ENCEINTES
C’est une affection rare, qui aurait été entrevue en 1869 par Valsuani sous le nom de cachexie puerpérale, mais qui a été surtout bien décrite en 1871 par Gusserow.
Elle débute insidieusement : la femme, qui était déjà fatiguée et anémiée par la grossesse, devient très faible, s’alanguit; le moindre mouvement lui est pénible et s’accompagne de palpitations, de dyspnée et de tendance syncopale. Les téguments sont décolorés; la face est pâle, un peu bouffie. La langue est plus ou moins sèche; bien que les fonctions digestives se fassent mal, ramaigrissement n’est pas très accusé. C’est surtout l’état général qui est mauvais; les syncopes sont fréquentes. La fièvre est plus ou moins marquée.
Le cœur présente un souffle systolique, de siège variable avec retentissement dans les vaisseaux du cou; à' une période plus avancée, le souffle disparaît et les bruits du cœur deviennent sourds. L’examen du sang montre que rhémoglobuline diminue considérablement ainsi que le nombre des globules rouges et que les matériaux solides du sang. Les urines ne contiennent pas d’albumine.
Il existe une hvdropisie qui, d’abord localisée aux membres inférieurs, au tissu cellulaire, envahit peu à peu les séreuses et donne lieu à des troubles fonctionnels de plus en plus intenses. Parfois des hémorrhagies (épistaxis, etc.) viennent compliquer assez brusquement la situation; Quinquaud a signalé les hémorrhagies rétiniennes qui augmentent les troubles de la vue.
La marche de cette maladie est presque toujours fatale; les femmes tombent peu à peu dans une prostration complète et succombent épuisées. Elles accouchent presque toujours prématurément, vers le septième ou le huitième mois, et succombent généralement dans les quelques jours qui suivent l’expulsion du fœtus. Parfois la maladie présente une forme subaiguë, avec des intermittences et des rémissions plus ou moins marquées; mais elle n’en aboutit pas "moins à une terminaison fatale. — Le pronostic est donc de la plus haute gravité pour la mère et pour le fœtus.
Diagnostic . — L’anémie pernicieuse progressive des femmes enceintes.
PATHOLOGIE I)E LA GROSSESSE
Y anémie progressive gravide (Lépine) est facile à reconnaître si, malgré son extrême rareté, raccoucheury songe : elle se distingue d eY anémie simple par la gravité des symptômes, de la leucémie par la quantité des globules blancs qui reste normale par rapport au nombre des globules rouges. La présence de l’albumine dans les urines permettra de différencier de l’anémie pernicieuse les œdèmes dus à une affection rénale ou cardiaque.
Les lésions observées à l’autopsie sont très variables : ce que l’on constate le plus fréquemment, c’est un état exsangue de tous les organes et de tous les tissus; les séreuses contiennent un peu de sérosité. Le cœur présente de la dégénérescence graisseuse ; la rate est volumineuse ; les reins sont pâles, anémiés. En un mot, aucune lésion caractéristique en dehors des altérations du sang.
L'étiologie de cette affection n’est guère mieux connue : il semble qu’elle se développe de préférence chez les femmes atteintes de misère physiologique, se trouvant dans de mauvaises conditions d’habitation, de régime, etc., épuisées par des grossesses répétées ou par des hémorrhagies.
Traitement . — Tous les traitements médicaux ont échoué contre l’anémie pernicieuse progressive, en y comprenant même la transfusion, les inhalations d’oxygène ; aussi, lorsqu’on se trouve en présence d’un cas nettement caractérisé, il faut suivre le conseil donné par Gusserow et Chiara : pratiquer l’avortement ou l'accouchement prématuré, suivant l’âge de la grossesse.