CHAPITRE XL
LES DYSENTERIES
La dysenterie est un syndrome. C'est un état inflammatoire du côlon, dû à des causes éliologiques diverses : amibes, balantidium coli, spirilles, bacilles.
1° Dysenterie amibienne. — Vers 1883, Koch, puis Kartulis démontrèrent Texistence de la dysenterie amibienne.
a) Dlslribution géographique. — Elle est surtout l'apanage des pays tropicaux, où elle constitue une endémie, qui prend, à certains moments, un caractère épidémique. Elle se rencontre dans la partie tropicale et septentrionale de l'Afrique; en Asie, où Ton peut distinguer deux foyers principaux, Tun occidental qui comprend la presqu'île hindoustanique, la région du Golfe Persique, la Mésopotamie et 1 Arabie; l'autre oriental, qui embrasse la Chine, la Cocbinchine, l'Annam et le Tonkin et s'étend jusqu'aux Philipiiines; enfin dans l'Amérique tropicale. Elle peut se rencontrer dans la zone tempérée (Autriche, Italie, Roumanie, France, etc.). Guiart et Garin l'ont signalée à Lyon, en 1910.
b) Gravité. — La dysenterie amibienne est une maladie très grave qui décime les Européens et particulièrement les troupes dans les pays tropicaux. Elle a souvent causé de véritables désastres. Sa complication la plus redoutable est Y abcès du foie, qui peut survenir, même a})rès des formes frustes.
c) Agent pathogène. — Plusieurs amibes peuvent peut-être provoquer la dysenterie. UEnlamœba hystolitica (Schaudinn) est le seul dont on ait, jusqu'ici, démontré le rôle dysenterigène. C'est un protozoaire, de dimensions variables. A l'état frais, Vendoplasme sombre, granuleux, avec noyau peu visible, contenant des hématies (souvent en quantité considérable), des microbes, est entouré de Vexoplasme^ clair, transparent, réfringent. 11 est très mobile, mais sur place. La reproduction s'elîectue par division, par production de kystes.
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On trouve l'amibe, en abondance, dans les selles (fig. 166).
On est fort peu renseigné sur la vitalité de Tamibe dysentérique. Dans rintestin, on sait cependant que sa vitalité est grande par les récidives multiples, même à longue échéance, auxquelles sont sujets les dysentériques amil)iens, en dehors de l(jut foyei
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Fig. 166. — Entamœba hysiolitica, dans une selle dysentérique (d'après Dopter).
d'endémicité. Une fois tombées dans le milieu extérieur, on n'a pas de données précises sur leur résistance aux agents atmosphériques, à la dessication, etc. Cependant on sait que dans ces conditions, Tamibe ne tarde pas à se transformer en kyste, véritable forme de résistance. Elle meurt assez rapidement, sous rinflucnce des agents antiseptiques,
d) Propagation. — L'amibe dysentérique se transmet d'homme à homme par contagion indirecte et par contagion directe. La contagion indirecte est indiscutable et la plus fréquente.
Veau et les aliments jouent un rôle impoitaot dans sa propagation. L'infection est surtout provoquée par les formes enkystées de Tamibe qui sont des formes de résistance et qui pénètrent dans le tube digestif avec les boissons et les aliments.
La contagion directe a été prouvée expérimentalement (Jùrgens) et de nombreux faits observés au cours des épidémies, Tout démontrée (Do})ter, Lemoine).
Rappelons qu'on rencontre des cas de dysenterie autochtone (Gaussade et Joltrain, Guiart et Garin, etc.).
Formes frustes^ fréquentes, facilitant la propagation.
e) Prophylaxie. — Elle est tout à fait analogue à celle de la fièvre typhoïde, considérée comme maladie d'origine hydrique (p. 559).
2" Dysenterie à Balantidium COli — Observée en Russie, en Allemagne (à l'heure actuelle 120 cas environ), jamais signalée en France.
Le Balantidium coli est un infusoire, visible à l'œil nu. Sa cuticule est striée longitudinalement, et sur ces stries, sont implantés des cils vibratiles. Sur les bords du ])éristome, les cils sont plus allongés. La vitalité du Balantidium coli, en dehors de l'organisme, est faible. Ce parasite vit dans l'intestin du porc et il est permis de supposer que l'homme peut s'infecter par des aliments ou de l'eau qui auraient été souillés par ces matières fécales. Ce sont d'ailleuis les charcutiers, les fabricants de saucisses, etc., qui payent le plus fort tribut à la maladie.
La |)ro[)hylaxie est la même (jue précédemment.
3 " Dysenterie spirillaire. — Cette variété étiologiiiue de dysenterie a été observée par Le Dantec, qui l'a rencontrée uniquement dans la région de Bordeaux. Elle serait causée par un spirille, qu'il a décelé en grande aboadance dans les frottis de mucosités.
