Vaccination anti-variolique
La vaccination antivariolique est une magnifique conquête.
1° Historique. — Jenner (1749-1823), médecin à Berkley, pratiquait la variolisation. Il remarcjua rapidement que certains paysans, employés dans les étables, étaient réfractaires à la variolisation. Après vingt ans de travail et d'expérimentation rigoureuse, il publia, en 1798, ses Reclierckes sur les causes et les ejj'ets de la variole vaccinale, où il montrait ({ue cet état réfractaire contre la variole, était dû à une maladie contractée directement de la vache. Celte maladie de la vache, c'était le Cow-pox. Le travail de Jenner est un modèle d'expérimentation.
Jenner inocula la maladie de la génisse à l'iiomme: il inocula l'iiomme de bras à bras; il variolisa ensuite, toujours sans succès. La vaccination antivariolique était découverte.
La vaccine est, en somme, une véritable infection, causée par l'inoculation d'une maladie animale, commune à la vache et à l'homme : le cow-pox; cette infection détermine l'immunité contre la variole, absolument comme une première atteinte de variole.
La découverte de Jenner, loin de passer inaperijue, se répandit très rapidement. Le 7 février 1801, se fondait à Paris un hospice spécial avec un comité central pour propager la vaccination. Le 6 prairial an IX, parut la première circulaire aux préfets de France, leur prescrivant d'encourager la vaccination. On verra plus loin que la vaccination est devenue obligatoire dans la plupart des pays.
2° Nature de la vaccine. — La vaccine est une maladie spontanée du poulain (horse-pox), mais qui se propage facilement à la génisse (coiv-pox) et de celle-ci à Thomme {vaccine).
On peut Finoculer au singe, à Vâne^ au chien; l'inoculation au lapin (Bard et Leclerc) permet de faire facilement, soit le contrôle du vaccin, soit des expériences diverses.
Pendant longtemps, Forigine équine de la vaccine fut méconnue. Ce n'est qu'en 1863, à Alfort (Bouley), et en 1865, à Toulouse (Lafosse) qu'on découvrit la véritable relation entre le horse-pox
et le coic-pox. Gomme le horse-pox est assez fréquent, tandis que le cow-pox est relativement rare, on est ainsi assuré de ne pas voir se tarir la source de la vaccine.
3° Parenté avec la variole. — Jenner avait déjà supposé une parenté entre la variole et la vaccine. Depuis longtemps, allernalivement, les unicisles et les dualistes ont opposé leurs arguments, sans se convaincre mutuellement. En 1863, une Commission lyonnaise, présidée par Chauveau. instituait de mémorables expériences et concluait à la dualité. Depuis lors, nombreux sont les auteurs qui ont cru démontrer Tunité des 2 allections; mais, Chauveau, dans de nouvelles expériences, et nombre d'auteurs après lui. ont mis hors de doute, la dualité, actuellement à peu près universellement admise. Peut-être les 2 maladies ontelles une origine commune; aujourd'hui, elles sont suffisamment dilTérenciées pour qu'on ne puisse transformer l'une dans l'autre. Nous n admettons donc pas qu'il existe de variolo-vaccin.
J. Courmont et Montagard ont d'ailleurs montré que la leucocytose si caractéristique du sang des varioliques ne se retrouve pas dans le sangdes vaccinés.
4° Germe de la vaccine. — Il est inconnu, malgré les nombreuses recherches qui ont }»orté sur ce point (Guarnieri. etc.).
On sait seulement que la pustule vaccinale, comme d'ailleurs la pustule variolique, avant d'être infectée par les pyogènes de la peau, ne contient pas de microbes visibles, ni cultivables par les moyens ordinaires. Gela est facile à démontrer en produisant une vaccine généralisée sur le poulain, par injection inlra-veineuse (Ghauveau); les pustules, étant d'origine endogène, restent longtemps à Fabri des souillures extérieures et sont stériles.
Il est probable que Tagent de la vaccine est voisin de celui de la clavelée, et qu'il appartient à la classe des microbes invisibles, des microbes filtrants.
La pustule vaccinale n'est pas indispensable à la production de l'immunité. Ghauveau a pu vacciner, par voie intra-veineuse et par voie sous-cutanée, sans éruption cutanée.
5° Description de la vaccine humaine. — La vaccine humaine nest que rarement spontanée (vachers ou palefreniers qui approchent, sans soin, des animaux malades de cow-pox ou de horse-pox). L'immunité naturelle est très rare. L'homme a une grande réceptivité.
On connaît l'aspect de la papule vaccinale qui se montre vers le quatrième jour, suivie d'une vésicule, puis d'une pustule, enfin d'une croûte. C'est vers le huitième jour que Von vérifie le succès d'une vaccination.
