DE MALADIE
C’est, comme nous l’avons vu, la seule véritablement utile dans la plupart des maladies contagieuses. Les infirmières visiteuses et les assistantes sociales joueront le principal rôle dans son application et sa surveillance.
1° Préparation de la chambre. — Les rideaux, tentures, tapis seront retirés; on laissera un minimum de meubles. Le lit sera placé au milieu de la chambre.
Les poussières du sol de la chambre seront enlevées, chaque jour, et brûlées; avant le balayage au torchon humide, on projettera sur le plancher de la sciure de bois, humectée d’une solution désinfectante.
2° Soins à prendre par le médecin et ses aides. — Les
médecins, les infirmiers doivent, en entrant dans la chambre du malade, revêtir les habits de toile blanche, sur lesquels on aperçoit facilement les taches et qui peuvent être facilement désinfectés. L’infirmière soignante ne prendra pas ses repas dans la chambre du malade et, avant de manger, elle se désinfectera soigneusement les mains et la figure.
Les aliments, ayant séjourné dans la chambre du malade, ne devront être consommés, qu’après une nouvelle cuisson.
AU COURS DE LA MALADIE
Le médecin et toute personne ayant été en contact avec le malade devront se désinfecter soigneusement les mains et même la figure, en cas de besoin.
3° Soins à prendre pour Eentourage. — Toutes les personnes de l’entourage du malade (famille, domestiques, etc.) devront se soumettre aux mêmes mesures. Il faudra exercer, à ce point de vue, une surveillance perpétuelle, veiller sur la femme de chambre, par exemple, pour qu’elle ne promène pas dans tout l’appartement le balai ou les linges servant au nettoyage de la chambre du malade, ne revête pas la « blouse isolante », à l’envers, appliquant ainsi contre ses vêtements la face externe infectée de ladite blouse, se lave les mains, etc. Une série de petites mesures, qui ont leur importance, devront ainsi être prises et souvent indiquées par le médecin.
4° Désinfection du malade lui=même. — Le malade devra être tenu très proprement : savonnage du corps, bains chauds, alcalins et savonneux, nettoyage des orifices naturels, à l’eau bouillie chaude, lavages de la bouche et du pharynx avec solution boriquée ou eau oxygénée diluée.
La désinfection du pharynx, capitale dans certaines maladies, sera tentée par des gargarismes à l’eau oxygénée diluée, la liqueur de Labarraque, etc., ou des badigeonnages (glycérine iodée àl p. 80, etc.). Les substances colorantes (bleu de méthylène à 4 p. 100, jaune d’acridine, etc.) sont plus efficaces et moins nocives pour les muqueuses. Les fumigations peuvent agir. Vincent et Bellot conseillent la formule suivante :
Iode . 20 grammes.
Gaïacol . 2 —
Thymol . 0 gr. 2.
Alcool à 60 degrés . 200 —
Pour les cavités nasales on emploiera, de préférence, l’huile résorcinée ou goménolée à 1/50.
Dans les maladies où il y a desquamation de l’épiderme, on oindra la peau du malade avec de l’huile ou une pommade à laquelle on aura joint un désinfectant (axonge benzoïnée, vaseline mentholée, huile phéniquée, etc.).
Tous les objets, tels que canules à lavages ou à lavements, thermomètres, seront conservés dans une solution antiseptique.
ROCHAIX.
LA DÉSINFECTION
5° Désinfection des excreta . — Les selles, urines, peuvent renfermer les germes de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, de la diarrhée estivale, du choléra et des maladies cholériformes; il importe donc de tuer tous ces germes, avant de se débarrasser de ces excreta.
Dans les hôpitaux modernes pour maladies contagieuses, on les incinère après les avoir mélangés à une quantité suffisante de sciure de bois.
Quand on n’a pas à sa disposition d’installation spéciale, il faut, avant de les envoyer à l’égout ou dans les fosses d’aisances, les mettre en contact prolongé avec les désinfectants chimiques.
