagion, qui s'exerce fréquemment sur les voisins des typhiques soignés dans les salles communes et sur les infirmiers.

L'isolement dans les hôpitaux de contagieux est obligatoire, dans les pays Scandinaves, depuis plus de cinquante ans. Chez nous, des salles de typhiques ont été créées à Paris, à Lyon; mais on rencontre encore fréquemment des typhiques dans les salles. C'est une pratique intolérable. On devrait choisir comme personnel uniquement des infirmiers ou infirmières ayant déjà eu autrefois la fièvre typhoïde, et par conséquent immunisés, ou vaccinés.

Le typhique ne devrait sortir de Thùpital qu'après démonstration, par la culture, de l'absence de bacilles d'Eberth dans les selles et dans les urines; on éviterait ainsi de rendre à la circulation des porteurs de germes dangereux.

5° Vaccination antityphique. — Un progrès immense a été

ces dernières années, dans la lutte antityphujue, par la découverte de la vaccination anlityphique.

Dès 1888, Ghantemesse et Widal avaient vacciné la souris contre le bacille d'Eberth, par injection de cultures tuées. C'est Wright, en 1896, qui appliqua, le premier, la méthode à Thomme. Celte pratique s'est généralisée depuis. Il faut citer les noms de Kolle et Wassermann, de Chantemesse, Vincent, J. Courmont et Rochaix, etc.

Le principe de la méthode est le suivant : Si Ton introduit dans l'organisme humain des bacilles d'Eberth, tués, ou les substances contenues dans les corps bacillaires, on provoque dans l'organisme des réactions défensives qui l'immunisent. Celle pratique est sans danger véritable. Wright, Chantemesse inoculent, sous la peau, des cultures tuées à 60°. Vincent inocule, sous la peau, un autolysat de cultures typhiques, c'esl-à-dire un extrait éthéré du protoplasma des bacilles. J. Courmont et Rochaix donnent des lavements de 100 cm^ de cultures typhiques tuées à 55°. Besredka inocule un virus-vaccin composé de microbes vivants sensil)ilisés (jusqu'à 1000 000 000 de bacilles). Enfin, Ch. Nicole, Conor et Conseil ont tenté la vaccination par inoculation intra-veineuse de bacilles typhiques vivants, séparés des substances du milieu de cultures par des centrifugalions et des lavages successifs.

La méthode la plus couramment employée est celle de Vincent. On inocule, sous la peau (ou dans le muscle deltoïde) de l'épaule gauche, à huit jours (14 au maximum) d'intervalle successivement 1/2, 3/4, 1 el 2 cm-^ d'autolysat. Chantemesse fait, à 7 jours d'intervalle, 4 injections (1/4, 1/2, 3/4, 1 c.) d'une émulsion, contenant 1 200 000 microbes au ce.

/^ On peut aujourd'hui affirmer Veffîcacité de la vaccination ' àntityphique. Des milliers de soldats ont été inoculés en Amérique, en Angleterre, en France; partout les résultats ont été les mêmes. Ils peuvent se schématiser ainsi : dans une troupe exposée à la contagion typhique, les vaccinés ne présentent pas de malades, alors que les non-vaccinés sont décimés.

L'exemple d'Avignon est typique. Lors de l'épidémie de 1911 (p. 555), 1300 hommes sur les 2 000 de la garnison furent vaccinés, aucun n'eut le moindre embarras gastrique; sur 700 qui refusèrent, 125 prirent la fièvre thyphoïde, et 25 moururent.

L'efficacité est donc certaine et la vaccination àntityphique

constitue Vune des plus belles conquêtes Jujg'éniques de ces dernières années.

La vaccination sons-cutanée occasionne parfois des réactions locales et générales plus ou moins pénibles et douloureuses. Voici des cliiiïres moyens. Sur 100 vaccinés, 11 n'ont pas de réaction, 83 ont une réaction légère, 5 ont une réaction plus intense, un a une réaction très intense. Il faut donc vacciner pendant une période de repos, par exemple les militaires quelque temps avant les manœuvres.

La méthode par lavements ne donne lieu à aucune réaction, les vaccinés n'éprouvent aucun symptôme (J. Gourmont et Rochaix).

La durée de l'immunisation est difficile à préciser. Elle dure, en tout cas. certainement deux ou trois ans. Avec une vaccination avant l'entrée au régiment, la fièvre doit disparaître dans une armée.

On devrait vacciner, outre les jeunes gens avant leur départ au service militaire, les infirmiers qui approchent des typhiques, les personnes qui entreprennent un voyage dans les pays exotiques, en un mot, toutes les personnes plus spécialement exposées à contracter la fièvre typhoïde.

Les contre-indications sont les suivantes : tuberculose, maladies chroniques (cardiopathies, brightisme, diabète), débilité, surmenage, fièvre typhoïde récente (anapliylaxie).

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