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Rarement, la vaccine inoculée sur la peau, se généralise. Gela s'observe cependant quelquefois. Les pyogènes de la peau envaliissent presque toujours la pustule, d'où résultent des inflammalions, pouvant aller jusqu'à la lym))liangite, l'hypertrophie ganglionnaire et même des accidents plus graves.
Fig. IGO. — La variole en Europe (1900-1905).
11 importe donc de maintenir, autant que possible, la pustule vaccinale à l'abri des contaminations.
6'' Valeur préventive. — Autrefois, la variole causait 10 p. 100 de la morlalilé générale (p. 576). Aujourdliui, la variole a disparu complètement dans les pays à vaccination obligatoire, elle est rare dans les pays à vaccination facultative, elle est demeurée aussi intense qu'autrefois dans les pays où l'on ne vaccine pas (Colonies, Egypte, etc.) (fig. 160).
Cette valeur préventive a été discutée parce que :
a) LHmmunilé ne dure pas toute la vie. — Cela est vrai, mais il en est de même pour la variole (p. 574) ; en réalité, l'immunité est très souvent définitive; on admet quelle dure en moyenne 10 ans; c'est la raison d'être des revaccinations obligatoires
(p. 586). On sait que les revaccinations sur Tadulte antérieurement vacciné sont positives dans à peu près 40 p. 100 des cas.
b) L'immunité nest pas immédiatement créée. — Cela est encore vrai; on n'est vacciné efficacement que iO jours après L'inoculation] aussi, pendant les épidémies de variole, peut-on observer des coexistences de variole et de vaccine. En inoculant quotidiennement la vaccine au même patient, on voit, qu'à partir du dixième jour seulement, l'inoculation reste négative. En 1809, Sacco inocula la variole (variolisation) à des vaccinés; il vit, qu'au quatrième jour, les deux éruptions étaient simultanées; au huitième jour, la variole prend encore, mais très atténuée, ne se généralisant pas; au neuvième jour, l'accident local est extrêmement faible; à partir du dixième jour, la variole ne prend pas.
7° Influence sur la gravité de la variole. — Lorsque d'anciens vaccinés, mais avant perdu leur immunité complète, contractent la variole, celle-ci est très atténuée. Exemple, dans l'épidémie lyonnaise (p. 577), on voit les tableaux suivants :
Morts.
150 non vaccinés ^ ....... ' 50 p. 100.
580 vaccinés plus de 10 ans avant 10,8 —
22 vaccinés dans les 10 dernières années ... 4 — , (^^^^^i^^^^o-
' pneumonie)
10 coexistences 12 —
24 vaccinés plusieurs fois et toujours positivement''^ 4 —
Sur les 44 varioles hémorragiques (mortalité : 43), on comptait :
Non vaccinés 23
Vaccinés plus de 10 ans avant 21
Coexistence 1
Vaccinés depuis moins de 10 ans 0
Chez les femmes de 20 à 50 ans (donc n"ayant pas subi la vaccination du régiment) la mortalité fut de 18 p. 100, tandis que chez les hommes de 20 à 50 ans, elle ne fut que de 14 p. 100.
8'' Dangers. Contre-indications. — On aU.end,en générai, quelques semaines avant de vacciner les nourrissons, s'ils sont trop faibles
1. ?3 avaient été probablement vaccinés, ce qui donnerait une mortalité de non-vaccines de 60 p. 100 environ.
•2. Certains organismes perdent très facilement leur immunité ; chez eux, toutes revaccioations sont positives: on doit savoir ({u'ils ont plus do chances que d'autres de contracter la variole.
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OU malades. On évite aussi de faire des revaccinations chez des enfants ou des adultes malades. Ce sont les seules contre-indications.
a) Syphilis. — La transmission de la syphilis était assez fréquente autrefois, quand on vaccinait de bras à bras. Aujourd'hui, le vaccin de génisse étant seul employé, la crainte de cette contagion n'existe plus.
b) Tuberculose. — Chauveau et Josserand ont démontré combien rare était la propagation de la tuberculose du sujet tuberculeux au sujet vacciné. Ce danger est devenu nul depuis qu'on emploie le vaccin de génisse, la génisse en bas âge n'étant presque jamais tuberculeuse et étant d'ailleurs sacrifiée avant l'utilisation du vaccin (ce dernier n'est pas utilisé si la génisse est reconnue tuberculeuse).
c) Accidents septiques. — Nuls, si l'opération est faite aseptiquement.
