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CHAPITRE XL

ICTÈRES INFECTIEUX ÉPIDÉMIQUES

L’ictère commença à être considéré comme une maladie infectieuse et épidémique dans la seconde moitié du XIXe siècle (Murchison, Laveran, Chauffard, Kelsch, etc.). Mais on s’aperçut vite que l'ictère n’est pas une maladie spécifique, qu’il ne représente qu’un symptôme, traduisant une atteinte hépatique ressortissant à des causes très différentes. Les épidémies d’ictères ne correspondent pas à des épidémies d’une maladie spécifique. Il s’agit d’infections très différentes, quoique s’accompagnant toutes d’ictères.

1° Infections dues aux bacilles du groupe typho=para= typhique en relation avec une épidémie dy infections typho= para typhoïdiques typiques. ■ — Un certain nombre d’épidémies d’ictères de cette catégorie ont été étudiées : Netter et Ribadeau-Dumas (1910); Etienne (1912); Carnot et Weill-Hallé (1915); Paisseau, Sarailhé et Clunct, Bourcart et Laugier (1915); Cantacuzène (1917), etc. Un caractère important do ces épidémies est qu’elles apparaissent peu après ou en même temps que les épidémies de fièvres typhoïde ou paratyphoïde. Elles sont soumises, comme ces dernières, aux influences saisonnières. Leurs courbes sont parallèles à celles des épidémies typho-paratyphoïdes. Un fait remarquable est que ces épidémies relèvent pour la plupart de bacilles atypiques, surtout de paratyphiques B atypiques. Il semble que les propriétés un peu spéciales, constatées bactériologiquement, correspondent à un pouvoir pathogène un peu différent.

La prophylaxie consiste d’abord à établir la cause de ces épidémies, puis à appliquer les mêmes mesures que pour les infections typhoparatyphoïdiques .

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2° Épidémies d’ictère de cause inconnue. — Dans ces épidémies où la contagion joue incontestablement le rôle principal, l’hémoculture, le sérodiagnostic, l’inoculation des urines au cobaye ne donnent que des résultats négatifs : épidémies du 27e Bataillon de chasseurs (Costa); épidémies familiales de Chabrol et Dumont, Armand-Delille, Lesné, etc.

Ces épidémies ont comme caractéristiques d’apparaître et d’évoluer à l’état de pureté, sans qu’il existe d’autres maladies infectieuses dans le groupement, d’autre part, d’avoir une prédilection manifeste pour les enfants et particulièrement les filles.

Dans l’ignorance où l’on se trouve du germe infectieux, on appliquera les mesures générales d’isolement et de désinfection.

3° Spirochétose ictéro=hémorragique . — La forme clinique d ictère infectieux qu’on désigne maintenant sous le nom de spirochétose ictéro-hémorragique avait déjà été mise nettement en évidence très anciennement par le célèbre Larrey, qui, au cours de la campagne d’Égypte avait observé et décrit une jaunisse infectieuse dont les deux symptômes cardinaux étaient : la contagiosité et les hémorragies. En 1908, Widal et Abrami en publiaient une étude très fouillée (maladie de Weil des Allemands). Pendant la guerre de 1914-1918, cette maladie a fait l’objet des nombreuses recherches de L. Martin et A. Petit.

d) Agent pathogène. — Cette maladie est due à un spirochète découvert en février 1915 par deux savants japonais, Inada et Ido, qui le mirent en évidence dans le foie du cobaye injecté avec le sang d’un ictérique. Quelques mois plus tard, ils démontrèrent son rôle spécifique dans la genèse de la maladie. Ils ont donné au nouveau parasite le nom de Spirochæta ictero-hemorragiæ (fig. 145). C’est un spirochète assez polymorphe, mesurant 6 à 9 pi, en moyenne, assez fréquemment recourbé à ses extrémités, qu’on peut cultiver sur agar et gélatine au sang, sérum humain, liquide d’ascite (Ito et Matsuzaki). Sa résistance dans les milieux extérieurs est faible.

L’acidité même légère a sur ce spirochète une influence des plus nocives. On en verra plus loin les conséquences.

b) Diagnostic bactériologique. — Le spirochète d’ Inada et Ido existe dans le sang, mais il n’y est abondant que dans la première semaine. Le liquide céphalo-rachidien est virulent au début. Mais l’élimination urinaire est abondante. On le trouve de façon presque

Fig. 145. — Spirochæta ictero-liemorrag'.æ (frottis traité par l’albuminate d’argent

(L. Martin, A. Pettit et A. Vaudremer).

dilué dans 4 cm3 de l’urine elle-même). Les animaux injectés seront suivis un mois. On retrouvera chez ces animaux l’ictère et les hémorragies caractéristiques. Les spirochètes seront mis facilement en évidence dans l’urine, le sang et divers organes (foie, reins, surrénales).