En général, s’il s’agit de matières solides, l’immersion dans le désinfectant doit durer six heures au moins ; pour les matières liquides une heure suffira.
De quelque substance chimique que l’on se serve, il faut en mettre un peu dans le fond du récipient qui doit recevoir les déjections, puis en ajouter après et bien mélanger le tout.
Le lait de chaux , à 20 p. 100, très bon marché, est très efficace pour la désinfection des excreta. On y ajoutera 1/5 à 1/10 de la totalité des matières à désinfecter. Richard et Chantemesse le recommandent particulièrement .
Le chlorure de chaux à 2 p. 100 est un excellent agent désinfectant pour les selles, en même temps qu’un puissant désodorisant. Ajouter aux matières la moitié de leur volume de cette solution. Il est essentiel que le chlorure de chaux soit bien mélangé avec les matières fécales à désinfecter.
Le crésyl à la dose de 8 à 10 grammes par litre de matières fécales fraîches, préféré par Vincent, agit en même temps comme désodorisant. Il faut se servir d’une solution de crésyl à 5 p. 100 et laisser en contact pendant vingt-quatre heures.
Le crésylol sodique du Codex sera avantageusement employé en solution forte à 4 p. 100.
Le sulfate de cuivre à 50 p. 100 est un excellent désinfectant dans la proportion du dixième du volume total.
La formaline , dans la proportion de 5 p. 100 par rapport à la masse totale et incorporée entièrement, pénètre profondément. Son action n’est pas gênée par la présence des matières albuminoïdes et assure une excellente désinfection.
Il faut se méfier de l’eau de Javel, du formol, etc., qui peuvent provoquer des accès de toux et prendre des précautions pour les éviter, au moment où l’on passe la bassine au malade.
AU COURS DE LA MALADIE
Le sublimé corrosif , qui coagule les matières albuminoïdes, avec lesquelles il se combine, qui manque par conséquent de pénétration doit être rejeté en ce qui concerne la désinfection des excreta.
I é acide phénique devra aussi être rejeté.
Le sulfate de fer est encore très employé; en solution de 10 p. 100 mais ce n’est pas un désinfectant; c’est un excellent désodorisant.
Lorsque les urines sont émises à part, on les désinfectera avec de l’eau de Javel, du sulfate de cuivre, du lait de chaux, dans les mêmes proportions que précédemment.
Les vomissements , enfin, seront désinfectés par les mêmes produits ou le crésylol sodique.
6° Désinfection des crachats ( Pour les crachats tuberculeux , voir 3e Partie , chapitre spécial). — Les crachats, non seulement de l’homme malade, mais de l’individu sain, peuvent disséminer les germes de la tuberculose, de la pneumonie, de la grippe infectieuse, de la diphtérie, de la peste bubonique et d’autres infections de l’appareil respiratoire.
Les crachats devront être recueillis dans des crachoirs avec un antiseptique. La solution de lessive de soude , à 10 p. 100, fluidifie les crachats et les désinfecte (pas pour la tuberculose). Le lysol ou le lusoforme à 2 p. 100 sont à conseiller. René Martin a mis en évidence l’action désinfectante du crésylol sodique à 2 p. 100 sur les crachats. Ce produit a cependant l’inconvénient de ne pas dissoudre les crachats.
On doit user de ces substances largement, bien les incorporer avec les crachats et les laisser en contact, au moins pendant une heure; en l’absence de toute solution antiseptique, on ne laissera pas les crachats se dessécher, mais on les couvrira avec un peu d’eau, en attendant qu’on puisse les brûler.
S’il s’agit d’une maladie chronique (tuberculose), le malade devra se munir d’un crachoir de poche, renfermant une petite quantité des solutions antiseptiques précitées. On peut cracher dans des mouchoirs de papier mince (mouchoirs japonais), à la condition de jeter ces papiers dans un étui métallique portatif et de les incinérer.
