CHAPITRE L
POLIOMYÉLITE ANTÉRIEURE AIGUË
La poliomyélite antérieure aiguë {paralysie infantile , paralysie spinale aiguë de l'adulte , maladie de Heine-Medin ) est une affection contagieuse et épidémique, caractérisée par des lésions des cornes antérieures de la moelle.
1° Particularités cliniques. Gravité. — L’incubation de la maladie est variable : tantôt de quelques heures, tantôt se prolongeant jusqu’à trois semaines. Période aiguë fébrile, avec paralysies plus ou moins généralisées. Les formes abortives et inapparentes sont fréquentes.
La maladie atteint de préférence les enfants en bas âge. On la rencontre aussi chez l’adolescent et chez l’adulte. Dans tous les cas, sa gravité se manifeste :
1° par une atteinte bulbaire pouvant entraîner la mort : paralysie ascendante aiguë, forme bulbaire d’emblée et bulbo-protubérantielle ;
2° par de fréquentes séquelles indélébiles : paralysie flasque avec amyotrophie consécutive. Non seulement les paralysies persistent, mais elles s’accompagnent de troubles trophiques, de déformations, de troubles du développement qui transforment les anciens malades en véritables infirmes.
2° Étiologie. — L’agent pathogène de la poliomyélite est un virus filtrant. Sa vitalité est très grande en dehors de l’organisme. On le retrouve encore vivant au bout de plusieurs mois dans le lait et dans l’eau stérile. Un chauffage à + 50 degrés pendant une heure suffît à le détruire.
Il est inoculable au singe (Landsteiner et Popper) et transmissible en série (Landsteiner et Levaditi). L’incubation est toujours silencieuse jusqu’au moment où éclatent brusquement les premiers phénomènes paralytiques. La maladie évolue en deux ou trois jours et la mort survient par paralysie bulbaire. Si l’animal guérit, l’infection laisse après elle des atrophies musculaires.
POLIOMYÉLITE ANTÉRIEURE AIGUE
Le virus de la poliomyélite est caractérisé par une virulence élective très étroite. A l’inoculation dans le cerveau, fait suite une localisation au niveau de la moelle, dont le segment lombaire est souvent le premier atteint. Cette électivité presque exclusive pour le système nerveux et plus particulièrement pour la substance grise de la moelle est remarquable. Le virus a des affinités spécifiques pour les grandes cellules motrices des cornes antérieures. C’est au niveau de la moelle que se trouvent les produits virulents destinés aux inoculations ou à l’isolement des souches.
Rochaix, Dechaume et Sedallian ont démontré expérimentalement l’existence de la poliomyélite inapparente, chez le singe, par la mise en évidence de lésions caractéristiques, sans signes cliniques apparents.
3° Modes de contagion. — Le virus est éliminé de l’organisme par les glandes salivaires, les amygdales, la muqueuse pituitaire.
La maladie est surtout contagieuse à ses premiers stades (incubation et invasion), mais reste contagieuse pendant la période d’état et la convalescence. Les sujets guéris peuvent conserver longtemps le virus dans la muqueuse nasale et dans leurs sécrétions naso-pharyngées (porteurs de germes).
La contamination peut se faire directement d’homme à homme. Cette contagion interhumaine, qui paraît la plus fréquente, et qui n’est mise en doute par personne, se ferait par les voies respiratoires. Les cas frustes, les porteurs de germes sont aussi dangereux que les malades.
La contagion indirecte paraît aussi possible, par l’intermédiaire de l’eau (Kling), du lait (Durgmann), plus rarement par les objets venant d’être souillés. Les mouches pourraient propager la maladie (Flexner et Clark).
4° Épidémies. — Cette maladie qui paraissait relativement rare, s’étend de façon irrégulière, mais sa progression est constante. Née dans les pays Scandinaves, elle porte ses ravages en Amérique et se fait bientôt sentir dans le monde entier. Aux États-Unis, le nombre de ses victimes est passé de 5 000 en 1910, à 29 000 avec 6 000 décès en 1916. En Europe, les épidémies les plus récentes sont celles de Saxe et de Roumanie en 1927. Au cours de l’année 1929, une recrudescence épidémique a donné 508 cas dans les Pays-Bas, 315 cas en Belgique.
En France, la maladie se manifeste plutôt sous la forme de cas sporadiques avec de petits foyers très circonscrits. Depuis l’épidémie de Sainte-Foy-l’Argentière étudiée par S. Cordier en 1885
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(13 cas et 4 morts) on a observé quelques foyers en 1900, dans la région parisienne (Netter), et l’Ariège et le Gers (Dumas), dans la Creuse (J. Renault), en 1923, dans les Bouches-du-Rhône, de nouveau dans la Creuse en 1925. Seule, l’épidémie d’Alsace a été étendue : 405 cas du 1er mai au 1er octobre 1930, avec un pourcentage de 60,3 pour 100 000 habitants.
Mais les cas sporadiques paraissent plus fréquents qu’autrefois et sont assez nombreux, puisque sans tenir compte des morts, l’inspection médicale scolaire révélait en 1934, une proportion de 0,91 p. 100 dans la Haute-Vienne et que le nombre des réformes pour paralysie infantile, au Conseil de révision de la Haute-Garonne en 1935, oscillait autour de 1 p. 100 (Stillmunkès).
Les épidémies paraissent soumises à la périodicité saisonnière, avec deux poussées : l’une importante, estivo-automnale , l’autre accessoire au printemps. D’après Hormis, le facteur terrain serait l’élément primordial de cette évolution saisonnière.
5° Prophylaxie. — La maladie figure depuis le décret du 28 septembre 1916, sur la liste des maladies à déclaration obligatoire.
Les mesures à prendre sont : isolement du malade et personnes de son entourage, surtout frères et sœurs, aussi précoce que possible; désinfection méthodique du nez, de la bouche, de la gorge, de la peau, des produits de sécrétion naso-pharyngée, même des matières fécales et urines; éloigner les enfants, les personnes nerveuses, ne laisser approcher le malade que par les personnes indispensables au traitement; faire bouillir l’eau, le lait, détruire les mouches. La désinfection terminale des locaux, literies, etc., est utile.
Étant donné le rôle important des écoles dans la dissémination du virus, il sera souvent indiqué d'en ordonner la fermeture ou tout au moins d’en interdire l’accès aux sujets qui, dans leur milieu familial, se trouvent en contact avec les malades. R sera quelquefois nécessaire d’interdire les réunions publiques et de fermer les salles de spectacles.