‹ Précis d'hygiène (volume 2)Chapitre 194 sur 267 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

1° Morve. — Cette maladie des solipèdes est très contagieuse pour l'iiomme. Elle est due au Bacillus mallei.

Le diagnostic bactériologique est facile (injection de malléine, inoculation et culture des produits).

a) ÉtJologie. — Le Bacillus mallei existe dans le jetage nasal, dans les nodules farcineux, dans les viscères.

Le Bacillus mallei est peu vivace (mort en trois jours par dessiccation, en quelques minutes à 100° ou dans une solution de sublimé à 1/1000). La morve est rare chez les ouvriers maniant les cuirs, les crins.

La morve se contracte surtout directement }iar le jetage nasal du cheval : vétérinaires, palefreniers, cavaliers, équarrisseurs, cochers, etc. Il suffit d'une petite écorchure de la peau ou des muqueuses, pour servir de porte d'entrée. Gest de linoculation directe.

Dans les laboratoires, plusieurs bactériologistes se sont contaminés avec des cultures.

b) Prophylaxie. — Dépister les animaux morveux (injections de malléine). Se protéger contre le jetage des animaux suspects (gants, lunettes, etc.). Précautions antiseptiques (teinture d'iode, etc.) pour les petites plaies, quand on examine un cheval suspect. Désinfection des harnais, couvertures, ayant servi à un cheval morveux. Brûler la litière.

2" Actinomycose. — Maladie commune à Thomme et à certains animaux (bovidés, cheval, porc), due à YActinomyces bovis.

a) Particularités cliniques et gravité. — Chez l'animal : tumeurs ulcérées de la mâchoire et de la langue. Chez Thomme :

forme cervico-facialo, Ihoraco-pulmonaire, abdominale, cutanée, etc. Lésions rappelant la tuberculose, la syphilis, Tostéosarcome.

Diagnostic par la présence dans le pus des grains jaunes d'or spécifiques (fig. 188) et par les cultures.

Maladie plus fréquente qu'on ne le croyait (Israël, Poucet). Grave si elle n'est

pas soignée à temps . .•.•;'//;■.'; .'•.'..';• !:•*•*. •».

(ablation, Kl).

b) Étiologie. — • L'Actinomyces existe à la surface des céréales et des graminées , dans les fourrages, les barbes d'épis, à la surface de la paille, des grains de blé.

L'homme peut donc s'inoculer directement par ces produits; Vactinomycose est surtout une maladie rurale

(époque des moissons, des battages). 11 peut aussi s'inoculer par l'animal (bovidés surtout), ou même par l'homme, le pus actinomycosique restant assez longtemps virulent.

c) Prophylaxie. — Se méfier des épis de graminées, de blé, d'orge, des brins de paille, etc. ; ne pas les porter à la bouche.

Traitement par l'iodure de potassium et l'ablation chirurgicale. Précautions habituelles vis-à-vis des lésions suppurées humaines ou animales.

Pas de déclaration obligatoire ou facultative.

Fig. 188. — Grains jaunes dans une lésion actinomycosique (L. Bérard).

3" Charbon. — Dû au Bacillus anthracis de Davaine. Maladie commune à l'homme et à certains animaux.

a) Particularités cliniques. Gravité. — Suivant la localisation, la forme clinique, l'origine, on rai)pelle pustule maligne (accident cutané le plus fréquent), œdème malin (paupières), fièvre charbonneuse (forme septicémique), maladie des trieurs

de laine (forme broncho-pneumonique), charbon interne (forme inleslinale), sang de rate (moulons, l)Ovidés), etc.

Il y a des cas foudroyants, des cas frustes. Le pronostic des formes internes est fatal, celui de la pustule maligne est encore très grave; il est mortel quand le bacille passe dans le sang.

b) Étiologie. — Les spores du B. anthracis sont très résistantes; les cadavres charbonneux (dont le sang fourmille de b. sporulés) sont donc dangereux pendant des années (spores ramenées à la surface par les vers de terre; spores des peaux, des crins).

