LA FIÈVRE ONDULANTE (BRUCELLOSES
La lièvre ondulante (ou brucelloses, mélitoccocie, fièvre de Maîte, méditerranéenne, etc.) est une infection qui, dans ces dernières années a pris une extension considérable qui l’a fait appeler par Ch. Nicolle la maladie de l’avenir.
1° Particularités cliniques. — La fièvre ondulante est une septicémie, accompagnée d’une courbe de température élevée (39°-40°), caractérisée par une succession de poussées thermiques séparées par des périodes de rémission (allure ondulante). Les autres signes consistent en des arthralgies erratiques, des sueurs profuses et nocturnes, d’une particulière intensité. Les complications les plus fréquentes sont l’orchite, l’épididymite et souvent des troubles nerveux organiques ou psychiques.
L 'évolution est longue : au minimum de six mois; elle peut durer deux à trois ans. On a signalé des cas exceptionnels de plus de cinq ans.
La mortalité est, en général, assez faible : 2 à 3 p. 100, mais elle peut atteindre des taux supérieurs : 6 p. 100 dans l’épidémie de Saint-Martial, 14,3 p. 100 dans l’épidémie de Spagnolio, etc.
Ce qui fait la gravité de cette maladie, c’est sa longueur et la forte asthénie qu’elle laisse après elle. « Une épidémie de fièvre ondulante peut être un désastre social et économique pour les régions où elle sévit » (Thibault).
2° Distribution géographique. — Localisée pendant longtemps à l’île de Malte, avec des foyers secondaires moins importants dans le bassin méditerranéen, elle s’est étendue ensuite, en Europe et sur tous les continents. On la retrouve aux États-Unis, dans les pays Scandinaves* au Danemark en particulier, au
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Caucase, en Rhodésie, en Turquie, en Uruguay, au Pérou, en Chine. Actuellement, aucun continent ne lui échappe. C’est une maladie mondiale.
En France, les premiers cas authentiques de fièvre ondulante, ont été reconnus en 1908, par Danlos, Wurtz et Tanon, mais il est vraisemblable que l’infection régnait dans le midi de la France depuis un certain temps. En 1909, Cantaloube et Aubert l’identifièrent dans les environs de Nîmes et d’Alès. Dans le seul village de Saint- Martial, de 639 habitants, Cantaloube a observé une épidémie de 179 cas.
Depuis, l’endémie n’a cessé de progresser. Elle s’est répandue dans le Languedoc, en Provence, les départements du Sud-Est. Elle est apparue ensuite en Franche-Comté, en Lorraine, dans le centre de la France, dans le Nord. Peu de départements sont restés indemnes.
3° Brucella . — - On désigne sous le nom de Brucella les germes susceptibles de provoquer la fièvre ondulante. Depuis la découverte par Bruce, en 1893, dans la rate de sujets morts de fièvre de Malte, du microcoque qu'il appela Micrococcus melitensis , les recherches des bactériologistes, en particulier de Miss Evans et Huddleson, ont établi qu’il existait trois espèces de microbes qu’on réunit dans le genre Brucella : Brucella melitensis , B. abortus bovis et B. abortus suis.
Brucella melitensis se trouve dans les espèces caprine et ovine. Ce microbe détermine l’avortement épizootique de ces animaux et des mammites. Il se rencontre dans le lait, les urines, les matières fécales et irrégulièrement dans le sang des chèvres et des brebis. Il est l’agent de la fièvre ondulante classique de l’homme, pour lequel ce microbe se montre très virulent.
Brucella abortus bovis , microbe découvert par le vétérinaire danois Bang, est l’agent de l’avortement épizootique des bovidés. 11 se trouve dans les sécrétions vaginales de la vache, les urines, les excréments, irrégulièrement et en faible quantité dans le lait. Il est beaucoup moins virulent pour l’homme que le précédent.
Cependant, il y a au point de vue de la virulence pour l’homme des différences considérables suivant les pays. En France et en Hollande, B. abortus ne transmet l’infection à l’homme que de façon exceptionnelle, tandis que ce même microbe est l’agent le plus fréquent des nombreux cas de fièvre ondulante qu’on observe
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aux Etats-Unis et au Danemark, sous une forme parfois aussi grave que ceux qui sont dus au Melitensis.
Brucella abortus suis est l’agent de l’avortement épizootique des truies. Il peut beaucoup plus rarement que les précédents déterminer des fièvres ondulantes humaines.
4.° Modes de contagion. — La contamination de l’homme peut avoir des origines multiples.
a) Contagion interhumaine. — Elle est rare. On en connaît cependant quelques cas : Arnal, Vaudremer, Ricard o Jorge (deux cas), Santoliquido, etc. Elle implique un contact et une cohabitation étroite. Le contact sexuel a pu être incriminé. A Malte, on a pu noter la coïncidence fréquente de la fièvre ondulante et des maladies vénériennes. Récemment, Yaccaro et Cambessédès ont montré la possibilité de la contagion par des « porteurs sains » de Brucella.
