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I. — CHARBON

Le charbon est une infection commune à l’homme et à certains animaux, due à un bacille appelé Bacillus anthracis ou Bactéridie charbonneuse.

A. — Agent pathogène. — Découvert par Davaine (1850), il a été étudié systématiquement par Pasteur, Koch, Chauveau, Toussaint, etc.

C’est un gros bâtonnet, qui prend dans les cultures liquides la forme de filaments très longs et enchevêtrés (fig. 119). Les spores

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ont été découvertes par Koch en 1876. Elles n’existent jamais dans le corps vivant de l’animal charbonneux. Elles sont, au contraire, rapidement très abondantes dans des cadavres charbonneux. Pour la formation des spores, l’oxygène et une température de + 18° à + 41°, 5 sont indispensables. Aussi, un cadavre soigneusement conservé intact, sans hémorragies, et enfoui, ne contiendra-t-il pas de

spores; mais il y a presque toujours hémorragies spontanées ou provoquées (saignées), commencement de dépeçage, etc.

Les spores sont très résistantes : on les a retrouvées vivantes, après un séjour de dix-huit ans dans un laboratoire. Elles se conservent plus longtemps peutêtre encore dans les cadavres charbonneux, dans les champs maudits , d’où Pasteur les a extraites en inoculant au cobaye la terre broyée (diluée, décantée et chauffée 15 à 20 minutes à + 85° pour éliminer les pyogènes). La connaissance de ces spores est capitale pour l’hygiéniste, puisqu’elle peuvent contaminer pour longtemps les peaux, crins, laines, etc., qui sont utilisés dans diverses industries et que, le plus souvent, une stérilisation efficace avant le travail est commercialement impossible.

B. — Diagnostic bactériologique. — Il est facile. Le bacille ne passe dans le sang, chez l’homme, qu’à la dernière période; il existe, au contraire, de

rochaix. — Précis d’Iiygiène.

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façon très précoce, dans celui des vaches ou des moutons. Le diagnostic bactériologique de la pustule maligne humaine se fera donc par la recherche du bacille dans la sérosité des vésicules péri-pustuleuses ou dans un morceau excisé de la pustule. Le diagnostic du charbon animal se fera par l’examen du sang; on s’adressera au sang périphérique pendant la vie, au sang du cœur, de la rate, ou mieux aux ganglions, à l’autopsie. Il est cependant des cas certains de charbon chez les bovidés où le sang, pendant la vie, contient assez peu de bacilles pour qu’ils puissent passer inaperçus.

Les méthodes sont : l’examen microscopique direct, les cultures ou, mieux, l’inoculation sous la peau de la cuisse du cobaye (œdème blanc, local, bacilles dans le sang, mort rapide). On ne confondra pas l’infection par le vibrion septique (qui envahit rapidement les cadavres en été) avec l’infection charbonneuse.

G. — ■ Vaccination. — - C’est au lyonnais Toussaint que revient l’honneur d’avoir, le premier, réalisé la vaccination anticharbonneuse (12 juillet 1880). Il filtrait du sang charbonneux sur plusieurs doubles de papier, le chauffait à + 55° et obtenait ainsi un liquide vaccinal. La même année, Chauveau montrait qu’on pouvait obtenir la vaccination par inoculation d’un petit nombre de bacilles et que les agneaux nés de mères charbonneuses, étaient réfractaires au Bacillus anthracis. En 1881, Pasteur, Chamberland et Roux publiaient la découverte d’un vaccin charbonneux, constitué par des cultures ayant acquis une atténuation permanente, transmissible, qu’on pouvait manier comme des vaccins. Sa valeur a été consacrée par la fameuse expérience de Pouilly-le- Fort, où 25 moutons vaccinés résistèrent à l’inoculation qui tua les 25 témoins. Depuis, la pratique de la vaccination pastorienne contre le charbon, a fait disparaître ce fléau des régions où il était endémique.

D. — Le charbon animal. — Les bovidés et les moutons sont les plus fréquemment atteints. Chez le mouton, la maladie est plus habituellement nommée sang de rate. La marche est très rapide; l’animal tombe foudroyé, en marche, au pâturage, presque sans symptôme; burine est sanguinolente.

