APRÈS GUÉRISON, TRANSPORT OU DÉCÈS
Quand la désinfection en cours de la maladie a été effectuée minutieusement, comme nous l’avons décrite, peu de microbes ont pu échapper à son action et diffuser dans le milieu extérieur. D’autre part, il n’y a que quelques agents pathogènes possédant une résistance suffisante pour survivre dans le milieu extérieur, (planchers, murs, meubles, etc.). On ne peut guère citer dans ce cas que les agents de la variole , de la diphtérie, de la scarlatine, de la tuberculose , surtout quand ils restent enrobés dans leurs véhicules d’émission (croûtes, fausses membranes, etc.), S’ils sont encore vivants, ils ont perdu, cependant, dans beaucoup de cas, leur pouvoir infectant. Dans ces cas, la désinfection des locaux pourra avoir une certaine utilité. La désinfection des literies (matelas, etc.) sera nécessaire surtout dans les maladies dont le germe est expulsé avec les matières fécales et les urines (voir p. 590). Linges et vêtements portés par le malade seront soumis aussi à la désinfection.
1° Désinfection des objets de literie. — La désinfection des matelas, traversins, oreillers, couvertures, etc., s’effectuera au moyen des étuves à désinfection. On y joindra les linges et vêtements qui auront servi à la fin de la maladie.
Les étuves à désinfection sont, soit à vapeur d’eau, soit à gaz (formol) et à vapeur combinés.
a) Étuves à vapeur d’eau. — La vapeur d’eau, saturée, a une grande puissance de pénétration et stérilise les objets, si la température est suffisamment élevée. On peut l’utiliser d’abord au moyen d 'étuves à vapeur sans pression , telle l’étuve de Budan d’une ingénieuse simplicité. On peut la construire avec deux lessiveuses de dimensions inégales : la plus petite reçoit quelques litres d’eau et est placée sur un foyer; la plus grande, retournée, coiffe la première. Un panier de feuillard galvanisé reçoit les objets à désinfecter (fig. 123 et 123 bis).
Mais ce sont surtout les étuves à vapeur sous pression , dérivées de l’auto-
DÉSINFECTION FINALE
clave de Chamberland qu’on utilise couramment. Si la pression, dans ces appareils, atteint 2 atmosphères, la température intérieure est de plus de 120 degrés.
Fig. 123. — Étuve de Budan. Fig. 123 bis. — - Étuve de Budan.
Vue d’ensemble du dispositif. Coupe de l’ensemble.
A cette température, maintenue pendant vingt minutes , aucun microbe, sporulé ou non, ne résiste.
Les étuves à vapeur dormante sous pression [Geneste et Hescher (fig. 124),
Fig. 124. — Étuve fixe de Geneste et Herscher.
Le Blanc, Dehaitre, etc.], sont très employées soit dans les stations de désinfection, soit sous la forme de locomobile (fig. 125), permettant d’aller pratiquer les opérations de désinfection sur place.
Le point capital dans la désinfection par la vapeur dormante sous pression est Y expulsion de Vair, compris dans les interstices des objets, par des décom-
600 LA DÉSINFECTION
pressions brusques, pour permettre à la vapeur de venir au contact des microbes pathogènes.
Les étuves à vapeur circulante ou fluente sous pression suppriment cet incon¬
vénient. Les objets à désinfecter sont placés dans un courant de vapeur sous
pression, qui chasse continuellement avec elle, l’air et les gaz accumulés dans les objets.
Voici, à titre d’exemple, Vétuve de V aillard et Besson (fig. 126 et 127). Sur un socle, constitué par le foyer, repose l’étuve constituée par deux cylindres concentriques. Le cylindre intérieur limite la chambre de désinfection.
