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VI. — H Y D R O C A R B U R I S M E

Les intoxications sont nombreuses et donnent lieu à différentes maladies.

1° Intoxications par les benzols. — Elles se sont multipliées, au cours de ces dernières années et ont donné lieu à de nombreux travaux.

A. — Produits benzoliques. — Il faut dinstinguer :

a) le benzène, répondant à la formule C6H6, distillant vers + 80°.

b) les benzols constitués par l’ensemble non rectifié de tous les hydrocarbures aromatiques existant dans le goudron de houille et distillant au-dessous de + 200°. Ils sont constitués par des benzols, toluols, xylols, etc.

c) les benzines. Scientifiquement benzine est synonyme de benzène. Mais en pratique, il s’agit des essences de pétrole, qui sont de composition très variable et qui suivant leur origine ou leur mode de fabrication contiennent des carbures aromatiques en proportion variable, pouvant aller d’un taux élevé à de très faibles quantités ou même à leur absence complète.

B. — Intoxications aiguës. — - Elles sont dues à l’inhalation de vapeurs toxiques en quantité massive. Elles sont généralement accidentelles. Elles peuvent se présenter sous des formes légères (état ébrieux avec céphalée, vomissements, etc.), des formes graves (excitation nerveuse, puis dépression avec somnolence, hébétude, perte de connaissance ou collapsus cardiaque, parfois mortel), des formes foudroyantes rares (l’ouvrier tombe à terre, dans le coma).

C. — Intoxications chroniques. — Très redoutables. Elles se manifestent, avant tout, par des altérations sanguines, qui ne sont pas immédiatement décelables par la clinique. Elles sont exclusivement le fait des carbures aromatiques. On les observe surtout chez les artisans, travaillant, sans surveillance, dans des ateliers mal aérés, etc. (emploi de la colle au benzol, miroiterie, etc.)

Il s’agit de myéloses aplastiques, partielles ou totales, dont le début est assez variable, tantôt progressif, tantôt brutal. La période d’état est caractérisée par un état général grave, sur lequel on peut distinguer trois syndromes sanguins, dont l’un peut devancer les autres : purpura hémorragique, anémie

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intense (1 million à 2 millions de globules rouges), leucopénie avec disparition des neutrophiles.

Le pronostic est grave. La mort peut survenir en quelques jours, malgré les transfusions sanguines.

D. — Dépistage. — La profession attirera l’attention. L’examen du sang permettra de reconnaître une neutropénie, qui, même seulement ébauchée, sera très significative. Émile Weill, Perles et Aschkenazy ont décrit récemment une hémopathie latente chez des ouvriers et des ouvrières, en apparence bien portants (anémie, neutropénie, hyperchlorhydrie, etc.).

E. — Prophylaxie. — Importante en raison de la fréquence et de la gravité des intoxications benzoliques. Il existe une véritable prédisposition et, d’autre part, une première atteinte sanguine sensibilise l’organisme, qui fera une rechute rapide, et souvent mortelle, à la suite de la reprise du travail. La prophylaxie réside :

a) dans les examens de sang périodiques;

b) changement de profession pour tout ouvrier sensibilisé par une première atteinte sanguine;

c) travail en vase clos toutes les fois que cela sera possible;

d ) substitution, aux carbures aromatiques, d’autres solvants moins nocifs, comme on a commencé à le faire en Belgique. Un décret du 9 décembre 1938, applicable à partir du 14 juin 1939, a dressé le tableau des maladies engendrées par l’intoxication benzolique avec la liste des travaux industriels, susceptibles de les provoquer, donnant lieu à des indemnisations

2° Anilisme , etc. — La nitrobenzine ou essence de mirbane sert à obtenir l’aniline. Les accidents dus à la nitrobenzine (céphalée, cyanose, etc.), sont passagers et rares. L 'anilisme rappelle les cas d’intoxication par chaussures teintes en noir à l’aniline (Landouzy et G. Brouardel) : sortes de migraine dans la forme légère, coma ou délire et convulsions avec cyanose dans la forme grave (parfois mortelle), accidents gastro-intestinaux avec anémie dans la forme chronique. Des troubles généraux analogues avec troubles locaux (conjonctivite) peuvent être dus à Y esprit de bois ou méthylène impur employé pour dénaturer les alcools.

a) Étiologie. — Ces accidents sont rares aujourd’hui; la chaleur les favorise. On les observe surtout dans les fabriques d’aniline (net*

INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES

toyage des chaudières, dans les fabriques de couleurs d’aniline, les teintureries , etc.).

b) Prophylaxie. — Remplacer le travail manuel par le travail mécanique. Ventiler, surtout pendant les chaleurs. Disposer d’un personnel bien choisi; lui donner des excitants diffusibles (café noir, acétate d’AzH3). En cas d’accidents, lutter contre le sommeil, qui facilite les effets du poison (cyanose). L’alcool méthylique doit être employé pur et gardé dans des locaux bien aérés.

