‹ Précis d'hygiène (volume 2)Chapitre 23 sur 267 · AÏ · texte numérisé non relu

AÏ

OS

Fig. 7. Mortalité dans les principaux pays d'Europe (par 1 000 h.)-

mortalité ; elle nest pas excellente. On voit, notamment, que nous sommes à peu près au niveau de Fltalie, que TAUemagne, dont la mortalité était très supérieure à la notre jusqu'en 1890, a fini par nous atteindre et par passer au-dessous de nous. Quant à FAngleterre, sa mortalité a toujours été inférieure à la nôtre. Il en est de même, pour tous les pays Scandinaves (Danemark, Norvège, Suède). P^n Norvège, par exemple, la morlahté n'est que de 13 p. 1 000.

Concluons. A la fin de chaiiue année, mille Français (naissances à part) ne sont plus que 980, tandis que mille Norvégiens sont encore 987; c'est sur nous un gain de 7 p. 1 000. Si la mortalité française était au taux de la mortalité norvégienne, nous gagnerions, chaque année '21 3 000 existences. Au taux de V Angleterre, nous en gagnerions encore plus de deux cent mille.

22 GENERALITES

§ i. — CAUSES DE LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE. — REMÈDES

La France est donc entourée de nations prolifiques, alors qu'elle se dépeuple. Elle se dépeuple, surtout parce que sa natalité baisse, mais aussi parce que sa mortalité est trop élevée. Étudions séparément ces deux facteurs. Tâchons d'en pénétrer les causes: ensuite nous chercherons les remèdes.

A. — Trop faible natalité.

1'^ Causes. — On pourrait disserter longuement sur les causes de notre faible natalité.

La natalité nest pas livrée au hasard., elle est régie par des lois, que les économistes connaissent bien. La natalité e^l fonction du degré de civilisation d'un peuple, de la cherté de la vie, de Tintensité des besoins, de l'éducation.

Mais, ces causes générales étant admises, on peut formuler la seule loi qui nous intéresse ici : la restriction de la natalité est volontaire; un pays a le nombre d'enfants qiiil veut.

a) Nuptialité. — On a incriminé la fail)le nuptialité française. Le fait est inexact. On se marie autant en France qu'en Allemagne (7 à 8 mariages par an par 1000 habitants). Voici, d'ailleurs, un tableau de la situation de Paris qui montre à la fois l'augmentation des mariages et la diminution des naissances.

Paris. — Pour 1 000 habitants.

Années. Mariages. Naissances. Décès.

b) Enfants illégitimes. — Nous en avons moins qu'eu Allemagne.

c) Familles stériles. — Leur nombre n'augmente pas.

d) Familles trop peu nombreuses. — Voilà la cause. Ce qui caractérise la France, c'est la famille de un ou deux enfants.

DEMOGRAPHIE 23

La femme française n'est pas naturellement moins prolifique qu'une autre; mais, après 1 ou 2 enfants, quelquefois 3, la production est volontairement arrêtée.

Prenons Tannée 1906. On compte, en France, 1 722 908 familles ayant une durée de mariage de quinze à vingt-cinq ans. Le nombre moyen des enfants {morts ou vivants) est de 3,29 par famille.

t36 518 familles ont (ou ont eu) 0 enfants.

624 255 — — 2 et 3 —

22 099 — — 11 et plus —

63 003 — — non déclarés —

Donc, 625 798 familles seulement, sur 1 722 908 (une sur

3 environ), ont (ou ont eu) plus de 3 enfants. Or, avec 3 enfants par famille, la population est slationnaire.

Dans la statistique précédente, il faut noter que les familles de rentiers n'ont, en moyenne, que 2,32 enfants, tandis que les familles d'ouvriers ont 3,63 enfants.

Voici des chiffres pour Paris. Pour 1 000 femmes de vingt-cinq à cinquante ans, on note le nombre d'enfants suivants, de 1895 à 1911 :

Arrondissements très pauvres 108

— pauvres 99

— aisés 72

— très aisés 65

— riches 53

— très riches 34

En 1911, on ne compte plus que 369 739 familles ayant de

4 à 10 enfants de moins de treize ans, avec un total de 1 712 322 enfants; parmi elles, 237 802 (1078 855 enfants) sont dans une situation nécessiteuse permanente.

