NATALITÉ. MORTALITÉ
La démographie est l’étude statistique des collectivités humaines. Dans ce chapitre, la démographie aura pour unique but la statistique des mouvements de la population, ainsi que l’étude des causes de ces mouvements. Bien entendu, c’est la France que nous aurons en vue; nous n’emprunterons des chiffres aux autres nations, qu’à titre de comparaison.
Comparaison avec les principaux États d’Europe.
Le problème de la dépopulation est, pour nous Français, le plus grave qui se soit jamais offert à nos préoccupations. Il prime en importance toutes les autres questions sociales, qui lui sont d’ailleurs solidaires. Notre existence même est enjeu. Si nous avons eu la guerre de 1914, c’est que nous n’étions pas assez nombreux. L’Allemagne se croyait sûre de la victoire, grâce à sa supériorité numérique. Les polémistes allemands tels que Bhernardi, Tannenberg écrivaient : la terre de France n’est pas assez peuplée, les nombreux enfants de la famille allemande ne doivent pas reculer devant le fils unique de la famille française; nous devons coloniser la France qui se dépeuple.
Et si nous avions eu quelques millions d’hommes de plus, la guerre déclarée aurait pu être terminée à notre avantage en quelques mois.
Avant la guerre, le cri d’alarme avait été fréquemment poussé. Actuellement le problème se pose avec une particulière acuité, et ce ne
DÉMOGRAPHIE
sont plus seulement les médecins et hygiénistes qui s’inquiètent, ce sont les économistes, ce sont les parlementaires, ce sont tous les Français. On cherche des remèdes. Mais, il faut d’abord connaître les causes du mal. C’est le plan de toute question hygiénique : étiologie d'abord , prophylaxie ensuite. C’est celui que nous suivrons.
1° Mouvement de la population française. — La France se dépeuple-t-elle réellement? Quand on parle de dépopulation, on
ne prend pas le terme dans son sens strict, qui veut dire dépeuplement, diminution de la population. Si l’on dit que la France se dépeuple, on entend par là que par rapport aux autres peuples, la France reste très en retard, en face du prodigieux mouvement ascensionnel des nations voisines. Le chiffre de sa population n’augmente que d’une façon insignifiante chaque année et même depuis quelques années, par suite de l’excédent des décès sur les naissances, comme on le verra plus loin, elle se dépeuple réellement.
De 1800 à 1931, la population de l’Europe a passé de 175 millions d’habitants à 510 millions. La France, en 1800, possédait 27 millions 500 000 habitants qui représentaient un sixième environ de la population de l’Europe entière. Vers 1850, avec 36 millions, elle n’en représentait plus qu’un huitième, en 1900 (39 millions) qu’un dixième et en 1931 (41 835 000), un douzième environ seulement.
En 130 ans, la part relative de la population de la France en Europe a été réduite de moitié malgré l’apport de nouveaux territoires : Nice et Savoie, en 1860 avec 669 000 habitants et l’Alsace- Lorraine, en 1918, avec 1 170 000 habitants.
Fig. 1.
Mouvements de la population dans différents pays d’Europe.
Pendant ce temps, la population des autres nations européennes, en particulier l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie, augmentait dans des proportions considérables et dépassait celle de la France en 1931 (fig. 1).
2° Causes de ces mouvements de population. — L’augmentation ou la diminution de la population est régie par deux facteurs : la natalité et la mortalité. Suivant que l’un ou l’autre sera prédominant, il y aura augmentation ou diminution de la population.
Voici le tableau comparé des naissances et des décès en France, depuis le début du XIXe siècle.
Excédents ■
Périodes.
Naissances
Décès
de naissances ( + ) ou de décès ( — •)
(en milliers).
(en milliers).
(en milliers).
Si nous avions donné les naissances et les décès, année par année, nous aurions constaté que les années suivantes ont eu un excédent de décès (en exceptant bien entendu les années de la guerre, 1914-1918) :
Années. Excédent de décès.
DÉMOGRAPHIE
Années.
Excédent de décès.
Pour les autres années, les excédents de naissance sont insignifiants.
Il semble que nous entrons de façon continue dans l’ère des excédents de décès et de dépopulation réelle.
Si nous comparons, à ce point de vue, pour les mêmes années, le mouvement démographique des trois grands pays voisins : Allemagne, Angleterre, Italie, nous constatons qu’ils ont présenté un excédent de naissances considérable :