Le mouton, la chèvre, les bovidés; le cheval sont les animaux les plus fréquemment atteints.

La contagion humaine se fait : 1" le plus souvent (9 fois sur 10) par la peau ou les muqueuses excoriées ou simplement contaminées par des mouches bacillifères; 2° par ingestion (viandes, poussières); 3° par inhalation (trieurs de laine).

Les principales professions exposées au charbon sont : les bouviers, bergers, équarrisseurs ^ bouchers, garçons d'abattoir, mégissiers, tanneurs, criniers et brossiers, tireurs de laine, chiffonniers, cordonniers, cardeurs de laine, matelassiers, etc. Au point de vue industriel, les crins sont peut-être l'agent le plus fréquent de contage.

c) Prophylaxie. — La prophylaxie du charbon humain se confond presque avec la prophtjlaxie du charbon animal, puisque Tinoculation se fait presque toujours par un produit (sang, peau, crins, laines) d'animal charbonneux. Le cadavre d'animal charbonneux doit être détruit (et non enfoui) . Les fumiers, litières, etc., seront détruits, Tétable désinfectée.

A la frontière, on abat sur place les animaux importés atteints de charbon. Dans le pays, les animaux charbonneux doivent être déclarés par le vétérinaire.

En Europe, le charbon est devenu rare grâce à la vaccination anti-charbonneuse (Pasteur, Chauveau).

Les peaux, laines, crins, cornes provenant de Russie, de Chine, de l'Amérique du Sud sont spécialement dangereux et doivent être interdits, la stérilisation étant très difficile. On se méfiera surtout des crins et laines encore adhérents à des morceaux de peau, car ils proviennent sûrement d'animaux non pas sacrifiés, mais morts de maladie et dont on a voulu utiliser les produits.

La désinfection des crins sans les abîmer est difficile, elle est cependant possible par Tautoclave, avec quelques précautions.

L'asepsie des plaies conslitiie la base de la i)ropliyIaxie individuelle. L'ablation précoce des pustules malignes est le seul trailement. Certains sérums (Sclavo, etc.) seraient efficaces.

Vhygiène générale des aleliers exposés à Finiection cbarbonneuse doit se préoccuper surtout de détruire les poussières chargées de spores et de i)réserver contre elles les voies res[)iratoires et digestives des ouvriers : •

L'atelier de réception et de triage sera séparé des autres locaux ; le plancher sera imperméabilisé, fréquemment lavé avec une solution désinfectante ainsi que les autres parois, tables, etc. Une ventilation énergique, générale et au besoin locale, permettra de recueillir les poussières et déchets pour les brûler.

Les ouvriers^ bien éduqués et prévenus des dangers qu'ils courent (notices, affiches), au besoin munis de masques, revêtiront des vêtements de travail spéciaux (gants), souvent désinfectés, ainsi que leurs mains, à la sortie. Ils prendront souvent des bains et des douches, ne mangeront pas dans l'atelier et n'y entreposeront pas leurs aliments. Le médecin de l'usine, capable de diagnostiquer baclériologiquement le charbon, veillera à l'intégrité de la peau et des muqueuses des ouvriers, excluant tout ouvrier ayant des écorchures ou un commencement de bronchite. Toute lésion devra être désinfectée (sublimé à 1 p. 1 000, teinture d'iode) et montrée le plus tôt possible au médecin.

d) Législation. — La loi anglaise de 1901 (art. 73) prescrit au médecin et au patron la déclaration obligatoire de tout cas de charbon à l'Inspecteur des fabriques.

