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IV. — LA LUTTE A L'ÉTRANGER

Que d'exemples nous avons à suivre !

l'' La lutte en Allemagne. Les sanatoriums populaires. — Ce sont des instruments de défense du terrain.

La tuberculose est curable (p. 721), surtout traitée au début ; par contre tout remède spécifique manque. Il était donc naturel qu'on créât des établissements où seraient réunies les meilleures conditions de défense pour l'organisme, l'aidant ainsi à combattre les principaux facteurs favorisants. Ces derniers peuvent se résumer en trois principaux : 1" alimentation insuffisante ; 2° défaut d'air dans les habitations; 3° surmenage.

Brehmer et Dett^\eiler eurent l'idée d'opposer à cette triade étiologique un trépied thérapeutique, dans des étabhssements spéciaux, où les tuberculeux, même les simples candidats, trouve-

raient la suralimentation, Pair pur clans un lieu sec, abrité, élevé, loin des poussières, enfin le repos. Les sanatoriums étaient créés. Ce ne sont pas des hôpitaux de tuberculeux, ils ne font double emploi ni avec les dispensaires, ni avec les hôpitaux pour phtisiques; ils constituent un moyen de prophylaxie et de cure vis-àvis de la tuberculose au début. Les premiers sanatoriums créés ont été des sanatoriums pour riches : Davos, Falkenstein, Leysin, etc.

On estime aujourd'hui que la condition d'altitude, pour être importante, n'est pas indispensable, que le sanatorium peut être construit ailleurs qu'en montagne. On recherche surtout : ensoleillement, sécheresse de l'air, absence dépoussières et de fumée, voisinage d'une forêt; on exige : chambres modèles, galeries d'exposition pour que le malade puisse passer sa journée étendu en plein air, discipline absolue, le médecin devant être le maître complet de l'établissement.

Les résultats sont incontestables, brillants lorsqu'on s'adresse à des malades encore susceptibles de guérir, à plus forte raison à de simples candidats à la tuberculose. Des malades bien sélectionnés peuvent être améliorés, sinon guéris, dans la proportion de 60 p. 100 environ.

Mais, le sanatorium populaire^ tel qu'il a été conçu en Allemagne, est plus intéressant pour la lutte antituberculeuse que le sanatorium pour riches. L'histoire des sanatoriums allemands est instructive.

L'assurance est obligatoire (1883, 1891) en Allemagne contre la maladie, l'invalidité, la vieillesse. Tout Allemand, gagnant moins de 2 500 francs \ est obligé de verser à la caisse ; les patrons versent de leur côté. Ces caisses sont gérées par des conseils mipartie ouvriers et mi-partie patronaux. On s'aperçut bientôt que les dépenses étaient supérieures aux recettes. L'examen de la situation montra que les caisses étaient surtout grevées par les tuberculeux.

Pannwitz fut le promoteur du grand mouvement populaire antituberculeux en Allemagne. Il créa, en 1895, à Berlin un comité central pour création de sanatoriums populaires. Le premier de ces sanatoriums fut construit à Grabowsee. Dès 1896, les deux caisses (maladie et invalidité) s'associaient pour créer toute

1. A partir du \"' janvier 1913, l'assurance sera obligatoire jusqu'au salaire de 6 250 francs.

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une série de sanatoriums, avec rapi)ui des Municipalités, des Mutualités, des Sociétés philauthroi)iques, des Associations de convalescence, des Sociétés de la Croix-Rouge. En 1899, le titre du Congrès de Berlin était : « Tuberculose maladie populaire » ; ce titre marquait une date. La tuberculose était désormais considérée comme une plaie sociale, appelant des remèdes sociaux. En 1900, au Congrès de Naples, les Allemands pouvaient annoncer qu'ils possédaient 80 sanatoriums jiopulaires, contenant plus de 20 000 lits. En 1902, ils montraient avec orgueil le sanatorium de Beelitz.