On le voit, les familles nombreuses sont rares en France. Le chiffre de celles qui ont plus de 3 enfants est très inférieur à celui des familles à i, 2 ou 3 enfants.

Là est le mal. La plupart des familles qui n'ont pas d'enfant n'en sont pas responsables ; il est rare qu'une fanftlle ne veuille

24 GENERALITES

pas d"enfant. Mais, les 897 589 familles qui n"onl (ou n'ont eu) que 1. 2 ou 3 enfants se sont volontairement arrêtées à ce chiffre. La restriction est volontaire. C'est lévidence même.

Or, répétons-le, il faut 3 enfants par famille pour qu'une nation ne diminue pas : 2 pour remplacer le père et la mère, 1 pour parer à la mortalité avant l'âge adulte. Nous manquons donc de familles de plus de 3 enfants.

Résumons-nous : nous manquons volontairement de familles nombreuses.

e) Propagande néo-malthusienne . Avortements. — Il faut, aussi, mettre en relief le rôle des néo-malthusiens qui, depuis quelques années, par le livre, par la brochure, font une active propagande contre la génération. Ils répandent à profusion des notices où sont consignés les moyens les plus sûrs et les plus scientifiques d'empêcher la grossesse.

Il en est de même des avortements qui sont de plus en plus nombreux, depuis qu'ils peuvent se pratiquer avec plus de sécurité. Dans les maternités de Paris, le nombre des femmes traitées pour des suites de manœuvres abortives a triplé de 1898 à 1904; il constitue 18 p. 100 des entrées, k la Chnique Tarnier et à la CUnique Beaudelocque, on a soigné 10 000 suites d"avortements, alors qu'on n'a enregistré que 8 à 9 000 naissances. Combien sont plus nombreux les avortements clandestins, les fausses couches inconnues ! Bertillon estime le chiffre des avortements à près de 100 000, à Paris, en 1910.

La fréquence de plus en plus grande des avortements doit donc entrer en compte comme facteur de la baisse de la natalité en France.

Ces deux causes (néo-malthusianisme, avortements) sont une conséquence directe de la restriction volontaire dont nous avons parlé.

2° Remèdes. — Il faut essayer de relever notre natalité. Le gain que l'on peut escompter par l'abaissement de la mortalité ne peut, à lui seul, remplacer le bénéfice d'une meilleure natalité. On ne peut que reculer la mort, augmenter la durée de la vie : c'est beaucoup, c'est socialement insuffisant. Cherchons donc les moyens d'augmenter le chiffre des naissances françaises.

Nous avons vu que le problème ne réside ni daus l'insuffisance du nombre des mariages, ni dans celui des enfants illégitimes, ni dans une stértlité relative de la femme française; il tient tout

DÉMOGRAPHIE 2b

entier dans le petit nombre des familles qui acceptent d'avoir plus de 3 enfants.

Pourquoi cette restriction volontaire? Parce que la vie est chère, parce qu'elle est de plus en plus difficile, à mesure que le besoin de bien-être, que le désir de jouir augmentent dans toutes les classes de la nation. C'est la lutte pour la vie et pour le bonheur matériel. Or, Tenfant à élever est une charge et une gêne. Dès lors, la solution est bien difficile. Le mal est dû à notre civilisation; il s'inliltre dans toutes les nations dont le bien-être s'améliore (p. 20). Essayons cependant.

Distinguons les familles riches ou aisées et les familles pauvres.

a) Familles riches ou aisées. — La restriction volontaire est encore plus considérable dans les familles aisées; les riches ont moins d'enfants que les pauvres (p. 23). Pourquoi ce paradoxe?

D'abord, parce que les besoins des riches sont, proportionnellement, peut-être encore plus grands que ceux des pauvres ; tel budget de riche est, au bout de l'année, moins en équilibre qu'un budget de pauvre. Là aussi l'enfant est une charge.

