‹ Précis d'hygiène (volume 2)Chapitre 75 sur 267 · H. — EFFETS DU TRAVAIL MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

H. — EFFETS DU TRAVAIL MUSCULAIRE

Ils intéressent toutes les fonctions de l'organisme.

1° Nutrition générale. — Elle est profondément modifiée. Les échanges chimiques répondent, d'une part, à l'usure et à la reconstitution incessante des éléments cellulaires : nutrition organique: d'autre part, à la consommation des principes dynamogènes nécessaires au travail physiologique que les cellules effectuent : nutrition dynamique.

Le travail musculaire accélère la nutrition organique du muscle et impose à sa nutrition dynami(iue des besoins plus impérieux auxcjuels elle doit répondre et qui modifient la nature des échanges nutritifs.

Les hydrates de carbone sont consommés avec une intensité beaucoup plus grande, représentant la principale source du glycogène musculaire. Les tissus graisseux diminuent et disparaissent. Les substances azotées sont consommées en plus grande abondance : désassimilation plus active de l'albumine des tissus. Parmi les produits de désassimilation, certains sont particulièrement toxiques (bases xanthiques, etc.).

Le travail modéré favorise les échanges nutritifs, le travail excessif est au contraire antiphysiologique (Laly et Laulanié).

Ces modifications des échanges nutritifs s'accompagnent d'hyperthermie, causée par les transformations et les combustions intra-musculaires. L'organisme se défend par évaporation pulmonaire et cutanée; cette suraclivation des fonctions de la peau contribue à l'élimination des produits toxiques.

Les sujets entraînés acquièrent une aptitude plus grande au travail musculaire et, au bout de quelque temps, une augmentation de poids.

2" Respiration. — Les conditions physiologiques du travail musculaire : consommation plus grande d'oxygène, production plus considérable d'acide carbonique ne peuvent être réalisées que par l'intervention de l'appareil respiratoire. Tout travail musculaire a donc comme corollaire une suractivité fonctionnelle de la respiration, qui aboutit à l'essouftlement, si le poumon ne réussit pas à faire pénétrer assez d'air, c'est-à-dire assez d'oxygène dans le sang; l'acide carbonique, qui s'y accumule, excite les centres respiratoires bulbaires, dont la réaction provoque une accélération des mouvements respiratoires.

L'exercice musculaire produit des modilications permanentes : augmentation du périmètre et des diamètres du thorax, de la capacité vitale.

3^^ Circulation. — Le muscle qui travaille fait circuler dans son intérieur quatre fois plus de sang qu'à l'état de repos. L'exercice musculaire exercera donc, sur la circulation périphérique, une action favorisante, qui aura, pour elfet, d'abaisser la tension artérielle, de faciliter l'action du cœur. Si le travail est énergique et répété, il se produit au contraire une hypertension, entraînant, à sa suite, une augmentation de force et de volume du cœur; si le sujet est entraîné : hypertrophie dite

CULTURE PHYSIQUE. — SPOHTS 189

de travail, observée chez le gymnaste, comme chez le cheval, qui permet de subir des fatigues dépassant la normale.

4" Système nerveux. — Les exercices physiques produisent, dans le système nerveux, des modifications particulièrement favorables à son activité physiologique; leur action s'exerce d'une façon plus directe et, en quelque sorte élective, sur les fonctions psychomotrices; augmentation de Tintensité de l'excitation nerveuse, perfectionnement du sens musculaire, de la coordination motrice, développement du fonctionnement automati(}ue de la moelle.

Bien plus, l'éducation physique, bien comprise, a une action indiscutable sur la volonté, en particulier, et, en général, sur le développement intellec,tuel. L'exercice immodéré aurait, par contre, une action dépressive sur le système nerveux.

5" Appareil locomoteur. — A la suite de l'exercice physique, on constate tout d'abord une augmentation du vofume des muscles, qui est l'indice manifeste d'une modification des fibres musculaires ellesmêmes, soit à l'acroissement de leur volume, soit à une augmentation de leur nombre et très probablement aux deux à la fois.

A la suite de ces modifications morphologiques, la force absolue des muscles est augmentée; d'où énergie plus puissante de contraction.

Enfin, on constate encore, dans les muscles entraînés, des qualités particulières, de nature mal définie, qui dépendent peut-être d'une force de cohésion et d'une élasticité meilleures, et qui les rendentplus résistants, et moins sensibles, ainsi que leurs tendons, aux actions traumatiques, résultat des contractions violentes ou des chocs.

Ces diverses modifications sont localisées aux seuls groupes musculaires, dont l'activité est sollicitée par l'exercice. Ce fait est de la plus haute importance; il modifie l'esthétique du corps humain, dont Iharmonie générale peut être détruite par le développement exagéré de certains groupes musculaires. D'autre part, certains muscles peuvent acquérir une tonicité prédominante et provoquer des attitudes vicieuses qui peuvent être définitives.

6° Fatigue et surmenage. — Le muscle perd son excitabilité, sous l'influence d'une excitation continue; c'est la fatigue. Cet état d'épuisement correspond à la rétention et à l'accumulation dans le muscle des produits toxiques de désassimilation et intéresse autant la fibre nerveuse que la fibre musculaire.

Si les contractions sont très fréquentes ou de longue durée, la fatigue se produit plus vite que si elles sont courtes et espacées, d'oii l'indication de fractionner les grosses charges et de diviser le travail. Lorsque l'excitabilité du muscle est épuisée, il est nécessaire de le laisser dans l'inaction au moins deux heures, avant qu'il puisse réagir de nouveau à l'excitation. Donc, tout travail musculaire, susceptible d'engendrer la fatigue doit être suivi d'une période de repos, pendant laquelle l'organisme achève d'éliminer les déchets, résultant du travail et répare les dépenses effectuées, en apportant au muscle de nouveaux combustibles et de nouvelles matières azotées.

La fatigue, poussée à l'extrême dans son intensité, aboutit au surmenage aigu; sa persistance constitue le surmenage chronique.

Le surmenage aigu apparaît comme conséquence d'un travail physique, intense et prolongé : maints exemples en sont fournis par les courses à pied ou à bicyclette. Les accidents relèvent d'une auto-intoxication par

tes produits de désassimilation qui n'ont pu être éliminés par les reins, par suite de leur trop grande abondance. Les symptômes sont : des troubles respiratoires (fréquence et irrégularité des mouvements respiratoires), cardiaques (tachycardie, arythmie;. Puis apparaissent des phénomènes généraux : fièvre (39', 4(J°, 41"), état de lassitude, prostration avec faciès typhicjue et inappétence, douleurs musculaires, troubles nerveux (agitation, délire). Au bout de cinq ou six jours, une crise urinaire apparaît, qui clôt la maladie.

Le surmenage chronique succède à une fatigue répétée et mal compensée par des périodes de repos suffisant, si bien que l'auto-intoxication s'établit, sans jamais rétrocéder (certains ouvriers, soldats non entraînés).

Le surmenage, en diminuant la vitalité et la résistance de l'organisme, prédispose aux infections : tuberculose (granulie des jeunes recrues), fièvre typhoïde, etc., et conduit aussi aux cardiopathies chroniques (cœur forcé, athérome).

Page 1