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Fig. 213. — Mortalité|par Tuberculose aux différents âges (1891-1901) d'après Tatham. Les parties ombrées des colonnes représentent la tuberculose pulmonaire; la colonne représente l'ensemble de la tuberculose.

TUBERCULOSE (bACILLOSE DE KOCh)

Décès .Réformes

pour 1.000 h .

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sait. La tuberculose ne faisait cependant qu'augmenter, mais elle était masquée par les effets de la loi du 1" avril 1898, sur la réforme temporaire. Exemple : du 15 novembre 1899 au 1" février 1900, 1 800 recrues, acceptées par le conseil de revision, ont été mises en réforme temporaire.

Pour juger de la contamination de l'armée, il faut considérer : la mortalité sous les drapeaux, qui est rare; la mortalité des soldats réformés qui succombent chez eux, la mortalité par tuberculose des soldats, après la libération. La mortalité sous les drapeaux baisse évidemment, puisqu'elle ne comporte que les formes aiguës, les formes chroniques étant éliminées. La vérité est ([ue les réformés ou retraités par tuberculose ont augmenté dans de colossales proportions de 1875 à ces dernières années.

La loi de 2 ans (1905), qui a fait verser dans le service auxiliaire une série d'hommes de faible constitution, a aussi modifié les statistiques.

Si l'on compare la tuberculose dans l'armée française et dans l'armée allemande, on voit qu'elle est incomparablement plus fréquente chez nous. Par exemple, en 1899-1900, on comptait, dans les hôpitaux, pour 10 000 hommes d'effectifs, 21 tuberculeux allemands et 60 français.

Il faut aussi tenir compte, quand on établit la carte de la tuberculose militaire, suivant les corps d'armée, de la tuberculose civile dans ces régions; les 2 cartes sont superposées, lorsque le recrutement est régional.

La figure 214 indique les pertes par tuberculose (décès, réformes) dans l'armée, de 1900 à 1910. L'ascensioa est brusque en 1907. L'augmentation des années 1907-1908-1909 est entièrement due, comme nous l'avons dit plus haut, à la loi de 1905 qui incorpore des faibles dans le service auxiliaire; cela ressort de la décomposition des statistiques. En somme, la loi de 1905 a introduit beaucoup de tuberculeux latents dans le service auxiliaire. En 1909, une sévérité plus grande ayant présidé au Conseil de revision, le chiffre des tuberculeux a baissé.

Quels soldats deviennent ainsi tuberculeux? Surtout les jeunes, au cours de la première année, dans la proportion de 6 contre 4 anciens. Cela tient : l*" à l'éclosion des tuberculoses latentes restées méconnues au Conseil de revision; 2" au brusque changement d'existence (surmenage, nourriture, éloignement de la famille, etc.).

Les statistiques sont surtout chargées de décembre à avril.

En résumé, l'augmentation de la tuberculose dans l'armée française est incontestable. Des remèdes s'imposent (p. 739).

b) T. dans la marine. — La marine paie un gros tribut. Dans les hôpitaux, plus de 40 p. 100 des décès sont dus à la tuberculose; pour l'ensemble de la flotte, on compte 20 p. 100 des décès. Les gabiers, les mécaniciens, les chauffeurs, mais aussi de jeunes officiers, paient ce

Fig. 214. — Tuberculose dans l'arméo française (décès, réformes) par 1 000 hommes.

tribut, dû non seulement aux variations de température, mais surtout à la promiscuité fatale dans les dortoirs des navires.

c) T. dans les asiles d'aliénés. — Elle est très fréquente : jusqu'à 117 morts par 10 000 pensionnaires dans les asiles publics. Dans certains asiles privés, la mortalité n'est que de 40 pour 10 000, presque normale. L'insalubrité de certains asiles est donc seule à incriminer.

d) T. dans les établissements pénitenciers. — Très fréquente dans les prisons, les maisons centrales, etc., en raison de la population spéciale de ces établissements, mais aussi de l'internement.

e) T. des Gardiens de la paix. — Très fréquente à Paris; jusqu'à 60 p. 10 000.

f) T. des prostituées. — Très fréquente (alcoolisme, claustration, etc.). 0( 11° Tuberculoses professionnelles. — a) Contagion bovine. —

La propagation de la tuberculose bovine aux garçons d'abattoir, aux vétérinaires, aux vachers, n'est pas rare. A Berlin, 3 p. 100 des garçons d'abattoir ont des lésions locales (piqûres), inoculables au veau. Les vachers, qui, en montagne, passent l'hiver dans les étables sont fréquemment tuberculeux.