L’espace, compris entre le fond de chaque cylindre, constitue la chaudière proprement dite (40 à 45 1.). La vapeur, produite dans cette chaudière, circule dans l’espace, ménagé entre les deux cylindres, aborde la chambre de désinfection par la partie supé- Fig. 126. Coupe de l’étuve verticale rieure et, après avoir circulé de haut de Vaillard et Besson. en s’échappe par la partie infé¬
rieure. Le fond du cylindre intérieur est, en effet, muni d’un orifice à soupape, très ingénieux, qui permet le passage tde la vapeur d’eau condensée, de l’aif entraîné ? etc., sans qu’il y ait decommu-
DÉSINFECTION FINALE
nication, en sens contraire, entre la chaudière et la chambre de désinfection.
L’étuve fonctionne à une pression de 700 grammes, correspondant à 115 degrés, et l’opération est terminée au bout de vingt-cinq minutes.
Les étuves à vapeur ont l’avantage d’agir rapidement et efficacement., mais ont l’inconvénient d’altérer les peaux, fourrures, objets de cuir ou en caoutchouc et de détériorer quelque peu la laine, le crin, les tissus de soie.
b) Étuves à ïormol et à vapeur d’eau, à 75-85 degrés.
— Ces étuves réalisent la désinfection en profondeur, au moyen du formol (voir p. 603) associé à la vapeur d’eau à 75-85 degrés.
II’ étuve Gonin (fig. 128) est constituée par deux cuves en tôle de fer, se superposant et s’emboîtant l’une dans l’autre. La cuve inférieure renferme un serpentin de circulation de chaleur servant à chauffer l’intérieur de l’étuve. Un récipient à eau, surmontant un coffre de chaleur, chauffé par une lampe Baku, fournit la vapeur d’eau. Le formol est produit par deux «fumigators » placés à deux angles de l’appareil. Une étagère démontable reçoit les objets à désinfecter. On porte l’étuve à -j- 85 degrés et on la maintient à cette température pendant deux heures.
L 'étuve Fournier (fig. 129) réalise également la désinfection en profondeur au moyen d’un mélange gazeux de formacétone et de vapeur d’eau à 75-80 degrés. La durée de l’opération doit être de deux heures dix minutes.
N étuve Dechosal est particulièrement efficace; en raison d’un dispositif spécial qui permet d’envoyer directement dans l’étuve de la vapeur d’eau surchauffée. Elle est, d’autre part, économique, grâce à un dispositif calorifuge qui réduit au minimum la déperdition de chaleur.
Fig. 127. — Étuve verticale Vaillard et Besson. — C, couvercle. — S, cylindre inférieur. — M, manomètre. — D, soupape. — K, orifice à soupape s’ouvrant de haut en bas — B, écrou. — J, cornière en fer. — N, robinet de niveau. — P, robinet de jauge. — F, foyer.
LA DÉSINFECTION
Toutes ces étuves à formol et à vapeur d’eau combinés sont
aussi efficaces que les étuves à vapeur sous pression, mais l’opération dure longtemps (deux heures au moins, au lieu de vingt minutes). Par contre, elles ne détériorent pas, comme ces dernières, les objets en peau, en cuir, les fourrures, les livres, etc., et leur poids restreint permet de les transporter facilement et rapidement (par automobile) au loin, dans les villages contaminés et de les faire ainsi fonctionner sur place.
Fig. 128. — Étuve Gonin. — A, fumigator. — B, coffre de chaleur. — C, producteur de vapeur. — D, serpentin. — E, étagères pour les objets à désinfecter.
2° Désinfection des locaux. — Quand le malade aura quitté la chambre, on laissera les fenêtres ouvertes, puis on désin¬
fectera. Pour cela, on enlèvera la literie, les tapis, les couvertures, les meubles rembourrés et tous les objets profondément souillés ou dont la désinfection est difficile et qui sera traitée à part.
Les petits objets à usage personnel des malades, jouets, crayons, fournitures de bureau, porte-monnaie, etc., seront brûlés toutes les fois que cela sera possible.
Puis, on lavera le parquet, les soubassements, avec de l’eau de Javel à 1 p. 50.
Fig. 129. — Étuve Fournier à la formacétone. — ■ A, coupe de l’étuve démontable en deux parties. — - E, évaporateur. — - S, serpentin de chauffage. — B, brûleur. — O, récipient à pétrole. — D, support articulé du chariot.