Dans la désinfection des crachats, on ne doit pas se servir de solution de sublimé pour les raisons indiquées à propos des excreta. Tout au plus, pourra-t-on se servir de sublimé additionné de chlorure de sodium.
LA DÉSINFECTION
L’acide phénique doit être également rejeté. Il coagule aussi, bien
qu’à un moindre degré, les matières albuminoïdes.
De temps à autre, il sera nécessaire de faire bouillir les crachoirs dans de l’eau carbonatée.
7° Désinfection des linges. — Les
linges (draps, chemises, mouchoirs, serviettes, blouses du personnel, etc.), souillés par les excreta et sécrétions de diverses natures, doivent, dans la chambre même Fig. 122. — seau à linge. du malade, être immédiatement placés
soit dans des sacs à désinfection ou, à défaut, dans des draps mouillés avec une solution antiseptique, soit dans des récipients en métal , facilement stérilisables , pour les envoyer à la désinfection.
Il est beaucoup mieux de les plonger immédiatement dans un récipient (fig. 122) contenant de l’eau de Javel ou une solution à 4 p. 100 du mélange suivant :
Crésyline. . . . 50 parties.
Lessive de soude. 50 —
Savon noir ... 20 parties.
ou encore du crésylol sodique en solution faible (2 p. 100).
Le tout est porté à l’étuve à la température de 60 degrés ou laissé à froid pendant une demijournée dans la solution.
On peut encore traiter les linges par l’un des procédés ci-après :
j Ebullition, pendant une heure au moins dans une lessive chaude au carbonate de soude ou à la cendre de bois (fig. 123).
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Trempage prolongé (six heures au moins) dans le crésylol sodique à 2 p. 100 ou dans la solution de formol du commerce à 40 p. 100.
On peut ensuite faire passer ces linges dans une étuve à vapeur, pour achever la désinfection, mais, la plupart du temps, les opérations précédentes sont suffisantes.
8° Désinfection des vêtements . — Les vêtements ne pourront guère être placés dans des solutions désinfectantes; en général, d’ailleurs, ils sont, les vêtements intérieurs surtout, moins souillés que le linge. Aussi, la désinfection par la vapeur de formol leur est-elle parfaitement applicable. On fera séjourner les vêtements, dans le local rempli de vapeurs de formol, pendant dix heures environ. On pourra les désinfecter également par les étuves à vapeur et à gaz combinés (voir p. 601).
9° Désinfection des vêtements profondément souillés.
— Dans ce cas, il est nécessaire d’employer les étuves qui permettent la pénétration suffisante des vapeurs antiseptiques. Il est possible, d’ailleurs, de réaliser, sans avoir besoin d’étuves spéciales, un espace clos (cuvier renversé, etc.), dans lequel la vapeur d’eau sera maintenue sous une faible pression et où l’on fera dégager, en même temps, des vapeurs antiseptiques. En l’absence de tout autre moyen de désinfection, les vêtements souillés seraient trempés dans une solution comme pour les linges.
10° Désinfection des services de table. — Après chaque repas, il faut recueillir les objets de table, cuillères, fourchettes, couteaux, verres, assiettes et plonger le tout dans une solution désinfectante ou de l’eau carbonatée, qu’on porte à l’ébullition, puis soigneusement les nettoyer.
11 0 Désinfection de Veau des bains. — Avant d’envoyer l’eau du bain à l’égout, on aura soin de la désinfecter avec du lysol ou du formol, de façon à obtenir une solution au taux de 3 à 5 p. 100, ou avec du lait de chaux, dans la proportion de 2 p. 100.
12° Cabinets d'aisances. — Les cabinets d’aisances seront l’objet d’une propreté toute particulière. Ils devront être installés de telle façon que l’aération soit complète, aucune odeur ne devant s’en dégager. Les murs et la cuvette seront largement, au moins
LA DÉSINFECTION
deux fois par jour, nettoyés avec de l’eau bouillante, mêlée à un antiseptique, solution forte de sulfate de cuivre à 50 p. 1 000 ou bien du lait de chaux fraîchement préparé.