I. — ETIOLOGIE ET GRAVITÉ
1° Modes de contagion. — Le treponema est très fragile en dehors de l'organisme; il se détruit rapidement. Aussi la contagion médiate est-elle rare. Pour qu'elle soit possible (rasoir, verres, fourchettes, etc.), il faut que la contamination soit très récente.
C'est la contagion immédiate qui est la règle.
Le virus ne paraît pas traverser la peau saine ou les muqueuses 5^i??C5. Aussi une femme saine peut, sans être contaminée, transmettre le virus d'homme à homme (vagin), de nourrisson à nourrisson (mamelon).
Pour que le virus infecte Torganisme il faut une effraction tégumentaire souvent si petite qu'elle passe inaperçue : déchirure du frein, herpès génital, inflammation due au phimosis, gale, écorchure de rasoir, etc. Une lésion profonde n'est pas nécessaire; bien plus il semble cpie l'injection sous-cutanée soit inefficace, et que la syphilis d'emblée (sans accident primitif) n'existe pas : les rapports sexuels prolongés facilitent l'infection.
L'origine i^énérienne est la plus fréquente (9 fois sur 11), avec localisation génitale 9 fois sur 10 (plus rarement buccale).
L'origine professionnelle^ extra-génitale, est possible : médecins, sages-femmes, nourrices, souffleurs de verre (voir p. 418).
L'origine accidentelle^ plus rare dans nos pays (morsure, tatouage, percement d'oreille, vaccination de bras à bras, rasoir, abaisse-langue, spéculum, cathéter, pipe, instrument à vent, biberon, instrument de dentiste, canule, verre à boire, cuiller, siège de cabinet, etc.), est assez fréquente chez certains peuples où la promiscuité est grande et où les coutumes sont anti-hygiéniques (communion du rite orthodoxe, baiser slave surtout en Serbie, nourrices ambulantes indiennes; Indo-Chine, Maroc, etc.).
2" Évolution. — L'incubation de la sypliilis est, en moyenne, de vingtcirKj à trente jours (fiuehjuefois tO, quehiuefois 40) : expérimentalement, on a pu la réduire à sept jours. Malgré quelques assertions contraires (LInna), l'ablation du chancre naissant ne paraît pas capable d'arrêter sûrement la marche de l'infection (Lèloir, Fournier) ; l'expérimentation a démontré (|ue l'éradication, si elle supprime .un foyer importantde pullulation des tréponèmes, n'empêche pasla généralisation, et même leur ouvre les voies vasculaires (Neisser, Levaditi;. L'immunité
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n'est pas acquise d'emblée : un chancre est réinoculable au porteur au moins pendant dix jours (Queyrat).
Vaccidcnt primitif (le chancre induré) conserve sa virulence depuis son début jusqu'à sa cicatrisation. Puis Vinfection se généralise par les voies lymphatiques et sanguines (syphilis dite constitutionnelles, et la période secondaire (roséole, plaques muqueuses) dure juqu'à trois ans.
Le tréponème peut exister dans le sang-, par intervalles, trois ou quatre semaines avant la roséole, et jusqu'à six ans après (Nœggeralh, Nattan-Larrier, etc.). Tous les accidents syphilitiques secondaires sont virulents (Colles, Rollet, Fournier, Veillon, Levaditi, Metchnikoll", etc.) : ils sont particulièrement dangereux lorsque leur nature syphiliticjue reste ignorée. Chez un sujet en état de syphilis active, toutes les adeclions cutanéo-muqueuses peuvent être virulentes, tous les organes et humeurs sont virulents, notamment le testicule, le sperme, parfois même l'urine (néphrite spécilique précoce : Hirschberg, Barth, etc). La malignité de certaines syphilis paraît due surtout à la débilitalion du terrain, ou à des infections secondaires.
Les accidents tertiaires ne sont généralement pas contagieux, mais ils peuvent l'être exceptionnellement (Landouzy, Neisser).
De plus, même en pleine période terlaire, il est possible d'observer la reviviscence d'accidents contagieux (syphilis secondaire tardive de Fournier) : plaques fauchées de la langue, syphilides génitales, etc.
Même à cette période enfin, les syphilitiques peuvent, exceptionnellement il est vrai, être réinfectés (Diday, Hallopeau, Neisser, Finger), et partant redevenir contagieux.
On a espéré dépister la syphilis chez les nourrissons ou les nourrices, les pupilles de l'Assistance publique, les prostituées, etc. par la recherche de la réaction de Wassermann. Il serait prématuré d'accorder dès maintenant une aussi grande importance pratique à cette méthode, surtout lorsque les résultats en sont négatifs, douteux ou variables.