Les localisations externes sont tout à fait rares; l’origine est interne (voies digestives); le charbon règne (ou régnait), à l’état enzootique en Beauce , en Brie, en Champagne, en Bourgogne, etc., avec, à certains moments, une extension épizootique. Il sévit dans le sud de l’Allemagne, en Hongrie, mais surtout en Russie (peste de Sibérie). En Asie (Indes, Chine), en Australie, en Amérique , le charbon est fréquent, mais est en voie de disparition.

L’origine tellurique du charbon, anciennement défendue, s’explique très bien. Les champs maudits sont ceux où l’on a enfoui,

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sans précautions, des cadavres charbonneux : les vers de terre ramènent les spores à la surface (Pasteur). Les animaux qui viennent paître sur ces champs contractent le charbon interne. L’ancienne spontanéité est une véritable inoculation alimentaire par le tube digestif (surtout la bouche et le pharynx) à la faveur des érosions produites par les corps durs, mêlés aux fourrages.

En somme , le charbon animal était, avant la vaccination, une affection très répandue, très meurtrière, qui occasionnait chaque année des pertes énormes à l’agriculture.

E. — Le charbon humain. — L’homme n’est heureusement pas très sensible au charbon. Il faut distinguer trois formes de la maladie : a) Pustule maligne (cas le plus fréquent); l’inoculation est, dans ce cas, externe (écorchure, piqûre de mouche). La guérison est fréquente par excision de la pustule; b) Charbon bronchopulmonaire : le malade a inhalé des poussières chargées de spores charbonneuses, on verra plus loin dans quelles professions. Le diagnostic est fort difficile, si l’attention n’est pas attirée par la profession. Les guérisons sont rares (4 sur 23, chez les trieurs de laine), et à convalescence longue; c) Charbon intestinal : l’inoculation se fait par les voies digestives. Le diagnostic bactériologique permet seul d’affirmer la nature charbonneuse de l’infection. Le pronostic est tout aussi grave que dans la forme précédente.

F. — Le charbon professionnel. — Le charbon humain est une maladie exclusivement professionnelle ; sauf de rares exceptions, elle n’atteint que les personnes qui, par leur profession, approchent les animaux charbonneux ou manipulent des produits provenant d’animaux charbonneux.

a) Charbon des campagnes.- — Cette première catégorie qui comprend les bergers , agriculteurs , bouchers , vétérinaires , etc., est devenue peu importante en France, la vaccination anticharbonneuse ayant à peu près fait disparaître le charbon sur le bétail indigène. Çà et là cependant, on en observe quelques cas. Il s’agit presque toujours de pustule maligne, l’accident, le plus curable du charbon.

La prophylaxie de ce charbon des campagnes est simple : étendre de plus en plus la vaccination animale anticharbonneuse, prescrire la destruction ignée ou l’enfouissement à de très grandes profondeurs, •avec addition de chaux vive, des cadavres charbonneux.

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b) Charbon industriel. — La seconde catégorie comprend le charbon industriel, celui auquel sont exposés les ouvriers qui manipulent des matières provenant d’animaux morts du charbon. Elle est beaucoup plus importante que la précédente, à tous les points de vue. De 1910 à 1935, on a noté 1 051 cas de charbon industriel, avec 121 décès, soit 11,5 p. 100 (Agasse-Lafont). Les cas sont disséminés dans un grand nombre de professions, souvent difficiles à dépister et très dangereux, en raison des localisations broncho-pulmonaires et gastro-intestinales, difficiles à éviter en raison de l’impossibilité d’empêcher l’introduction des matières dangereuses d’origine étrangère et de les stériliser sans leur enlever leur valeur marchande, etc.

c ) Le charbon professionnel est presque toujours causé par des produits bruts de provenance étrangère (Russie, Perse, Amérique du Sud, colonie du Cap), mais il devient de plus en plus rare.

1° Crins. ■ — L’industrie des crins est dangereuse. Ce sont surtout les crins de cheval, de vache, soies de porcs, qui sont à incriminer.

Tous ces produits doivent être soumis à un étuvage à -f- 193° pendant une heure ou séjourner deux heures dans l’eau bouillante ou être soumis au blanchiment.

2° Laines. • — L’industrie de la laine (mouton, chèvre, chameau), est plus dangereuse que celle des crins. Les laines indigènes sont rarement dangereuses. Les matières premières provenant de Perse (surtout), de Turquie, d’Asie Mineure, sont les plus fréquemment contaminées.

