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DES VILLES

Les campagnes, largement ouvertes à tous les vents, jouissent d’un air pur et constamment renouvelé. La végétation , les forêts surtout, y travaillent chaque jour à la décomposition de l’acide carbonique et à la régénération de l’oxygène par l’exercice de la fonction chlorophylienne. Gomme nous l’avons vu, il n’en est pas de même dans les villes. Il faut donc leur assurer le maximum d’aération et de lumière.

1° Espaces libres . — Les espaces libres, constitués par les parcs et les jardins publics, les squares, les places et les rues, les cours des maisons et les jardins particuliers, doivent occuper une surface suffisante. Ce sont les poumons des villes; grâce à eux l’air pur peut pénétrer dans les maisons, chasser et remplacer l’air vicié. La présence de fontaines, de bassins, de jets d’eau, etc., ne constitue pas seulement un moyen d’embellissement des cités, elle a des conséquences importantes au point de vue de la thermalité et de l’état hygroscopique de l’atmosphère. La température est généralement, comme nous l’avons vu, plus fraîche à la campagne qu’en ville. De même, pour l’humidité de l’air. Nous ne revenons pas sur le rôle

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épurateur de la fonction chlorophy tienne des arbres et des plantes vertes.

Malheureusement, surtout en France, on n’a pas toujours compris ce rôle capital des espaces libres. Bien des villes, Paris en tête, ont laissé non seulement les propriétaires couvrir presque tout leur terrain de bâtisses inconsidérées, mais encore ont consenti elles-mêmes à la diminution progressive des espaces libres leur appartenant. L’exemple de la vue de la périphérie de Paris est caractéristique à

Fig. 30. — - Espaces libres de Paris : 263 ha. d’espaces libres pour une surface totale

de 7 800 ha. (E. Hénard, Rev. d’Hyg.).

cet égard. Cette zone comprend deux parties : « l’une de 145 mètres de largeur, occupée par les immeubles de huit étages où l’on obtient une densité de population supérieure à celle des quartiers les plus encombrés de la capitale; et l’autre, deux fois plus large, immédiatement concentrique à la première où l’on ne voit que des masures et des bicoques qui rappellent les habitations des peuplades les plus barbares et dont le désordre et la saleté n’ont d’équivalents sur le globe que dans les sordides villes chinoises, à l’extrémité de l’Asie « (Ménabréa).

Paris, pour une surface de 7 800 hectares ne possède que 46 parcs d’une surface d’ensemble de 263 hectares (fig. 39); alors que, pour

la même surface, Berlin en possède 20, occupant 554 hectares (fîg. 40) et Londres 200 avec 752 hectares (Hénard) (fig. 41). Cologne a une surface de parcs presque égale à celle de Paris, avec une population d’environ un septième!

Les États-Unis, le Japon, etc., ont fait un effort immense en faveur des parcs, dans les grandes villes. En 1934, Tokio comptait

Fig. 40. — Fjspaces libres de Berlin : 554 ha. pour la même surface que Paris

{Rev. d’Hyg.).

105 parcs d’une superficie totale de 2 747 kilomètres carrés.

La cité-jardin , qui fut considérée au début comme une utopie est actuellement passée dans le domaine de l’application et des faits réalisés. Aux portes de Londres, s’est créé, au siècle dernier, de toutes pièces, une ville modèle de 30 000 habitants, Garden-City. Le terrain destiné à la construction de la partie urbaine ne représente qu’un tiers de la surface totale. Les deux autres tiers sont réservés aux espaces libres et à une ceinture de « terre arable ». Les cottages sont entourés d’un jardinet d’un minimum de 4 ares.

Vinrent ensuite Port Sunlight, dans le comté de Chester, Bournville, dans le Worcester, Hampstead, Garde-Suburk, Leethworth,

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entre Londres et Cambridge, et Welwyn, plus près de Londres, etc. Ces cités-jardins se sont multipliées en Angleterre, en Hollande, en Belgique, dans certaines régions de l’Allemagne. En France, les premières cités-jardins ont été construites par la Société des Mines de Dourges, dans le Pas-de-Calais. D’autres initiatives, dues à des sociétés minières et à la Compagnie des chemins de fer du Nord, ont suivi.

Fig. 41. — Espaces libres de Londres : 752 lia. pour la même surface que Paris

(Hénard, Rev. d’Hyg.).

Malgré les efforts de l’« Association des Cités-jardins de France », elles font peu de progrès.

Les jardins ouvriers , si nombreux en Allemagne, doivent être encouragés (voir plus loin la Lutte sociale contre la tuberculose).

