I. — GÉNÉRALITÉS
1° La tuberculose , maladie sociale. Son domaine. —
Les statistiques concernant la tuberculose ne donnent qu’une faible idée des ravages causés par le bacille de Koch.
Ces chiffres concernent, en effet, les lésions manifestement tuberculeuses et notamment la phtisie pulmonaire. On y ajoute, quelques maladies chirurgicales.
Or, les travaux de ces dernières années, qui sont venus éclairer le mode d’infection de l’organisme et d’évolution delà maladie, ont montré que nombre de manifestations pathologiques sont de nature tuberculeuse, ce qu’on ne soupçonnait pas autrefois.
On considère actuellement trois phases dans l’évolution de la tuberculose.
La première correspond à la pénétration du bacille de Koch dans l’organisme. C’est la phase de primo -injection, ordinairement silencieuse, qui n’entraîne pas habituellement de troubles sérieux de l’état général. Le bacille de Koch produit, au point où il pénètre, un chancre d’inoculation avec réactions ganglionnaires du territoire tributaire de ce point.
La seconde phase est celle de la dissémination des bacilles qui ont pénétré. Cette dissémination se fait par l’intermédiaire du sang et produit des troubles variés que l’on rapportait autrefois à d’autres maladies que la tuberculose. C’est ordinairement pendant l’enfance que ces bacilles essaiment. Le terrain humain, souvent relativement résistant à l’infection tuberculeuse, surmonte cette généralisation, mais il arrive fréquemment que ces bacilles se cantonnent silencieusement dans certains organes, constituent des foyers latents de bacil-
GÉNÉRALITÉS
les, qui seront capables plus tard, quand les défenses naturelles de l’organisme fléchiront, de se réveiller et de provoquer des lésions évolutives.
Enfin, la troisième phase est constituée précisément par ces lésions évolutives, par la maladie tuberculeuse clinique, ordinairement la tuberculose pulmonaire.
La primo-infection peut se manifester de deux façons. Si l’infection est faible, ce sera la formation du chancre d’inoculation signalé et ce stade restera silencieux. Si l’infection est massive, on observera des formes aiguës, rapidement mortelles : méningite tuberculeuse , pneumonie caséeuse , etc.
La seconde phase, de dissémination à partir du chancre d’inoculation, donne lieu aux manifestations les plus variées. Les unes sont bénignes : poussées de fièvre dite de croissance , états hépatiques , entérites. Les autres ont une allure clinique plus précise : pleurésies , poussées rhumatismales , états pseudotyphoïdiques (typho-bacillose de Landouzy), érythème noueux (forme fréquente) que l’on peut rattacher à l’ancien rhumatisme tuberculeux de Poncet, certaines pneumonies légères ou congestions pulmonaires , qu’on qualifie souvent de grippales, etc.
Ces affections guérissent habituellement, mais n’en sont pas moins de nature tuberculeuse.
Il y a plus. On sait aujourd’hui que la tuberculose pulmonaire nettement caractérisée est curable, en tant que lésion anatomique.
Très fréquentes sont, aux autopsies, les cicatrices tuberculeuses des sommets pulmonaires. La mort a été la suite d’une autre affection. Il n’en est pas moins vrai que ces personnes ont été tuberculeuses, ont pu contagionner leur entourage, ont eu certainement leur santé très diminuée par cette tuberculose passagère. Au point de vue social, il n’est pas indifférent de n’avoir jamais été un tuberculeux ou d’être un tuberculeux guéri.
On voit ainsi le rôle immense joué par la tuberculose en pathologie humaine beaucoup plus considérable que ne le feront ressortir les chiffres des statistiques. Une nation qui arrive à diminuer le nombre de ses tuberculeux apparents (phtisiques, tuberculeux chirurgicaux, etc.) améliore, du même coup, son état sanitaire général : disparaissent en même temps une quantité d’affections qu’on sait maintenant être de nature tuberculeuse qui grèvent lourdement les tables de morbidité et de mortalité. Lutter contre la tuberculose, c'est améliorer, plus qu'on ne pourrait le croire, l'état sanitaire d'un pays.
La lutte antituberculeuse est le premier devoir d'une collectivité.
Au point de vue des causes, la question du terrain est capitale. L’organisme humain est relativement peu réceptif pour la tuberculose; le bacille de Koch envahit, assez difficilement, un corps véritablement bien portant et placé dans de bonnes conditions hygiéniques. Dès lors, toutes les causes d’affaiblissement favorisent l’éclosion de la tuberculose : manque d’air et de lumière, logement surpeuplé, nourriture insuffisante, manque de propreté, soucis, privations de toutes sortes. A toute amélioration sociale correspondra donc une diminution de la tuberculose. Certes, il faut tâcher de détruire la graine, mais
il faut surtout s’attacher à conserver au terrain humain sa résistance naturelle.
La tuberculose est aussi une maladie sociale par ses effets. Dès qu’elle a pénétré dans une famille ouvrière, la misère l’accompagne. Pendant de longs mois que dure la maladie, tout cède à la fois, au moment précis où l’entourage, exposé à la contagion, aurait besoin du maximum de résistance. Les salaires diminuant ou disparaissant : c’est la nourriture insuffisante, Je taudis, la malpropreté, le surmenage, la moindre surveillance des enfants. Une famille ouvrière dont le chef est tuberculeux est une famille socialement atteinte; ses sources de résistance sont taries. De nouveaux cas de tuberculose vont se produire.
A maladie sociale , il faudra des remèdes sociaux.
2° La tuberculose dans les différents États. — Le tableau suivant montre que la tuberculose est plus fréquente en France que dans les autres pays :
Proportion des décès par tuberculose, sous toutes ses formes, pour
100 000 habitants, en 1934.
Pays-Bas . 54
Etats-Unis . 56
Allemagne . . . . 71,9
Angleterre et Pays de Galles . 76
Italie . 92
France . 128
(D’après M. Moine, statisticien du Comité national de Défense contre la tuberculose.)
Dans tous les pays, la mortalité par tuberculose est en décroissance. Voici son évolution dans ces trente dernières années.
Proportion pour 100 000 habitants.
FRANCE