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II.— TUBERCULOSES ANIMALES

Cha])itre très important, en raison des discussions sur la dualité ou V unité des tuberculoses.

1° Tuberculose bovine. — Les animaux de l'espèce bovine sont, après l'tiomme, l'espèce animale la plus fréquemment tuberculeuse.

a) Description. — La tuberculose bovine (Pommelière, Perlsucht) avait été rattachée à la tuberculose par Gurlt (1831). En 1855, Virchow combat ce rapprochement; en 1S69, Chauveau. par ses expériences, démontre l'identité de la tuberculose humaine et bovine.

La tuberculose bovine est surtout une tuberculose des plèvr;s. du péritoine, des ganglions, du péricarde. Les masses tuberculeuses peuvent atteindre plusieurs kilogrammes. Les poumons ne sont pris que secondairement. Ces lésions ont une grande tendance à la transformation calcaire, qui représente ici la caséification de la tuberculose humaine.

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Une attention spéciale doit être donnée à la tuberculose de la mamelle, qui est très fréquente, souvent secondaire, quelquefois primitive; ces lésions expliquent la fréquence des bacilles dans le lait (p. 121). Ceux-ci peuvent cependant traverser la mamelle saine.

Les lésions bovines fourmillent de bacilles semblables (à quelques nuances près) à ceux de la tuberculose humaine (bacilles à type bovin).

La tuberculose bovine a beaucoup augmenté pendant ces dernières années; dans certains départements plus de 50 p. 100 du bétail est atteint (p. 725).

Le diagnostic clinique est extrêmement difjicile. La maladie est très lente, essentiellement chronique. Certains animaux sont en excellent état de santé apparent, bien que tuberculeux; des vaches laitières, aux mamelles tuberculeuses, donnent un lait abondant, de premier ciioix en apparence. Bref, la tuberculose du bovin n'est souvent qu'une trouvaille d'autopsie.

Le jetage contient rarement des bacilles; l'écoulement vaginal est virulent si l'utérus est atteint. C'est surtout le lait qui est le véhicule des bacilles.

Pour savoir si le lait contient des bacilles de Koch, il ne suffit pas de l'examiner au microscope, car il renferme fréquemment des bacilles acido-résistants, qui peuvent donner le change; il faut inoculer.

Le meilleur moyen de dépister la tuberculose, est l'épreuve à la tuberculine (p. 111).

b) Rapports entre la T. bovine et la T. humaine. — Problème (Je première importance, ])uisque, suivant la conclusion (théories uniciste et dualiste) adoptée, les produits, provenant du bœuf ou de la vache, seront ou ne seront pas considérés comme dangereux pour Thomme.

Villemin, Chauveau, Koch avaient admis Vunité de la tuberculose humaine et bovine. L'unité était classique. En 1901, au Congrès de Londres, Koch vint affirmer (Koch et Schiitz) qu'il s'était trompé en 1882, et que les deux tuberculoses étaient différentes, dues à des bacilles distincts et non contagieuses, soit de l'animal à l'homme, soil de l'homme à l'animal. Ses arguments étaient : 1° qu'il est impossible de transmettre la tuberculose humaine au bétail, lequel est très sensible à la tuberculose bovine; 2° que la transmission de la tuberculose bovine à l'homme était excessivement rare, car, pour admettre qu'une tuberculose humaine est d'origine bovine, il faut que, réinoculée au veau, elle tuberculise celui-ci.

L'école française (S. Arloing, Nocard, etc.) s'éleva immédiatement contre cette conception dualiste. Dans tous les pays on nomma des commissions qui furent chargées de trancher le problème; à l'heure actuelle, la bibliographie des expériences de con-

trôle ainsi faites est considérable. Nous résumerons seulement les arguments qui démontrent que la théorie de Koch est fausse. Nous sommes unicistes, tout en admettant l'existence de 2 variétés bacillaires, mais par simple adaptation d'un même bacille.

D'ailleurs, dès 1869, Ghauveau avait montré qu'on peut tuberculiser le veau avec de la tuberculose humaine.

En somme, il est démontré :

i° Que la tuberculose bovine peut se transmettre à l'homme

a) Par piqûre (Tscherning, Moser, Johne, Spronck, etc.);

h) Par ingestion (nombreux exemples de tuberculose par ingestion du lait de vache).

On admet que nombre de tuberculoses infantiles humaines (jusqu'à 27 p. 100) contiennent des bacilles ayant tous les caractères de bacilles bovins; le fait est plus rare chez l'adulte. Les bacilles se seraient-ils adaptés à la langue? ou la tuberculose infantile est-elle plus fréquemment que celle de l'adulte due à l'ingesliou du lait tuberculeux?

2° Que la tuberculose humaine peut se transmettre au bœuf; les publications abondent : Ghauveau, Thomassen, Ravenel, Schottelius, Wolff, de Jong, elc, etc. S. Arloiug surtout a multiplié les expériences démonstratives. La plupart des commissions nommées dans les différents pays ont d'ailleurs conclu de même façon. La question étant venue en discussion au Gongrès de Washington (1908), la discussion entre S. Arloing et Koch tourna à l'avantage des idées françaises.