En France, le décret du 22 août 1910 a prescrit des mesures particulières d'hygiène dans les établissements où le personnel est exposé à rinfection charbonneuse : visite médicale de toute lésion suspecte; déclaration sur registre spécial de constatations médicales, tenu à la disposition de l'Inspection. Boîte de secours, avec teinture d'iode. Tabliers et jambières imperméables. Affichage de l'adresse du médecin et d'un avis concernant les dangers du charbon et les précautions à prendre.

Les prescriptions du décret sont encore plus rigoureuses, lorsqu'il s'agit de matières provenant de régions suspectes : Revêtements imperméables, badigeonnages à la chaux; lavages des murs, du sol et de l'outillage, désinfections fréquentes; opérations poussiéreuses, en vases clos; fourniture de vêlements de travail (surtouls) et protège-nuque; vestiaires avec séparation des vêtements de ville et de travail.

L'arrêté du 11 mars 1912 a déterminé le texte de l'avis-afflche et la composition de la boîte de secours.

4° Streptococcie. — Le Streptocoque pyogène de Pasteur,

Fehleisen, etc., est un microbe très répandu dans la nature (fig. 189); il existe dans Tair, le sol, les poussières; il existe dans nos cavités naturelles.

II est assez facile à détruire; un chauffage à 100° le tue en quelques minutes, de même une solution faible de sublimé employée à 45". Mais

il résiste très longtemps aux causes naturelles de destruction; la désinfection est indispensable.

11 existe un nombre infini de variétés de streptocoques pyogènes, ce qui explique l'insuccès des sérums antistreptococciques qui n'agissent que sur la variété qui a servi à préparer le sérum.

Le streptocoque pyogène est l'agent d'un très grand nombre d'affections variées pouvant porter sur la plupart des organes (microbe à tout faire, comme le staphylocoque pyogène). Il est fréquemment associé et cause aussi une foule d'infections secondaires variole, diphtérie, angines, etc.). Ces infections secondaires sont presque toujours graves. L'association au streptocoque est de mauvais pronostic.

a) Infection puerpérale. — Nous dénommons ainsi toutes les complications sepliques de la puerpéralilé.

1° Particularités cliniques. Gravité. — Les symptômes sont très variables. Ils sont généralisés (forme seplicémique, la plus grave) ou localisés (abcès, péritonites, phlébites, etc.).

Sauf dans les formes septicémiques, la guérison est la règle.

Avant Tapplicalion des découvertes pastoriennes, l'infection puerpérale faisait des ravages considérables dans les maternités; de véritables épidémies étaient fréquentes. On comptait, en moyenne, 6 p. 100 de mortalité par septicémie chez les accouchées, mais ce chiffre était bien souvent dépassé.

Périodiquement les maternités étaient décimées.

2° Eliologie. Pathor/énie. — L'infection puerpérale peut être due à différents microbes. Mais son agent presque constant est le streptocoque pyogène (Doléris, 1880; Chauveau et Arloing, 1884; Widal, 1889).

Fiff. 189.

Streptocoque pyogène. Culture en bouillon.

Les autres microbes pouvant causer la seplicémie puerpérale sont nombreux; ils agissent seuls ou en association entre eux ou avec le streptocoque. Citons : le Staphylocoque pyogène, le Gonocoque, le Colibacille, le B. perfriiujens et autres anaérobics, etc. Le pronostic est en général moins grave qu'avec le streptocoque.

On fait des hémocidl tires pour poser à la fois le diagnostic et le pronostic. L'existence et surtout le nombre des streptocoques dans le sang aggravent le pronostic. Ces cultures se font (pour le streptoco<iue) sur gélose sanglante; on compte les colonies. La recherche des streptocoques « hémolysants » faite par ensemencement des lochies pourrait permettre de reconnaître les femmes « porteurs de germes » et de les éliminer de la salle commune (Fabre).

L'infection est presque toujours, sinon toujours, d'origine hétérogène; elle se })ropage par les doigts de Taccoucheur, par les instruments (canules, thermomètres), par Teau des injections. C'est, en somme, une véritable inoculation par les doigts, objets ou liquides qui pénètrent dans le vagin et dans l'utérus. On connaît les épidémies de clientèle, une sage-femme ou un accoucheur infectant", par lui-même ou par ses instruments, toutes les femmes qu'il soignait à domicile.