Cependant, telle n'est pas la vraie raison. Cherchons-la dans nos habitudes d'économie bourgeoise. Tout français riche veut laisser après lui des enfants riches; s'il a trop d'enfants, ceux-ci seront relativement pauvres. En France, une jeune fille, pour se marier, a besoin d'une dot; chaque nouvel enfant diminue la dot de son aînée. Voilà pourquoi le bourgeois ne fait pas d'enfants; il ne veut pas morceler sa fortune.

Il y a peu de remèdes à cette situation.

On a accusé les grands principes de la Révolution d'avoir contribué à cette restriction volontaire des familles riches. Le partage de la fortune entre les enfants, substitué au droit d'aînesse, a eu certainement pour résultat de diminuer le nombre des enfants, et de créer, dans la classe bourgeoise, toute une catégorie d'oisifs qui, sûrs de l'avenir, attendent tout de la fortune paternelle. Aussi, d'excellents esprits proposent-ils, non de rétabhr le droit d'aînesse, mais de laisser au père de famille la liberté presque complète de tester {réforme de l'article 74 du Code civil). N'étant plus hantés par la crainte du partage de leur fortune, les parents auraient plus d'enfants; ceux-ci, n'étant pas certains d'hériter, travailleraient davantage. 11 y aurait plus d'enfants et ceux-ci seraient socialement mieux utilisés.

])) Familles pauvres {ouvrières ou paysannes). — Dans la famille pauvre, (qui est cependant plus prolifique que la riche, p. 23), la grossesse est une véritable calamité; V enfant constitue une charge presque insupportable. Cela se comprend : salaire insuffisant., travail de la femme à l'usine interrompu par la grossesse., allaitement maternel presque impossible, très grande difficulté de trouver un logement suffisant., etc., etc. Comment s'étonner de la fréquence des avortements?

C'est de ce côté qu'il faut agir. Les familles pauvres consentiront à faire davantage d'enfants, si on leur donne les moyens de les élever. Donnons-leur ces moyens.

Malheureusement, ce?,t là une question sociale au premier chef, une question qu'on ne peut solutionner que par des mesures qui touchent à mille autres intérêts. Enumérons cependant ces mesures, qui, toutes, ont pour raison d'être le principe suivant : Venfant, étant ce qui nous manque le plus en France., le capital qu'il représente doit être soigneusement défendu; toute femme enceinte., toute nourrice, doit être mise sous la protection de la collectivité. En deux mots, nous avons, en France, de l'argent et pas d'enfants. Achetons, pour notre défense militaire, Industrielle et agricole, des enfants comme nous achetons des fusils et des cuirassés.

L'enfant de l'ouvrier et du paysan doit être à la charge de la Nation. Si ce principe est admis, les mesures à prendre seraient les suivantes :

1° Foute femme enceinte doit quitter Vusine au moins 2 mois avant l'accouchement; elle continuera, pendant ce temps, à recevoir un salaire suffisant ^ ;

2° Toute femme qui allaite son enfant doit ne retourner à Vusine que 4 mois après l'accouchement; elle recevra, pendant ce temps, un salaire suffisant;

3° Le problème du logement hygiénique et à bon marché doit mettre en première hgne le logement des familles nombreuses (voir p. 273) ;

4° Au-dessus de 3 enfants, les familles nombreuses doivent recevoir des secours de toute nature (dons en capital, dégrèvement d'impôts, avancement pour les fonctionnaires, etc.) ^.

1. La loi du 17 juin 1913 accorde aux femmes salariées une allocation 4 semaines avant et 4 semaines après les couches, avec primo à l'allaitement.

2. La loi Chéron (1913) assure l'assistance aux familles de plus de 3 enfants.

DEMOGRAPHIE 27

Il faut éviter que la grossesse soil, à juste litre, considérée, dans le monde ouvrier ou paysan, comme une calamité.

Cette protection pécuniaire de la femme enceinte et de la femme nourrice ne sera possible que lorsque VAssurance obligatoire fonctionnera en France, contre les accidents, la maladie, la vieillesse, comme elle fonctionne depuis longtemps en Allemagne, comme elle commence à fonctionner en Angleterre.

