AVENIR DE LA FRANCE
3° Le nombre des enfants de moins de quinze ans décroîtrait de plus de 7 600 000, soit de 74 p. 100, pendant la même période.
4° Le nombre des vieillards de soixante ans et plus augmenterait de près de 2 millions, soit de 32 p. 100, en trente ans.
5° Le nombre des hommes de vingt à cinquante-neuf ans dépasserait à peine le nombre des vieillards des deux sexes en 1985.
Des prévisions démographiques analogues établies pour d’autres pays (Angleterre, Suède), ont donné des résultats dans le même sens, mais les perspectives pour la France sont infiniment plus défavorables; ce sont les plus défavorables qui soient.
2° Conséquences de la dépopulation française . — Les
conséquences de la dépopulation française sont redoutables :
a) Au point de vue économique. — La dépopulation due à la crise de natalité et au vieillissement de la population déterminerait rapidement une aggravation de la crise de surproduction dont nous souffrons actuellement.
Au point de vue agricole , nous ne savons que faire de notre blé, de notre vin, de notre lait. Qu’en ferons-nous si les consommateurs continuent à diminuer? Les producteurs français rencontreront des difficultés progressivement croissantes pour écouter leurs produits. Dans les campagnes, la dénatalité et l’émigration des jeunes vers les villes, n’ont laissé que des vieux, qui ne pourront conserver leur pouvoir d’achat.
Au point de vue industriel , le sort des travailleurs ne sera pas meilleur « sont-ce les vieillards assistés qui achèteront des meubles, des bicyclettes, des automobiles, et tous les articles de luxe et de sport, produits actuellement par tant d’usines françaises? » (Boverat). Il en est de même pour les transports, les maisons de commerce, si les voyageurs et les acheteurs vont sans cesse en diminuant.
Au point de vue du chômage , la dénatalité a une influence incontestable, parce que les jeunes femmes qui n’ont pas d’enfants ou qui n’en ont qu’un, vont travailler dans les usines et les bureaux et prennent la place des hommes. L’envahissement des professions par les femmes mariées est une cause importante de chômage.
D’autre part, la diminution de la natalité réduit le nombre des consommateurs, pendant au moins quinze ans, avant de réduire le nombre des producteurs. La dénatalité prolongée augmente donc la proportion des producteurs dans la population totale.
Enfin, les chefs de famille sont obligés de dépenser en temps de
rochaix. — • Précis d’hygiène.
DÉMOGRAPHIE
crise toutes les disponibilités qu’ils peuvent avoir, pour faire vivre une famille, alors que les sans-enfants ou les parents d’enfant unique restreignent leurs achats, dès que la crise apparaît et par suite aggravent les crises et le chômage.
b) Au point de vue financier, la dépopulation est la ruine de l’État. Tandis que le nombre des producteurs et des consommateurs diminue rapidement, les frais généraux de la nation (assistance, pensions, défense nationale, etc.), ne décroissent que très lentement. U se fera un écart de plus en plus grand entre les recettes et les dépenses. L’assistance à la vieillesse imposera même des charges financières de plus en plus élevées. On se demande, si la dénatalité se poursuit au rythme de ces dernières années, comment dans quelques décades, l’État pourra faire face à la nécessité de recueillir plusieurs millions de vieillards. Le fonctionnement des assurances sociales, basé sur la présomption que les malades et les vieillards ne constitueront qu’une petite minorité des assurés, sera fortement compromis. L’État sera obligé de combler le déficit de plus en plus grand : le pourra-t-il? Il en sera de même pour les retraités, les épargnants, etc. Que l’État soit capitaliste ou communiste, il se heurtera aux mêmes impossibilités.
c) Au point de vue militaire la dépopulation met la France en état d’infériorité numérique vis-à-vis de ses voisins : ses effectifs sont liés directement au taux de la natalité. D’autre part, le vieillissement de notre population, la ruine des finances et de notre activité économique réduiront de façon redoutable notre potentiel de guerre, c’est-à-dire l’ensemble des forces productives de la nation et notamment la puissance de ses industries métallurgiques, mécaniques et chimiques. « La dépopulation mène un pays à la guerre et cela d’autant plus rapidement, que ses richesses naturelles offrent aux autres nations une proie plus tentante » (Boverat).
Toutes ces conséquences économiques, financières, militaires, se feront sentir simultanément et multiplieront leurs effets désastreux.
3° Conclusions. — De l’étude comparée des deux facteurs, natalité et mortalité, qui régissent notre population, il apparaît que le facteur natalité est actuellement de beaucoup le plus important. Si nous devons poursuivre la suppression ou la diminution des causes de mortalité sur lesquelles nous pouvons agir, les résultats obtenus ne permettront pas — et de loin — d’enrayer le mouvement de dépopu-