3° Hérédo-syphilis. — Un père syphilitique et une mère indemne d accidents syphilitiques peuvent procréer un enfant atteint de syphilis héréditaire : cette syphilis germinative serait d'origine spermatique ; la syphihs conceptionnelle transmise du fœtus à la mère resterait presque toujours latente. Certains pensent que, dans ces cas, la mère a été contaminée directement par son mari, et a infecté secondairement Tovule fécondé.
Quand la syphilis est transmise par la mère seule (le père étant sain), il semble assez bien établi que cette syphilis germinative est d'origine ovulaire.
Bref, rinfection ovulaire d'emblée est possible, mais le plus souvent la pénétration du tréponème dans Fœuf se fait après fécondation, par voie utéro-placentaire (syphilis post-conceptionnelle).
En somme, dans l'immense majorité des cas, l'enfant tient la syphilis de sa mère : d'ailleurs u!i homme sain peut avoir, d'une
CouRMONT. — Précis d'hygiène. 'io*
mère saine en apparence, mais veuve d'un syphilitique, des enfants contaminés.
Quoi qu'il en soit, un enfant procréé sypliililiqiie ne contagionne jamais sa mère, comme si celle-ci était déjà immunisée : c'est la loi de Baumès-Colles.
La loi réciproque de Profeta, d'après laquelle une mère syphilitique n'infecte jamais son enfant indemne à la naissance, souffre au contraire des exceptions.
Plus l'infection des parents est récente, plus Tenfant est exposé à naître syphilitique, et même non viable (fausses-couches, mortnés, prématurés sypliiliti(|ues, dyslrophicjnes) : après la sixième année, un syphiliticjue engendre d'ordinaire des enfants sains ; cette limite peut être considérablement raccourcie par un traitement spécifique sérieux. Les enfants de syphilitiques paient un lourd tribut à la mortalité infantile.
La sypliilis hén'Mlitaire est une véritable spirillémie (Neisser); tous les tissus, tous les organes (foie, ovaires, testicules) sont riches en tréponèmes virulents; on en rencontre aussi dans les humeurs (sécrétions nasales, buccales, oculaires, cutanées; urines, méconium), ainsi que dans le placenta et le cordon (Simmonds, etc.)
i° Gravité. Maladie sociale. — La syphilis, qui passe pour avoir été importée en Europe d'Amérique au moment de la découverte de ce continent, règne maintenant, grâce aux communications faciles, dans presque tous les [)ays du globe. Plus grave en certaines contrées (Extrême-Orient, Indo-Cbine), elle est plus répandue dans les villes que dans les campagnes, et augmente de fréquence sous l'influence de conditions multiples inhérentes à notre civihsation (désertion des campagnes, service militaire, salaire insuffisant de la femme, mariages tardifs, etc.).
Outre les accidents quelquefois très redoutables qu'elle peut causer à la période d'état (phagédénisme, néphrite aiguë, etc.), la syphilis est une maladie des plus graves au point de vue social, par ses séquelles fâcheuses pour l'individu, ou ])ar son influence funeste sur sa descendance, source de dégénérescence et de dépopulation. La syphilis est un véritable poison électif du système nerveux, surtout lorsqu'elle n'est pas traitée, lorsqu'elle est iraitée mal ou insuflisanmient, lorsqu'elle évolue sur certains terrains plus réceptifs (alcooliques, névropathes, surmenés) ou lorsqu'elle présente une virulence particulière. En dehors de la syphilis
cérébro-spinale proprement dite, il lanl citer, comme manifestations conditionnées par le tréponème : la parahjsle r/énérale et le labès, Vanévn/smc de Vaorle, les aorliles, les arlérites avec lenrs diverses conséquences (ramollissement cérébral, etc.), les népbrites chroniques, la leucoplasie buccale avec son corollaire, le cancer de la langue; les avorlements et accouchemenls prématurés, la morli-natalité, la polymortalilé infanlile, les dystrophies congénitales, etc. La mortalité par syphilis peut être évaluée à 4 p. 100, 15 p. 100, 30 p. 100, suivant les auteurs, suivant que Ton considère la mortalité directe ou la mortalité éloignée, deutéropathique (Gh. Audry); la duré^ de la vie humaine serait en movenne réduite de 4 ans, et les décès ])ar syphilis représenteraient 6 p. 100 de la mortalité totale (Blaschko). La polymortahté infantile est de 86 p. 100 dans les services de syphilitiques (Fournier), et la proportion de morl-nés imputables à la syjdiilis est de 40 p. 100 dans une clinique (Pinard) ; sur 100 femmes syphilitiques enceintes non traitées, 14 seulement ont des enfants absolument normaux (iLtienne); les hérédo-syphilitiqiies meurent dans la proportion de 7:2 p. 100 avant six mois.
On conçoit Timporlance énorme de ces faits déploiables, au point de vue de la famille et de la société.