Gependant, la tuberculose humaine est moins virulente pour le bœuf que la tuberculose bovine, le bacille tuberculeux bovin étant déjà adapté à l'organisme du bœuf. Il ne faut pas oublier que S. Arloing a démontré, depuis longtemps, que la virulence du bacille de Koch était variable; tel bacille humain est extrêmement virulent et pourra tuberculiser le bœuf, tel autre est atténué et n'infectera pas le bœuf ; de même, il est tel bacille d'origine bovine qui ne peut tuberculiser le bœuf, étant trop atténué; il existe en somme toutes les gammes de la virulence.

3" Que la tuberculose humaine peut s'inoculer à d'autres mammifères. Pour Koch, la tuberculose humaine ne pouvait s'inoculer qu'à l'homme et au cobaye et pas au bétail; or, la tuberculose humaine peut s'inoculer au singe^ à Vdne (S. Arloing), à la chèvre (S. Arloing, de Jong), au mouton (S. Arloing), au chien (Strauss, Ravenel, F. Arloing), au porc (Ravenel), elc.

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^ En résumé : la tuberculose de Vhomme et la tuberculose bovine sont une seule maladie (théorie unicisle); mais, le bacille de Koch, une fois adapté au bœuf, prend un type spécial, le type bovin, plus virulent pour le bœuf que le bacille à type humain ; néanmoins, le bacille à type humain peut être virulent pour le bœuf, et le bacille à type bovin peut être virulent pour Tliomme.

c) Fréquence de la T. bovine en France. — La tuberculose bovine est de plus en plus fréquente en France; elle s'étend. 20 p. 100 au moins des bovins sont tuberculeux; cela varie suivant les régions; l'Auvergne, le Limousin et la Normandie paraissent presque indemnes, tandis que les Vosges présentent une proportion de 40 p. 100 d'animaux tuberculeux et le Sud-Est jusqu'à 50 p. 100.

Les mêmes diiïérences se retrouvent si on étudie la tuberculose bovine dans les différents pays. Elle est inconnue au Transvaal, très rare en Algérie et en Tunisie, extrêmement fréquente en Italie (30 p. 100), dans l'Allemagne du Sud (35 p. 100), en Belgique (60 p. 100).

Toutes les statistiques sont d'accord pour aflirmer la rapidité d'extension de la tuberculose bovine en France; le Sud-Est de la France était presque indemne en 1830; actuellement il présente 50 p. 100 d'animaux tuberculeux. A l'étranger : le Japon était indemne avant l'importation des animaux d'Europe; le Danemark était également indemne au XVIII* siècle; certaines îles danoises le sont encore; depuis l'importation du bétail allemand (1850), la proportion de 40 p. 100 d'animaux tuberculeux a été atteinte en Danemark.

d) Contagion. — Les faits précédents suflirent à démontrer la contagion. Ses effets apparaissent en général un an après l'introduction dans l'étable d'un animal tuberculeux. Elle est aussi le fait des crachats humains (vacher tuberculeux). D'animal à animal, la contagion s'opère par les mucosités expectorées, par les écoulements du vagin, par les bacilles contenus dans les matières fécales (Gadéac); mais surtout par l'absorption du lait ou du petit-lait lorsque celui-ci contient des bacilles de Koch, par les récipients à nourriture.

La contagion est favorisée par les mauvaises conditions hygiéniques, comme chez l'homme; on connaît l'état anti-hygiénique de la plupart des étables, notamment en montagne. L'étable est sale et obscure, basse de plafond, les récipients ne sont pas nettoyés, la promiscuité est complète, les animaux sont sales; la tuberculose trouve toutes les conditions nécessaires à sa propagation.

e) T. suivant rage. — Fait extrêmement important : le veau n'est presque jamais tuberculeux; il ne le devient qu'à un certain âge, vers 2 ou 3 ans. Cela démontre une fois de plus l'importance de la contagion et la non-hérédité.

f) Vaches laitières. — Ce sont les plus contaminées; elles sont laissées presque continuellement à l'étable, elles sont affaiblies par la gestation et la lactation, elles sont conservées jusqu'à un âge avancé. Dans certains pays, on en compte 80 p. 100 (voir, p. 121, la contagion par le lait).

2° Tuberculose du porc. — Le porc a une excessive réceptivité,

coRMONT. — Précis d'hygiène. 46.

surtout par la voie digestive. La tuberculose est chez lui à marche rapide, presque exclusivement abdominale; les sujets jeunes sont les plus sensibles. Il s'agit d'une véritable bacillémie tuberculeuse, les bacilles abondent dans le sang. On comprend le danger d'une telle tuberculose, la viande de porc étant souvent mangée crue.

La tuberculose porcine est très rare en France, elle est déjà plus fréquente en Allemagne (0,87 p. 100); elle était très fréquente en Danemark (14 p. 100) avant les mesures prophylactiques des lois récentes.

