DE L’EFFACEMENT DU COL
Lorsque les membranes sont rompues, à chaque contraction utérine un peu de liquide amniotique vient rendre le vagin humide. Pendant la période de dilatation, de petites éraillures peuvent se produire du côté du col : si le sang qui s’écoule se mêle avec les glaires, celles-cir prennent une coloration jaune jus de pruneau; ou bien les mucosités qui s’écoulent ou que l’on retire avec le doigt en pratiquant le toucher présentent des stries rougeâtres.
6U Effacement du col. — Le ramollissement que subit le col pendant la grossesse lui est une préparation à deux modifications nouvelles : Y effacement et la dilatation, qui se produisent au moment du travail de l’accouchement.
L’ effacement consiste dans l’évasement du col dont le tissu va concourir à l’ampliation du corps de l’utérus et constituer en partie le segment inférieur de l’organe. L’effacement est donc un changement dans la forme du col : au lieu de former un cylindre à parois épaisses parcouru par un canal fusiforme, il constitue une sorte de calotte hémisphérique, à parois très minces dont le bord (provenant de l’ancien orifice interne) se continue avec les parois du corps. Le pôle de cette calotte est perforé d’un orifice d’aspect et de dimensions variables et qui n’est autre chose que l’orifice externe du col, seule région survivante de l’ancien col.
Tout le monde est d’accord sur la réalité du phénomène et, sauf Stoltz, sur le sens de l’effacement. En effet, tandis que pour tous les auteurs il est indiscutable que l’effacement se fait de l’orifice interne vers l’externe, c’est-à-dire de haut en bas, Stoltz avait à tort admis que si les choses se passaient de la sorte chez les primipares, le contraire avait lieu chez les multipares.
On a beaucoup plus discuté la question du moment où se fait cet effacement : dans un travail1 fort complet sur cette question, Varnier en a fait un historique critique et y a ajouté des données nouvelles.
Mauriceau, en 1668, avait cru reconnaître que le col grandissait et s amollissait jusqu’au sixième mois, et qu 'à partir de cette époque il diminuait de telle sorte qu’à la fin de la grossesse il était tout aplani.
Cette opinion du maître, bien que combattue à l’aide de preuves anatomiques par Verheyen (1695) et Weitbrecht (1750), est adoptée par L. Petit, Levret, etc., etc., et règne en souveraine dans la science jusqu’en 1826.
Cette année-là, Stoltz, dans sa thèse inaugurale, admit que le col dont
1 Le col et le segment inférieur de l’utérus à la fin de la grossesse, pendant et après le travail de l’accouchement par H. Varnier. — Paris, G. Steinheil, éd. 1888. — Voir également la thèse 1888) de Demelin sur le segment inférieur de l’utérus.
ACCOUCHEMENT
l’hypertrophie progressait jusqu’au sixième mois, ne s’effaçait que les quinze derniers jours, c’est-à-dire après son ramollissement complet. Cette opinion fut généralement adoptée en France, bien que son auteur n’apportât aucune preuve anatomique à son appui. A l’étranger elle ne tarda pas à rencontrer de sérieux contradicteurs!
Taylor, un des premiers, fait à New-York, de 1851 à 1862, des recherches anatomiques qui l’amènent à soutenir que le col conserve toute sa longueur jusqu’à la fin de la grossesse, et qu’il ne commence à s’effacer qu’au début du travail.
M. Duncan (1859) croit, lui aussi, que la sensation de raccourcissement du col n’est qu’une illusion du doigt qui déprime sans s’en apercevoir un col entièrement ramolli. 11 admet cependant que l’effacement se produit quelques heures, sinon quelques jours avant l’accouchement.
Millier (de Würtzbourg) apporte à l’opinion de Taylor une confirmation tirée d’observations cliniques.
La question paraissait élucidée lorsque Bandl (1876), s’appuyant sur des faits contradictoires observés par Müller etparBraune (187*2), chercha à revenir à l’opinion des anciens d’après laquelle l’effacement s’opère dans les trois derniers mois de la gestation.
Aujourd’hui, les travaux de Schrœder, Stratz, Ilofmeier, Waldeyer, les recherches de Pinard, de Yarnier, les nôtres, semblent avoir définitivement fait la lumière sur ce point si intéressant d’obstétrique.
On doit admettre que : 1 le col conserve sa longueur pendant toute la durée de la grossesse jusqu au début du travail ;
2 Que le segment inférieur de l’utérus est constitué jusqu’à la fin de la grossesse non par le col, mais par la partie inférieure du corps de l’organe.
Ces deux propositions peuvent se prouver à l’aide d’arguments cliniques et anatomiques. L’erreur des anciens et de ceux qui, avec Stoltz, admettent la disparition du col dans les quinze derniers jours de la grossesse, tient à une faute d’interprétation.
A la fin de la grossesse, en effet, lorsque le col est entièrement ramolli, le doigt qui en explore la surface externe ne rencontre à son niveau aucune sensation de résistance; il déprime, sans s’en rendre compte, le col et arrive sur la partie fœtale qui paraît séparée du doigt par la seule épaisseur d’un bourrelet plus ou moins mince de tissu qui limite l’orifice externe.
Mais si l’on vient àpratiquer, au contraire, le toucher intra-cervical, en allant jusqu’aux membranes, et qu’on ramène ensuite le doigt dans le vagin en déprimant avec sa pulpe les parois du canal cervical, on a la sensation que l’on déplisse le col. On s’aperçoit alors que le doigt parcourt