Bien entendu, l'état particulier de la puerpéralité est une cause prédisposante de premier ordre, sans parler de l'état de santé antérieur du sujet.

30 Prophylaxie. — Déjà, en 1848, Semmehvein, de Vienne, luttait contre la septicémie puerpérale par l'isolement des infectées. Tarnier, suivant cet exemple, avait réduit à 1 p. 100 la mortalité dans son service. Mais, c'est depuis la connaissance exacte de la cause que les règles de la prophylaxie ont été rigoureusement tracées.

7. Pendant la grossesse. — Propreté intime minutieuse (injections vaginales, savonnages vulvaires, canules très propres, etc.). Propreté générale (bains, propreté du linge).

p. Pendant le travail. — Toilette ano-vaginale. Injections vaginales antiseptiques. Occlusion de la vulve par un pansement aseptique. Mais, surtout, c'est V accoucheur et ses aides qui doivent prendre des précautions personnelles d'asepsie (sarreaux stérilisés, asepsie des mains, instruments stérilisés, etc.), partant de ce principe que Vinfection puerpérale est presque toujours inoculée à V accouchée par V accoucheur ou la garde.

y. Pendant les suites de couches. — C'est l'asepsie la plus

CouRMONT, — Précis d'Hygiène. *2

658 MALADIES liNFECTIEUSES ET PARASITAIRES

complète pendant toule la période où l'utérus constitue encore une porte ouverte à Finfection. On fait de moins en moins d'injections vaginales; on compte davantage sur la défense naturelle du vagin (mucus acide, etc.) contre les microbes. Se méfier du thermomètre.

S. Sérum anti-slreptococcique . — Nous avons vu (p. 656) pourquoi le sérum de Marmorek était inefficace.

£. Maternités. — H y a une hygiène toute spéciale des maternités, en raison de la promiscuité d'un grand nombre de femmes si facilement inoculables. L'asepsie doit être encore plus grande que dans un service de chirurgie : asepsie des locaux, du personnel, des instruments, des linges, etc.

Toute maternité aura des chambres d'isolement pour les femmes même légèrement infectées. La désinfection des objets ayant eu contact avec Tinfeclée sera rigoureuse. Le personnel sera différent pour les infectées et les non-infectées. Le médecin portera une attention toute particulière sur la désinfection de ses mains après un contact avec une infectée.

\. Sages- femmes. — On ne saurait trop insister sur. l'importance de l'éducation des sages-femmes. Des écoles sont indispensables. Ne sera propre que la sage-femme qui aura compris le mécanisme de l'infection. De bonnes sages-femmes sont très importantes au point de vue social.

'/]. Soins à domicile., gardes-malades. — A domicile, on pratiquera l'isolement avec garde-malade spéciale. La désinfection en cours de maladie se fera suivant les règles indiquées p. 522

0. Déclaration et désinfection. — La déclaration est obUgatoire (n° 12, p. 56), lorsque le secret de raccouchemenl n'a pas été réclam.é. La désinfection est aussi obligatoire; le streptocoque survit longtemps virulent sur les objets, si on ne le détruit pas artificiellement.

b) Êrysipèle. — L'érysipèle est dû au streptocoque pyogène.

i° Gravité. Éilologie. — Il est très bénin (0 p. 100 de mortalité) quand il est médical, c'est-à-dire quand il atteint un sujet normal à la faveur d'une petite érosion (êrysipèle de la face); il est très grave quand il survient comme complication d'une jdaie, chez un opéré. Très fréquent autrefois dans les salles de chirurgie, il en a presque complètement disparu, depuis l'asepsie. Même médical, il peut être grave chez les débilités (alcooliques, hépatiques, etc.) ou chez les nouveau-nés (êrysipèle ombilical).