On pourra voter des lois sur chacun des points particuliers que nous avons énumérés, on pourra favoriser les mutualités maternelles (p. 86), on n'arrivera pas à un résultat d'ensemble tant que nous n'aurons pas une Loi sur V assurance obligatoire \ plus complète que celle que nous possédons (étendue par exemple à la maladie) et surtout mieux acceptée. Pour tout ce qui concerne Taide à apporter aux familles nombreuses, à la femme enceinte ou nourrice, le budget de l'Etat devra contribuer plus largement qu'il ne le fait pour les autres catégories d'assurés.

Enfin, n'oublions pas que la recherche de la paternité doit être autorisée avec toutes ses conséquences matérielles (loi de 1912). On gagnerait là encore, quelques milliers d'enfants. La flUe-mère ne doit pas être abandonnée.

c) Mesures contre le néo-malthusianisme et les avortements. — Il faut aussi combattre la propagande néo-malthusienne et réprimer les avortements. Voici, d'après Strauss, quels seraient les moyens à employer :

i^ Réformer le code pénal pour que Tavortement relève de la correctionnelle ;

2° Faire appliquer la loi de 1892 qui interdit aux sages- femmes de soigner les maladies des femmes; exercer des poursuites sévères contre les délinquantes ;

3*^ Surveiller de très près les maisons d'accouchement;

4° Réprimer la publicité, à peine déguisée, qui est faite dans les journaux en faveur des maisons clandestines d'accouchement (ou mieux d'avortement) ;

o** Elever le niveau moral des sages-femmes.

6° Faire appliquer la loi de 1912 sur la recherche de la paternité.

d) Résumé. — La diminution de la natalité est le fait d'une restriction volontaire, causée surtout par l'augmentation du

1. Voir, p. 746, des détails sur les Lois allemandes d'assurance obligatoire.

28 GÉNÉHALITÉS

prix de la vie et le développement du bien-être. Les remèdes sont d'ordre social et économique. // faut favoriser les familles nombreuses.

B. — Trop forte mortalité.

Si nous avons la natalité la plus basse du monde, nous avons une mortalité moyenne (voir fig. 7). ^

l'' Cette mortalité peut être abaissée. — Si la mortalité peut être abaissée, c'est, pour nous, un impérieux devoir. Nous devons compenser notre faible natalité par une mortalité aussi réduite que possible. Or, la chose est possible. Il est facile de le démontrer. La mortalité n'est pas, comme trop de personnes le croient, à un taux fatal.

a) Mortalité comparée des pjnncipaux états. — Nous avons vu (p. 21, fig. 7) que certains états ont une mortalité inférieure à la nôtre. Tandis que la mortalité française oscille autour de 19 pour 1 000 habitants, la mortalité allemande est de 16, la mortalité anglaise est de 15, celle de la Suède de 14, celle de la Norvège de 13. Nous l'avons dit, au taux de la Norvège, nous gagnerions 275 000 existences par an.

Ce qu'obtiennent les Anglais, les Suédois, les Danois, les Norvégiens, sur un sol autrement ingrat que le nôtre, nous devons pouvoir le réaliser.

Une nation a la mortalité qu'elle mérite.

b) Mortalité comparée des départements, des villes, des quartiers. — Si on compare la mortalité des différents départements français, des grandes villes, dans ces villes des différents quartiers, on s'aperçoit bien vite combien lenr taux de mortalité est différent. Cela est très remarquable (voir p. 709 les statistiques pour la tuberculose).

Prenons comme exemple les 3 plus grandes villes de France. Voici, par 1 000 habitants, leur taux mortuaire, en 1910 :

Marseille 19,1 p. 1000

Lyon 17,9 —

Paris 16,8 —

Chaque millier de marseillais fournit, chaque année, 2,3 décès de plus que le groupe similaire de mille parisiens. Si Marseille

abaissait son taux à celui de Paris, elle gagnerait chaque année 1 150 existences, ce qui représenterait, en outre, une diminution énorme du nombre des malades.