On n'est d'ailleurs pas fixé sur la nature de ces spirilles et sur leur mode de propagation.
4° Dysenterie bacillaire. — La dysenterie bacillaire sévit, sous le mode épidémique, pendant la saison chaude dans les climats tempérés, en toutes saisons dans les pays tropicaux.
Sa gravité est considérable. C'est surtout une maladie des agglomérations, une maladie des casernes et des camps. Les épidémies ont été souvent très meurtrières. La gravité a diminué depuis Tusage du sérum antidysentérique (Fle.xner, Dopter); la mortalité a diminué de plus des trois quarts (Dopter).
a) Agent pathogène. — La dysenterie bacillaire n'a pas une étiologie univoque, elle peut relever de diverses bactéries.
C'est Chantemesse et Widal qui, en 1888, signalèrent le
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premier bacille dysentérique. En 1898, Shiga le retrouve au cours d'une épidémie de dysenterie au Japon. Puis ce furent les découvertes de Kruse, de Flexner, Vaillard et Dopler, etc.
Actuellemenl, on admet Texistence de deux types de bacilles dysentériques : le type Shiga, qui reste immuable, et le type Flexner, qui, en raison de ses caractères variables, doit subir une dissociation en plusieurs types secondaires.
Son hal)itat est l'intestin de Tbomme (fig. 167).
Les bacilles de la dysenterie sont assez fragiles et résistent assez mal aux agents extérieurs. Desséchés, ils meurent en 8 à 10 jours, tandis qu'ils peuvent conserver leur vitalité pendant plusieurs mois dans un milieu humide.
Ils ne résistent pas plus de 30 minutes à l'insolation directe; un chauffage à 58° les tue en une heure. Ils sont assez résistants à l'action du froid ; congelés, ils conservent leur vitalité pendant plusieurs mois.
La résistance des bacilles dans Veau est importante à connaître, en raison du rôle des eaux de boisson dans la propagation de la dysenterie bacillaire. Cette étude a été faite par Vincent, qui a étudié l'influence concomitante de la lumière sur la résistance du même bacille dans l'eau. Quand une eau est souillée par le bacille dysentérique, ce dernier est accompagné des germes des matières fécales : microbes de la putréfaction, colibacille, anaérobies; sa résistance sera très limitée. Elle le sera d'autant plus, que cette eau subira davantage l'influence de la lumière solaire.
b) Propagation de la dysenterie bacillaire. — C'est le malade ([uiesi l'agent principal de dissémination de l'infection, et c'est uniquement dans ses selles que se trouve l'agent infectieux.
Nous retrouvons également ici les bacillifères actifs et les
Fig. 167. — Dysenterie bacillaire. (Selle) A : leucocytes; B : Bacilles dysentériques libres; C : Hématies; D : Débris cellulaires (Dopter).
bacillifères latents {porteurs de germes) dont il est question à propos de la fièvre typhoïde (p. 557) et du choléra (p. 671).
D'ailleurs, tout ce qui a été dit de l'épidémiologie de la fièvre typhoïde peut s'appliquer d'une manière générale à la dysenterie, avec cette restriction cependant que Furine des dysentériques n'est jamais infectieuse, le hacille de la dysenterie ne passant pas dans le sang, comme le fait le hacille d'Eberth.
La transmission des germes infectieux peut se faire, soit par contact direct, soit par Tintermédiaire de véhicules divers.
La première place revient aux infeclions par contact (contagion directe); cela explique pourquoi l'extension d'une épidémie de dysenterie peut dépendre, en une certaine mesure, des conditions sanitaires et sociales de la population. C'est un fait d'observation courante que la dysenterie s'attaque surtout aux classes pauvres et aux agglomérations d'individus, vivant dans des conditions hygiéniques défectueuses. Les porteurs de germes sont tout particulièrement dangereux .
Les aliments, les objets souillés par les malades, peuvent servir de véhicules à la contagion (contagion indirecte).
La transmission par Veau ne joue pas un rôle aussi prépondérant que dans l'étiologie de la fièvre typhoïde, bien que l'on connaisse cependant un certain nombre d'épidémies, propagées par l'intermédiaire d'une eau polluée. L'origine hydrique est certaine, mais peu fréquente : ce que nous avons dit précédemment de la faible résistance du bacille dans l'eau nous explique le fait.
En somme : surtout contagion directe.
c) Prophylaxie. — Les règles prophylactiques peuvent être calquées sur celles de la fièvre typhoïde (p. 562) et du choléra (p. 671), en tenant compte de la fréquence de la contagion directe. Dans un camp, par exemple, pour arrêter une épidémie de dysenterie (ce qui est très difficile), on s'efforcera davantage à éviter la propagation d'homme à homme (surtout aux ^vaterclosets), par des soins de propreté, plutôt que de porter l'attention sur les eaux.
Le traitement sérothérapique, très efficace, contribuera à diminuer la durée des épidémies.