DÉSINFECTION FINALE
Pour tout ce qui est literie en fer, tables de nuit en métal, on peut savonner d’abord, puis utiliser les solutions de lysol, lysoforme, de crésol. On fera bouillir les urinaux, vases de nuit, crachoirs, dans une solution sodique.
On désinfectera ensuite la pièce proprement dite. Pour cela, on fermera hermétiquement toutes les ouvertures et on bouchera soigneusement avec des bandes de papier toutes les fentes. Les meubles seront éloignés des murs. Les tiroirs et les portes des armoires, commodes, etc., seront ouverts. Les meubles, non munis de pieds, devront être soulevés à l’aide d’un coin, le sommier des lits dressé, les tapis, les édredons, les couvertures, suspendus à des cordes et les rideaux étendus pour faire disparaître les plis au niveau des embrasses. Les tableaux, les glaces, les vitrines pourront être laissés en place. On fera alors agir un désinfectant gazeux, le formol.
L 'anhydride sulfureux a joui autrefois d’une grande vogue, mais s’il est un excellent désinsectisant (voir p. 611) c’est un germicide insuffisant.
Le formol ou aldéhyde formique , est pratiquement le seul utilisé depuis qu’en 1888, Trillat a découvert ses hautes qualités antiseptiques.
La formaldéhyde se polymérise facilement, en donnant suivant les conditions, soit de la paraformaldéhyde , masse blanche, insoluble dans l’eau, soit du trioxy méthylène, qui, par volatilisation, reproduit la formaldéhyde, poids pour poids. Aussi, utilise-t-on souvent la combustion du trioxyméthylène pour la production du formol.
La formaldéhyde forme, avec l’ammoniaque, de V hexamèthylène-tètr amine (utilisé en médecine sous le nom d’urotropine). On met à profit cette propriété pour neutraliser le formol, après la désinfection.
Les vapeurs de formol ont une densité sensiblement égale à celle de l’air et sont très diffusibles, d’où résulte l’indication de boucher hermétiquement les pièces que l’on veut désinfecter avec le formol.
Dans le but d’appliquer ce germicide puissant à la désinfection des locaux, des expériences ont été faites dans des chambres, cubant plus de 100 mètres cubes. Les résultats ont été concluants, pourvu que le local fût saturé de vapeurs de formol.
Mais on constata que, dans ces conditions, la majeure partie de la formaldéhyde se condense immédiatement à la surface des murs, si bien qu’on attribua l’action antiseptique non pas au gaz, mais à la solution de formaldéhyde, résultant de sa condensation à la surface des objets. On en conclut qu’il fallait charger l’atmosphère du local à désinfecter de vapeur d'eau. Des expériences échouèrent dans des essais de désinfection, malgré l’adjonction de vapeur d’eau, et l’on considéra le formol comme un désinfectant en surface, devant être réservé exclusivement à la désinfection des locaux.
En 1906, Perdrix montra qu’en faisant intervenir une température suffisam-
LA DÉSINFECTION
ment élevée (80°), on augmente non seulement le pouvoir bactéricide du formol, mais sa puissance de pénétration. C’était là un fait très important qui permettait d’appliquer le formol à la désinfection en profondeur et, qui est le principe des étuves à vapeur d’eau et à formol combinés, dont nous avons parlé.
Les procédés pour l’utilisation du formol à l’état de vapeur sont nombreux, mais, quel que soit le procédé, la dose à employer doit correspondre à 4 grammes de formol par mètre cube et la durée de contact doit être au moins de sept heures.
a) Volatilisation (le solutions de formol. — On a d’abord chauffé
Fig. 130. — Vaporipe Fournier. — E, enveloppe, surtout de la chaudière.
— - Ch., chaudière timbrée à 3 kilos.
— Sp., soupape à ressort. — B, bouchon de remplissage. — Pr., projecteur. — R, robinet à pointeau pour les projections de formaeétone. — ■
N, naphteuse.
concentration qui résulte de l’évaporation transforme la formaldéhyde en ses polymères, la paraformaldéhyde et le tryoxyméthvlène, sans action bactéricide; ce qui appauvrit la solution en produits actifs.