3° Vanillisme , essentialisme , — Des troubles généraux (céphalée, bourdonnements, crampes, cystalgie, insomnie), des troubles locaux (éruption papuleuse et prurigineuse des mains et de la face, coryza, conjonctivite), caractérisent le vanillisme et l’essentialisme professionnels (essences odorantes), contre lesquels d’ailleurs il existe une véritable accoutumance.

a) Étiologie. — Accidents observés chez les peleuses d'orange (Imbert-Goubeyre, 1853), dans les fabriques de parfums (romarin aspic, lavande) ou de liqueurs de vanille ; plus encore, chez les ouvriers emmagasinant la vanille (Bordeaux).

b) Prophylaxie. — Protection par des vêtements spéciaux, des lunettes; ventilation, bains; élimination des alcooliques.

4° Pétrolisme. — Il y a une ivresse pétrolique, parfois mortelle (lésions pulmonaires). Le pétrolisme chronique est caractérisé par de l’anémie avec vertiges, troubles nerveux rappelant ceux de l’intoxication opiacée (Wielczyk), lésions cutanéo-muqueuses (papillome des rafîineurs), etc.

a) Étiologie. — Pénétration par inhalation ou contact.

L'extraction du pétrole des gisements (Bakou) est une opération dangereuse (Berthenson), mais ne se pratique pas en France. La distillation du pétrole peut incommoder les ouvriers nettoyant les réservoirs ou canalisations dans un local fermé. Le raffinage présente des dangers pour les ouvriers des salles de réception, surtout si leur propreté et celle de l’atelier laissent à désirer. Les pétroles légers (éthers de pétrole) sont les plus dangereux, mettant en liberté l’hémoglobine. L’expérimentation a réalisé des lésions pulmonaires et rénales.

b) Prophylaxie. — Appareils étanches, bons appareils de distillation, combustion des produits gazeux qui échappent au réfrigérant,

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ventilation (salles de réception). Mettre à la disposition des ouvriers de l’eau chaude et du savon, des bains; une corde de secours pour pénétrer dans les réservoirs; des vêtements protecteurs (blouses hermétiquement fermées, mitaines).

5° Autres hydrocarbures. — - La plupart des hydrocarbures, lorsqu’ils intoxiquent, produisent à la longue des troubles digestifs et de l’amaigrissement. Dans les professions qui emploient le goudron et ses dérivés (agglomérés, paraffine, acide phénique), on observe parfois aussi de l’irritation locale (gale du goudron), des troubles nerveux et de l’anémie (Manouvriez). Dans celles qui manipulent la térébenthine et ses dérivés (vernis, cire à cacheter, etc.), l’absorption surtout respiratoire, l’action irritante locale, l’élimination par l’urine peuvent donner lieu à des symptômes spéciaux bien étudiés par Poincaré, expérimentalement et cliniquement : symptômes surtout nerveux chez la femme, génito-urinaires . chez l’homme; céphalée, état vertigineux, irritabilité, troubles oculaires et autres signes d’irritation des muqueuses, néphrite parfois; il y a accoutumance.

D’autres causes sont plus rares encore : maladies des peigneurs de chanvre indien ( haschichisme aigu ou chronique), des dégustateurs de thé [théisme), des fabricants de mélinite ( bronchite méliniteuse due à l’acide picrique).

La prophylaxie consiste dans le choix des ouvriers, l’éviction des alcooliques, l’aération des locaux, l’emploi d’appareils mécaniques clos pour le broyage du goudron, le maintien de la térébenthine dans les réservoirs métalliques étanches, les soins de propreté, etc.

6° Législation. — - Les vapeurs de benzine et les autres hydrocarbures tombent sous le coup de l’article 6 du décret du 10 juillet 1913 qui vise les gaz et vapeurs en général et prescrit l’évacuation directe.

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