Herriot. Créer, p
DÉMOGRAPHIE
B. — Trop forte mortalité.
Notre mortalité, si elle a baissé notablement, est encore plus élevée que celle de la plupart des nations d’Europe (voir p. 17).
1° La mortalité française peut-elle être abaissée? — Nous avons vu que la mortalité française oscille autour de 15 p. 1 000, celle de l’Angleterre de 12 p. 1 000, de l’Allemagne de 12 p. 1 000, de l’Italie de 13 à 14 p. 1 000, etc. Pouvons-nous ramener le taux de la mortalité française à celui de ces pays? La mortalité n’est pas à un taux fatal. Le plus grand nombre des maladies est évitable. Beaucoup de ces maladies sont plus fréquentes en France que dans les nations voisines. Or, il ne faut pas oublier que la diminution des décès (hormis ceux dus aux accidents1) n’est qu’une conséquence de la diminution des maladies. Des progrès considérables ont été réalisés et on trouvera, dans cet ouvrage, aux chapitres consacrés à chaque maladie évitable, la diminution de la mortalité pour chacune d’entre elles.
On lira les moyens de diminuer la mortalité : mesures d’hygiène générale (propreté, vie au grand air, salubrité des villes, de l’habitation, etc.), mesures spéciales (isolement, désinfection, vaccination, etc.), qui cherchent à circonscrire le mal. Ces mesures spéciales sont, d’ailleurs, toujours inférieures, comme efficacité, aux mesures d’ordre général. Bien plus, elles seraient inefficaces si le pays n’était pas préparé à la défense par une hygiène générale bien comprise.
La mortalité infantile (voir p. 69) a baissé de façon considérable. Elle peut encore être diminuée. Le nombre annuel moyen des décès au-dessous d’un an pour mille nés vivants, en 1936, a été en France de 67. Il n’est pas très élevé, comparé à celui du Chili (234), de la Roumanie (182), de la Yougoslavie (161), de la Bulgarie (148), de l’Espagne (115), de l’Italie (109), mais il est supérieur à celui de l’Allemagne (66), des États-Unis (65), de l’Angleterre (59), de la Suède (54), des Pays-Bas (49), de la Suisse (47).
Si on réduisait la mortalité infantile au taux de celle des Pays-Bas, par exemple, on gagnerait 16 000 existences. Le taux de la mortalité générale pour 41 800 000 habitants serait ramené de 15,3 pour 1 000 habitants à 14,9.
1. Il faut cependant noter l’influence de l’alcoolisme sur la fréquence des accidents d’automobiles, qu’il s’agisse des conducteurs ou des piétons (voir p. 954).
Mais, c’est surtout à Y âge adulte , que la mortalité a moins diminué en France que dans les autres pays européens comparables.
Si l’on prend encore les Pays-Bas comme point de comparaison, pour l’année 1934, comme l’ont fait Huber, Bunle, Boverat, on constate, qu’aux taux de mortalité à chaque âge de ce pays, le nombre annuel de décès, en France, serait ramené de 634 000 à 514 000, soit un gain de 120 000 existences.
Le taux brut de notre mortalité tomberait ainsi de 15,1 à 12,2 pour 1 000 habitants. Il n’y a pas de raison valable pour que nous ne puissions pas, en France, réduire la mortalité au taux de celle des Pays- Bas.
Mais l’abaissement du taux de la mortalité sera limité, en partie, par l’accroissement proportionnel du nombre des vieillards, dans la population totale, en raison de notre dénatalité.
2° Vieillissement de la population. — La réduction de la mortalité pendant l’enfance et l’âge adulte a pour conséquence l’allongement de la vie humaine (voir p. 18). Voici, à titre d’exemple, l’augmentation du taux des décès en France, pour 1 000 vivants , à quatre-vingt-cinq ans et plus, d’après la statistique générale de la France :
Ainsi, actuellement, le nombre des Français qui meurent à quatrevingt-cinq ans et plus, a presque doublé en cinquante-cinq ans.
Mais la dénatalité parallèle sur laquelle nous avons insisté amène en contre-partie un déséquilibre dans la répartition de la population par âge. Le nombre des vieillards augmente en même temps que celui des enfants diminue et prend une proportion anormale, par rapport au reste de la population. La pyramide des âges, dont la base est représentée par les enfants de 0 à 1 an, doit normalement se rétrécir de la base au sommet. Nous entrons dans une période où le sommet tend à devenir plus large que la base.
La France compte 1 200 000 vieillards de plus que d’enfants (tandis que sa population étrangère a un excédent de 125 000 enfants sur ses vieillards).
La conséquence est la diminution du pourcentage de la nuptialité
DÉMOGRAPHIE
et de la fécondité, aggravant encore notre dénatalité et la limitation du taux de la mortalité, par l’augmentation du nombre des décès de vieillards.
C’est un phénomène démographique, très grave, sur lequel les natalistes ne cessent d’attirer l’attention (Boverat, Sauvy, etc.) et dont nous verrons les répercussions désastreuses pour notre avenir.
En somme, nous pouvons encore abaisser le taux de notre mortalité , mais cet abaissement a des limites qui ne peuvent être dépassées, en raison de l’augmentation du nombre des décès de vieillards.