La tuberculose porcine est surtout fréquente dans les porcheries annexées aux laiteries, les porcs se contaminant par le petit-lait qui leur sert de nourriture.

3° T. du chien. — Le chien n'est pas réfractaire. Non seulement il est inoculable, mais la tuberculose spontanée du chien est fréquente (Gadiot). La forme pulmonaire, avec véritables cavernes, n'est pas rare. Le jetage contient alors des bacilles et est virulent; la marche est rapide, le chien maigrit et meurt.

La contagion de l'homme au chien est incontestable, de même celle du chien à l'homme.

4° T. du chat. — Au moins aussi fréquente que celle du chien. Les poumons sont presque toujours pris, les organes digestifs sont plus souvent lésés que chez le chien. La contagion de l'homme au chat et du chat à l'homme est certaine.

5° T. du sin^e. — Presque tous les singes meurent tuberculeux dans nos climats, avec une forme pneumonique sans véritables cavernes.

6° T. du cheval. — Très rare (1 sur 10000). Néanmoins le cheval est inoculable (Chauveau); la tuberculose est surtout digestive.

7*^ T. de l'âne. — L'àne est inoculable mais guérit spontanément (S. Arloing).

8° T. de la chèvre et du mouton. — Très rare; ces animaux ne sont cependant pas réfractaires.

9° Tuberculose des oiseaux. — Longtemps confondue avec la diphtérie aviaire et le choléra des poules, la tuberculose des oiseaux fut inoculée de poule à poule par S. Arloing et Tripier, en 1873. En 1882, Koch retrouve son bacille dans les lésions aviaires.

La tuberculose aviaire revêt un caractère épizootique, décimant les poulaillers; les volailles maigrissent rapidement et meurent cachectiques en 4 mois environ. La fréquence est très variable.

C'est une tuberculose uniquement des organes abdominaux, n'attaquant presque jamais les poumons; le foie, la rate sont hypertrophiés, gras, parsemés de tubercules. A l'intestin sont appendues des masses tuberculeuses pesant parfois plusieurs centaines de grammes; parfois des tumeurs cutanées. La dégénérescence amyloïde est fréquente.

Les bacilles sont extrêmement nombreux dans les lésions.

La porte d'entrée est digestive.

Le danger pour l'homme est l'ingestion du foie (purée de bacilles).

La tuberculose aviaire s'observe surtout chez les poules, mais aussi chez les faisans, les pigeons.

Une place spéciale doit être faite au perroquet, qui est très fréquemment tuberculeux (36 p. 100 d'après Frohner). C'est une

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tuLerculose des orifices, naturels et de la peau; les lésions occupent les paupières, les conjonctives, les commissures du bec, la crête, la langue ; en somme, tuberculose externe.

Rapports avec la tuberculose humaine. — Nous avons vu qu'il y avait unité entre la tuberculose de riiomnie et celle des autres mammifères. Faut-il être uniciste ou dualiste pour la tuberculose des oiseaux?

Koch, en 1882, avait affirmé l'unité de la tuberculose des mammifères et des oiseaux. Cependant, une série d'expérimentateurs : Villemin, Gotti, H. Martin, Strauss et Wiirtz, Rivolta, Maffucci, Straus et Gamaléia, etc., avaient écboùé en inoculant la tuberculose aviaire au cobaye. Aussi, en 1889, Straus et Gamaléia se posèrent-ils nettement en champions de la dualité. Par contre, J. Courmont et Dor, Cadiot, Gilbert et Roger défendirent la théorie uniciste. Il y a unité d'espèce bacillaire entre le bacille des mammifères et le bacille aviaire; mais, le bacille tuberculeux qui s'est adapté à l'oiseau s'est modifié, au point de prendre certains caractères spéciaux. Les caractères différentiels des cultures ou des bacille$ sont peu importants. Par contre, on éprouve certaines difficultés à tuberculiser des mammifères avec des bacilles aviaires et de même à tuberculiser des poules avec des bacilles de mammifères. Pour réussir, il faut inoculer un certain nombre d'animaux; les résultats positifs sont alors assez nombreux pour qu'on puisse affirmer l'unité. D'ailleurs, on a trouvé chez Vhomme des lésions tuberculeuses avec des bacilles nettement aviaires.

La tuberculose des oiseaux est donc la même que celle de l'homme, mais avec une adaptation du bacille à l'oiseau poussée assez loin pour que le\bacille des oiseaux soit évidemment peu dangereux pour Vhomme et forme une variété très spéciale.

Un chapitre à part concerne la tuberculose du perroquet. Pour celle-ci, pas de contestation : la tuberculose du perroquet est absolument identique à la tuberculose humaine; les bacilles du perroquet sont aussi virulents pour les mammifères que des bacilles de mammifères. Le perroquet se contamine par sa cohabitation avec l'homme, ce qui explique ses tuberculoses externes, et est très contagieux pour Chomme.

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