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CHAPITRE LVIII

RAGE

C’est une maladie virulente, transmissible par inoculation, et produite chez l’homme par la morsure d’animaux enragés.

1° Agent pathogène. — - On n’a pas encore isolé l’agent pathogène de la rage; on connaît néanmoins ses localisations et la voie qu’il emprunte pour envahir l’organisme.

La salive est la sécrétion la plus constamment et la plus précocement virulente : trois jours (Nocard et Roux) ou même huit jours (Nicolas, 1906) avant l’apparition des premiers symptômes. En dehors des glandes salivaires, on peut obtenir des inoculations positives avec les glandes lacrymales, le pancréas (Ch. Nicolle et Chaltiel), les capsules surrénales (Bombici), les glandes mammaires et leurs sécrétions.

La localisation, la plus caractéristique, du virus rabique est le système nerveux; le bulbe, la moelle, le cerveau sont toujours infectants. La virulence des nerfs, toujours prédominante du côté mordu, quand elle existe, a montré la voie de propagation de l’agent infectieux dans l’organisme.

La sensibilité du virus rabique aux agents de destruction est très grande. Une exposition un peu prolongée à une température de 40 à 50 degrés, suffit à annihiler la virulence, qui disparait, avec une égale rapidité, sous l’influence de la lumière.

Le rôle delà dessiccation a été le mieux étudié; sur son action se trouve basé le principe de la préparation du vaccin antirabique.

2° Rage des animaux . — Presque tous les animaux à sang chaud sont susceptibles de contracter la rage. La rage du chien est la plus fréquente; cet animal est l’agent le plus actif de propagation. Signalons ensuite : le chat , le bœuf , le mouton , la chèvre, le "cheval, le mulet et Câne. Le loup, le renard, le chacal semblent, parmi les animaux sauvages, les plus fréquemment atteints.

3° Transmission à T homme. — La fréquence de la rage chez l’homme est fonction de la fréquence de la rage chez les ani-

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maux. Aussi, la distribution géographique de la maladie subit-elle l’in fluence des mesures prophylactiques mises en œuvre contre la propagation de la rage du chien.

La France et la Belgique , à l’ouest, la Russie à l’est, constituaient les deuxprincipaux foyers d’infection européens. Chez nous, elle a actuellement presque disparu; elle est encore fréquente en Algérie etTunisie.

C’est par la morsure du chien que la rage est le plus souvent transmise à l’homme (92 p. 100 des cas de morsures). Puis, viennent, en proportion décroissante, le chat (6 p. 100), les bovidés, l’âne et le mulet, le loup, le renard, le chacal, l’homme, le mouton et le porc. Il faut bien savoir que le chien est contagieux jusqu'à douze jours avant l'apparition des premiers symptômes de la maladie (voir les indications de la vaccination (p. 740).

Le siège des morsures joue un rôle important, quant aux dangers de l’infection. 11 faut placer les morsures du visage, puis celles de la main, du tronc, du membre supérieur, du membre inférieur, par ordre décroissant de gravité.

A côté du danger des morsures, les autres modes d’infection jouent un rôle secondaire. Néanmoins, il y a lieu de tenir compte des cas où la rage a pu se développer par le simple contact du virus avec une surface ulcérée ou même une muqueuse saine.

L 'incubation de la rage est loin d’avoir la fixité qu’on observe dans la plupart des maladies infectieuses. D’une façon générale, la maladie éclate lorsque le virus, s’étant propagé de proche en proche dans les cordons nerveux, atteint les centres. L’incubation sera donc très courte, après les morsures à la face, un peu plus longue après les morsures aux membres supérieurs, beaucoup plus longue si les morsures siègent aux membres inferieurs. On peut donner, comme chiffres extrêmes, quatorze jours d’une part et de l’autre deux années. Dans l’immense majorité des cas, c’est au cours du deuxième mois, soit du trentième au soixantième jour après la morsure, que la rage fait son apparition.

4° Prophylaxie. — La rage est une maladie individuellement évitable, depuis la découverte de Pasteur, et, au premier chef, socialement évitable.

a) Vaccination antirabique. — Elle repose sur l’inoculation progressive d’un virus dont l’incubation constante, est aussi coure que possible (virus fixe), c’est-à-dire d’un virus capable de gagner très rapidement les centres nerveux et de les vacciner, avant

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leur imprégnation par le virus des rues, reçu par morsure.

Pour cela, on emploie les injections de moelles progressivement virulentes, provenant de lapins, inoculés avec du virus fixe. Pour l’affaiblissement du virus des premières injections, on dessèche, dans la méthode pastorienne, les moelles, dans un flacon stérilisé, en présence de fragments de potasse caustique.

Le traitement pastorien est, en général, de quinze à dix-huit j ours, pendant lesquels on injecte une ou deux fois par jour, de 2 à 5 centimètres cubes d’une émulsion de moelle desséchée. On commence par la moelle desséchée depuis cinq jours; et l’on poursuit les injections, sans dépasser la moelle de deux jours, qui est encore extrêmement virulente.

On admet, sans qu’on puisse être précis, que la durée de l’immunité, conférée par le traitement, dure un an environ.

Depuis quelques années, on substitue aux vaccins pastoriens les vaccins phéniques qui ont une efficacité aussi grande. En 1934, pour 110 884 personnes traitées dans les différents instituts du monde, les vaccins phéniqués ont été utilisés dans 61 280 cas, contre 49 504 cas, pour les autres méthodes.

Les résultats obtenus sont remarquables : le chiffre des décès chez les individus traités est de 0,10 à 0,50 p. 100, au maximum.

Les indications de la vaccination antirabique ont été condensés par Remlinger dans le tableau suivant :

Animal mordeur.

1° Mort , moins de douze jours après la morsure;

2° tué, moins de douze jours après la morsure;

3° disparu, moins de douze jours après la morsure; 4° inconnu du mordu ;

traitement antirabique.

5° vivant : à mettre en observation pendant douze jours.

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