LUTTE CONTRE L’HÉRÉDITÉ MORBI DE
Des deux facteurs qui conditionnent la santé humaine, le milieu ambiant et l’hérédité, l’hygiène sociale ne s’est préoccupée jusqu’ici que du premier et les progrès réalisés ont été immenses. Gomme nous l’avons vu, les maladies contagieuses sont en régression marquée quand elles n’ont pas pratiquement disparu comme la variole. Les épidémies se raréfient. La mortalité infantile a diminué dans des proportions considérables. La syphilis, la tuberculose, etc., sont en recul. La durée de la vie humaine s’allonge. Mais tous ces progrès, toutes ces améliorations de l’état sanitaire ont une contrepartie. Autrefois devant l’affluence de toutes les causes de la mort, seuls les plus résistants subsistaient, les tarés, les chétifs disparaissaient et souvent, avant d’avoir atteint l’âge de la reproduction. Actuellement, non seulement ces sujets survivent, mais ils se reproduisent. Il en résulte une augmentation du nombre des tarés, des dégénérés, des aliénés, en un mot des déchets sociaux, qui, par suite de la suppression artificielle de la sélection naturelle, contribuent à la dégénérescence de la race. C’est la rançon des progrès de l’hygiène prophylactique et de l’assistance sociale.
Gomment lutter contre ces tares, ces dégénérescences, qui reconnaissent, la plupart du temps, une étiologie héréditaire, pour en diminuer le nombre, sinon les faire disparaître?
1° La stérilisation eugénique. — Ce moyen de lutte contre l’hérédité morbide, né de la mise au point des procédés de stérilisation (salpingotomie chez la femme, vasectomie chez l’homme) sans être obligé de recourir à la castration, a fait l’objet de dispositions légales aux États-Unis (1907), en Suisse (1929), au Danemark (1934), en Suède et en Norvège (1934), en Finlande (1935), etc. Mais
STÉRILISATION EUGÉNIQUE 929
c’est en Allemagne que la stérilisation eugénique est le plus en faveur. Dans ce pays a été promulguée, le 14 juillet 1933, une loi qui a pris effet le 1er janvier 1934. En voici l’article premier :
Toute personne atteinte d’une maladie héréditaire peut être stérilisée au moyen d’une opération chirurgicale, si, d’après les expériences de la science médicale, il y a lieu de croire avec le plus de probabilité que les descendants de cette personne seront frappés de maux héréditaires graves, affectant leur constitution mentale ou corporelle.
Sont considérées comme atteintes d’une maladie héréditaire dans le sens de la loi, toutes personnes atteintes des maladies suivantes : faiblesse d’esprit congénitale, démence précoce, folie circulaire (ou maniaque dépressive), épilepsie héréditaire, chorée héréditaire, cécité héréditaire, surdité héréditaire difformités corporelles graves héréditaires.
Peuvent être stérilisées également toutes les personnes sujettes à des crises graves d’alcoolisme.
La stérilisation eugénique n’est pratiquée qu’avec beaucoup d’hésitation dans les pays où elle a été envisagée, sauf en Allemagne où elle reçoit une application d’une rigueur de plus en plus grande, pour les cas énumérés dans la loi.
Les indications légales allemandes peuvent, du seul point de vue médical, être discutées. On se doute, étant donné l’incertitude de nos connaissances en hérédité pathologique et de la complexité de ce problème, de la difficulté où l’on se trouve de faire un pronostic héréditaire. Dans les deux affections qui paraîtraient le mieux justifier la mesure, la débilité mentale congénitale et la psychose maniaque dépressive, le risque héréditaire atteint 70 p. 100 pour la première et 62 p. 100 pour la seconde, dans le cas où les deux procréateurs sont tarés. Mais l’hérédité n’est, pas toujours similaire. Elle peut être dissemblable. On a observé, par exemple, la débilité mentale congénitale à la suite d’encéphalite prénatale, de méningite, de syphilis, de traumatismes obstétricaux, d’insuffisance endocrinienne, en particulier thvroïdienne, etc.
En ce qui concerne l 'épilepsie, on discute encore sur son caractère héréditaire. Pour Y alcoolisme (voir chap. lxxvii : Lutte contre V alcoolisme) .
On voit dans quelle incertitude, on peut se trouver pour établir le pronostic de transmissibilité d’une tare. Si la transmission se faisait dans la proportion de 100 p. 100, s’il s’agissait toujours d’hérédité similaire, ce serait relativement facile, mais intervient l’hérédité
rocha'X. — Précis d’hygiène.