' b) Contagion humaine. — Elle est beaucoup plus fréquente.

a) Garçons d'amphithéâtre. — C'est-à-dire maniant des cadavres dont un bon tiers sont des cadavres de tuberculeux; la plus grande partie de

ces garçons meurent tuberculeux.

6) Médecins. Infirmiers. — La propagation de la tuberculose des malades d'hôpital aux jeunes étudiants en médecine, mais surtout aux infirmiers, est fréquente.

^ c) Blanchisseurs et blanchisseuses. — Cette profession est très exposée, en raison des poussières contenues dans les

mouchoirs ou linge des tuberculeux. Landouzy a montré la fréquence de la tuberculose chez les blanchisseurs des environs de Paris. 11 a montré par exemple, par des statistiques de son service d'hôpital, que chez les blanchisseurs, la tuberculose causait 75 p. 100 des décès d'hommes et 56 p. 100 des décès de femmes, tandis que chez les menuisiers, elle ne cause que 7 p. 100 des décès.

La figure 215 est très explicite.

d) Professions à poussières. — Les professions à poussières dures {tailleurs de pierre, sculpteurs, polisseurs, démolisseurs, etc.) prédisposent à la tuberculose, probablement en raison des érosions superficielles buccales et pharyngées, peut-être pulmonaires, causées par ces poussières. Un tailleur de pierre ne peut pas continuer son métier plus de 13 ans.

Fig. 215. — Décès par tuberculose et autres maladies à Laënnec (eu 1905) suivant les arrondissements (Landouzy).

A. Communes à bla)icliisseurs (Puteaux, Suresnos, Boulogne, Billancourt, Issyles-Moulineaux.) — B. Ay^rondissements autres (YII, XIV, XY, XVI, XVII, XVIII).

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Un polisseur atteint rarement l'ùge de 3G ans. On a cité souvent l'exemple des porcelainiers de Limoges; là ce ne sont pas les poussières, l'alcoolisme est surtout en cause. Les Savoyards qui sont employés à la salle des ventes à Paris sont tuberculeux dans la proportion de 72 p. 100.

e) Boulangers. — Aucune profession n'est aussi profondément atteinte de la tuberculose que celle des boulang;ers; elle est cependant recrutée parmi des hommesjeunes, valides, très souvent exempts de toutes tares. On admet souvent la proportion de 70 p. 100 de tuberculose parmi les boulangers. Or, ils sont 400 000 en France. On voit le danger que présentent pour l'alimentation publique tous ces boulangers, expectorant des bacilles sur le pain. Les boulangers sont évidemment prédisposés à la tuberculose par le travail de nuit elles variations brusques de température qu'ils subissent.

/) Mineurs. — Contrairement à ce qu'on a cru pendant longtemps, la tuberculose des mineurs est très rare. Tous les médecins des régions minières, soit en France, soit à l'étranger, sont d'accord sur ce point. La poussière de charbon donne l'anthracose; l'anthracose peut devenir tuberculeuse, mais, en somme, la profession de mineur paraît plutôt préserver de la tuberculose qu'y prédisposer. ASaint-Étienne, la mortalité des mineurs par tuberculose atteint à peine 25 p. 10 000. 11 y a là un fait absolument intéressant.