Le dégraissage industriel opère une désinfection qui, pratiquement, peut être considérée comme suffisante.

3° Peaux. — Les industries qui manient les peaux (mégissiers, tanneurs, etc.), viennent en tête des professions les plus exposées. D’après Agasse-Lafont, la mégisserie ou blanchissage des peaux a donné 267 cas sur les 1 051 observés de 1910 à 1935. Ce sont également les peaux étrangères qui sont dangereuses (Chine et Indes).

Le seul moyen d’éliminer la bactéridie est le tannage. Les eaux résiduaires des tanneries, même biologiquement épurées, peuvent contenir des spores : elles ne seront jamais déversées dans les prairies, où elles pourraient contagionner des bovidés.

4° Os, cornes , chiffons , etc. — On comprend que les os, les cornes des animaux charbonneux, puissent être dangereux.

Les os seront soumis à un étuvage à -f- 103 degrés pendant une heure ou à un séjour de deux heures dans l’eau bouillante ou à un

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traitement par des antiseptiques actifs. Les cornes sont plus difficiles à désinfecter.

En Allemagne et en Autriche, on connaît le charbon (presque toujours broncho-pulmonaire) des papeteries sous le nom de maladie des chiffons. Les chiffons peuvent être facilement désinfectés.

G. — Prophylaxie du charbon . - — Les moyens prophylacques sont très divers :

a) Faire disparaître le charbon animal. — La vaccination anti-charbonneuse que nous avons décrite est un moyen d’efficacité certaine.

De plus, l’animal charbonneux doit être détruit complètement. La viande ne doit pas être consommée : les peaux, laines, crins, cornes, etc. ne doivent pas être livrés à l’industrie. Se rappeler que les spores ont besoin d’oxygène pour germer et que, par conséquent, il faut éviter l’extravasation du sang : pas de dépeçage, pas d’hémorragie; enfouir le cadavre entier.

b ) Surveiller les matières premières provenant de pays contaminés et leur désinfection immédiate. - — L’idéal serait d’interdire l’introduction de ces matières premières, malheureusement l’industrie ne peut s’en passer. Il ne reste qu’un seul moyen : la surveillance spéciale de tout produit arrivant de ces pays dangereux et leur désinfection immédiate.

c ) Assurer l’hygiène de l’atelier. — Ce sont surtout les poussières chargées de spores charbonneuses qui donnent le charbon le plus meurtrier, le charbon interne. On devra appliquer rigoureusement les mesures d’hygiène générale des ateliers, prescrites par le décret du 9 janvier 1934, surtout en ce qui concerne les poussières.

d) Exercer une surveillance médicale sévère. — - Tout ouvrier ayant un bouton, une simple coupure, écorchure ou gerçure, non cicatrisée après trois jours de pansement, doit être soumis à l’examen du médecin obligatoirement attaché à l’établissement, depuis le décret du 28 septembre 1937. Le médecin devra faire procéder aux examens de laboratoire pour le diagnostic bactériologique. Une boîte de secours devra contenir en permanence du sérum anticharbonneux.

e ) Faire l’éducation de l’ouvrier. — L’ouvrier doit connaître les dangers auxquels l’expose sa profession, la cause première de ces dangers, la raison d’être des précautions exigées. Des affiches apparentes, les énumérant, doivent être placées dans les ateliers.

Législation. — Le décret du 28 septembre 1937, a remplacé celui du 1er octobre 1913. Outre les mesures générales prescrites par les décrets du 10 juillet

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1913 et du 9 janvier 1934 (voir p. 544), ce décret prévoit des mesures particulières de protection et de salubrité dans les établissements où le personnel est exposé à l’infection charbonneuse. Ces mesures - — - celles que nous avons indiquées — doivent être appliquées lorsque les produits ou dépouilles n’ont pas subi les opérations que nous avons indiquées précédemment, dans les ateliers : 1° de préparation des crins; 2° de délainage et de lavage, de triage des laines; 3° la mégisserie, la tannerie, la pelleterie; 4° le triage des os, ainsi que le déballage, les manutentions et autres opérations effectuées, à sec, avant la désinfection.

La jurisprudence, actuellement en vigueur, considère le charbon professionnel comme un accident du travail dont tous les cas doivent être portés à la connaissance des inspecteurs du Travail.

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