CHAPITRE LU
MALADIES CUTANEES PARASITAIRES
1° Maladies cutanées des pays tempérés. — Elles sont fréquentes; sans présenter une grande gravité par elles-mêmes, elles sont parfois Torigine d'infections secondaires générales par les portes d'entrée qu'elles créent. On les observe surtout à Técole (voir Hygiène scolaire^ \). 142).
a) Phiiriase. — Maladie produite par les poux. Le pou de tête (pediculus capitis) (fig. 193), de couleur livide ou blanc cendré, est répandu sur toute la surface du globe.
Il vit sur la tête des individus malpropres; il est surtout fréquent chez les enfants des classes pauvres. Par les démangeaisons qu'il produit il peut être l'origine d'excoriations et d'éruptions impéligineuses.
Le pou du corps {pediculus vestimenli)^ plus volumineux, est commun dans le midi et l'est de l'Europe (Russie, Pologne). Il se cache surtout dans les plis des vêtements, en contact immédiat avec la peau, sur laquelle il
ne séjourne que le temps nécessaire pour prendre sa nourriture. Les démangeaisons sont plus marquées que celles provoquées par le pou de tête et les lésions plus accentuées. On connait son rôle dans la propagation du typhus exanthématique (p. 647).
Le genre Phtirius (composé d'une seule espèce, Phtirius inguinalis, morpion) (fig. 194) vit, principalement, sur toutes les régions poilues de l'adulte (le cuir chevelu excepté); chez l'enfant,
Fig. 193. — Pou de tête {Pediculus capitis) [d'après Brumpt).
on Tobserve parfois aux cils. On le rencontre surtout dans la
Fig. 194. — Plitirius inguinalis (d'après R. Blanchard).
région pubienne ; aussi se propage-t-il principalement par les rapports vénériens.
b) Puces. — La puce de Thomme (Pulex irritans) ne produit qu'une lésion minime, qui serait sans importance, si les recherches de ces dernières années n'avaient établi le rôle important, joué par la puce, dans la propagation de certaines maladies, et spécialement de la peste (p. 681). Les puces du rat (sauf Typhlopsylla musculi) peuvent vivre sur Thomme.
Les puces semblent pouvoir être les vecteurs de certaines maladies à trypanosomes, ainsi que Font établi expérimentalement Rabinowitsch et Kempner, Sivori et Lecler, pour le Tmjpanosoma Leicisi.
Enfin, la puce du chien (P. serraticeps) [)eut constituer Thôle intermédiaire du cestode, connu sous le nom de Dipylidium caninum, et, par ingestion accidentelle, déterminer le développement de ce parasite chez l'homme.
c) Gale. — Gest une affection cutanée, déterminée par la présence d'un acarien parasite, le Sarcoptes scabiei (fig. 196). Cet acarien ressemble à une petite tortue; il possède un corps orbiculaire, plat en dessous, un peu hémisphérique en dessus.
La contagion se fait ordinairement directement (cohabitation
Fig. 195. — Pul^x irritans (Brumpt).
nocturne, rapports sexsuels); la malpropreté constitue une cause prédisposante importante. On peut contracter également la gale au contact des animaux malades.
La gale disparaît en 24 heures par le traitement approprié.
Fig. 196. — Surcoples scaùici, face Fig. 197. — Sarcoptes scabiei, face dorsale (R. Blanciiari). ventrale (R. Blanchard).
d) Teignes et favus. — Ces maladies cutanées à champignons étaient autrefois très fréquentes chez les enfants de la classe pauvre et dans les écoles. Elles tendent à diminuer.
Aux trois types cliniques de teignes : teigne faveuse, teigne tondante à grosses spores, teigne tondante à petites spores, correspondent trois espèces ou plu tôt trois stirpes formées d'espèces très voisines : les Achorion?>, les Trychophytons, les Mlcrosporons.
1° Teigne tondante à grosses spores. — Elle s'ohserve presque exclusivement dans la première et la seconde enfance. Elle est due au développement, à l'intérieur du poil, du Trichophgton tonsurans (fig. 198). Elle se rencontre surtout dans les grandes villes. La contagion a presque toujours lieu d'enfant à enfant.
La prophylaxie consiste essentiellement dans l'isolement des jeunes teigneux; malheureusement, il arrive trop souvent que la teigne n'est reconnue que tardivement et l'enfant malade a déjà contaminé ses frères et sœurs ou ses camarades d'école.
