‹ Précis d'hygiène (volume 2)Chapitre 207 sur 267 · TUBERCULOSE (BACILLOSE DE KOCH · texte numérisé non relu

TUBERCULOSE (BACILLOSE DE KOCH

Laissant de côté les distinctions anatomiques ou étiologiques (bacilles tuberculeux autres que celui de Koch), nous n'aurons en vue que la Bacillose^ les multiples affections causées par le Bacille de Koch.

i I. — GÉNÉRALITÉS

1° Domaine de la tuberculose. — Le domaine de la tuberculose est immense. Nous sommes en présence du plus terrible des fléaux qui aient affligé et qui affligent encore V humanité.

Nous indiquerons plus loin quelques chifïres, déjà effrayants par euxmêmes. Ils ne donnent qu'une faible idée des ravages, causés par le bacille de Koch. Ces chiffres concernent en elîet les lésions manifestement tuberculeuses et notamment la phtisie pulmonaire. On y ajoute,

en général, certaines pleurésies, quelques maladies chirurgicales, quelques méningites ou péritonites. Le nombre de ces affections est infiniment plus considérable que ne l'accusent les statistiques, quantité de certificats de décès étant inexactement libellés, et portant seulement la lésion sans notation d'origine : bronchites, méningites, péritonites, pleurésies, ostéites, etc. Or, presque toutes les pleurésies sont tuberculeuses, la plupart des méningites aiguës, non suppurées, le sont aussi, etc. De ce fait, le chapitre des lésions tuberculeuses, avec tubercule anatomique, s'étend considérablement.

Il y a plus. On sait aujourd'hui que la tuberculose est curable, en tant que lésion anatomique. Très fréquentes sont, aux autopsies, les cicatrices tuberculeuses des sommets pulmonaires. La mort a été la suite d'une autre aiïection. 11 n'en est pas moins vrai que ces personnes ont été tuberculeuses, ont pu contagionner leur entourage, ont eu certainement leur santé très diminuée par cette tuberculose passagère. Au point de vue social, il n'est pas indifférent de n'avoir jamais été un tuberculeux, ou d'être un tuberculeux guéri.

Enfin, Poncet et son école, à Lyon, ont depuis longtemps attiré l'attention sur la très grande fréquence des lésions, en apparence purement inflammatoires, non anatomique ment tuberculeuses, et qui sont cependant des lésions d'origine bacillaire; le bacille de Koch n'est pas seulement pathogène in situ; comme les autres microbes pathogènes, il peut agir à distance par ses toxines. Aussi la tuberculose joue-t-elle un rôle considérable dans l'étiologie d'une foule d'affections non anatomiquement tuberculeuses. C'est le cas de certains rhumatismes (rhumatisme tuberculeux de Poncet), de certaines afiections nerveuses, peut-être de l'artério-sclérose, d'une partie de l'arthritisme, etc. La môme idée a été défendue à Paris par Laudouzy, par Léon Bernard (tuberculose non folliculaire).

En outre, le bacille de Koch peut causer de véritables septicémies sans tubercules (typho-bacillose de Landouzy), facilement méconnues.

Ce préambule était nécessaire. Il montre le rôle immense joué par la tuberculose en pathologie liumaine, rôle beaucoup plus considérable que ne le feront ressortir les chiffres des statistiques. Une nation qui arrive à diminuer le nombre de ses tuberculeux apparents (phtisiques, tuberculeux chirurgicaux, etc.) améliore, du même coup, son état sanitaire général; disparaissent en même temps une quantilé d'affections paratuberculeuses qui grèvent lourdement les tables de morbidité et de mortalité. Lutter contre la tuberculose, c'est améliorer, plus qu'on ne pourrait le croire, Vétat sanitaire d'un pays. La tuberculose domine toute la santé d'une nation.

La lutte antituberculeuse est le premier devoir d'une collectivité.

2° La tuberculose maladie sociale. — La tubeiculose est uue maladie sociale : par ses causes et dans ses effets.

