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CHAPITRE X L I X

La méningite cérébro-spinale est un syndrome pouvant être causé par plusieurs microbes. Nous n’étudierons que la méningite cérébro-spinale, dite épidémique, due aux méningocoques de Weichselbaum.

1° Particularités . — -Un 'coryza appréciable précède souvent les symptômes. Début très brusque. Formes suraiguës foudroyantes. Fréquente et très grave chez le nourrisson. Rare et fruste chez le vieillard. La ponction lombaire permet seule le diagnostic. Le liquide, obtenu par la ponction, est clair pendant les vingt-quatre premières heures puis trouble ou purulent; ce liquide contient le méningocoque. En somme : méningite purulente. La gravité et le diagnostic ont bien changé depuis l’emploi du sérum.

2° Épidémies. — Les épidémies de méningite cérébro-spinale sont connues, depuis le début du xixe siècle. La maladie apparut simultanément dans l’ancien et le nouveau monde vers 1805. On note particulièrement les épidémies suivantes : 1837 à 1850; 1861 à 1866; 1896 à 1899; 1904 à actuellement. Ces épidémies sont parfois très meurtrières. En Suède, de 1854 à 1861, la méningite cérébrospinale a causé 4 138 décès. A New-York, en 1905, on a noté 2 755 cas.

La méningite cérébro-spinale est plus fréquente en Allemagne qu’en France. En 1909, à Paris, on n’a constaté que 259 cas.

Sauf les périodes de grande épidémie, le pouvoir d’extension et de diffusion paraît médiocre; ce sont en général des foyers limités et peu denses. Pendant les années qui suivent l’épidémie, la maladie reste endémique dans les mêmes localités.

La méningite cérébro-spinale est une maladie saisonnière (surtout l’hiver et printemps). Elle atteint spécialement les collégiens, les soldats, en un mot, les personnes vivant en collectivité. Elle est fréquente, au-dessous de deux ans, elle atteint souvent des sujets robustes; elle est plus rare dans les classes riches.

Les épidémies coexistent souvent avec des épidémies de pneumonie, de grippe, d’oreillons, de scarlatine. Elle est plus épidémique que contagieuse, c’est ainsi que la contagion hospitalière est rare. On observe, en somme, surtout des cas isolés.

Des causes saisonnières et cosmiques, difficiles à définir, exaltant probablement la virulence du méningocoque, occasionnent ces poussées simultanées dans plusieurs pays.

En France , c’est surtout la Normandie, la Bretagne et la Vendée qui sont atteintes.

En résumé, la notion qui domine l’histoire des épidémies est la suivante : simultanément , en des points très éloignés , des cas relativement nombreux , bien que la contagion paraisse rare. Nous en verrons plus loin l’explication.

3° Étiologie. Le méningocoque. — 11 fut découvert, en 1887, par Weichselbaum. Il existe dans le liquide céphalo-rachidien (fig. 155). Il est voisin du pneumocoque, du gonocoque. On a décrit en Amérique, en France (D opter) des paraméningocoques . Ceux-ci sont actuellement identifiés avec les types B, C, D décrits par Nicolle, Debains et Jouan (1917).

Les auteurs distinguent, en effet, quatre variétés de méningocoques qu’ils désignent par les lettres A, B, C, D. Ils ont exactement les mêmes caractères morphologiques, de coloration et de culture et ne peuvent être distingués que par l’agglutination et leur valeur antigène qui paraît assez étroitement spécifique. Le méningocoque D est exceptionnel : on n’en connaît qu’un échantillon. Le méningocoque B paraît le plus fréquent actuellement.

La détermination de ces types microbiens est de la plus haute importance, car, sur elle, sont basés la préparation et l’emploi des sérums curatifs. Ces microbes sont très fragiles, détruits par les

simples vapeurs de formol.

On les cultive assez facilement sur gélose-ascite neutre.

Le méningocoque existe dans le rhino-pharynx des malades atteints de méningite cérébro-spinale (Kiel'er, 1906), pendant les premiers jours et disparaît au bout de trois semaines. On le retrouve

aussi dans le rhino-pharynx des personnes de l’entourage des malades , dans la proportion très variable de 5 à 60 p. 100 ( porteurs de germes). Si on le recherche systématiquement, dès l’apparition du premier cas, on le retrouve chez beaucoup de personnes; après trois semaines environ, on ne le retrouve plus. La durée de cette infection des porteurs de germes est donc très éphémère. Il existe quelques porteurs

Fig. 155. — Pus de méningite cérébro-spinale avec méningocoques (Sicard).

durables de germes , ce qui explique la survivance d’une saison à l’autre.