Le séro-diagnostic de Martin et Pettit (agglutination au bout d’une heure et demie environ) est recommandable par sa simplicité, sa rapidité et sa valeur.

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constante dans les urines, même assez longtemps après la guérison (Favre et Fiessinger).

On devra inoculer au cobaye par la voie sous-cutanée, 5 centimètres cubes de sang dans les cinq à dix premiers jours de la maladie et l’urine dans les jours suivants (1 cm3 de culot de centrifugation

c) Épidémiologie. — Le rat est le réservoir de virus. Cette notion est due à Miyayima, qui décela le spirochète dans les reins d’un cam-

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pagnol, Microtus Montebelloi, en 1915. L’année suivante, il le retrouva et l’inoculant au cobaye, reproduisit expérimentalement l’infection. Ido et ses collaborateurs le découvrirent sur les rats communs : Mus decumanus , alexandrinus , etc. En France, de nombreux auteurs le retrouvèrent chez les espèces courantes de rats, à la suite de Martin et Pettit. Les études comparées sur le virus murin et le virus humain montrèrent qu’ils étaient identiques.

L’universalité du parasitisme des rats par Spirochæta ictérohemorragiæ est un fait bien établi. Mais il est très variable. En dehors du hasard des séries, il faut faire intervenir la notion du parasitisme par « clan ».

Ces réservoirs de virus émettent en quantité considérable des spirochètes avec leurs urines. L’abondance des parasites peut être mise en évidence par injection de très faible quantité d’urine : 0,1 à 0,2 centimètre cube d’urine, injectée au cobaye par voie intra cœlomique, peut suffire à provoquer une spirochétose mortelle.

Comment se fait la transmission du rat à l’homme? On a d’abord incriminé la morsure de ce rongeur, puis le rôle &’ insectes vivant sur ces animaux (puces, acariens), mais on s’est rendu compte dans la suite, que le mode de propagation est réalisé par le contact avec les milieux qui ont été souillés par l’urine spirochétifère des rats.

Les égouttiers, terrassiers, débardeurs, mineurs, plongeurs de vaisselle, etc., qui exercent leur profession dans les sous-sols humides , dans la boue , la vase, souillés par les urines des rats parasités sont particulièrement atteints. Mais le danger varie avec la réaction du milieu. Les savants japonais ont, les premiers, montré que dans les mines, par exemple, où le sous-sol est alcalin, la spirochétose est fréquente chez les mineurs, tandis que dans d’autres, où le sol est acide, l’infection est inconnue.

L 'eau des bains , piscines , rivières , souillée par les urines de rats est assez fréquemment en cause. La pénétration du parasite se fait, soit par la voie digestive, soit au niveau des excoriations de la peau.

L’eau de consommation , présentant une souillure de même origine a pu être incriminée dans les épidémies de Lourcine, de Saint-Cloud, de la caserne de la Nouvelle-France, de la campagne de Libye (1911- 1912), aux Dardanelles (1916), etc. A Lisbonne, en 1931, une épidémie sévère de 122 cas, avec 27 p. 100 de mortalité, avait indiscutablement une origine hydrique per os (Ricardo Jorge).

Mais il y a souvent discordance considérable entre la fréquence du parasitisme murin et la spirochétose ictéro-hémorragique humaine,

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comme l’ont montré à Lyon, Rochaix, Sédallian et Couture. Cela tient sans doute à la réaction acide des milieux (eaux d’égout, boues, etc.), qui ne permet pas au spirochète de survivre.

d) Prophylaxie. — Elle réside dans la dératisation (voir p. 618) et les mesures mettant obstacle à la souillure du sol des boues, des eaux, etc.

Notons que la déclaration des cas de spirochétose a été rendue obligatoire par le décret du 30 octobre 1935, comme au Japon et dans les Pays-Bas et que le décret du 12 juillet 1936 classe cette maladie parmi les maladies professionnelles auxquelles s’appliquent les dispositions de la loi du 9 avril 1898, sur les accidents du travail. Ce décret incrimine, comme susceptibles de provoquer la maladie, uniquement les travaux dans les égouts.

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