Au point de vue des causes, la question du terrain est capitale. L'organisme humain est relativement peu réceptif pour la tuberculose ; le bacille de Koch envahit, assez difficilement, un corps véritablement bien portant et jdacé dans de bonnes conditions hygiéniques. Dès lors, toutes les causes d'affaibhssement favorisent

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^l'éclosion de la tuberculose : manque (Fair cl de lumière, logement surpeuplé, nourriture insuflisaute, manque de propreté, , soucis, privations de toutes soi'tes. A toute ain/dioration soridlc i correspondra donc une dimmulion de la tuberculose. Certes, il Ifaut tâcher de détruire la graine, c'est primordial; mais il faut i.aussi s'attacher à conserver au terrain humain sa résistance naturelle.

La tuberculose est aussi une maladie sociale par ses effets. Dès qu'elle a pénétré dans une famille ouvrière, la misère l'accompagne. Pendant les longs mois que dure la maladie, tout cède à la fois, au moment précis où l'entourage, exposé à la contagion, aurait besoin du maximum de résistance. Les salaires diminuant ou disparaissant : c'est la nourriture insuffisante, c'est le logement surpeuplé (parce qu'on recherche un loyer moins cher), c'est la malpro{)reté, le surmenage, la moindre surveillance des enfants. <. Une famille ouvrière dont le chef est tuberculeux est une famille socialement atteinte; ses sources de résistance sont taries. De nouveaux cas de tuberculose vont se produire. IS'ée du paupérisme et de la mauvaise hygiène, la tuberculose conduit au )paupérisme et au manque d'hygiène. C'est un cycle terrible.

A maladie sociale^ il faudra des remèdes sociaux.

Les États civilisés l'ont compris; ils ont socialement organisé la lutte anti-tuberculeuse. En France, une Commission extra-parlementaire, nommée le -i2 novembre 1899, a mis le problème à l'étude. En 1903, a été créée la Commission permanente internationale de la tuberculose.

3° La tuberculose dans les différents États. — Les tableaux suivants montreront que la tuberculose est plus fréquente en France que dans les autres pays.

Mortalité par 10 000 habitants.

France (1901-05) (villes de plus de 30 000 habitants). . 38

Autriche (1901-02) 34

Allemagne (1906-07) 20

Angleterre (1901-08) 19

Japon (1901-08) 19

Italie (1901-08) 17

Belgique (1900-05) 14

Si on ne considère que la tuberculose pulmonaire, pour les mêmes années, on obtient :

France 32

Allemagne i7

Japon 15

Angleterre 14

Belgique 12

Cerlaiiis pensent que les chiffres français ont été exagérés; ils admettent, néanmoins, une proportion de 2Si p. 100 en France, contre 16,8 en Allemagne et 14,6 en Angleterre.

Plus suggestive encore, peut-être, est la comparaison de la mortalité de tuberculose pulmonaire dans les principales villes.

La voici en 1875, 1900 et 1910, pour 10000 habitants :

Baisse.

Paris 41

Berlin 34

New-York

Londres

les

fe 26

o.-NcO'^inifir«œ(no'-Nco<d'tn(or^ao9>or-cMn4-in(or^coc?a.cooooocoaoco:oo«eo>«no>nna>o)raaiO)a)ooocoooooo^.-

Fig. 209. — Mortalité par' tuberculose en France et en Allemagne.

Concluons : La tuberculose est plus fréquente qu'en Allemagne, quen A ngleterre . etc.

Nous devons essayer de la faire tomber au moins au taux de ces pays. Cela est possible puisqu'e/i trente -cinq ans Allemagne et Angleterre ont fait baisser de 5.2 p. 100 leurmortalité tuberculeuse (fig. 209).