Quand on examine le rhino-pharynx des porteurs de germes, on s’aperçoit que le pharynx est toujours enflammé, qu’il existe, en somme, un coryza postérieur léger. Gela explique les particularités épidémiques. En somme : les méningocoques sont des microbes assez répandus qui , à certains moments , peut-être à la suite d’une exaltation de virulence , causent un grand nombre de coryzas postérieurs, coryzas le plus souvent frustes et auxquels on ne fait pas attention. Mais, sur le grand nombre des personnes , atteintes de cette rhino-pharyngite à méningocoques, quelques-unes présentent la complication que nous appelons la méningite cérébro-spinale. Les microbes pénètrent peutêtre chez ces malades, dans les méninges, par les gaines des racines du nerf olfactif et occasionnent la méningite, mais il est plus vraisemblable qu’il s’agit d’une septicémie, à point de départ pharyngé,

ainsi que paraissent le démontrer les cas de septicémie méningococcique apparaissant avant l’éclosion des symptômes méningés, de méningococcémie sans méningite (Netter, Bovaird, etc.), de localisations anormales des méningocoques (arthrites, pleurésies, péricardites, etc.), sans participation méningée. Lorsqu’on recherche les porteurs de germes, autour d’un malade atteint de méningite cérébro-spinale, on trouve tout le foyer de rhino-pharyngites à méningocoques; mais, en somme, le méningitique est une victime de cette épidémie, ne l’a pas créée et n’est pas plus dangereux que les simples coryzas. On peut donc définir la méningite cérébro-spinale une complication rare des rhino-pharyngites à méningocoques qui sont très fréquentes.

Gela explique à la fois les épidémies et la rareté de la contagion autour du méningitique.

La contagion se fait par la toux, l’éternuement; des gouttelettes, chargées de méningocoques, sont projetées; de nouveaux coryzas naissent. Les conditions individuelles feront qu’il y aura ou non des cas de méningite.

4° Diagnostic bactériologique . — - S'il s’agit de méningitique , on pratique une ponction lombaire, on fait l’examen direct du pus (fig. 153), on le cultive (réactions sucrées : glycose ou maltose et lévulose); on identifie le méningocoque par l’agglutination avec les sérums spécifiques (A, B, C) au moyen de la méthode rapide de Nicolle, Debains et Jouan.

S’il s’agit de rechercher les porteurs de germes , on recueille le mucus du rhino-pharynx avec un écouvillon recourbé, on fait une culture sur plaques de Pétri, on isole et identifie le germe.

5° Sérothérapie. — Découverte par Flexner (1905), par Kolle et Wassermann (1906), perfectionnée par Dopter (1908). Il faut injecter le sérum directement dans les méninges rachidiennes , à la dose d’au moins 30 à 40 centimètres cubes chez l’adulte et de 20 centimètres cubes chez l’enfant (remplacer le liquide enlevé par dose égale ou un peu moindre de sérum), et répéter plusieurs jours. La mortalité est tombée à 30, 20 et même 10 p. 100 au lieu de 70 à 90 p. 100. La guérison est devenue la règle, si le traitement est hâtif (1er au 3e jour). Depuis l’emploi des sérums préparés avec les divers types de méningocoque, on a encore de meilleurs résultats et jusqu’à 91 p. 100 de guérisons (adultes et enfants).

Il faut donc : 1° faire la ponction lombaire le plus tôt possible’, si le liquide est purulent, injecter d’emblée le sérum polyvalent (sans attendre l’examen bactériologique); 2° faire l’examen bactériologique immédiat, cultures, et identifier le germe (A, B ou C); 3° à partir de ce moment, injecter le sérum correspondant (A, B ou C), ou, à défaut, le polyvalent.

L’efficacité du sérum varie avec les épidémies; celles du type B sont les plus graves; le sérum agit moins dans ces cas.

En 1915, pendant la guerre, dans la XIVe région (autour de Lyon), les résultats ont montré l’efficacité du traitement et du diagnostic précoce. Les malades soignés à Lyon même (diagnostic bactériologique et traitement spécifique immédiat) n’ont eu qu’une mortalité de 9 p. 100; alors qu’elle s’élevait à 27 p. 100 dans les camps des départements voisins où les conditions étaient moins bonnes.

6° Prophylaxie. — Les données étiologiques, précédemment indiquées, guident la prophylaxie, mais aussi montrent qu’elle est très difficile.

La déclaration et la désinfection sont obligatoires (loi de 1902, p. 580). Le malade sera soigneusement isolé, bien qu’il ne soit pas plus contagieux que les porteurs de germes, qui existent, en grand nombre, dans la collectivité d’où il provient.

Rechercher, par la culture , les porteurs de germes, dans l’entourage du malade. Désinfecter leur rhino-pharynx. On fera, par vingtquatre heures, cinq inhalations de la gorge avec :

Iode . 12 grammes

Gaïacol . 2 —

Acide thymique . 0 gr. 25

Alcool à 60° . 200 grammes

Iodure de potassium . 6 —

On pourra aussi badigeonner les amygdales avec de la glycérine iodée à 1 p. 3, et faire gargariser avec de l’eau oxygénée à 1 sur 10.

Pendant la guerre de 1914-1918, on a employé avec succès le sérum antiméningococcique sec en insufflations rhino-pharyngées. Le méningocoque disparaît ainsi assez vite.

Il faut le contrôle bactériologique; ne rendre le sujet à la vie normale qu’après deux examens négatifs à huit jours d’intervalle.

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