Beaucoup de villes françaises ont une mortalité qui dépasse 20 pour 1 000 habitants.

Mettez toutes ces villes dans la situation hygiénique de celles dont le taux est de 16, 17, 18, et vous diminuerez d'autant leurs décès. C'est pour cela que l'article 9 de la loi de 1902 (p. 40) a prévu, pour elles, une procédure spéciale d'assainissement.

Démolissez les vieux quartiers, faites pénétrer l'air el la lumière ; vous abaisserez leur taux de mortalité.

On pourrait répéter cela pour les maisons. Il est des maisons salubres et des maisons où l'on meurt, d'où la nécessité du casier sanitaire des maisons (p. 741), de l'expropriation pour cause d'insalubrité (p. 276).

c) Abaissement de la mortalité dès qu on prend des mesures hygiéniques. — Il suffit de considérer les courbes générales de mortalité pour constater qu'elles baissent régulièrement dans tous les pays qui ont suivi les progrès hygiéniques de la civilisation.

C'est encore plus frappant quand on considère une ville. A Paris, la mortalité était encore de 22, 23 en 1902 ; elle a progressivement baissé à 16,23 en 1910.

Tout progrès hygiénique se traduit, plus rapidement encore qu'on ne serait tenté de le croire, par une diminution de la maladie et de la mort.

2** Causes de la mortalité française. — La plupart des maladies sont évitables. Elles constituent des accidents. Il faudrait faire le bilan de la mortalité due à ces maladies évitables.

Ce calcul est très difficile. Les statistiques ne peuvent s'appuyer que sur des documents forts incomplets. Les certificats de décès n'existent pas dans les campagnes ; ils sont souvent inexactement libellés dans les villes. La cause première [syphilis, alcoolisme^ tuberculose) de la maladie terminale ne figure presque jamais.

Aussi est-on obligé de ne tabler que sur les chiffres fournis par les villes. On a l'habitude, au Ministère de l'Intérieur, de ne tenir compte que des villes de plus de .5 000 habitants, ce qui représente (1911) une population de 74 277 759 habitants.

On commence seulement à adopter une nomenclature interna-

30 GENERALITES

tionale des causes de décès (Commission internationale, à Paris, en 1900). Elle facilitera beaucoup les comparaisons.

Néanmoins, les chiffres connus peuvent nous servir à évaluer approximativement (à minima) les décès qui auraient pu être évités. On les retrouvera aux chapitres consacrés à chaque maladie. 11 est toutefois nécessaire d'en grouper quelques-uns dès maintenant. Nous montrerons en même temps, autant que possible, la diminution progressive de la phqjart des maladies qui s'observe depuis quelques années.

a) Mortalité infantile. — a) Nourrissons. Les nourrissons, les enfants de 0 à i an, forment un groupe bien à part. A quelques exceptions près, les nourrissons ne devraient pas mourir; rares sont les enfants qui naissent avec une maladie héréditaire les tuant la première année. En raison de notre faible mortalité, n'estce pas la catégorie la plus importante à surveiller?

Voici la mortalité des nourrissons, en i909, dans quelques Etats :

Russie 27,2 p. 100

Autriche 20,2 —

Hongrie 19,9 —

Allemagne 17,8 —

Italie 15,6 —

- France 14,3 —

• Angleterre 12,1 —

Suisse 10,8 —

Suède 7,7 —

Norvège 6,7 —

Conclusion : notre mortalité infantile est plus que double de celle de la Norvège. Gomme nous avons perdu 90000 enfants en 1910, et 115 000 en 1911 (été très chaud), nous pourrions gagner, au taux de la Norvège, environ 50 000 enfants par an.

Cette mortalité infantile varie suivant les départetnents. Elle est (en 190()) de 217 en Ardèche, de 155 dans la Loire, de 145 dans le Rhône, de 144 dans l'Isère.