Le passage du streptocoque dans le sang (cultures sur gélose sanglante, nombreuses colonies hémolysantes) est d'un mauvais pronostic.

Le streptocoque persiste dans les squames ,qui restent longtemps virulentes. 11 subsiste parfois très virulent dans les cavités naturelles (nez, etc.) du convalescent.

L'érysipèle ne confère pas l'immunité contre les slreptococcies.

La contagion peut êlre directe ou indirecte (poussières, linges, instruments, etc.). Un érysipèle peut être Forigine de toutes les streptococcies (infection purperale, etc.).

2o Prophylaxie . — La })rophylaxie générale peut se résumer ainsi : asepsie chirurgicale, asepsie des accouchements, propreté générale, hygiène des cavités naturelles, etc.

Pour les malades : isolement aussi précoce que possible, jusqu'à disparition des squames. A la convalescence : désinfection des locaux, des linges, du malade (bains savonneux, gargarismes, onctions vaselinées pour fixer les squames, etc.).

La sérothérapie n'a pas donné de résultats.

La déclaration est facultative (maladie n° 18, p. 56). La désinfection légale l'est donc aussi.

5° Oreillons. — Maladie générale, dont l'angine est la première manifestation, puis la parotidite.

a) Particularités. — Période prodromique : 24 heures, non dia^nosticable. Incubation : 20 jours. Réceptivité rrioyenne. Surtout de 6 à 25 ans. Complications : orchite, 1/10° en moyenne (6/10" chez les soldats, avec 7/10* d'atrophie). Donc, certaine gravité au-dessus de 15 ans, en raison de l'atrophie testiculaire.

Dans l'armée : 8 à 16 par 1 000 hommes.

Rôle prédisposant du froid.

Immunité acquise par une première atteinte.

b) Contagion. — Contagieux dès les prodromes jusqu'à la convalescence. Contagion directe (voisins immédiats), rarement indirecte.

c) Germe. — Peu diffusible. Assez résistant. Existe dans les mucosités bucco-pharyngées.

d) Épidémies. — S'étendent lentement.

e) Prophylaxie. — Difficile, presque impossible. — Isolement, sauf pour les jeunes enfants; pour lesquels, Torchite n'étant pas à craindre, la gravité est nulle. Après 15 ans, isoler pendant 15 à 20 jours. — Lavage de la bouche des voisins. — Déclaration facultative (p. 56) ; désinfection utile.

6" Grippe. Influenza. — Maladie endémo-épidermique due au Cocobacille de Pfeiffer. Épidémies nombreuses au xviii*' siècle et jusqu'en 1858. Nouvelle épidémie en 1889-90; (75 p. 100 de la

CouRMONT. — Précis d'Hygiène. 42.

population en France). Depuis lors la grippe est restée endémique. Maladie très grave, surtout par les complications pneumococciques et

autres, notamment chez les personnes ayant des tares.

Contagion par les mucosités naso-bucco-pharyngées (fig:. 190).

Prophylaxie presque impossible; antisepsie des voies supérieures dans l'entourag-e des grippés.

7° Staphylococcie.

— Le staphylocoque pyogcne

est surtout le microbe des

suppurations superMcielles

(furoncle, impétigo, etc.).

11 abonde sur la peau.

La prophylaxie consiste

Fig. 190. — Bacille de l'influenza dans la sécrétion à maintenir le corps propre

nasale (d'après Kolle et Hetsch). Coloration à (bains, linge propre, etc.,

la fuchsine. p. 65) Weill a supprimé

les épidémies de furonculose et de suppurations cutanées chez les nourrissons en laisant stériliser les linges de corps.