2° Rues. — Le véritable réservoir d’air, pour la généralité des habitations des villes, est la rue.

a) Largeur. — La largeur des rues doit dépendre d’abord de l’activité de la circulation dont elle sera l’objet : c’est assez dire que ses dimensions, toutes proportions gardées, devront être d’autant plus grandes que plus considérable sera le nombre des véhicules de

toutes sortes qui la parcourront. Pour éviter rencombrement, et par suite les accidents, c’est bien assurément la première donnée dont on devra tenir compte. Mais au point de vue de l’hygiène, c’est surtout par rapport à la hauteur des maisons contiguës qu’on devra considérer la largeur des rues.

Ici se pose la question de la hauteur des maisons. Depuis la guerre de 1914-1918, ce sont les maisons de grande hauteur, les gratteciels, qui ont prévalu dans la plupart des villes, même en bordure de rues étroites. C’est une erreur très grave. Comme le demandait déjà Yogt (Congrès de Munich, 1875), la maison doit, sous nos latitudes, recevoir dans toute sa hauteur le soleil pendant une durée de quatre heures au minimum, de dix heures à quatorze heures, pendant les jours les plus courts. Il est donc impossible de satisfaire à ce principe avec des maisons de grande hauteur, à moins de donner une largeur pratiquement irréalisable à nos rues. D’autre part, les façades majestueuses de ces maisons cachent souvent des cours étroites où l’air ne se renouvelle pas, où le soleil ne pénètre jamais. Nous affirmons avec l’urbaniste américain W. Weiller que la maison haute est une erreur.

Par contre, tout nous invite à étendre la surface de nos villes, à multiplier les espaces libres, à diminuer la hauteur de nos maisons, jusqu’à la crainte de la guerre qui nous menace de bombardements. Cette expansion en surface ne présente que des avantages depuis que la facilité, la rapidité et le grand nombre de moyens de communications permettent à chacun de se rendre commodément à ses occupations.

Le règlement sanitaire départemental type (1937) prescrit d’ailleurs que la hauteur des constructions n’excédera pas la largeur de la voie entre les alignements régulièrement approuvés. Elle ne pourra en aucun cas, excéder 20 mètres (art. 3).

b) Orientation. — Certains hygiénistes sont partisans de l’ orientation méridionale , c’est-à-dire à direction nord-sud, dans le sens des méridiens; d’autres défendent V orientation équatoriale , dirigée de l’est à l’ouest, parallèlement à l’équateur.

Les premiers s’appuient sur ce fait qu’avec l’orientation méridionale, les deux principales façades des habitations reçoivent, l’une à l’est, pendant la première moitié du jour, l’autre à l’ouest, tout l’après-midi, les rayons vivifiants du soleil, avec cet avantage que le calorique s’amasse et se maintient dans les parois. Vogt a montré,

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statistique en main, qu’il existe à Berne, une différence de 13 p. 100 dans la mortalité , au préjudice du côté non ensoleillé des rues . Cette constatation, en concordance avec ce que l’on sait de l’action bienfaisante de la lumière, montre les inconvénients de l’orientation équatoriale.

Les partisans de cette dernière répondent que l’exposition au midi de la façade principale doit être recherchée en raison de l’intensité plus grande des rayons solaires. Cependant, comme J. Arnould le fait observer, c’est l’inverse qui se produit : « Il est à remarquer qu’une paroi verticale, tournée vers le sud, emmagasine peu de chaleur à midi, même en plein été, parce que les rayons du soleil, tombant suivant une ligne qui se rapproche de la perpendiculaire à l’horizon, deviennent à peu près parallèles à cette paroi et glissent à la surface sans pénétrer. » Il en résulte que l’orientation méridionale est celle qui donnerait le maximum de soleil, de lumière et de chaleur. Cette orientation, parfaite en hiver, au printemps et en automne, est très compatible, même avec les fortes chaleurs de l’été, puisque, en dehors de quelques heures où le soleil est au sommet de sa courbe, cette combinaison favorise la formation d’une assez large zone d’ombre, alternativement sur l’un et l’autre trottoir, le matin et l’après-midi.