La mortalité infantile décroît à mesure quon en combat les causes : exemples :

1881-85 16,1 décès par 100 nourrissons.

fans. < iggg.Qo 11 9

DEMOGRAPHIE 31

ç ,, ( 1820 17,0 décès par 100 nourrissons.

bume. ^ ^g^jg ^ ,.

Quelles sont les causes de cette inortalité infantile? Examinons la statistique de Paris, en 1909. Sur un total de 4721 décès, voici les causes connues :

Diarrhée. Entérite 1 420

Broncho-pneumonie 555

Méningite 260

Convulsions 202

Tuberculose 177

Bronchite 143

Rougeole 114

Coqueluche 82

Syphilis. . . *. 65

Erysipèle 56

Pneumonie 55

Congestion pulmonaire 37

Diphtérie 19

Pleurésie 6

Scarlatine 4

Causes inconnues ou diverses 1 520

Total 4 721

Il suffit de lire ce tableau (emprunté à une ville (Paris) où la mortalité infantile est faible : 103 pour 1000), pour voir que presque toutes ces maladies sont évitables (voir p. 76). Sur un total de 3 201 décès de cause connue, plus de 2000 étaient sûrement évitables.

Pour toute la France, on a compté 30 000 décès en 1910, et 55000 en 1911, rien que par gastro-entérite.

b) Enfants de moins de quinze ans. — Si on considère la mortalité de 0 à 15 ans, on arrive, en moyenne, aux chiffres suivants en France. Sur 1 000 enfants qui naissent :

143 meurent la première année.

— deuxième —

— troisième -=-

— quatrième -^

— de 5 à 10 ans.

— de 10 à 15 ans.

— de 0 à 15 ans.

Total .

Un enfant sur trois n'atteint pas la quinzième année.

L'étude des causes montre, là encore, que les décès sont en grande partie évitables.

b) Principales causes de mortalité évitables. — Nous ne ferons ici qu'une énumération, renvoyant aux chapitres spéciaux pour les détails.

Voici la statistique française de 1910^ pour les villes de plus de 5 000 habitants (14 277 759 d'habitants).

' Décès. Par 1 000 habitants.

Tuberculose pulmonaire 39 179 2,74

— des méninges .... 4 309 0,30

— autres organes .... 3 762 0,26

Bronchite chronique 6 499 0,46

Cancer 15 256 1,07

Fièvre typhoïde 1 792 0,13

Diphtérie 1323 0,09

Scarlatine 417 0,03

Etc.

Nous voyons déjà que la tuberculose et la bronchite chronique tuent dans la proportion de 3,76 par 1 000 habitants, en ne s'en tenant qu'aux certificats de décès exactement libellés; c'est un cinquième de la mortahté totale. Or, nous verrons (chap. LVII, p. 745) que la tuberculose peut être facilement diminuée de moitié, comme on l'a fait en Allemagne, en Angleterre. Chez nous, elle augmente (2,55 décès pour 1000 habitants (1891-95) et 2,74 en 1910).

La fièvre typhoïde est 10 fois plus fréquente qu'en Allemagne ou dans les pays Scandinaves. La fièvre typhoïde est essentiellement évitable (chap. XXXIV, p. 551). Elle a d'ailleurs baissé en France des deux tiers de 1891-95 à 1910 (mortalité de 0,34 par 1000 habitants à 0,13). On comptait 1048 décès par fièvre typhoïde à Paris en 1875; on n'en note que 188 en 1910.

En 1910, alors que Lyon n'avait que 20 décès par fièvre typhoïde, Marseille en avouait 264.

La diphtérie est beaucoup moins meurtrière depuis la découverte du sérum antidiphtérique. De 1640 décès annuels à Paris en 1891-95, on est tombé à 288 en 1910. De 5132 décès dans les villes de plus de 5 000 habitants, en 1891-95, on a passé à 1 325 décès en 1910. On pourrait cependant réduire encore sa fréquence (voir fig. 162).

La rougeole, maladie essentiellement bénigne si elle est bien

DEMOGRAPHIE

soignée, lue chaque année ])lusieurs milliers d'enfants par broncho-pneumonie. L'isolement individuel dans les hôpitaux

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