CHAPITRE XXXIX MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
La méningite cérébro-spinale est un syndrome pouvant être causé par plusieurs microbes. Nous n'étudierons que la méningite cérébro-spinale, dite épidémique, due au diplocoque de Weichselbaum.
1° Particularités. — Un coryza appréciable précède souvent les symptômes. Début très brusque. Formes suraiguës foudroyantes. Fréquente et très g:rave chez le nourrisson. Rare et fruste chez le vieillard! La ponction lombaire permet seule le diagnostic. Le liquide, obtenu par la ponction, est clair pendant les vingt-quatre premières heures, puis trouble ou purulent; ce liquide contient le méningocoque. En somme : méningite purulente. La gravité et le diagnostic ont bien changé, depuis l'emploi du sérum.
2° Épidémies. — Les épidémies de méningite cérébro-spinale sont connues, depuis le début du xix*" siècle. La maladie apparut simultanément dans Tancien et le nouveau monde vers 1805. On note particulièrement les épidémies suivantes : 1837 à 1850; 1861 à 1866; 1896 à 1899; 1904 à actuellement. Ces épidémies sont parfois très meurtrières. En Suède, de 1854 à 1861, la méningite cérébro-spinale a causé 4 138 décès. A New- York, en 1905, on a noté 2 755 cas.
La méningite cérébro-spinale est plus fréquente en Allemagne qu'en France. En 1909, à Paris, on n'a constaté que 259 cas.
Sauf les périodes de grande épidémie, le pouvoir d'extension et de diffusion paraît médiocre; ce sont en général des foyers limités et peu denses. Pendant les années qui suivent Tépidémie, la maladie reste endémique dans les mêmes localités.
La méningite cérébro-spinale est une maladie saisonnière (surtout biver et printemps). Elle atteint spécialement les collégiens, les soldats, en un mot, les personnes vivant en collectivité. Elle
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est fréquente, au-dessous de deux ans, elle atteint souvent des sujets robustes; elle est plus rare dans les classes riches. / Les épidémies coexistent souvent avec des épidémies de pneumonie, de grippe, d'oreillons, de scarlatine. Elle est plus épidémique que contagieuse, c'est ainsi que la contagion hospitalière est rare. On observe, en somme, surtout des cas isolés.
Des causes saisonnières et cosmiques, difficiles à définir, exaltant probablement la virulence du méningocoque, occasionnent ces poussées simultanées dans plusieurs pays.
En France^ c'est surtout la Normandie, la Bretagne et la Vendée qui sont atteintes.
Voici quelques chiffres pour V armée française :
1904 33 cas 20 décès
En résumé, la notion qui domine l'histoire des épidémies est la suivante : simultanément^ en des points très éloignés, des cas relativement nombreux, bien que la contagion directe paraisse rare. Nous verrons (p. 598) l'explication.
3° Étiologie. Le Méningocoque. — 11 fut découvert, en 1887, ]»ar Weichselbaum. Il existe dans le liquide céphalorachidien (fig. 165). Il est voisin du pneumocoque, du gonocoque. Dopter a décrit des paraméningocoques. Le microbe est très fragile, détruit par les simples vapeurs de formol.
On le cultive assez facilement sur gélose-acite neutre.
Le méningocoque existe dans le rhino-pharynx des malades, atteints de méningite cérébro-spinale (Kiefer 1906), pendant les premiers jours et dis})araît au bout de trois semaines. On le retrouve aussi dans le rhino-phary?ix des personnes de Ventourage des malades, dans la proportion très variable de 5 à 60 p. 100 [porteurs de germes). Si on le recherche systématiquement, dès l'apparition du premier cas, on le retrouve chez beaucoup de personnes; après trois semaines environ, on ne le retrouve plus. La durée de cette infection des porteurs de germes est donc très éphémère. On le retrouve toujours chez les femmes, allaitant un
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nourrisson malade. Il existe quelques porteurs durables de germes, ce qui explique la survivance (fune saison à l'autre.
Quand ou examine le rhino-pharynx des porteurs de germes, on s'aperçoit que le pharynx est toujours enflammé, qu'il existe, en somme, un coryza postérieur léger. Cela explique les particularités épidémiques. En somme : le méningocoqiie est un microbe
assezl[répandu qui, à certains moments, peut-être à la suite d'une exaltation de virulence, cause un grand nombre de coryzas postérieurs, coryzas le plus souvent frustes et auxquels on ne fait pas attention. Mais, sur le grand nombre des personnes, atteintes de ce coryza banal, quelques-unes présentent la complication que nous appelons la méningite cérébro-spinale. Les microbes pénètreni, cliez ces malades, dans les méninges, par les gaines des racines du nerf olfactif et occasionnent la méningite (à moins quil ne s'agisse d'une septicémie, à point de départ pliaryngé et à localisation méningée). Lorsqu'on recherche les porteurs de germes, autour d'un malade atteint de méningite cérébro-spinale, on trouve tout le foyer de coryzas à méningocoque; mais, en somme, le méningitique est une victime de cette épidémie, ne l'a pas créée et n'est pas i)lus dangereux que les simples coryzas. On peut donc définir la méningite cérébro-s|)inale une complication rare des coryzas à méningocoque qui sont très fréquents.
Cela explique à la fois les épidémies et la rareté de la contagion autour du méningititine.
La contagion se fait par la toux, l'éternuement; des gouttelettes, chargées de méningocoques, sont projetées; de nouveaux coryzas
Fig. 165.
Pus de méningite cérébro-spinale avec méningocoques (Sicard).
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naissent. Les conditions individuelles feront qu'il y aura ou non des cas de méningite.
A" Diagnostic bactériologique. — S'il s'agit du wéningilique, on pialiqiic une ponction lombaire, on fait l'examen direct du pus (fig. 165), on le cultive; on identifie le méningocoque par l'agglutination (1 p. 100). On peut aussi faire la i»récipito-réaction.
S'il s'agit de rechercher les porteurs de germes, on recueille les liquides du rhino-pharynx avec un écouvillon recouibé, et on fait une culture.
5*" Sérothérapie. — Découverte par Flexner (1905), par Kolle et Wassermann (1906), perfectionnée par Dopter (1908). Il faut injecter le sérum directenient dans les méninges rachidiennes. La mortalité est tombée de 20 à 30 p. 100 au lieu de 70 à 90 p. 100. La guérison est devenue la règle, si le traitement est hâtif (l'^'au 3® jour). La mortalité chez les nourrissons est tombée à 45 p. 100 au lieu de 90 p. 100.
6° Prophylaxie. — Les données étiologiques, précédemment indiquées, guident la prophylaxie, mais aussi montrent qu'elle est très difficile.
La déclaration et la désinfection sont obligatoires (loi de 1902 : p. 56). Le malade sera soigneusement isolé, bien qu'il ne soit pas plus contagieux que les porteurs de germes, qui existent, en grand nombre, dans la collectivité d'où il provient.
Rechercher^ par la culture, les porteurs de germes, dans l'entourage du malade. Désinfecter leur rhino-pharynx (circulaire militaire du 9 avril 1910). On fera, par vingt-quatre heures, 5 inhalations de la gorge avec :
Iode 12 grammes.
Gaïacol 2 —
Acide tiiymique 0 gr. 25
Alcool à 60" 200 grammes.
lodure de potassium 6 —
On pourra aussi badigeonner les amygdales avec de la glycérine iodée à 1 p. 3, et faire gargariser avec de l'eau oxygénée à 1 sur 10. Presque toujours, la désinfection est efficace; au bout de S ou 4 jours, les cultures deviennent négatives. ,