CHAPITRE LXXV
PROPHYLAXIE MENTALE
La loi de 1838 sur les aliénés et tous les règlements qui en découlent, n’avaient en vue que des préoccupations d’ordre essentiellement sécuritaire. Mais, dans ces dernières années, des initiatives individuelles (Dr Toulouse), puis gouvernementales (Circulaire du 13 octobre 1937, du Ministre de la Santé Publique) se sont fait jour pour essayer de prévenir et de limiter l’aliénation mentale. On commence, en effet, à s’inquiéter du nombre croissant des aliénés internés (52 204 en 1871, 101 461 en 1912, 126 874 en 1933). Cette augmentation n’est d’ailleurs pas particulière à la France, les pays Anglo- Saxons ayant un pourcentage plus élevé que nous d’aliénés internés. D’autre part, ces derniers ne constituent qu’une partie relativement faible des individus frappés d’un état psychopathique (une personne sur 40 d’après Toulouse).
Cette progression est fort inquiétante, elle constitue une lourde charge pour les budgets publics et un danger pour la race (voir chap. lxxvi : La lutte contre V hérédité morbide). Il est donc nécessaire d’utiliser tous les moyens efficaces de prévention et de prophylaxie mentale. Pour cela, on devra assurer :
1° l’assistance aux prédisposés, dégénérés, aux enfants anormaux surtout : dépistage, prévention, sélection et orientation professionnelle ;
2° l’assistance aux psychopathes dont l’état ne nécessite pas l’internement : triage, soins, adaptation sociale et orientation professionnelle ;
3° l’assistance aux aliénés internés et à leur famille;
4° l’assistance aux aliénés sortis de l’asile apparemment guéris, pour leur réadaptation sociale, leur utilisation professionnelle, la protection de leurs biens;
5° la lutte contre l’hérédité pathologique (voir p. 928),
DÉPISTAGE
1° Le dépistage. — Clef de voûte de toute prophylaxie, il s’exercera dans toutes les collectivités et dès le plus jeune âge.
A. — A l’école, c’est au médecin inspecteur scolaire, à l’instituteur, à l’assistante sociale, qu’incombera ce rôle. On déterminera la nature héréditaire ou acquise de la psychopathie infantile, si utile pour le traitement :
a) héréditaire : tuberculose, syphilis, alcoolisme, anomalies ou aliénation mentale chez les ascendants;
b) acquise : traumatismes obstétricaux, encéphalites infectieuses, épilepsie, troubles affectifs de la première enfance.
On classera les écoliers en bien doués, normaux, attardés curables, déséquilibrés, arriérés incurables :
a) les débiles, attardés curables et éducables seront placés dans des écoles de perfectionnement pour anormaux perfectibles et commenceront à quatorze ans l’apprentissage d’un métier;
b) aux arriérés incurables, inéducables, seront réservés les instituts médico-pédagogiques, annexés aux hôpitaux psychiatriques départementaux ;
c) quant aux déséquilibrés, impulsifs, instables, petits pervers, prédélinquants, ils devront être dirigés sur le centre de réforme et de rééducation.
La surveillance devra s’exercer également sur les biens doués, tous les organes étant solidaires et le cerveau ne donnant un rendement normal que si sa nutrition suffisante le permet.
B. — Au régiment, le dépistage des anormaux et prédisposés pourra s’exercer lors du conseil de révision, lors des commissions de réforme ensuite, puis dans les corps de troupe.
G.— Dans les Collectivités ouvrières, l’hygiène mentale doit pénétrer, car elle permettra de diminuer les accidents de travail et d’augmenter le rendement des travailleurs. On luttera d’abord, contre les causes occasionnelles : lutte contre le surmenage, lutte contre les bruits (trépidation, exposition à la lumière intense ou aux hautes températures, lutte contre les intoxications professionnelles à action élective sur les centres psychiques (saturnisme, oxycarbonisme, hydrocarburisme, sulfocarburisme, éthylisme) (voir chap. xxi. Intoxications professionnelles).
L’hygiéniste mental aura surtout la préoccupation du recrutement des travailleurs : sélection physique et sélection psycho-physiolo-
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gique (acuité visuelle, etc.), sélection mentale tenant à éliminer les déséquilibrés pervers (éléments de trouble et d’indiscipline), les alcooliques et même certains anormaux.
D) Dans les Prisons, un service médico-psychologique permettra de classer les délinquants, et de diriger sur des « asiles de sécurité », les récidivistes non susceptibles de s’amender.
2° La Prévention , corollaire du dépistage, sera assurée par le dispensaire d’hygiène mentale , qui se chargera du traitement externe et mettra en jeu le service social.
A. — Le traitement externe, souvent précédé d’un stage à l’hôpital psychiatrique, doit permettre de placer le prédisposé sous un régime de vie, mettant sa fragilité psychique à l’abri des intoxications endogènes, exogènes, du surmenage physique, intellectuel, émotif.
B. — Le service social contrôlera l’application rigoureuse de ces prescriptions. Les assistantes sociales rechercheront à domicile les causes familiales ou de voisinage, initiales ou aggravantes, de l’affection présentée, surveilleront l’aliéné sorti de l’asile, afin de prévenir sa rechute, faciliteront l’utilisation sociale du psychopathe, cherchant pour lui un travail approprié à son état, ou si cela est impossible, feront les démarches nécessaires, auprès des œuvres d’assistances. Le rôle de l’assistante sociale psychiatrique, dans l’état actuel des lois, sera un rôle de persuasion et non pas de contrainte. C’est un rôle difficile et délicat, qui demande beaucoup de compétence et une étroite collaboration avec les médecins consultants.
C. — Le dispensaire d’hygiène mentale devra être en liaison étroite avec d’autres centres dont les applications curatives pourraient faire double emploi avec les siennes (centre antivénérien, etc.). L’idéal serait la coordination constante des efforts des différentes organisations spécialisées dans la lutte contre les fléaux sociaux (voir p. 971, la Coordination sanitaire et sociale).
Par sa circulaire du 13 octobre 1937, le Ministre de la Santé Publique demande aux Préfets et aux Conseils généraux d’envisager la réorganisation de la prophylaxie mentale sur les bases suivantes :
1° création de dispensaires d’hygiène mentale avec consultation externe dans les centres importants;
2° institution d’un service social à l’aide d’assistantes spécialisées;