12'^ Géographie de la Tuberculose. — Influence de la

latitude. — La tuberculose existe dans le monde entier, même dans les pays tropicaux. Elle a même une marche spécialement rapide dans certains pays tels que l'Egypte, pays excellents pour guérir une tuberculose tout à fait au début, mais paraissant donner une marche rapide aux tuberculoses déjà avancées. La tuberculose est très fréquente en France (p. 7 12); elle est naturellement aussi très fréquente dans les pays du Nord.

11 y a, dit-on, peu de tuberculoses dans les grandes villes des hauts plateaux des Andes. Les montagnards sont assez fréquemment tuberculeux, surtout s'ils vivent l'hiver dans les étables.

En somme, la tuberculose est une maladie de tous les pays, de tous les climats, de toutes les altitudes.

IS*' Contagion de la tuberculose. — Galien Taffirmail. Morgagni refusait de faire les autopsies de tuberculeux. Celte croyance à la contagion de la tuberculose se conserva surtout dans le Midi. A Naples, en 1782, les tuberculeux étaient séquestrés comme des lépreux; 3 ans de galère punissaient les réfractaires; on désinfectait les locaux; le médecin qui ne déclarait pas était banni; un tuberculeux qui s'évadait était puni de 6 mois de prison. En Espagne, en Portugal, en Languedoc, la déclaration était obligatoire pour les parents; on brûlait les babils du malade. En 1807, Vienboldt publiait un traité sur la Contagion de la phtisie. Pour Hufeland, la contagion était surtout dangereuse pour les prédisposés.

Au commencement du xix^ siècle, sous Tinfluencede Broussais,

cette tradition séculaire de la contagion se perdit peu à peu. On sait que Broussais niait même la contagion de la syphilis. Laenneo, Andral, Trousseau posent, sans la résoudre, la question de la contagion. Pendant toute la première moitié du xix^ siècle, la notion de la contagion de la tuberculose disparaît peu à peu. Enfin, le 5 décembre J86o, Villemin apporte à l'Académie de médecine les preuves de la nature infectieuse du tubercule, c'est-à-dire la démonstration de son inoculabilité. Il fut combattu par les membres les plus célèbres de FAcadémie; après 2 ans de discussion, le rapport de Colin n'osa pas conclure en faveur de Yillemin. Il fallut les expériences de Chauveau (i 869), sur la transmission de la tuberculose par ingestion, pour imposer la découverte de Yillemin.

Progressivement on revient à la notion de la contagion. Weber, en 1874, signale la contagion maritale. En 1897, la thèse de Musgrave Clay traite la contagion de la phtisie pulmonaire. En

1884, Debove insiste sur la contagion hospitalière qui atteint : malades, infirmiers, garçons d'amphithéâtre. Enfin, plusieurs enquêtes menées, soit à Fétranger, soit en France, de 1880 à

1885, démontrent la réalité de la contagion d'homme à homme. Behring insiste sur la contamination de Fenfance et sur la fréquence des tuberculoses latentes contractées dès le premier âge.

.y^- Nul aujourdliui ne met la contagion en doute. Tout le monde admet que la tuberculose se contracte par l'intermédiaire' des crachats humains, frais ou desséchés, dans les hôpitaux, dans les taudis, dans les lieux publics, par les linges, etc. La contagion de la tuberculose par voie alimentaire est universellement admise.

Il est évidemment difficile de donner des démonstrations cliniques de la contagion, en raison de la fréquence extrême de la tuberculose, de la longue incubation du mal, qui reste souvent latent pendant longtemps. 11 est toujours délicat de démontrer la contagion d'une maladie chronique.

f La contagion de l'homme à l'homme est directe et indirecte.

Elle est directe par les gouttelettes très tines de salive, très riches en bacilles de Koch, que les phtisiques émettent en toussant (gouttelettes de Flùgge); ces gouttelettes sont projetées parfois à 1 mètre ou 1 m. 50: les voisins d'un phtisique sont ainsi aspergés de bacilles.

Elle est indirecte par tout ce (jue les crachats (ou les produits tuberculeux quelconques) ont souillé (linges, mouchoirs, crachoirs,

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aliments), par les poussières contenant des crachats desséchés, par les mouches.