Qu'est-ce donc qu'un sanatorium populaire allemand'^ Ce sont de magnifiques établissements hospitaliers, construits dans des parcs, où le traitement est suivi avec discipline comme dans les autres sanatoriums. Dès que l'ouvrier est, non pas tuberculeux, mais simplement mal portant, le médecin de la Caisse d'assurances décide s'il doit entrer au sanatorium. Voilà le grand principe : envoijer ^ au sanatorium^ non pas des tuberculeux avérés^ déjà presque incurables^ mais des candidats à la tuberculose. Le séjour au sanatorium est aux frais des caisses d'assui-ances qui, pendant ce temps, donnent une indemnité à la famille ainsi privée d'un de ses chefs. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, le candidat à la tuberculose a les plus grandes chances de sortir guéri, c'est-à-dire d'avoir renforcé sa résistance qui commençait à fléchir. C'est un tuberculeux de moins; cest probablement toute une famille tuberculeuse de moins.

On comprend qu'une telle organisation (164 sanatoriums) ne peut se faire qu'avec beaucoup d'argent; seule l'assurance obligatoire peut le procurer.

Cet exemple de l'Allemagne est frappant quant aux résultats obtenus dans la lutte antituberculeuse, car nous pouvons le chiffrer par des marks et des pfennigs. Au moment où commença la lutte, les caisses d'assurances fléchissaient sous le poids des charges dues à la tuberculose. On dépense des millions pour créer les sanatoriums. En quelques années, cette dépense est couverte, les caisses peuvent suffire annuellement à leurs dépenses; un fonds de réserve (près de 3 miUions de marks) commence à se constituer qui est en partie utilisé à des œuvres sociales qui, à leur tour, luttent contre la tuberculose.

L'Allemagne a complété son organisation par la création de

dispensaires (p. 735). Elle en possède maintenant 850 urbains et ruraux.

Quel plus bel exemple irefficacité de lutte antituberculeuse? La tuberculose en Allemagne a baissé de moitié (52 p. 100 en trente-cinq ans) et cela se traduit par un gain pécuniaire comme celui que nous venons d'indiquer. Voilà ce qu'a fait TAllemagne, pays monarchique; voilà ce que nous n avons pu encore tenter dans la France républicaine.

2° Lutte en Angleterre. — L'Angleterre, elle aussi, a fait diminuer en trente-cinq ans la tuberculose de 52 p. 100. Ses moyens ont été différents : fortes traditions hygiéniques, organisation sanitaire très complète, lois sur les habitations (p. 268), alimentation raisonnée, etc. Mais, elle vient d'arriver à l'assurance sociale, suivant Texempie de rAllemagne (1911). Une Commission spéciale (22 février 1912) a élé créée pour metlre au point les modes de la lutte : sanatorium, dispensaire, hôpital, etc. Les Conseils de Comité seront responsables de la création de ces établissements; les commissions d'assurances notifieront les cas suspects. On prévoit 55 miUions pour l'installation et 35 millions de dépenses annuelles.

La déclaration est obligatoire (1911). Des médecins spéciaux, ne faisant pas de clientèle, sont chargés de traiter les tuberculeux indigents.

3'' Lutte en Danemark. — Deux lois : 1'''' avril 1912 (prophylaxie obligatoire) et 10 mai 1912 (aide financière de FÉtal aux institutions antituberculeuses) sont la confirmation de la loi de 1905, promulguée à titre d'essai. La déclaration est obhgatoire, les examens bactériologiques des crachats sont gratuits dans des laboratoires spéciaux, la désinfection est obligatoire, la famille est secourue pendant que le malade est en traitement, la surveillance des enfants est rigoureuse, la tuberculinisation des bovidés et la suppression de toutes les bêtes malades sont obligatoires. Pour 3 000 000 d'habitants : 536 lits d'hôpitaux marins pour enfants, 1 100 lits de sanatoriums populaires et 32 hôpitaux de tuberculeux contagieux. Les frais de ces établissements sont pour trois quarts à la charge de l'État.

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