Aussi a-t-on cherché à empêcher la polymérisation par l’addition de certaines substances, chlorure de calcium (formochlorol), acétone (formaeétone), glycérine (glycoformol), menthol (holzène).
Fig. 131. — Fumigator en combustion.
simplement une solution de formol dans un récipient muni d’une tubulure, placé sur une surface de chauffe pour l’évaporer dans le local à désinfecter. Mais la
DÉSINFECTION FINALE
F autoclave formogène de Trillat utilise le formochlorol. C’est un autoclave d’une contenance de 5 litres, qui permet de faire pénétrer les vapeurs de formol, sous une pression de 3 à 4 atmosphères, par le trou de la serrure, dans le local à désinfecter. La dose doit être de 15 gr. 4 de formochlorol par mètre cube, la durée de contact de sept heures.
F appareil vaporigène dit formogène de Dehaître et V autoclave formogène de Gourdon sont analogues.
Le vaporipe Fournier (fig. 130) emploie la formacétone à la dose de 3G centimètres cubes par mètre cube de
local. N
b) Volatilisation du trioxyméthylène. — La
combustion du trioxy méthylène donne du formol.
Les fumigators (fig. 131) sont de petites cartouches métalliques renfermant du trioxyméthylène. Elles sont entourées d’une pâte combustible, brûlant sans flamme et portant rapidement la substance antiseptique connue dans la cartouche à une température suffisante pour la transformer en formaldéhyde.
Le fumigator est commode; il ne nécessite aucun appareil et réduit au minimum le personnel nécessaire pour pratiquer une désinfection. Un fumigator désinfecte 13 mètres cubes.
La durée du contact doit être de sept heures.
Mais l’inconvénient est que la production du gaz^ se fait à sec, alors que l’humidité est nécessaire à l’activité de son pouvoir désinfectant.
F Aldor formogène (fig. 132) analogue aux fumigators donne les mêmes résultats.
Au lieu d’employer le trioxyméthylène sous forme de poudre, on peut se servir de pastilles obtenues par simple compression. Parfois on l’incorpore au Kieselgur, au plâtre (formalithe, sanolithe, etc.).
Le formolateur Helios (fig. 133 et 134) utilise des pastilles de trioxyméthylène, qu’on place dans un panier de toile métallique, supporté par une cheminée en tôle, à la base de laquelle est disposée une lampe à alcool. La chaleur produit la décomposition et la volatilisation des pastilles de trioxyméthylène. On doit brûler 30 pastilles de 1 gramme de trioxyméthylène pour chaque 10 mètres cubes de local à désinfecter. La durée du contact doit être de sept heures. Cet appareil est passible du même reproche que le fumigator. Aussi l’a-t-on perfectionné.
Fig. 132. — - Aldor formogène.
La désinfection terminée, l’appartement est ouvert et aéré avec soin. On peut préalablement neutraliser l’excès de formol par l’ammo-
606 LA DÉSINFECTION
niaque, en le laissant s’évaporer dans des plats ou des cuvettes
Fig. 133.
Formolateur Helios simple.
Fig. 134.
Formolateur Helios combiné.
^réparties à travers la chambre, à raison de 1 litre par 100 mètres cubes. Il se forme de l’hexaméthylène-tétramine.
c ) Pulvérisation des solutions désinfectantes. — Enfin on peut
simplement, pour désinfecter un local, pulvériser les solutions chimiques à l’aide d’appareils spéciaux. Les solutions ordinairement utilisées dans ce but sont celles de formol ou de crésylol sodique à 4 p. 100.
On peut se servir des pulvérisateurs, employés en agriculture (fig. 135) ou d’appareils construits spécialement dans le but de la désinfection, comme celui de Geneste-Hers-
Fig. 135. — Pulvérisateur Vermorel. cher.
On peut, aussi se contenter de grands lavages des murs et des planchers avec les mêmes solutions désinfectantes.