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L'ANKYLOSTOMIASE OU ANÉMIE DES MINEURS

Appelée encore uncinariose, anémie des briquetiers^ chlorose d'Egypte, Faiikylostomiase est causée par la présence dans l'intestin grêle, cfiin ver parasite (ankylostoma ou Uncinaria duodenalis) et caractérisée par une anémie profonde. C'est Perroncilo qui a découvert la relation de cause à effet de ce parasitisme, pendant le percement du tunnel du Saint-Gothard.

1° Distribution géographique. — Cette affection, de connaissance déjà ancienne, est très répandue à la surface du globe. H suffit de jeter un coup d'œil sur la carte ci-dessous (flg-. 183) pour voir que

Fig. 183. — Distribution géographique de l'ankylostomiase (D"après Calmette

Breton).

et

c'est une maladie des pays chauds, qui a pénétré en Europe, envahissant l'Italie, puis les régions minières de la Belgique, de la Westphalie et de la France. Elle a probablement été transportée d'Egypte en Italie, d'où elle a pénétré en France et dans le Nord, au moment du percement du Saint-Gothard. C'est là du moins la marche à^V envahissement épidémique.

l'ankylostomiase ou anémie des mineurs

En réalité, l'anémie des mineurs est connue en France, depuis un siècle : il est donc probable que l'ankylostomiase existait chez nous, avant le percement du Saint- Gothard .

Certaines régions d'Europe sont particulièrement atteintes.

Dans les mines de Westphalie, 10 p. 100 des mineurs étaient porteurs du ver, en 1902. En 1904, la contamination était de 50 p. 100 dans les houillères de Maria, de 18 p. lOÛ dans celles de Nordstein.

Dans le district de Liège, en Belgique, 25 p. 100 des mineurs étaient atteints. A Saint-Étienne, la contamination est moindre :

2° Agent pathogène. —

L'ankylostome est un ver blanc, cylindrique, un peu atténué en avant (fîg. 184). Capsule buccale, située obliquement sur la face dorsale et présentant quatre dents recourbées en crochet et deux petites dents saillantes. Ce parasite vit en grande quantité dans l'intestin grêle de l'homme adulte, implanté sur la muqueuse où il produit de petites hémorragies.

Les œufs, ellipsoïdes, mesurent 52 [X de long sur 32 [;, de large.

Pour qu'ils puissent se développer, il faut qu'ils soient expulsés de l'intestin et qu'ils arrivent dans un milieu convenable. Le milieu le plus favorable à son développement est la boue ou la terre humide, dans un endroit aéré et à une température de 25° à 30". Les larves mesurent, à leur sortie de l'œuf, 210 [x de long sur 14 \j, de large. Elles grandissent dans le milieu am-

Fig. 184. — Ankylostome femelle, grossi 10 fois d'après Looss (m Manson). — A. mâle; — B. femelle.

biant, subissent une première

mue, vers le troisième jour, et au

bout de 4 à 8 jours, elles ont atteint leur complet développement. A cette

période, les larves s'enkystent, souvent, pendant un temps plus ou moins

long. Les larves, ainsi protégées, peuvent résister aux intempéries et à

l'action de substances nocives; elles peuvent supporter une dessiccation,

de 24 heures au moins.

636 iMALADIES INFECTIEUSES ET PARASITAIRES

3° Infection de Thomme. — L'ankylostome n'est susceptible de se fixer et de se développer dans Torganisme qu'à l'état larvaire : ni les œufs, ni les vers adultes, accidentellement absorbés, ne pourraient produire l'infestation. La voie normale d'introduction est la voie cutanée. C'est la théorie de Looss (du Caire). Looss avait observé sur ses aides de laboratoire et sur luimême que, malgré toutes les précautions pour éviter l'ingestion des larves, la contamination se produisait facilement. Il montra que les larves pénètrent par les follicules pileux, passent dans le derme et tombent dans un vaisseau lymphatique ou sanguin et arrivent ainsi dans les capillaires sanguins du poumon. Là, elles sont arrêtées par leur volume. Elles ressortent des capillaires sanguins, tombent dans les alvéoles, remontent en rampant le long des parois jusqu'au larynx et redescendent dans l'œsophage et l'estomac, puis dans lïntestin. Les expériences de Looss ont été confirmées par Sandwith, Schaudinn, Lambinet, Herman, etc.