Signalons les contaminations fréquentes de laboratoire, devenues plus rares depuis qu’on emploie pour faire les séro-diagnostics de fièvre ondulante B. abortus bovis, moins virulent.
b) Contagion par voie digestive. — - Autrefois, on considérait la voie digestive comme le mode exclusif de transmission de la maladie, des animaux infectés à l’homme. On peut dire que cette opinion reste exacte, en ce qui concerne les cas de lièvre ondulante, observés dans les agglomérations urbaines.
Le lait de chèvre a été le premier incriminé et le fait a été établi par de nombreuses observations. Le lait de brebis peut être aussi infectant, ainsi que le lait de vache.
Les dérivés du lait, crème, caillé et surtout les fromages frais de chèvre, ont été souvent signalés à l’origine de cas de fièvre ondulante dans les villes. Les fromages fermentés ne présentent pas de danger, en raison de l’acidification qui détruit les germes brucelliques.
c) Contagion par la voie cutanée. — Dans les milieux ruraux, ce n’est plus la voie digestive, ce sont les contacts , la voie cutanée qui jouent le rôle le plus important dans la dissémination de la maladie.
On avait déjà remarqué que les chevriers maltais, qui ne boivent pas le lait de leurs chèvres, mais qui se trouvent sans cesse exposés au contact du lait, des urines ou des matières fécales des animaux infectés, étaient fréquemment atteints. La moindre excoriation est, en effet, une porte d’entrée suffisante.
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Les recherches de Taylor ont montré que la fréquence pour la profession la plus éprouvée, celle des éleveurs-agriculteurs, est fonction du nombre de têtes dans le troupeau au contact duquel vivent ces éleveurs, du nombre également des avortements qui s’y produisent. Il a établi aussi la statistique suivante, faisant mieux ressortir encore l’importance du contact direct en comparaison de l’ingestion du lait :
Sujets en contact avec les animaux et buvant le lait cru :
Cas de fièvre ondulante observés . 116
Sujets prospectés . 518
Pourcentage . 22 p. 100
En contact avec les animaux et buvant le lait bouilli :
Cas de fièvre ondulante observés .... 160
Sujets prospectés . 618
Pourcentage . 28 p. 100.
Sans contact et buvant du lait :
Cas de fièvre ondulante . 1
Sujets prospectés . 106
Pourcentage . 0,9 p. 100.
Le contact direct , la contamination par la voie cutanée, surtout pour pratiquer la délivrance après l’avortement épizootique est donc le mode principal de dissémination de la maladie dans les milieux ruraux, où elle est beaucoup plus fréquente que dans les villes.
Ajoutons qu 'actuellement, en France, c’est Brucella melitensis , l’espèce la plus virulente pour l’homme, qui infecte les bovidés et explique la fréquence des cas humains d’origine bovine (Lisbonne). Dans d’autres pays comme nous l’avons fait remarquer, aux États- Unis et dans le nord de l’Europe, c’est Bacillus abortus bovis, qui est à l’origine de l’infection humaine, d’origine bovine.
d) Rôle des insectes piqueurs et des mouches. — Koss et Murray, Zammit et quelques autres auteurs ont apporté des faits qui paraissent montrer que les insectes piqueurs et les mouches interviennent dans la propagation de la fièvre ondulante. Leur rôle est, en réalité, peu important, voire même négligeable.
é) La transmission interanimale est très mal connue. — Il semble que, là aussi, le contact direct occupe la première place. Les animaux se contaminent surtout, en se couchant sur des litières, souillées
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par les déjections. C’est une notion bien établie de la transmission à la femelle de la maladie par le mâle infecté (bouc, bélier); les étalons d’un troupeau doivent être particulièrement surveillés, si l’on veut éviter l’apparition de l’avortement dans un troupeau resté sain.
5° Diagnostic bactériologique. II se fait par :
a) Hémoculture. — Le germe existe dans le sang de façon presque constante, au début de la maladie surtout, même pendant les périodes apyrétiques. On ensemence 5 à 10 centimètres cubes de sang dans du bouillon ordinaire ou du bouillon de foie de bœuf. Il faut laisser l’hémoculture à l’étuve un temps suffisant (jusqu’à 30 jours). 11 sera nécessaire de déterminer l’espèce de Brucella en cause.
b) S ér o- agglutination de Wriglit. — L’agglutination est valable à partir de 1 p. 100. Ordinairement, elle est positive à des taux variant de 1 p. 200 à 1 p. 2 000. Lisbonne affirme qu’il n’existe pas de méthode de diagnostic plus précise de la maladie, mais à la condition de n’employer que des souches éprouvées et dont l’agglutination est rigoureusement spécifique. L’antigène utilisé est une suspension de B. abortus. Mais la séro-agglutination ne permet pas de savoir quelle est l’espèce en cause.