4° La tuberculose en France. — On a beaucoup discuté sur le nom])re exacl des décès par tuberculose. Les uns Testiment à 150000 par an. les autres

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à 100 000 seulement. En réalité, ce chiffre est imj)ossil)le à connaître exactement, puisque seules les statisli({iies des grandes villes sont exactes. Mais, surtout en l'absence d'une nomenclature officielle des décès, en Tabsence de certificats de décès (campagnes), ou de désignation des causes de la mort dans beaucoup de certificats, on ne peut savoir que très approximativement le nombre des tuberculeux français. Où classer un certificat de décès portant simplement le mot : pleurésie, méningite? La bronchite chronique fausse surtout les statistiques; elle masque très souvent la tuberculose. Pour être logique, il faut compter, dans les décès par tuberculose, non seulement la phtisie pulmonaire, non seulement la tuberculose chirurgicale, mais aussi presque toutes les pleurésies non purulentes, presque toutes les méningites des jeunes, et presque toutes les bronchites chroniques, qui ont entraîné la mort avant cinquante ans.

a) Statistique générale. — La Commission de la tuberculose avait fixé à 150 000 les décès probables par tuberculose. Ce chiffre est exagéré, si Ton considère les morts causées directement par la tuberculose; il est très au-dessous de la vérité, si Ton tient compte de la place occupée par la tuberculose dans Torigine des autres malades. Voici quelques chiffres wi^zima, les chiffres de décès de tuberculoses connues.

Décès par tuberculoses déclarées.

1906 87 091 = 11,19 p. 100 des décès.

/ Même en admettant ces chiffres, on peut se rendre compte que la tuberculose est le plus grand des fléaux de Thumanité. La tuberculose est plus meurtrière, que toutes les autres maladies infectieuses réunies, elle est plus meurtrière que la guerre, elle est plus meurtrière que le choléra. Pendant tout le xix*" siècle, on estime à 2 millions les victimes de la guerre en France, à 500 000 celles dues au choléra, soit 2 millions 500 000. Silencieusement, la tuberculose a fait plus de 10 millions de victimes, 4 fois plus que la guerre et le choléra réunis. Chaque année, elle enlève en France la population d'une grande ville. Elle s'adresse surtout

aux enfants, aux adolescents, aux êtres en plein rendement social. Tel est le bilan.

La tuberculose est stalionnairc en France., si, même, elle n'augmente pas.

b) T. suivant la population des villes. — Les statistiques montrent que la ï. est d'autant plus fréquente que les villes sont plus peuplées. Exemple (1906) :

Décès par toutes tuberculoses déclarées en France.

Paris

10 000 habitants

Villes de 100 à 550 000 habitants.

Villes de 30 à 100 000 —

Villes de 20 à 30 000 —

Villes de 10 à 20 000 —

Villes de 5 à 10 000 —

Villes de moins de 5 000 habitante-

Mais, la tuberculose pulmonaire diminue dans les grandes villes et augmente dans les petites. La mortalité qui était (1891-95) de 40,9 p. 10 000 h. à Paris est tombée, en 1910, à 30,6; dans Tensemble des villes de plus de 5 000 b. la proportion (pour les mêmes années) a passé de 25,5 à 27,4.

c) T. suivant les départements. — Voici les cbiffres de 1910 :

1 département (Seine) au-dessus de 30 p. 10 000 h. (39).

,o ■ f 14 au-dessus de 18

15 — au-dessous de 10 p. 10 000.

La carte (fig. 210) montre cette répartition. Il existe deux sortes de foyers : les départements contenant des grandes villes, ou très peujjlés, tels que la Seine, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, le Nord, et le foyer alcoolique de la Bretagne et de la Normandie.

d) T. dans les campagnes. — Maurel a fait une statistique sur la tuberculose des campagnes. Il estime, avec tous les médecins praticiens ruraux, que la tuberculose envahit progressivement les campagnes, sauf dans 7 départements du vSud-Ouest, sans qu'on puisse savoir exactement les causes de Timmunité relative de ces derniers.

De vingt à trente-neuf ans, la tuberculose est aussi fréquente dans les campagnes que dans les villes \ au contraire le décbet

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est j)liis fort dans les villes de quaranlo à (ûnqiiante-neiif ans (Fiister).

e) Analyse des foyers tuberculeux. — Quand on considère une ville, la tuberculose n'est pas uniformément répartie dans les arrondissements. Il suffit, pour s'en rendre compte d'examiner les deux figures 211 et 212.

En somme, si Ton considère Paris, la tuberculose fait 104 décès

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