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Fig. 144. — Mortalité par départements en 1925-1931. (D’après G. Dubreuil. Revue
d’ Hygiène, mai 1936.)
des cas de mortalité typhique de l’intérieur sont attribuables à des causes d’origine littorale.
En somme, la physionomie typhique actuelle de la France est dominée par l’endémie littorale, due, en premier lieu, à la consommation de coquillages insalubres.
La fréquence remarquable de la fièvre typhoïde en temps de guerre,
INFECTIONS TYPHO-PARATYPHOI BIQUES
notée autrefois, a disparu devant les résultats de la vaccination antityphoparatyphoïdique (voir plus loin).
3° Les bacilles pathogènes. — a) Bacille d’Eberth. — Le
bacille de la fièvre typhoïde est spécifique, bien que très voisin du Colibacille et des bacilles paratyphiques. C’est un bacille très mobile, ne prenant pas le Gram, se cultivant facilement, se distinguant du Colibacille par un certain nombre de caractères de culture et bio-chimiques (Cbantemesse et Widal), mais surtout par la propriété d’être agglutiné à un taux élevé, soit par le sérum des typhiques (séro-réaction de Widal), soit par le sérum des animaux immunisés (Gruber et Durham).
Le bacille, avalé, pénètre par la muqueuse intestinale dans l’organisme et cause d’abord une septicémie , qui constitue la période d’incubation de la fièvre typhoïde. Plus tard seulement, le bacille, s'éliminant par la muqueuse de l'intestin grêle , crée les lésions caractéristiques. A ce moment les symptômes apparaissent.
Le bacille se retrouve en abondance dans les matières fécales du typhique; dès la période d’incubation (voir porteurs précoces), et jusqu’à la fin de la maladie, il diminue progressivement. Sa recherche dans les matières fécales est possible (procédés de Drigalski- Conradi, de Endo), mais difficile.
Après la guérison, le convalescent peut rester un certain temps porteur de germes. Le bacille s’élimine aussi par les urines. Le bacille typhique est assez résistant au froid, à la dessiccation, au manque d’oxygène; il résiste au moins trois mois dans la glace, deux mois dans le sable desséché, quelques heures au soleil. Par contre, il est facile à détruire par la chaleur. Un chauffage d’une demi-heure, à 57° tue les cultures. Le bacille typhique disparaît assez vite des matières qui se putréfient, surtout là où existe le Proteus ; mais il se conserve plusieurs mois dans les matières fécales dures. Des matières fécales, stérilisées, ensemencées avec du bacille typhique, donnent encore des cultures au bout de deux ans.
Le bacille d’Eberth disparaît rapidement de l’eau très pure, mais vit longtemps dans l’eau souillée de matières fécales.
Nous avons vu (p. 415) que la recherche du bacille typhique dans l'eau était difficile et le plus souvent inutile, que la surveillance des eaux potables se faisait par la recherche du colibacille et d’autres espèces, ayant une signification de contamination.
b) Les bacilles paratyphiques. — Ces bacilles ont été rencontrés
ÉTIOLOGIE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
pour la première fois chez l’homme par Achard et Bensaude (1896) et distingués en deux types par Schottmuller : Bacille paratyphique A, et Bacille paratyphique B. Ces bacilles mobiles ont la même morphologie et les mêmes caractères de coloration que le bacille d’Ebertli. Ils s’en distinguent par des réactions biochimiques particulières et surtout par la propriété d’être agglutinés à un taux élevé, soit par le sérum des malades paratyphiques A ou B, soit par le sérum des animaux immunisés contre l’un ou l’autre de ces deux bacilles.
Comme le bacille d’Eberth, ils pénètrent, lorsqu’ils ont été ingérés, par la muqueuse intestinale, dans l’organisme et causent une septicémie. Ils s’éliminent de la même façon, on les retrouve en abondance dans les matières fécales et les urines.
Le bacille paratyphique A est assez fragile, mais le bacille paratyphique B est très résistant. Le premier est comme le bacille d’Eberth, peu pathogène pour l’animal, les bacilles paratyphiques B comptent parmi les microbes les plus pathogènes que nous connaissions.
4° Diagnostic bactériologique . — - Le diagnostic des infections typhoïdiques, souvent difficile cliniquement, peut se faire bactériologiquement par l’un des procédés suivants : 1° Le sèro- diagnostic de Widal (agglutination de cultures par le sérum des malades); 2° par Yhémoculture (J. Courmont). Le procédé par l’hémoculture permet de faire le diagnostic tout à fait au début, même souvent pendant la période d’incubation, les infections paratyphoïdiques étant primitivement une septicémie; 3° par la coproculture. Mais ce dernier procédé présente surtout de l’intérêt pour déceler les porteurs de germes (voir p. 640).
5° Modes de contagion. — a) Contagion indirecte. — Les
bacilles, émis par les matières fécales ou les urines des typhiques ou paratyphiques, vont, avec ces matières, souiller le milieu extérieur. Avalés avec les aliments, ils créent de nouveaux cas d’infection typhoïdique. Telle est l’origine des épidémies. Tout aliment, consommé cru, peut donner une infection typhoïdique, s’il est souillé par des matières fécales ou des urines, de typhique ou de paratyphique.