Pour éviter une perte de temps considérable dans les études ou rapprenlissage de Tentant, qui doit être isolé pendant toute la durée du traitement, on a créé, dans les grands centres, des écoles spéciales où sont instruits les jeunes teigneux. L'école Laitier,
située à Paris, à riiôpital Saint- Louis, en est un exemple. Actuellement, grâce à la radiothérapie, qui réduit beaucoup la durée du traitement, cette perte de temps sera plus facilement évitée.
2° Teigne tondande à petites spores. — Maladie du cheveu, elle est aussi spéciale au jeune âge.
Elle est due à la présence de Microsporiim Audonini (fîg. 199).
Elle est très fréquente dans l'Europe occidentale et très rare ou inconnue dans lEurope orientale, à mesure qu'on s'éloigne de l'Atlantique.
C'est la plus contagieuse de toutes les teignes; aussi est-il important de la dépister avec le plus grand soin. La contamination a toujours lieu par contagion, soit directe, soit indirecte.
La prophylaxie est celle de la teigne à grosses spores.
3° Favus. — Affection parasitaire du cuir chevelu, causée par Achorion Schœnleini, caractérisée par une production spéciale d'aspect croûteux que l'on nomme de godet favique.
Cette affection ne ])araît pas très contagieuse d'homme à homme; elle se propage vraisemblablement par l'intermédiaire de certains animaux. Elle est surtout fréquente dans la deuxième enfance. C'est une maladie due, en grande partie, à la malpropreté; les traumatismes peuvent favoriser son apparition. On l'observe plus souvent à la campagne que dans les villes.
En France, existent trois foyers principaux : Normandie ; Landes
Fig. K)8. — Trichophyton tonsurans (d'après Sabouraud).
MALADIES CUTANEES PARASITAIRES
et Dordogne ; Hérault (Feulard). Le favus, rare à Paris, est plus fréquent que les teignes trichophyliques à Lyon (Augagneur) et à Rennes (Bodin).
La propreté est le meilleur moyen prophylactique. La conla-
Fig. 199. — Microsporum Andonini en culture. — a, renflements piriformes sur les filaments; b, c, transformation des renflements en chlornydospores intercalaires; d, e, conidies fuselées; g, h, hyphes fertiles en grappe simple; i, conidies du type Acladium; /". conidie fuselée pluriseptée du Microsporum lanosum. (D'après Bodin.)
gion est moins à redouter que pour les antres teignes ; néanmoins, il sera bon d'éviter un contact trop fréquent avec les malades.
e) Pytiriasis versicolor. — C'est une affection de Tadulte, peu contagieuse, due à Mallassezia fur fur.
f) Er\ithras7na. — Voisine de la précédente, cette affection est due au Microsporon minutissimum. Elle est peu contagieuse et entretenue par la chaleur et riiumidité.
2° Maladies cutanées des pays chauds. — a) Puce-chique
(Sarcopsylla penctrans). — Cet insecte pénètre dans l'épaisseur de la peau; son abdomen se développe peu à peu par suite du développement progressif des œufs, jusqu'à simuler un grain de gui par son volume et sa couleur. L'animal meurt dans la cavité où il s'est développé, et son cadavre est expulsé par un processus inflammatoire qui ne présente rien de grave en lui-même, mais ouvre la voie à toutes les infections secondaires.
L'existence de la puce-chique constitue un véritable fléau, dans les régions, qui en sont affligées (Amérique tropicale, Sénégal, Congo, Madagascar). Des mesures très rigoureuses, prises dans l'Inde, ont protégé l'Asie anglaise contre le fléau de la puce-chique.
b) Caratés. — Mycoses cutanées, caractérisées par la formation de S(juames diversement colorées. Elles sont dues à des Pénicillium et à des Aspergillus. Leur domaine est limité à la Colombie et aux Etats circumvoisins.
c) Tokelau. — Mycose, dont le champignon n'a pas encore été caractérisé. Maladie de l'Asie orientale.
d) Verruga du Pérou. — Maladie infectieuse, avec éruption de tumeurs spéciales, très vasculaires, due à un bacille acidophile.
e) Pian. — Maladie spécifique, inoculable et contagieuse, à éruptions, due au Spirochœta pertenuis. Elle est répandue dans la zone intertropicale.
La plupart de ces maladies sont évitables par une propreté corporelle minutieuse.
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