Étant données ces conditions d'existence du parasite, on comprend que les fellahs, vivant en Egypte, pieds nus, dans la boue chaude, puissent être atteints. En Europe, seuls les mineurs du fond sont atteints; ils ne contagionnent ni leurs familles ni les mineurs de la surface. Sont atteints, comme les mineurs, les ouvriers perçant des tunnels (Saint-Gothard), les chauffeurs qui vivent dans les soutes des navires, certains briquetiers, etc.

4° Prophylaxie. — La prophylaxie doit combattre non seulement les malades, mais aussi les porteurs de vers {Wurmtrdger), qui sont en très grand nombre et qui, au point de vue hygiénique, sont bien plus dangereux que les malades. La lutte contre cette maladie doit être sociale.

a) Assainissement des mines. — Une mine qui serait sèche et peu chaude (au-dessous de 18°) ne pourrait être infectée, même par des mineurs ankyloslomés ; ce qui explique, en partie, la différence d'infection des mines. Il faut donc dessécher les mines (meilleur moyen prophylactique) et les ventiler, pour diminuer la température.

b) Installations hygiéniques, pour préserver les mines. — 11 faut empêcher autant que possible, le mineur de se soulager dans la mine. Pour cela, la mine possédera des water-closeis à la surface, assez nombreux et des tinettes mobiles, au fond de la mine. Malheureusement; l'emploi de ces tinettes n'est pas toujours possible dans certaines mines, en raison des dimensions des gale-

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ries. On installera des bains-douches, des vestiaires, des lavirirs, pour assurer la propreté générale du mineur.

c) Protection du mineur indemne. — Le moyen efficace de lutter socialement contre rankylostomiase, c'est de protéger le mineur indemne, c'est-à-dire de connaître tous les mineurs infectés et de leur interdire, jusquà guérison, Ventrée de la mine. Celte mesure, qui paraît difficile au premier abord, a été appliquée très complètement en Allemagne, assez complètement en Belgique.

Pour cela, on examine, pour chaque puits, les matières fécales de 20 p. 100 du personnel; on s'arrête là, si aucun mineur n'est porteur du ver; on examine tous les mineurs et si un seul des examinés a présenté des œufs dans ses selles, on se préoccupe non seulement des malades ( Wurmkranken) mais aussi des simples porteurs de vers ( Wurmtrâger). Cette série de recherches longues et coûteuses est à la base de la prophylaxie.

d) Éducation du mineur. — Les mesures précédentes supposent l'obligation. En France, il esl difficile de l'obtenir. Il faut y suppléer en faisant l'éducation du mineur. Un des meilleurs moyens est le dispensaire d'hygiène sociale, proposé parMalvoz, Calmette, etc., tout à fait analogue, comme fonctionnement, aux dispensaires antituberculeux (p. 735).

5° Résultats. — En France, rien n'a été fait. Le mal est d'ailleurs peu étendu.

En Allemagne, ou plutôt en Westphalie, à la suite des enquêtes et des mesures énergiques, on a fait disparaître, à peu près complètement de celte région, l'ankylostomiase. En 1903, sur 188 730 mineurs examinés, 17 161 (9,09 p. 100) étaient porteurs du ver. En octobre 1904, la })roportion n'était plus que de 7, 4 p. 100. Six mois plus tard, elle était tombée à 1, 5 p. 100. A la fin de 1905, le fléau avait disparu de la Westphalie.

En Belgique, quelque imparfaite que soit la législation protectrice de l'ouvrier, grâce aux efforts de Malvoz, on peut escompter à très bref délai, la disparition totale de l'ankylostomiase, dans le bassin de Liège.

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