Cependant, cette règle n’a rien d’absolu. Dans les régions à climats froids (vents du nord), ainsi que dans les régions du midi (mistral ou sirocco), l’orientation méridienne aurait des inconvénients, qu’on peut atténuer en adoptant les orientations intermédiaires sud-est-nord-ouest ou sud-ouest-nord-est. D’autres conditions, étrangères à l’hygiène, interviennent dans l’orientation des rues. On sera la plupart du temps obligé d’en tenir compte.

c ) Ruelles. Passages. Impasses. — Les ruelles, passages, impasses sont, la plupart du temps, de véritables foyers à microbes, où l’humidité, l’obscurité, la réunion de détritus de toute espèce se donnent rendez-vous pour former l’ensemble des conditions le plus favorables à la pullulation des microbes pathogènes. D’ailleurs, les misérables logements qui les bordent sont presque tous de la catégorie de ceux « où le soleil entre rarement et le médecin beaucoup trop souvent ». Aussi doit-on les condamner et souhaiter que de larges trouées les fassent disparaître.

Beaucoup de ruelles, de passages sont des voies privées. La loi du 22 juillet 1912 rend obligatoires pour ces dernières les lois et

règlements relatifs à l’hygiène des voies publiques et des maisons riveraines.

3° Plans dy extension , d’ embellissement et dyaména= gement des villes. — L’accroissement de la population urbaine, motivé par celui de l’industrie, par le développement des moyens de communication et de transport, s’accentue de plus en plus. Et cependant le développement des villes a été pour ainsi dire abandonné au hasard. L’urbanisme , l’art de construire les villes, est un facteur important de la protection de la santé publique. Cet art est resté cependant longtemps méconnu en France, qui fut cependant son berceau. (Dès Henri IV, des plans avaient été établis, en vue de l’accroissement de nos grandes agglomérations.)

En France, les plans d’extension, d’embellissement et d’aménagement des villes sont actuellement obligatoires depuis la promulgation de la loi du 14 mars 1919 (loi Siegfried-Honorat). Cette obligation est imposée à toutes les villes de 10 000 habitants et au-dessus, aux agglomérations, totalement ou partiellement détruites, à celles présentant un caractère pittoresque, artistique ou historique, aux villes de moins de 10 000 habitants et de plus de 5 000 dont la population a augmenté de plus de 10 p. 100 dans l’intervalle de deux recensesements quinquennaux consécutifs, aux stations de villégiatures, dont la population augmente de 50 p. 100 à certaines époques de l’année.

Deux organismes sont particulièrement destinés à veiller à l’application de la loi, une Commission départementale dans chaque préfecture et une Commission supérieure au Ministère de l’Intérieur.

La loi du 19 juillet 1924, concernant les lotissements est venue compléter heureusement la loi du 14 mars 1919, sur les plans d’extension et d’aménagement des villes.

Ces plans sont adoptés par décret du Président de la République, rendu au Conseil d’État. Ils ont donc force de loi et permettent d’imposer certaines servitudes de non œdifîcandi, de constructions, d’espaces libres et de cantonner les établissements dangereux, incommodes et insalubres dans certaines zones. Mais ces plans ne peuvent être modifiés, malgré l’éventualité de circonstances nouvelles impérieuses. Il faut entamer, de nouveau, la procédure suivie pour l’adoption et plusieurs années sont parfois nécessaires pour obtenir les modifications désirées.

Les urbanistes insistent actuellement beaucoup sur la notion du

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zoning , dont le mot tout au moins, nous est venu d’Amérique, qui consiste à prévoir pour l’extension et l’aménagement des villes ou de leur région, des zones différentes, d’ailleurs très variables, suivant les données géographiques politiques, économiques, etc.

En général, on adopte les zones suivantes :

a) Zones d'habitations collectives , de plusieurs étages, construites à l’alignement, pouvant renfermer des établissements classés (p. 449), de 2e et 3e classe;

b) Zones résidentielles , réservées aux maisons particulières, villas, etc., dont 50 p. 100 seulement du terrain peut être couvert de constructions. Des réglementations spéciales régissent habituellement ces dernières;

c) Zones industrielles , où se rassembleront les usines et ne renfermeront que les quelques habitations nécessaires aux gardiens et aux surveillants. C’est dans ces zones que devront s’installer les établissements classés, en particulier les plus dangereux ou les plus insalubres, ceux de lre classe;

d) Zones réservées , qui permettront suivant les circonstances de les affecter à l’habitation, à l’industrie, etc.

Enfin on peut prévoir des zones pour certains objets : militaires, terrains de jeu et de sport, parcs, réserves boisées, etc.

Le zoning a été légalement reconnu par l’arrêt du Conseil d’État du 23 avril 1934.

Enfin, signalons que la loi du 14 mai 1932, créant le Comité supérieur d’aménagement et d’organisation de la Région parisienne , permet à la capitale de réparer beaucoup d’erreurs et de réaliser un programme d’action, à la fois pratique et esthétique, portant sur les 656 communes qui constituent la région parisienne. Il en est de même pour la Région lyonnaise (loi du 7 novembre 1938).

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