^ Les m^ouches jouent un très grand rôle dans la diffusion de la tuberculose. Elles sont très friandes des crachats. Gh. André et d'autres ont montré que leurs excréments contenaient alors des bacilles virulents en très grand nombre. Les mouches déposent ces excréments partout, donc sur nos aliments; nous avalons aussi des poussières qui sont ainsi souillées. En outre, les mouches ont une prédilection pour les lésions cutanées, érodées ou enflammées, notamment chez Fenfant (croûtes, commissures des paupières, commissures des lèvres, etc.); elles vont là, déposer des bacilles qui pénétreront très facilement (p. 732).

La contagion de l'animal à Thomme est également directe (vachers, vétérinaires, personnes qui cohabitent avec des chiens, des chats, des perroquets tuberculeux) ou indirecte (lait, viande).

14° Rôle du terrain. — Le terrain joue un rôle de premier ordre dans l'évolution de la tuberculose. L homme est naturellement assez résistant à rinfection par le bacille de Koch; mais, dès que cette résistance du terrain fléchit, la tuberculose se développe facilement, d'où l'influence certaine du taudis (défaut d'aération, défaut d'ensoleillement), de la mauvaise nourriture, du surmenage, des privations, de V alcoolisme.

Résumons-nous en disant que V homme absolument sain est assez résistant à la tuberculose, mais qu'une foule de causes, la plupart sociales, peuvent faire fléchir cette résistance naturelle du terrain, d'où la fréquence de la tuberculose, maladie sociale, maladie des faibles., maladie du paupérisme.

15^ La tuberculose est curable. — Cette notion est très importante; elle est aujourd'hui universellement admise. On peut schématiser les travaux, parus sur ce point, en disant : Peu de personnes échappent à la tuberculose, mais la maladie est bénigne et guérit facilement si la résistance du terrain (voir plus haut) n'est pas affaiblie. La preuve de cette curabiliié est fai'e. Déjà, il y a 50 ans, à Bicêtre, Natalis (juillot avait trouvé des lésions tuberculeuses, guéries chez 60 p. 100 des vieillards, qui succombaient. Les médecins légistes affirment que la moitié des citadins, âgés de plus de 30 ans, qui succombent à un accident, présentent des cicatrices tuberculeuses au sommet des poumons. Certains prétendent même que, dans les grandes villes, c'est la presque

CouRMONT. — ■ Précis d'Hygiène. '*o

totalilé des autopsies qui décèle des lésions guéries. A Saint- Autoine. Letulie a fait les mêmes constatations. ^ En somme, si la guérison de la phtisie, c'est-à-dire de la tuberculose arri\ée à la dernière période, est rare, la guérison des lésions tuberculeuses de début est extrêmement fréquente.

Il est facile de démontrer cette curabilité, qui peut être, non seulement due à la cicatrisation, mais qui peut consister en une disparition complète des tubercules. Une pleurésie tuberculeuse guérie ne présente plus de tubercules véritables. Lorsqu'une péritonite tuberculeuse guérit par la laparatomie, le péritoine peut revenir à son état primitif, sans conserver ni adhérence, ni tubercules. En pathologie expérimentale, on sait (S. Arloing) que IVme, qui passait pour réfractaire à la tuberculose, contracte en réalité une granulie, si on lui inocule dans le sang des bacilles de Koch. Mais, en quelques semaines, cette granulie guérit, et on ne trouve plus trace des tubercules. La tuberculose peut donc guérir de façon complète, avec disparition de toute lésion et sans aucune tare cicatricielle.

Ceci explique la difficulté de faire le diagnostic de la tuberculose par les moyens de laboratoire. Un tiers au moins des individus, cliniquement sains, doivent être considérés comme tuberculeux si Ton admet comme preuve de diagnostic : la réaction à la tubercuhne, le séro-diagnostic positif. Ces moyens scientifiques de diagnostic ne sont donc pas très utiles pour dépister la tuberculose, puisqu'ils décèlent même des lésions éteintes.

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