8° Ophtalmies purulentes. — a) Ophtalmie purulente des nonveau-nés. — Elle est rorig:ine de nombreux aveugles. Elle est donc socialement très grave. Cette affection peut avoir une double origine. Si elle apparaît dans les 2 ou 3 jours qui suivent la naissance, elle est de nature gonococcique et résulte du contact des yeux de Tenfant avec le pus des pertes génitales de la mère. Si elle n'apparaît que 6 à 10 jours après la naissance, elle peut être due à des microbes divers : pneumocoque, streptocoque, bacille de Weeks, staphylocoque, etc., et provient d'une contamination extra-génitale. Cette seconde catégorie d'ophtalmies est infiniment moins grave que l'ophtalmie blennorragique.

Le pus de l'ophtalmie purulente est très contagieux. Il faut veiller à empêcher que l'œil sain ne soit contaminé par le pus, provenant de l'œil malade et avertir l'entourage du danger, constitué par cette contagiosité extrême.

La prophylaxie spéciale consistera à désinfecter les voies génitales de la mère par des solutions antiseptiques et on instillera dans les yeux de tout enfant, sans exception, aussitôt après sa venue au monde, 1 à 2 gouttes d'une solution de nitrate d'argent à 0,3o p. 100 (Crédé) ou d'un autre sel d'argent (protargol, argyrol, etc.).

L'ophtalmie purulente des nouveau-nés est à déclaration obligatoire, quand le secret de l'accouchement n'a pas été réclamé (p. 36).

b) Conjonctivite purulente ou conjonctivite aiguë contagieuse. — Cette affection est due ordinairement à un microbe très fin, qui n'est susceptible de végéter que sur la mu(}ueuse oculaire, dont il provoque Tinfiammatioa ; le bacille de Weeks. C'est un microbe, très peu résistant,

et dont la culture en milieux artificiels est assez délicate. Sa transmission paraît toujours se faire par contact direct.

J-a conjonclivite à l)acille de Weeks est plus répandue dans les grands centres que la conjonctivite gonococcique et donne lieu souvent à de violentes épidémies.

Maladie à déclaration facultative (p. 50).

c) Ophtalmie granuleuse ou trachome. — C'est une adection contagieuse des membranes oculaires externes (conjonctive, cornée), à évolution très longue, dont l'étiologie microbienne n'est pas encore établie et dont la gravité particulière réside dans les altérations cornéennes qu'elle peut déterminer.

La fréquence du trachome est extrêmement variable, suivant les pays, mais c'est encore la plus répandue des infections oculaires à la surface du globe et celle qui produit le plus grand nombre d'aveugles. En Asie, dans le nord de l'Afrique, en Egypte, c'est une véritable pandémie. En Europe, le pays le moins atteint est la Suisse. Puis viennent la France et TAngleterre. En Allemagne, certaines contrées sont encore très infectées, notamment la Prusse orientale et les provinces rhénanes, où les trachomateux constituent 50 p. 100 des ophtalmicjues, fréquentant les cliniques. La Russie est 1res infectée dans toutes ses provinces. Au Brésil, en Australie, le trachome est fréquent.

Bien que la notion de la contagiosité du trachome soit admise depuis près de 2 000 ans, nous manquons absolument de données précises sur les conditions de résistance du virus granuletix, sur la durée du danger de contamination au cours de l'évolution des lésions conjonctivales, etc. On admet que la sécrétion lacrymale peut transmetire le virus par l'intermédiaire des contacts digitaux. Les mouches le propagent.

Prophylaxie. — On évitera, avant tout, de porter ses doigts aux paupières, et l'on prendra l'habitude de ne se frotter les yeux qu'avec le dos de la main, qui n'entre pas en contact avec les objets contaminés. Les objets de toilette, les cuvettes seront toujours d'un usage individuel. Se préserver des mouches.

Au point de vue social, le meilleur moyen de prophylaxie dans les contrées où le trachome est peu répandu, c'est évidemment l'isolement et le traitement des personnes malades.

