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Paris, Masson et Cie, édit

3° Le froid. — De tout temps on a attribué au froid une action pathogène sur l’organisme. Mais on en a exagéré l’importance : les maladies dites a frigore sont loin d’avoir toujours ce facteur comme origine. Cependant le froid joue un rôle incontestable.

Nous n’insisterons pas sur les effets du froid sur la peau (onglée, phlyctènes, engelures, érythème pernio, etc.). C’est surtout dans l’étiologie des affections respiratoires qu’il a été invoqué : les uns invoquent une exaltation de la virulence des germes, pour les autres, le froid provoquerait une inhibition passagère des mouvements respiratoires ou même des lésions des muqueuses qui favoriseraient les pullulations microbiennes. Widal et ses élèves ont invoqué un phénomène de choc. Schade — et c’est peut-être l’explication la meilleure — assure que, sous l’influence du froid, il se produit une modification colloïdale des tissus, qui amènerait une diminution de la résistance des muqueuses à la pénétration et à l’infection bacillaire.

L’hémoglobinurie paroxystique essentielle est une maladie éminemment a frigore , mais elle survient surtout chez les sujets syphilitiques et comporte une survie très prolongée.

Quant au rhumatisme, le froid semble avoir une action, mais associée à l’humidité.

Les variations brusques de température ont passé, de tout temps, pour être à l’origine de certaines affections respiratoires.

4° Pression atmosphérique. — L’atmosphère de 60 kilomètres d’épaisseur qui nous entoure exerce une pression qui, au niveau de la mer, correspond à 760 milligrammes de Hg; une « atmosphère » correspondant à peu près à 1 kilogramme, le corps humain supporte à sa surface une pression de 20 kilogrammes qu’équilibre la tension de ses gaz constituants. La tension de l’O de l’air représente le cinquième de la pression atmosphérique (20 p. 100).

La pression varie avec l’altitude (elle s’abaisse de 1 mm. par 10 à 16 m. d’élévation, soit de 1 cm. par 105 m.) ; elle varie avec les saisons (augmentant en hiver, baissant en été, dans notre hémisphère) et avec les autres conditions météorologiques.

Sur notre organisme, les effets de la diminution de pression sont surtout le fait de la diminution de la tension de l’O. De faibles dépressions rendent la respiration plus rapide et plus ample, l’ampliation thoracique plus considérable, et diminuent l’acide carbonique du sang : c’est le fait de la cure d’altitude dans les sanatoria existant

LE MILIEU EXTÉRIEUR

à 1 000 mètres par exemple. De grandes dépressions sont supportées, si elles se produisent lentement, comme le prouve la possibilité d’habiter de très hauts plateaux (villages à 3 390 mètres dans l’Himalaya) : il y a adaptation, que Jourdanet a expliquée par l’anoxhémie, abaissement de la faculté d’absorption de l’oxygène, avec création d’un type spécial. En réalité, les modifications sont multiples : polyglobulie, augmentation de l’hémoglobuline et de la plupart des échanges (Müntz, Régnault, Yiault, A. Robin, Jacquet, etc.).

Au contraire, de grandes dépressions trop rapides (P. Rert) peuvent produire : dyspnée, palpitations, vertiges et bourdonnements d’oreille, nausées et vomissements, somnolence, hémoptysies, asphyxie. C’est le mal de montagnes , le mal des ballons , qui se produirait environ à 3 500 ou 4 000 mètres pour les alpinistes (au niveau des neiges éternelles plus exactement), à 8 500 ou 9 000 mètres en ballon, favorisé par le froid (Lortet) et surtout par la fatigue. Il s’explique par la diminution de l’absorption d’O (P. Rert), et pour Mosso par le manque d’excitation par l’acide carbonique (acapnie).

Les aviateurs sont soumis aux mêmes influences atmosphériques, mais l’intervention de causes perturbatrices nouvelles : le froid et le courant d’air froid provoqués par la vitesse de l’avion, la tension nerveuse et parmi toutes, la plus importante, la rapidité et la fréquence des changements d’altitude, modifiera les phénomènes physiologiques et le mal des altitudes prendra chez lui une physionomie particulière, bien étudiée par une série d’auteurs, en particulier Ferry, Cruchet et Moulinier, etc.

Les augmentations trop considérables de pression agissent en dissolvant trop d’oxygène dans le plasma sanguin, ce qui détermine chez l’homme des convulsions à partir de cinq atmosphères (P. Rert). Mais surtout, des accidents peuvent se produire ensuite au moment de la décompression, si celle-ci est trop brusque, à cause du dégagement dans les capillaires de bulles de gaz (Az) embolisantes (Pravaz, Jourdanet, P. Rert). (Voir p. 488, Travail dans l’air comprimé scaphandriers, tubistes.) A un degré moindre, la surpression rend simplement la respiration moins fréquente et moins ample, le pouls moins fort, les globules du sang moins nombreux (Doyon et Morel), l’urine et l’urée excrétées moins abondantes (Pravaz, P. Rert), la fatigue plus rapide.