9"" Obtention du vaccin. — Autrefois, on vaccinait de bras à bras; le médecin prenait sur sa lancette le pus d'une pustule variolique d'enfant et vaccinait avec lui un certain nombre d'autres enfants. Aujourd'hui, pour éviter tout danger de contagion d'enfant à enfant, on n'utilise que le vaccin de génisse.
On choisit un animal jeune et sain. On rase soigneusement les poils du flanc et on fait une série (100 à 200) de scarifications à la lancette, sur laquelle on a})pliquc de la pulpe vaccinale. Au bout de A jours, les papules apparaissent; elles deviennent pustules. La récolte se fait le huitième jour, en enlevant à la curette les croûtes consécutives aux pustules. L'animal est aussitôt sacrifié et le vaccin ne serait pas employé si l'animal était constaté malade (tuberculose ou autre maladie).
Les croûtes ainsi recueillies, aussi aseptiquement que possible, sont finement broyées, le plus souvent au moyen de broyeurs mécaniques (broyeur Latapie). On ajoute en général un peu de sucre et on conserve cette pulpe vaccinale dans la glycérine; elle revêt alors l'aspect bien connu d'un liquide gluant et louche. La glycérine a l'avantage d'empêcher le développement de la plupart des germes adventices, de conserver l'asepsie du liquide vaccinal. Par contre, son action sur la virulence du vaccin est légèrement atténuante. Le vaccin doit être, autant que possible, conservé dans un appareil frigorifique (surtout sur les navires qui le transportent aux colonies). Le maintien, à une température fixe et basse, assure une conversation prolongée de la virulence.
Le vaccin est livré aux médecins, suivant les pays et suivant les villes, entre deux lames de verre, dans des godets, ou mieux dans de petits tubes de verre. Nous préférons cette dernière méthode qui permet d'envoyer des doses minimes de vaccin et qui permet de les retirer aseptiquement. Ces tubes de verre, fermés à la lampe
aux deux bouts, sont placés dans de petits étuis métalliques pour éviter le bris.
On sait aujourd'hui (Huon), que le vaccin propagé sur Tâne (asino-vaccin) a une virulence plus stable, même quelquefois exaltée, par rapport au vaccin de génisse (voir plus loin, 1 p. 00).
En France^ la production du vaccin n'est pas libre; elle est réservée à TAcadémie de Médecine, qui possède à Paris son Institut vaccinogène, à certains Instituts, à (juclques laboratoires municipaux, aux centres militaires. Une demande doit être faite; Fautorisation est donnée par le ministère de Tlnlérieur, après avis du Conseil départemental (rHygiène. Il y a ainsi en France une dizaine de centres producteurs de vaccin.
En Allemagne^ existent 23 Instituts d'Etat employant à peu près 1 200 animaux par an et distribuant plus de 3 millions de doses, dont quelques-unes sont suffisantes pour 40 personnes. La dépense totale est d'environ 200 000 francs. Si on estime que la vaccination évite 20 000 morts à TAllemagne, la conservation d'une existence revient à 10 francs environ.
10° Variations de la virulence. Contrôle. — • Tous les médecins vaccinateurs ont constaté Y irrégularité presque périodique de la virulence du vaccin, produit par le même centre vaccinogène. Aucun Institut n'est à Tabri de cette diminution de la virulence du vaccin. Yaillard pense qu'il faudrait revenir à rem}doi de la pulpe fraîche, sans addition de glycérine. Boisson a étudié l'intluence du vieillissement sur la virulence de la pulpe. La même pulpe, donnant 74 p. 100 de succès au dixième jour, peut n'en donner plus que 40 au soixante-sixième. Ferrier voit les succès tomber de 52 à 28 p. 100, après 45 jours de vieillissement.
Cette influence de la glycérine et du vieillissement est certaine; mais, en outre, on voit fréquemment le vaccin, même frais et non glycérine, subir, dans un Institut, un affaiblissement momentané de virulence. Il est donc désirable de contrôler , avant la livraison, la puissance du vaccin. Le moyen le plus simple serait de vacciner des nourrissons, chez lesquels les succès doivent être de 100 p. 100 ; mais, un vaccin donnant 100 p. 100, chez le nourrisson, peut cependant être faible; un meilleur contrôle est celui de la vaccination de l'adulte, le vaccin devant donner, par exemple sur le contingent militaire, récemment arrivé au régiment, 40 p. 100 de succès environ. On peut aussi contrôler expérimentalement \
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plusieurs instituts essayent leur vaccin sur le lapin. Avec un peu d'habitude (en observant, journellement et de près, le lapin inoculé sur le flanc rasé, ou mieux épilé), on se rend très bien compte de a virulence du vaccin.
