II. —CAUSES GÉNÉRALES DE NUISANCE
1° Insalubrité. — a) Dégagements résiduaires (fumées, gaz, poussières). - — - I] s’agit tantôt de fumées plus ou moins chargées de gaz nuisibles, provenant de combustions incomplètes, tantôt de gaz infects, provenant de la décomposition des matières organiques, tantôt enfin de vapeurs acides, de buées fumeuses chargées de particules toxiques, de produits volatils empyreumatiques, de gaz délétères.
Nous avons vu au chapitre xvn, que dans les villes, les fumées, gaz, poussières, etc., provenant des foyers domestiques, polluaient l’atmosphère de façon considérable et nous en avons exposé les dangers. Cette pollution s’accroît dans les villes industrielles et les dangers s’aggravent de la projection de fumées et de gaz particulièrement toxiques, provenant de certaines industries.
En Angleterre, dans les vastes régions industrielles du Landcashire, les villes, comme Manchester, Leeds, Shelfields, Glascow, etc., où l’on consomme un combustible riche en produits volatils et en soufre, l’atmosphère est obscurcie au point que les habitants sont obligés de s’éclairer tout le temps à la lumière artificielle et de demeurer, ce qui est plus grave encore, portes et fenêtres hermétiquement closes. Le record est détenu par la ville américaine de Pittsbourg, qui est la ville la plus enfumée du globe. Il tombe dans cette ville une quantité de suie, estimée à 1 030 tonnes par an et par mille carré.
Les cheminées industrielles déversent les gaz les plus variés : gaz carbonique, oxyde de carbone, vapeurs chlorées ammoniacales, anhydrides sulfureux, sulfurique, acide chlorhydrique, nitrique, etc., dont certains sont hautement toxiques.
Ces gaz peuvent être retenus dans les brouillards, qui deviennent de véritables brouillards toxiques. Quand ils se produisent dans une vallée étroite, que l’air de la vallée est trop froid pour s’élever, que le calme de l’atmosphère exclut toute ventilation horizontale, il se produit une concentration des gaz qui donne une haute toxicité à ces brouillards. L’exemple le plus retentissant en a été, ces derniers temps, celui des accidents de la vallée de la Meuse, en 1930, dus aux acides sulfureux et sulfurique, qui ont provoqué de nombreux morts.
Les usines émettent souvent des gaz corrosifs, qui ont une influence
ÉTABLISSEMENTS CLASSÉS
nocive sur la végétation, allant parfois jusqu’à sa suppression totale. Des substances comme les composés du fluor, qui se dégagent des usines de traitement des minerais d’aluminium, imprègnent les herbes fourragères des champs voisins et provoquent une intoxication lente des troupeaux, comme chez les ouvriers qui broyent la cryolithe ou minerai d’aluminium.
Certaines usines surtout produisent ces dégagements : usines de produits chimiques, fabriques de superphosphates, fabriques de colle, mégisserie, traitement des matières de vidange, etc.
b) Écoulements résiduaires. — Les eaux industrielles constituant les écoulements résiduaires proviennent soit du trempage ou du nettoyage des matières premières et du lavage des ateliers, soit du traitement des matières par macération, cuisson ou action chimique, soit de la décantation des masses résiduaires liquides ou de la condensation des résidus gazeux. On leur donne encore le nom d’effluent ( Sewage , Abwasser). Tous ces résidus liquides sont capables de produire des amas d’eaux, stagnantes ou courantes, pouvant souiller l’air par leurs émanations, le sol parieurs dépôts, le sous-sol et les eaux potables en se mélangeant à la nappe souterraine ou en se déversant dans les ruisseaux et les rivières.
Le principal danger réside précisément dans cette pollution des cours d’eau et de la nappe souterraine par des principes toxiques d’origine chimique ou par des produits infectieux : témoin les accidents qui furent produits par les eaux arsenicales d’une fabrique de fuchsine à Pierre-Bénite.
Les poissons sont très sensibles à l’action des eaux industrielles, lorsqu’elles ne sont pas neutralisées ou épuisées (l’anguille leur résiste davantage); les mollusques fuient les eaux malsaines, sauf le planorbis corneus et la bithynia impur a, qui vivent parfaitement dans l’eau corrompue.
De même pour les végétaux : le cresson ne vit que dans les eaux très pures, les roseaux dans les eaux troubles ; la présence de beggiatoa alba ou sulfuraire est l’indice d’une extrême corruption.
c) Encombrements résiduaires. — A l’état solide, les déchets industriels peuvent être une cause non seulement d’encombrement du sol, de danger (voir risques d’incendie), mais aussi d’insalubrité. Les poussières, gaz, vapeurs qui s’en dégagent, les insectes qui peuvent y pulluler, sont capables d’occasionner diverses maladies; les produits chimiques qu’ils contiennent, surtout s’ils sont dissous