Dans certaines contrées, l'extension du trachome est surtout due à l'immigration de granuleux, venus de contrées anciennement infectées. C'est ainsi qu'en France, l'immigration belge a constitué un foyer de trachome dans les départements du Nord et que le foyer du Midi paraît avoir pour origine l'immigration algérienne. Aux États-Unis, une loi interdit l'entrée des immigrants granuleux.

En France le trachome est une maladie à déclaration facultative {p. >iG).

9° Tétanos. — Le tétanos est une maladie commune à l'homme et aux animaux (surtout au cheval), due au Bacille de Nicoldier, abondant dans le sol où il est répandu avec le fumier.

Autrefois très fréquente dans les services de chirurgie, elle a disparu comme la gangrène gazeuse, la pourriture d'hôpital, etc.

Pour produire le tétanos, le bacille de Nicolaïer (anaérobie) doit trouver abri dans une plaie anfractueuse, et être associé à d'autres espèces microbiennes.

La prophylaxie consiste : 1° Asepsie et antisepsie dans les salles de chi-

CouRMONT. — Précis d'Hygiène. 4<i..

662 MALADIES INFEGTfEUSES ET PARASITAIRES

rurgie; 2° Débrider largement les plaies anfractueuses et souillées de terre; 3" Se méfier de toute plaie même minime mâchée el souillée de terre; 4" Faire, dans les cas douteux, une ou plusieurs injections préventives de sérum antitétanique.

La valeur préventive du sérum anlilélanique est indiscutable. Elle est prouvée par la disparition du tétanos chez le cheval, après les opérations de castration, de clou de rue, etc. Chez Thomme on fera une injection sous-culanée de 10 cin-^ toutes les fois qu'une plaie souillée de terre n'a pu être suffisamment débridée. L'immunité ne durant qu'une dizaine de jours, on refera des injections de 8 jours en 8 jours, jusqu'à ce que la plaie soit nette. Pour éviter les accidents sériques, on peut faire l'injection intraveineuse (J. Gourmont).

10° Fièvre aphteuse. — c'est une affection, contagieuse, surtout chez les bovidés, et caractérisée par un état fébrile et une éruption vésiculeuse, apparaissant sur les muqueuses et la peau.

L'agent pathogène est un microbe invisible (Loffler). La propagation de la maladie se fait par le liquide, contenu dans les lésions phlycténoïdes. Le virus est très actif, même en solution très étendue; en revanche, il est peu résistant et est facilement détruit par la chaleur (stérilisation en quinze minutes à 50", immédiate à 100°), la lumière, la dessiccation, les antiseptiques. Dans les conditions ordinaires, il peut se conserver cependant une quinzaine de jours dans une étable. ainsi que l'ont établi les observations cliniques.

Les animaux les plus sensibles sont les bovidés, les moutons, les chèvres et les porcs.

L'homme peut, dans des conditions exceptionnelles, contracter la fièvre aphteuse. Depuis Michel Sagar (1765), on a rapporté nombre de faits bien établis de contagion directe (Boulay, Collin, Mathieu, Heu, Zurn, Esser) ou d'épidémies circonscrites, dues à Vusage de lait ou de fromages, provenant de bétes malades (Bircher, Chauveau, Hulin, épidémies de Beecles, de Douvres, Russi, etc.).

La contagion peut se faire par la voie cutanée, au niveau d'éraillures ou de crevasses, pendant la traite, l'examen de la bouche, le pansage. Mais la contamination par les voies digestives semble beaucoup plus fréquente. La viande est complètement inoffensive; en revanche le lait cru ou converti en fromage est le plus souvent incriminé.

La principale mesure prophylactique consistera dans le chauffage du lait, avant sa consommation, en temps d'épidémie de fièvre aphteuse.