1° L’eau. — L’origine hydrique de la lièvre typhoïde est incontestable. On peut même dire que toute épidémie courte ou massive , comme celles qui étaient si souvent observées en France, Paris, Lyon (1874), Avignon (1911), Lyon (1928-1929), Vichy (1929),
63 8 INFECTIONS T YPHO-PARA T YPHOIDIQ UES
Paris (1933), etc., est d’origine hydrique. Il faut, pour la naissance de pareilles épidémies, qu’un aliment commun à la plupart des personnes de la collectivité soit abondamment contaminé.
La démonstration de l’origine hydrique de la fièvre typhoïde est facile. Nous nous bornerons à quelques exemples : à Paris, au temps où l’on déversait de l’eau de Seine dans les canalisations d’eau potable, la fièvre typhoïde éclatait mathématiquement dou/e ou quinze jours après cette pollution, elle cessait progressivement, lorsque la pratique cessait elle-même (Chantemesse et Widal). Dans les villes alimentées par deux eaux de source, on a souvent constaté que seuls les quartiers alimentés par une de ces eaux étaient atteints; en remontant à l’origine, on trouvait une souillure typhique (Cherbourg, Saint-Brieuc, etc.). A Avignon, en 1911, l’eau de l’usine de Monclar est contaminée : 2 000 cas se produisent en trois semaines, dans l’agglomération de 40 000 habitants, alimentée par l’eau de cette usine; on stérilise l’eau; l’épidémie disparaît. On pourrait multiplier les exemples. L’origine hydrique ne peut être mise en doute. Elle était, en France, où nos eaux d’alimentation étaient mal protégées (p. 436), la principale cause des épidémies.
Il ne faut pas compter pour faire cette démonstration, sur la recherche du bacille d’Eberth dans l’eau. On a vu(p. 415) que cette recherche était pratiquement très difficile; en outre, lorsque l’épidémie éclate, le bacille a, le plus souvent, disparu de l’eau (15 à 30 jours d’incubation).
L’origine hydrique de la fièvre typhoïde explique, non seulement les grandes épidémies massives, causées par les eaux potables des grandes villes, mais aussi les épidémies de maisons , qui se produisent notamment autour des puits. Les puits (p. 418), creusés le plus souvent dans la couche superficielle du sol. au voisinage des fosses à fumier et des fosses de water-closets, contituent un très grand danger, au point de vue typhique.
L’eau joue le même rôle dans la propagation des infections paratyphoïdiques.
2° Cultures maraîchères. ■ — Tous les aliments consommés crus (salade, fraises, etc.), et qui proviennent de jardins maraîchers, peuvent occasionner les fièvres typhoïde ou paratyphoïde, s’ils ont été arrosés avec des matières fécales humaines, fraîchement émises. Mais si les matières ont fermenté, comme dans les fosses fixes, les dépotoirs, le produit de la vidange ne présente pas les
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mêmes dangers. Les cas de cette origine constituent des endémies de provenance alimentaire.
3° Le la it. — L’attention a été attirée (Angleterre, Pays du Nord), sur les cas d’infection typhoïdique occasionnés par le lait. Tel laitier, par exemple, sème la fièvre typhoïde dans sa clientèle; le lait, consommé non bouilli, contenait des bacilles d’Eberth ou des bacilles paratyphiques. Ces bacilles peuvent avoir une double origine : 1° le lait a été additionné d’eau typhogène , les bidons ont été lavés avec de l’eau impure; 2° il existait, chez le laitier, parmi les employés manipulant le lait, un porteur de germes typhiques ou paratyphiques , lequel contaminait personnellement tout ce qu’il touchait.
Lorsque de petites épidémies se produisent, assez disséminées, dans un quartier, il faut faire une enquête sur l’alimentation en lait. On retrouvera souvent le laitier à incriminer. On devrait, comme en Allemagne, avoir le droit de faire des cultures avec les matières fécales des employés, pour retrouver quel est le porteur de germes et le soigner.
4° Les fruits de la mer (huîtres, moules, coquillages). — L’étiologie coquillère de la fièvre typhoïde a été établie d’abord pour les huîtres , dont l’origine exacte est généralement plus facile à déterminer que celle des autres coquillages (Chantemesse, Mosny, Netter, Sacquépée). Les améliorations apportées à l’ostréiculture ont diminué leur importance dans l’origine des infections typho-paratyphoïdiques. Actuellement, ce sont les moules et les coquillages divers , consommés crus, qui sont la cause de l’endémie typhique, si serrée encore, que nous avons signalée sur le littoral méditerranéen et atlantique (voir p. 634).
La contamination se fait sur place, dans les parcs d’élevage, où l’eau est souillée, chez le marchand qui rafraîchit ses coquillages avec de l’eau contaminée.
Les fièvres typho-paratyphoïdiques d’origine coquillère sont particulièrement graves. Les souillures organiques et microbiennes annexes provoquent souvent des accidents presque immédiats de gastro-entérite qui facilitent et aggravent l’infection. L’incubation est ordinairement relativement courte (elle peut être réduite à 5 ou 6 jours), les complications sont fréquentes, la mortalité peut atteindre 20 à 35 p. 100.
5° Les mouches. — Les mouches propagent certainement la