5° Humidité . — On appelle humidité absolue le poids d’eau contenue dans 1 centimètre cube d’air : la vapeur d’eau invisible

dans l’air est quelquefois appelée gazeau (Onimus). Si ce poids absolu est supérieur à la quantité de vapeur que l’air peut contenir, à une température donnée, il en résulte l’état vésiculaire, d’où les nuages, la rosée, les brouillards. Les nuages agissent à la façon de réservoirs de calorique, mais aussi d’écran, nuisant à la luminosité; la rosée facilite la gelée (gelée blanche); les brouillards, favorisés par la présence de corpuscules dans l’air (Mascart, Aitkens), facilitent l’adhérence de ceux-ci (maladies cryptogamiques des vignes, maladies broncho-pulmonaires et rhumatismales).

L’humidité relative , ou état hygrométrique , est plus importante à envisager : c’est le rapport entre l’humidité absolue et le poids de vapeur d’eau dans un même volume à l’état de saturation. Du déficit de saturation (différence entre l’humidité absolue et l’humidité de l’air saturé à même température) dépend le pouvoir asséchant de l’air.

L’humidité absolue croît du pôle à l’équateur. En France, l’état hygrométrique moyen est de 70 p. 100 : maximum à 6 heures du matin, minimum à 2 heures du soir, état stationnaire de 2 à 6 heures du matin. Le déficit de saturation est minimum le matin, et en hiver.

L’homme excrète en moyenne 900 grammes d’eau en vingt-quatre heures, davantage par un temps froid ou sec, moins par un temps de brouillard. Nous avons dit que l’humidité froide favorise les rhumatismes et les lésions pulmonaires. L’humidité chaude entrave l’évaporation cutanée (le coup de chaleur peut en être la conséquence) et favorise la pullulation de germes.

Il n’est pas douteux que la richesse de l’atmosphère en vapeur d’eau a une influence manifeste sur les maladies humaines. Trillat a apporté sur ce point des résultats intéressants. (Voir p. 569, Epidémiologie générale)

6° Pluies. — La condensation de l’eau par abaissement de la température de l’air saturé produit la pluie; Marié Davy a bien étudié le phénomène. Si le froid ou l’électricité agit en même temps, il en résulte la neige ou la grêle.

Les pluies, loin d’apporter à l’air, au cours de leur ascension à l’état de vapeur, les microbes de l’eau, se chargent, au contraire, des microbes de l’air, au moment de leur descente, comme elles se chargent des poussières en suspension. Les pluies ne contaminent pas l’atmosphère; au contraire, elles la purifient. D’ailleurs Haselberg, à Stralsund, Clément à Lyon, Besson à Paris, etc., ont montré que la mortalité est moindre pendant les périodes pluvieuses.

LE MILIEU EXTÉRIEUR

7° Vents. — Lorsque la température monte en un point, l’air échauffé s’élève : il en résulte un appel d’air, sur les régions plus froides. C’est là l’origine des vents.

Aussi, près de l’équateur, les vents sont-ils constants, venant des pôles, mais déviés par la rotation de la terre. A l’équateur même, ces vents s’annihilent : c’est la zone des calmes (pot au noir). Dans les régions torrides voisines, les alizés soufflent du nord-est dans l’hémisphère boréal, du sud-est dans l’hémisphère austral. Les mêmes principes expliquent les autres vents réguliers, tels que les moussons de la mer des Indes (vents de terre ou du nord- est pendant les six mois d’automne-hiver, vents de mer ou du sud-ouest pendant les six mois de printemps-été), et la brise de terre diurne, la brise de mer nocturne. Dans les régions tempérées, il existe surtout des vents irréguliers, locaux; vent froid et sec du nord-est (mistral), vent du sud-ouest chaud et humide (sirocco).

Leur vitesse ou leur force varie de 0 m. 50 à 40 mètres par seconde : en moyenne elle est de 2 mètres.

Les vents par leur influence sur la température, l’humidité, la pression atmosphérique, contribuent à la constance de la composition de l’air; ils balayent les nuages, les impuretés, les insectes, les poussières, les microbes.

On les a accusés d’apporter certains germes morbides, tels que ceux du paludisme (moustiques des Dombes à Lyon), et même de la fièvre typhoïde (Pettenkoffer).

En réalité, ils jouent un rôle important, mais différent. Depuis longtemps, on avait remarqué l’influence, néfaste sur l’organisme, de certains vents (vent du Midi, Fœhn, Tramontane, Sirocco, etc.), mais les notions, à ce sujet, étaient restées imprécises. C’est Mouriquand qui, le premier, a eu le mérite d’individualiser un syndrome provoqué chez le nourrisson par l’action du vent et qu’il a dénommé Syndrome du vent du Midi (1926). Dans sa forme grave, ce syndrome se manifeste par une déshydratation intense de l’organisme pouvant aboutir rapidement à la mort, avec une température élevée, accélération de la respiration (respiration de poisson sur le rivage), faciès souffreteux, traits creusés, yeux enfoncés, fontanelle déprimée, etc. Ce syndrome s’observe le plus souvent chez des enfants déjà sérieusement atteints (troubles digestifs, tuberculose, etc.), mais aussi chez des nourrissons indemnes.

Il semble que ce soient les variations du degré hygrométrique qui paraissent le plus en rapport avec le syndrome du vent du midi.

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