11° Fièvres récurrentes. — Les fièvres récurrentes sont des maladies contagieuses, caractérisées par des accès fébriles, en nombre variable, séparés, les uns des autres, par des périodes d'apyrexie. Elles sont provoquées par divers spirochètes. Les fièvres récurrentes européenne, africaine, américaine et très vraisemblablement aussi asiatique, sont des maladies à part, provoquées par des parasites particuliers.

a) Fièvre récurrente d'Europe. — Elle existe en Russie, en Pologne, en Bosnie, en Herzég.vine et en Roumanie. Elle a été également observée à l'état endémique en Irlande.

Elle est due à Spirochœta Obermeieri, petit organisme mobile, à spirales llexibles, mince et effilé à ses extrémités, long de 12 à 42 [x (fig. 191).

Il présente des mouvements de vrilles ou des mouvements oscillatoires et se déplace, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. On peut le cultiver (Levaditi) et l'inoculer au singe.

On le trouve dans le sang- périphérique, pendant l'accès. 11 se réfugie dans les vaisseaux de la rate, pendant la période apyréticiue.

Fig. 191. — Spirochœta Obermeieri dans le sang (d'après Rubner, Gruber et Ficker).

Ce parasite est vraisemblablement inoculé à l'homme par certains insectes, particulièrement par les punaises.

h) Fièvre récurrente africaine (tick-fever) . — On l'a signalée, en Afrique, sur tout le littoral de la Méditerranée. C'est surtout dans le centre de l'Afrique que cette spirocha'tose est répandue (Haut-Congo, Ouganda, Afrique orientale allemande, Bas-Zambèze, Angola).

Elle est due à Spirochœta Dutloni, très voisin du précédent (fig. 191). Son mode de transmission est actuellement bien connu (Dutton et Todd); c'est par l'intermédiaire d'une tique, Ornithodorus nioubatu (fig. 192), que le parasite est inoculé à l'homme. L'animal reste caché, pendant le jour, dans les vieilles habitations et ne sort que la nuit pour piquer l'homme ou les animaux. Notons que la femelle de la tique, une fois contaminée par la piqûre d'un malade, peut transmettre le germe pathogène à ses descendants; la larve, en sortant de l'œuf, est donc elle-même susceptible de contaminer un individu sain.

Prophylaxie des fièvres récurrentes. — Pour ce qui a trait à la spirochœtose européenne, il faut recommander la propreté individuelle, les soins hygiéniques et la destruction des ectoparasites. 11 faut surtout isoler les premiers cas diagnostiqués, afin de supprimer, dès le début, les sources de virus.

CouRMONT. — Précis d'hygiène.

Quant à la spirochoetose africaine, nos connaissances sur sa transmissibilité, par l'intermédiaire des tiques, facilitent mieux encore les

Fig. 192. — Ornithodorus moubata; femelle à jeun, montrant bien les plis cutanés. Grossi 2 fois 1/2 (d'après Brumpt).

mesures prophylactiques à prendre. On doit éviter toute circonstance qui expose un sujet sain aux piqûres d'Ornithodorus moubata.

12° Dengue ou fièvre des papataci. — Maladie caractérisée par de la fièvre, une éruption rappelant celle de la rougeole et des douleurs articulaires. Elle est essentiellement bénigne et ne dure que 3 jours.

La dengue parait localisée dans les régions tropicales ou subtropicales avec deux foyers principaux, Tun aux Indes, Tautre dans V Amérique centrale. En Europe, elle règne en maintes régions du bassin Méditerranéen'. Dalmatie, Herzégovine; en Italie (Menella), etc.

Elle est due à un microbe invisible., inoculé à Thomme par un petit Diptère, suceur de sang, du groupe des Phlébotomes et que les gens du peuple appellent, en Dalmatie et en Herzégovine, Papataci (Franz, Doerr et Taussig). D'après certains auteurs, la dengue pourrait être également transmise par la piqûre de moustiques appartenant à la famille des Cousins.

La prophglaxie de la dengue doit être envisagée comme celle de la fièvre jaune et du paludisme (p. 686 et 610).

Page 1