INFECTIONS T YPHO-PARA T Y P HO II) IQ UES
fièvre typhoïde. Elles se posent sur les matières fécales et peuvent se gorger de bacilles qu’elles vont ensuite déposer, avec leurs excréments, avec leurs pattes, sur les aliments. La lutte contre les mouches (p. 617) est une partie de la lutte antityphique, surtout dans les pays chauds.
6° Les linges. — Les linges typhiques, surtout les draps, sont très souillés par la diarrhée. S’ils ne sont pas immédiatement ébouillantés, ils peuvent propager la fièvre typhoïde, soit au moment du triage du linge sale qui se fait le plus souvent dans les cuisines (mains de la cuisinière), soit chez les blanchisseurs.
h) Contagion directe. — La contagion directe est celle qui se fait de l’homme à l’homme, le malade contagionnant directement ceux qui l’entourent. Cette contagion est certaine. Les médecins, les infirmiers sont fréquemment atteints (3,3 p. 100 typhiques soignés). Le typhique ou le paratyphique est surtout contagieux au début de la maladie. Ce mode de contagion avait été laissé au second plan, jusqu’aux travaux de Koch et de l’école allemande. Pour les Allemands, la propagation des infections typhoïdiennes se fait surtout par contagion directe, soit par les malades, soit par les porteurs de germes.
c) Les porteurs de germes. — C’est à l’école allemande que l’on doit surtout la connaissance des porteurs de germes typhiques, dont Décobert, élève de Chantemesse avait signalé pour la première fois l’existence, dès 1903. Au cours de la campagne antityphique allemande (voir p. 643), les savants de ce pays ont fait de très nombreux travaux qui ont permis d’approfondir cette importante question.
Les porteurs de germes typhiques se divisent en trois catégories.
1° Les porteurs précoces sont les malades en incubation, ne présentant encore aucun symptôme clinique, mais qui éliminent déjà des bacilles typhiques avec leurs selles et leurs urines. Ils sont rarement dépistés, mais ils peuvent jouer un rôle important en épidémiologie.
2° Les porteurs convalescents , sont les malades cliniquement guéris mais qui persistent à éliminer des bacilles avec leurs excreta. 11 est convenu que ceux, dont la durée de l’excrétion bacillaire cesse avant la fin du troisième mois, sont appelés porteurs convalescents et que ceux dont la durée de l’excrétion persiste plus ou moins longtemps après, prennent le nom de porteurs chroniques.
Les porteurs chroniques peuvent le rester très longtemps : plu-
ÉTIOLOGIE ET ÉPIDÉMIOLOGIE
sieurs années, jusqu’à trente et un ans (Huggenberg) et semer la fièvre typhoïde autour d’eux pendant de longues périodes (cuisinières, servantes, contaminant les aliments; trayeurs souillant spécifiquement le lait, etc.).
A noter la prédominance des femmes et le nombre très restreint des enfants. L’élimination se fait de façon, tantôt permanente, tantôt discontinue, intermittente.
3° Les porteurs sains sont les individus qui ont été contagionnés, sans être infectés et qui éliminent des bacilles pendant un temps plus ou moins long. Pour beaucoup d’auteurs, les porteurs, soidisant sains, ont été, en réalité, atteints d’une infection éberthienne méconnue ou ignorée, soit en raison de sa bénignité, soit en raison de son caractère anormal et ne seraient que des porteurs convalescents ou chroniques.
Comment expliquer l’existence de ces porteurs de germes? Il faut se rappeler que la fièvre typhoïde est avant tout une septicémie. Les bacilles de la circulation générale envahissent les voies biliaires et trouvent dans la bile un excellent milieu de culture. La vésicule biliaire peut ainsi devenir un véritable repaire, longtemps renouvelé, de bacilles typhiques.
Les lésions spécifiques, constatées longtemps (jusqu’à 29 ans, Hunner) après la guérison de la maladie, comme les cholécystites suppurées éberthiennes, sont les témoins de la persistance des bacilles dans les voies biliaires. On a expérimentalement reproduit les porteurs chroniques en injectant par la voie intraveineuse, du bacille d’Eberth au lapin. On trouve le bacille dans la vésicule, six semaines (Forster et Kayser), cent vingt jours (Doerr), etc., après l’injection.
En général, les porteurs de germes ne sont pas très dangereux au point de vue de la contagion directe. Ils sont surtout redoutables parce qu’ils ensemencent certains aliments (lait, en particulier) excellents milieux de culture où les bacilles se multiplient et peuvent récupérer un haut pouvoir infectant.
Jules Courmont et A. Rochaix ont montré que le chien pouvait constituer un porteur temporaire de bacilles typhiques et propager la contagion.
6° Rôle du terrain . — Le terrain joue aussi un rôle considérable. Les races sont toutes exposées aux fièvres typhoïdes. Les habitants des grandes villes ont une immunité relative, probablement progressive, due à de petites infections larvées. A Paris, 70 p. 100 des typhiques sont des voyageurs ou des nouveaux venus. Une
rochaix. — Précis d,hygiè:ie.
642 INFECTIONS TYPHO-PARATYPHOIDIQUES
atteinte antérieure donne V immunité , presque toujours pour toute la vie; les récidives sont rares. Les enfants et les vieillards sont rarement atteints d’infection typhoïdique; celle-ci est bénigne chez les enfants, grave chez les vieillards. L'âge de prédilection des fièvres typhoïdes est l’âge moyen , autour de vingt ans. Les hommes sont plus atteints que les femmes.
Parmi les professions les plus exposées, signalons, les blanchisseurs, les médecins, les infirmiers. Le surmenage favorise tellement l’éclosion des infections typhoïdiques que, pendant longtemps, cet argument a servi de base à la théorie de l’autogenèse typhique.
Pour contracter une fièvre typhoïde ou paratyphoïde, il faut avaler du bacille d’Eberth ou un bacille paratyphique, mais tous ceux qui avalent un de ces bacilles ne prennent pas la fièvre typhoïde ou la fièvre paratyphoïde. On est beaucoup plus exposé, si la fatigue, le surmenage (métier militaire, privations, concours, soucis, etc.) empêchent la défense naturelle du terrain. C’est d’ailleurs une règle générale, en pathologie infectieuse. Aux manœuvres militaires, par exemple, on voyait (avant la vaccination), sur deux compagnies s’étant abreuvées avec la même eau, l’une non fatiguée ne pas présenter de cas d’infection typhoïdique, et l’autre, déjà surmenée, être décimée par l’épidémie.
7° Causes adjuvantes extérieures. — Il n’y a aucune immu» nité de climat. Les infections typhoïdiques existent aussi bien à l’extrême Nord, à Vadsô, que dans les colonies équatoriales. Par contre, la saison a une assez grosse importance. C’est en général à l’automne , au moment des pluies , qu’apparaissent les épidémies typhiques (origine hydrique). A noter que les grandes inondations ne sont pas, en général, suivies d’épidémies typhiques. Une pluie d’orage, de courte durée, entraîne les matières typhiques dans les sources; mais les pluies d’inondation diluent trop les souillures pour qu’elles soient dangereuses.