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CHAPITRE XLIX

TYPHUS EXANTHEMATIQUE

Le Typhus exanthématique ( Typhus pétéchial, des armées, des prisons, mal irlandais, etc.) est une maladie lébrile, à invasion brusque, caractérisée par une éruption polymorphe généralisée, ecchymotique, respectant la face, avec fuliginosités. Troubles nerveux, constipation, délire violent puis prostration. Durée douze à quinze jours. Convalescence longue. Récidives rares. Pas de lésions des plaques de Peyer.

1° Particularités cliniques. — Gravité. — Incubation variable (douze à quinze jours en moyenne). Récidives rares. Formes frustes surtout chez les enfants. Mortalité : 15 à 50 p. 100 suivant les épidémies.

2*^' Étiologie. Épidémiologie. — a) Histoire et Géographie. — Le typhus, très anciennement connu, fut répandu en Europe du xv^ au XIX® siècle, surtout à la remorque des armées (Guerre de trente ans) ou dans les périodes de famine (Irlande, sièges, etc.).

Actuellement, son importance est bien moindre, mais il persiste des foyers û." endémo-épidémie : Russie, Allemagne orientale, Irlande, Abyssinie, Algérie et Maroc (quartiers misérables des villes, recrudescences tous les quatre ou cinq ans : Sergent, Herzen), Tunisie et Tripolitaine, Perse, Chine et Japon (guerre russo-japonaise), Mexique (tabardillo), etc.

En France, la Bretagne constitue un foyer, avec une poussée au Havre et jusqu'à Paris en 1892-93 (Thoinot, Netter).

b) Causes favorisantes. Contagion. — Favorisé par l'encombrement, le froid, la misère et la famine (Murchison), le typhus n'apparaît pas spontanément, mais par contagion (Netter).

L'agent de dissémination le plus habituel (dissémination en filière et non massive) est le vagabond., qui chemine d'asile en asile, en passant aussi parfois par la prison ou l'hôpital. La contagion est directe (médecins, infirmiers) ou indirecte (vêtements,

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literie; prisons, asiles et dépôts de mendicité, voitures publiques, etc.).

c) Le virus. — Le poux. — Le virus est un microbe filtrant, intraglobulaire, du groupe des septicémies hémorragiques, inoculable au singe (Gh. Nicolle, Comte et Conseil). Il existe dans le sang, déjà deux jours avant le début de la fièvre et encore deux jours après la défervescence.

Nicolle, Comte et Conseil ont prouvé que ce virus se transmet par le pou de corps (pediculus vestimenti), lorsqu'il pique de cinq à sept jours après s'être infecté, en piquant un typhique. Le pou de tête peut aussi le transmettre (Anderson et Goldberger).

3° Prophylaxie. — Les mesures à prendre contre le typhus exanthématique sont multiples :

a) Isolement des malades. — Il doit être pratiqué, si possible, à rhôpital. Point n'est besoin, d'ailleurs, de pavillons spéciaux : des box improvisés réalisent un isolement de fortune, suffisant, à condition que tout contact soit interdit entre les autres malades et les exanthématiques, et que ceux-ci soient confiés à un personnel spécial (de préférence infirmiers peu nombreux, ayant eu déjà le typhus), du moins jusqu'à ce quils soient exempts de poux. Se rappeler que le pou peut s'infecter sur l'homme avant, pendant et après la maladie (Nicolle).

Le personnel médical ou hospitalier ne portera pas de barbe, mettra des vêtements serrés au cou et aux poignets, des coiffures de toile enserrant les cheveux, se munira de gants ou mieux aura les mains et avant-bras enduits d'huile d'eucalyptus ou de pétrole, dont l'odeur éloigne les poux, multipliera les bains, les lavages, etc.

b) Surveillance des personnes de Ventourage du malade. — Elle sera exercée (pendant une vingtaine de jours) surtout au point de vue de la propreté, de la présence de poux, etc. : les enfants sont particulièrement suspects, à cause de la fréquence chez eux de cas frustes (Nicolle et Conseil).

c) Recherche des locaux parcourus jjar les vagabonds. — Elle s'impose d'urgence dès que des cas de typhus sont signalés (Netter), en raison des poux infectés qu'ils peuvent contenir. On opérera la désinfection et surtout la désinsection. En attendant, ces locaux doivent être condamnés.

d) Désinfection. — Elle doit porter principalement sur les locaux (asiles, postes}, etc., les voitures pubHques, les Hnges et

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vêtements, mais aussi sur Texpectoralion et autres excréta, le plus tôt possible après leur émission.

e) Bésinsection. — La destruction des poux est le temps le plus important de la lutte contre le typhus. Gh. Nicolle a vu des malades demeurer contagieux tant qu'ils n'avaient pas été lavés et dépouillés de leurs vêtements et devenir inoflensil's aussitôt après que ces mesures étaient prises.

Il faut donc baigner et doucher, savonner, couper les cheveux ras et enduire la tête de pétrole, raser la barbe, désinfecter les vêtements, de préférence à Taide de vapeurs sulfureuses (Conseil). L'épouillage doit porter non seulement sur les malades, mais sur leur entourage et sur tous les vagabonds.

f) Prophylaxie générale. — Des mesures générales contre le typhus et ses causes prédisposantes s'imposent particulièrement dans les « terres d'endémie », mais devraient être prises partout et toujours, spécialement dans les asiles de nuit, postes de police, prisons (prisons arabes: Herzen), hôpitaux, casernes., quartiers pauvres et sales, etc.

C'est la lutte contre l'insalubrité du logement, contre la malpropreté {poux) et l'ignorance, contre la misère et la famine.

Les vieux vêtements et objets de literie devraient être désinfectés avant d'être mis en vente; il y a danger à abriter un inconnu, à approcher un malade avant qu'il soit approprié, etc.

Vhygiène militaire doit se préoccuper de préserver à ce point de vue la santé des troupes : devant Sébastopol, les Anglais, grâce à l'hygiène, n'ont eu que 6 typhiques sur 10000 hommes, tandis que les Français, faute d'hygiène, étaient décimés.

g) Sérothérapie préventive. — ■ Enfin Nicolle et ses collaborateurs ont prouvé l'action préventive du sérum des malades convalescents et guéris (sérum filtré de malades guéris depuis i 0 ou 12 jours au plus).

h) Législation. — La déclaration et la désinfection sont obligatoires (p. 56) pour le typhus exanthématique (maladie n° 2).

Voir la note sur le typhus exanthématique dans les publications officielles du secrétariat général du gouvernement tunisien (1911).

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