CHAPITRE XLV
FILARIOSE
Groupe d'affections, relevant d'un petit Ver, vivant dans les vaisseaux lymphatiques et dont les embryons peuvent arriver dans le sang, où ils sont connus sous le nom de FUaires du sang. C'est un des parasites les plus redouta])les des régions tropicales.
1° Formes. — Les symptômes sont la conséquence directe de l'obstruction des vaisseaux lymphatiques par les filaires ou leurs embryons et de la réaction inflammatoire, qui en résulte.
Suivant la localisation des parasites dans l'organisme, la filariose revêt des formes différentes.
UElephantiasis des Arabes * est dû à un arrêt de la circulation lymphatique, à une dilatation énorme des vaisseaux lymphatiques et à un épaississement considérable de la peau. L'éléphantiasis peut siéger en un point quelconque du corps, mais il se développe particulièrement aux membres, au scrotum, aux mamelles et aux grandes lèvres.
On observe ég:alement des épanchements cliyleux, localisés dans le scrotum {hydrocèle chyleuse), dans le péritoine (ascite chyleuse), dans la plèvre {chylothorax); des varices lymphatiques {adéno-lymphocèle et lympho-scrotum)', des abcès lymphatiques; de la diarrhée chyleuse; enfin de la chyliirie ou de Vhémalochylurie, caractérisée par l'émission d'urines lactescentes et sanguinolentes.
2° Distribution géographique. — C'est une maladie des régions tropicales. On l'observe en Asie (Indes, côte orientale de la Chine, Formose, sud du Japon); en Afrigue (Sud de l'Egypte, certaines parties de l'Afrique centrale anglaise), en Amérique (sud des États-Unis, cote du golfe du Mexique, Brésil et surtout Guyane et grandes Antilles), en Océanie (Polynésie, Nouvelle- Guinée et Nouvelle-Calédonie). En Europe, les cas observés sont exceptionnels et proviennent des colonies.
3° Agent pathogène. — La filariose, sous toutes ses formes, est occasionnée par la présence, dans l'organisme, de Filaria Ban-
1. Il ne faut pas confondre VElephantiasis des Arabes avec VElepJiantiusis des Grecs, qui est une variété de lèpre.
FILARIOSE
cro/ïi, appelée encore Filaria sanguinis hominis, Filaria nocturna. C'est un ver blanc, opalin, atténué à ses deux extrémités (fig. 185), vivant dans le système lymphatique de l'homme, en amont des ganglions, qu'il ne peut traverser. Les embryons, entourés d'une cuticule, vivent libres dans le sang; cependant, on ne les rencontre dans le sang périphérique que pendant la nuit, d'où le nom de F. nocturna, donné à ces organismes. On les désigne parfois sous le nom de micro filaires^ réservant le nom de filaires pour les adultes.
4° Insectes inoculateurs. — La filai re est inoculée, à l'état d'embryon, dans le sang de l'homme, par la piqûre de moustiques. Les moustiques, qui servent d'hôtes intermédiaires à Filaria Bancrofti, sont assez nombreux et appartiennent à différents genres.
Les moustiques, chez lesquels on a pu suivre l'évolution complète de la filaire, sont les suivants : Myzomia Rossi (James) ; Pyretophorus coslalis (Annet Dutton) ; Culex pipiens (Bancroft) ; Culex fatigans (Vincent, Low); Culex Skusei (Bancroft); Stegomyia calopiis; Mansonia a/ricana (Daniels).
Fig. 185. — Filiaire du sang dans la tête et la trompe du inoustique (d'après Low).
5° Mécanisme de l'inoculation. — La filaire femelle, généralement vivipare, vit dans les vaisseaux lymphatiques; elle donne naissance à des embryons qui suivent le cours de la lymphe et arrivent avec elle dans le système circulatoire : c'est ainsi qu'on en trouve une quantité considérable dans le sang des individus, atteints de fîlariose, mais seulement la nuit ou plutôt pendant le sommeil. C'est à ce moment que les moustiques ont coutume de voltiger. Si un moustique femelle vient à piquer le malade, il absorbe, avec son sang, une certaine quantité d^embryons de filaires. L'embryon vit quelque temps dans 1 estomac du moustique, puis perd sa gaine, traverse la paroi stomacale, tombe dans la cavité générale et arrive dans Tinlervalle des fibres des muscles thoraciques de l'insecte, où il reste un certain temps, pendant lequel il grandit. Au bout de dix-huit jours environ, la larve chemine à la partie antérieure du thorax, puis dans la tête du moustique. Elle pénètre dans la cavité intérieure du labium ou gaine de la trompe et dans la cavité des palpes maxillaires, où elle se trouve emprisonnée, car ces organes communiquent, d'une part, avec la cavité générale, ce (jui
permet aux filaires d'entrer, mais ne communiquent pas avec l'extérieur, ce qui ne leur permet pas de sortir. Néanmoins, quand le moustique ainsi infesté, pique un individu sain, la gaine de la trompe peut se fendre en se repliant et les larves de filaires sont déposées dans la petite plaie, produite par la piqûre de l'insecte. Les larves peuvent aussi se créer une issue à l'extrémité de la trompe, endroit de moindre résistance, où la chitine fait défaut. Ces larves, arrivées dans la peau, se logent dans les lymphatiques et s'y développent pour devenir adultes et produire les lésions signalées précédemment.
Contrairement à ce qui a lieu pour le paludisme, dans la fîlariose, Vhomme est Vhôte définitif de la Jilaire, puisqu'il l'héberge à l'état adulte; le moustique en est Vhôte intermédiaire, puisqu'il ne donne asile qu'aux larves.
6° Prophylaxie. — Elle consiste dans la lutte contre la piqûre des insecteurs inoculateurs et leur destruction à Tétat adulte et larvaire. Ses bases sont les mêmes que celles du Paludisme (p. 610) et de la fièvre jaune (p. 686).