Rappelons (p. 584) que le meilleur moyen de renforcer le vaccin est de le faire passer par Tàne (asino-vaccin). On peut aussi remonter au horse-pox, ou mieux demander de la semence vaccinale à un autre Institut, (jui n'est pas en période de virulence atténuée.
11° Manière de vacciner. — On utilise le vaccin, provenant de la génisse, en Tinoculant superficiellement sur la peau de rhomme. L'asepsie la plus rigoureuse est naturellement de rigueur. L'inslrument inoculateur est, soit la lancette, soit le vaccino-stylc. Le principe est de faire une scarification extrêmement légère, qui ne doit pas saigner (piqûre simplement sous-épidermique). En effet, Thémorragie peut, d'une part, entraîner au dehors les germes vaccinaux, d'autre part, favoriser l'inoculation des germes pyogènes. La scarification, ainsi faite, est à peine visible ; on étend un peu de pulpe vaccinale et on laisse sécher avant de laisser rhabiller. 11 est prudent d'entourer la région d'un peu de gaze ase})tique.
Si la vaccination est bien faite, une seule scarification est nécessaire, puisqu'une seule pustule est suffisante pour conférer l'immunité. En général, on en fait ^ ou 3, pour parer à tout échec. La scarification doit avoir 2 ou 3 mm. de longueur.
La région le plus habituellement choisie est le bras gauche. On vaccine les jeunes filles à la cuisse (elles doivent alors rester étendues pendant plusieurs jours).
On constate le succès ou l'échec, le huitième jour.
12° Organisation sociale de la vaccination. — L'efficacité de la vaccination anti-variolique est telle que l'organisation sociale, c'est-à-dire l'obligation de cette pratique, s'impose.
a) En France. — Avant la loi de 1902, la vaccination n'était pas obligatoire en France. Cependant, la loi de 1886 exigeait le certificat de vaccination pour les élèves des écoles primaires. Une circulaire de 1890 ordonnait la revaccination à l'école de tous les enfants au-dessus de 10 ans. Le certificat était également exigé dans l'enseignement supérieur et dans différentes industries.
Dans l'armée française, la vaccination ne fut pratiquée sérieusement que depuis la loi du l^"" novembre 1897. On vaccine tous les hommes arrivant au corps sans exception ; on revaccine tous
les ans les soldats et les sous-officiers, vaccinés sans succès, Tannée précédente; on revaccine les réservistes et les territoriaux, sauf ceux qui ont été vaccinés avec succès dans les 8 années précédentes. Enfin, en temps d'épidémie, on revaccine tous ceux qui ont été antérieurement vaccinés sans succès. Le vaccin militaire est produit directement par le Service de santé.
Tout ceci était insuffisant. En 1898, on pouvait encore compter 4 128 hommes non vaccinés sur le contingent arrivant au corps.
La loi de 1902 (Art. 6, p. 38) rend obligatoire la vaccination dans le cours de la première^ de la dixième et de la vingtiènie année, c'est-à-dire une vaccination et 2 revaccinations échelonnées de 10 en 10 ans. Des pénalités sont prévues (p. 46) contre les parents des enfants, ou les adultes de 21 ans, qui ne se soumettraient pas. Cet article de la loi de 1902 est loin d'être ohservé; la primo-vaccinalion est bien acceptée, de même la re vaccination pendant la dixième année à l'école; par contre, si les hommes subissent au régiment leur seconde revaccination, les femmes de 21 ans y échappent presque complètement. Les maires devraient dresser des listes de tous leurs administrés, âgés de 21 ans, pour assurer cette obligation; rares sont ceux qui obéissent.
Le décret du 27 juillet 1903 a organisé dans chaque déparlement une Commission de vaccine (dont la composition a élé remaniée depuis) qui est chargée de surveiller les centres producteurs de vaccin et d'assurer l'exécution de la loi de 1902, c'est-àdire la vaccination obligatoire.
Il existe dans chaque déparlement des médecins vaccinateurs qui doivent régulièrement, chaque année, aller dans toutes les communes de leur ressort, vacciner, à jour fixe, à la mairie, les personnes qui doivent se faire vacciner ou qui le désirent. Les listes sont dressées par les maires ; les séances se font en général à la mairie ou à l'école publique. Ces vaccinations sont gratuites ; les médecins vaccinateuis reçoivent une indemnité, variable suivant les départements.
Chaque année, les médecins vaccinateurs envoient leurs statistiques (opérations et succès), à la Préfecture, qui les transmet à la Commission départementale de vaccine.
Ces documents sont résumés dans un rapport annuel à TAcadémie de Médecine, laquelle délivre des médailles de récompense.
En somme, si la loi de 1902 était observée, elle réahserait presque la perfection au point de vue de la vaccination obligatoire.