‹ Précis d'obstétrique (volume 2)Chapitre 109 sur 317 · IODOFORME · texte numérisé non relu

IODOFORME

chargée d’iodoforme sous peine de déterminer de l’intoxication. C’est encore Tiodoforme et la gaze qui servent au pansement de la plaie pubienne après la symphyséotomie.

Pozzi1 fait remarquer que la gaze iodoformée que l’on trouve dans le commerce n’est pas toujours bien préparée : il conseille, dans un grand service d’hôpital, de la faire fabriquer par une personne de confiance. On l’obtient en prenant une pièce de 10 mètres de gaze hydrophile ou sans apprêt (stérilisée à l’avance par l’ébullition ou mieux par le passage h l’autoclave à une température de 120 degrés), découpée en morceaux de 1 mètre : on l’imprègne de la solution suivante :

Iodoforme . 50 gr.

Glycérine 100 gr.

Éther 700 gr.

Cette gaze est exprimée par le passage au laminoir, puis suspendue en l’air pour y sécher dans une pièce isolée, obscure et chauffée à 50 degrés. Elle est ensuite conservée dans des boîtes de fer-blanc bien fermées.

L’iodoforme est excellent pour empêcher l’infection, mais ne peut guère la combattre. Il est très utile pour les pansements qui doivent rester en place pendant quelques jours.

Son grand inconvénient est de ne pas être toujours, bien toléré, et de donner lieu parfois à des phénomènes d’empoisonnement bien étudiés par Konig, Le Dentu, Berger, Brun et qui peuvent être légers ou graves.

A. Empoisonnement léger. — Il se traduit d’abord par des troubles gastriques (diminution d’appétit, langue saburrale, nausées, vomissements, etc.), qui quelquefois en constituent les seuls symptômes.

En outre la femme se plaint d’un goût d’iodoforme dans la bouche, goût qui persiste même pendant les repas ; il devient surtout marqué quand on se sert de fourchettes ou de cuillers d’argent. Il suffit, même de tenir à la main l’un de ces objets pour qu’il se dégage dans la bouche une odeur alliacée des plus désagréables. C’est ce que Poucet (de Lyon) appelle le signe de l’argent ; il l’explique par la production d’iodure d’argent avec formation d’acétylène, substance volatile dont l’odeur est désagréable et pénétrante.

Outre les troubles digestifs, il existe des phénomènes nerveux : insomnie, agitation, délire nocturne plus ou moins intense qui diminue ou disparaît vers le matin. Quelquefois pendant la journée la femme reste dans un état d’apathie, de mélancolie assez inquiétant. La guérison cependant survient toujours dans ces formes légères où l’on observe encore des éruptions polymorphes, qui peuvent être locales (érythème

1 Traité de gynécologie, p. 12, lre édition; chez G. Masson, éditeur.

DE L’ANTISEPSIE OBSTÉTRICALE.

papuleux, vésiculeux, etc.), ou bien généralisées et ressembler à des éruptions de rougeole ou de scarlatine.

La température reste habituellement normale et contraste ainsi avec le pouls, qui est fréquent et petit. Les plaies n’en continuent pas moins à se cicatriser.

D. Dans Y intoxication grave , on observe les mêmes symptômes que dans l’intoxication légère, mais avec une intensité plus grande : l’anorexie est complète; l’état saburral de la langue est très marqué. Il se produit en outre des vomissements.

La femme présente un délire très accusé, surtout la nuit, et qui revêt certains caractères du délire de persécution ; elle crie, veut se lever, puis tombe bientôt dans un état d’abattement, de prostration marqué.

Le pouls monte à 150, 140 pulsations par minute et finit par devenir incomptable.

Il y a parfois de l’albumine dans les urines.

Ces phénomènes successifs d’excitation et de dépression, après avoir duré pendant un certain temps, s’amendent ou s’aggravent. La mort a été quelquefois observée sans qu’on ait trouvé à l’autopsie de lésions caractéristiques. Généralement les accidents cessent lorsqu’on supprime l’iodoforme ; en vue d’éviter ces accidents, il est bon de ne pas employer une trop grande quantité de poudre, surtout lorsqu’il existe des plaies anfractueuses au niveau desquelles l’absorption se fait facilement.

Salol. — C’est pour éviter ces phénomènes d’intoxication qu’on remplace l’iodoforme, surtout chez certaines femmes nerveuses, par une autre poudre, le salol (ou salicylate de pliénylc) : c’est une poudre cristalline blanche, d’une odeur aromatique peu marquée; elle est insipide, non soluble dans l’eau; elle se décompose dans l’économie en phénol et acide salie ylique.

Le salol est moins antiseptique que l iodoforme : on s’en sert cependant avec avantage soit en poudre, soit incorporée avec de la gaze.

Antiseptiques peu employés. — Quelques mots seulement d’après Tarnier, sur quelques substances plus ou moins antiseptiques, qui ne sont point d’usage courant en obstétrique :

Thymol. — Le thymol ou acide thymique appartient à la classe des phénols; il cristallise en tables rhomboïdales, transparentes, d’une odeur douce, moins agréable que celle de l’essence de thym.

Peu soluble dans l’eau, il se dissout très bien dans l’alcool.

Les expériences de Jalan de la Croix, de Miquel, ont montré que c’était un antiseptique puissant, plus actif que l’acide phénique, et non toxique; des expériences de Tarnier et Vignal il résulte que la valeur antiseptique

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