c) Intradermo-réaction. ■ — - Proposée par Burnet, en 1924, cette réaction d’allergie se fait en partant d’un filtrat de bougie d’une culture de vingt jours en bouillon. C’est la mélitine, qui s’emploie à la dose de l/l 0 de centimètre cube, suivant une technique semblable à celle de l’intradermo-réaction par la tuberculine. Le résultat est net, mais il faut savoir l’interpréter, et séparer les vraies des fausses réactions. Pour éliminer ces dernières, dues aux albumines du sérum de bœuf, Solder a eu l’idée de cultiver ses souches sur bouillon de placenta humain.
6° Prophylaxie. — Très complexe et très ardue, la prophylaxie nécessite la collaboration très étroite des services d’hygiène et des services vétérinaires.
a) Déclaration. — Les cas de fièvre ondulante doivent être obligatoirement déclarés depuis le 1er avril 1924 (n° 16) (voir p. 580).
b) Isolement. — Tout sujet atteint de cette maladie doit être isolé, soit à l’hôpital, soit à domicile et faire l’objet d’une surveillance de la part des services sanitaires pendant tout le cours de sa maladie.
c) Désinfection. — Le malade sera lavé chaque jour à l’eau savonneuse tiède. Les cuillers, tasses, verres, etc., seront soumis à l’ébullition aussitôt après usage. Le linge de corps et les draps de lit souillés, les planchers et les objets contaminés par les excrétions seront désinfectés fréquemment.
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Les matières fécales, les urines, les crachats seront recueillis dans des récipients, renfermant des antiseptiques. Il sera interdit de jeter ces excreta dans les cours d’eau ou sur les fumiers.
d) Mesures prophylactiques générales. — Aussitôt le cas ou les cas de fièvre ondulante constatés, on s’efforcera de découvrir l’origine de la contamination et d’en éloigner ou d’en supprimer la cause.
La prophylaxie urbaine est simple. En dehors de tout foyer de contamination, elle consiste à n’absorber que du lait bouilli et à exiger la pasteurisation des laits destinés à la fabrication des fromages non fermentés, des crèmes, etc. Rappelons que la pasteurisation du lait est obligatoire depuis la loi du 2 juillet 1935 (voir p. 145).
La prophylaxie rurale est, au contraire, difficile à réaliser. Il faudrait que tous les cas apparaissant chez l’homme et chez l’animal, soient déclarés. La déclaration est obligatoire dans les deux cas, mais elle se fait très mal dans l’un comme dans l’autre. L’action conjuguée des médecins et des vétérinaires, indispensable, ne peut être réalisée.
Du point de vue vétérinaire, le décret du 3 juin 1929 suivi de l’arrêté ministériel du 20 octobre 1929, légalise les mesures suivantes :
1° Impossibilité pour un éleveur de vendre les bêtes avortées ou qui proviennent d’un troupeau reconnu infecté, ailleurs qu’à la boucherie.
2° Réglementation de la transhumance estivale, les troupeaux infectés souillant les litières de toutes les étables où ils passent.
3° Interdiction des transactions commerciales de bétail entre ces régions et celles reconnues indemnes.
4° Mise en surveillance des troupeaux infectés, etc.
Si la déclaration rapide et systématique des avortements dans les troupeaux était faite, les vétérinaires, pourraient appliquer ces mesures dont l’ensemble aurait une action efficace.
La vaccination animale , qui réaliserait l’idéal recherché n’a donné jusqu’ici que des résultats négatifs.
La vaccination préventive de l’homme a fait l’objet d’une tentative couronnée d’un certain succès, par Ch. Nicolle et Conseil, en 1920. Ils ont pratiqué des injections sous-cutanées d’émulsions microbiennes chauffées chez des sujets qui, trois mois après, soumis à une inoculation d’épreuve sont restés indemnes. Ces auteurs ont montré aussi la possibilité de vacciner par voie digestive, après ingestion à quatre reprises de 100 milliards de germes microbiens chauffés. Lisbonne a
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fait préparer des vaccins par voie buccale sous la forme de bonbons pour essayer de surmonter la répugnance des populations rurales à se faire vacciner.
Burnet a pratiqué la vaccination à partir de B. abortus vivant ou mieux encore avec B. abortus atténué par l’iodoforme et la bile de bœuf.
Dubois et Sollier, en utilisant un vaccin polybrucellique, au moyen de trois injections pratiquées à huit ou dix jours d’intervalle, ont obtenu les résultats les plus encourageants. Mais il faudrait généraliser la méthode, pour fixer sa valeur et apprécier la durée des immunisations obtenues.