VIII. DE L’ICTÈRE DES NOUVEAU-NÉS
On observe quelquefois chez les nouveau-nés, pendant les jours qui suivent la naissance, un ictère plus ou moins marqué avec les symptômes classiques de ce syndrome. (Consulter le rapport de Charpentier, Bull, de VAcad. de médecine , 7 nov. 1895.) Il faut distinguer trois variétés principales d’ictère :
1° U ictère simple du nouveau-né ; 2° les ictères biliaires qui reconnaissent nombre de causes dont les principales sont la polycholie et la rétention de la bile par anomalie de perméabilité des voies biliaires ou par maladie du foie (cirrhose syphilitique, etc.); 5° les ictères infectieux.
1° Ictère simple du nouveau-né. — Cet ictère, qui est le plus fréquent, a été étudié par de nombreux auteurs : Baumes, Breschet, Andral, Ilervieux, Porchat, Trousseau, West, Frerichs, Gubler et plus récemment par Ilayem, Parrot, Charrin, Porak, Budin, Depaul, etc.
Cet ictère est caractérisé par la coloration des téguments, la perte de
PATHOLOGIE I)U NOUVEAU-NÉ
poids des enfants, et la coloration des matières, qui persiste normale.
L’urine renferme des masses jaunes, considérées comme formées par des cristaux d’hémaphéine ; elle contient en outre des cristaux d’hématoïdine et d’urate de soude; elle ne renferme pas d’acides biliaires, contrairement à ce qu’on observe dans l'ictère d’origine biliaire.
Cet ictère s’observe surtout chez les enfants débiles, nés prématurément ou qui ont souffert au cours du travail. Il semble que la ligature hâtive du cordon en favorise la production.
11 est vraisemblable que cet ictère provient de la destruction trop considérable des globules rouge du fœtus et de l’élimination insuffisante, par les urines et par la bile, du pigment sanguin qui est ainsi mis en liberté. Cet ictère est généralement bénin ; cependant, dans certains cas, il est grave en raison même des conditions de débilité des enfants qui en sont atteints.
2° V ictère peut être d'origine biliaire sans lésions notables du foie; il est caractérisé par la présence de matières colorantes de la bile et par l’absence de coloration des matières fécales.
Les causes en sont multiples. Ce sont : des obstructions congénitales des voies biliaires par oblitération du canal cystique, du canal cholédoque ou même par absence de voies biliaires ; parfois l’obstruction des voies biliaires est tardive et secondaire. Il va de soi que le pronostic de ces ictères est grave.
Une dernière cause est la polyc/iolie qu’on observe chez les enfants volumineux, qui tettenten trop grande quantité, d’où exagération des fonctions biliaires. Cet ictère peut persister pendant un certain temps, l’enfant continuant à augmenter de poids. Il suffit de modérer l’alimentation pour que cet ictère disparaisse à la longue (Pinard).
5° Les ictères infectieux ont leur point de départ dans l’intestin du fœtus ou bien au niveau de la plaie ombilicale. La première variété peut revêtir le caractère épidémique et s’accompagne de diarrhée verdâtre plus ou moins abondante. Dans certains cas on constate de l’hématurie et une teinte bronzée de la peau, produite par de la stase veineuse et de la cyanose. L’ictère infectieux à point de départ ombilical est habituellement causé par le streptocoque. Les ictères peuvent également être sans la dépendance d'un état général grave.
Il va de soi que le pronostic de ces deux dernières variétés d’ictère est grave et qu’il faut isoler rigoureusement tout enfant présentant ces accidents; c’est la meilleure manière d’éviter ces épidémies dont Charrin a rapporté récemment plusieurs observations. Cette question des ictères infectieux chez le nouveau-né est encore à l’étude au point de vue bactériologique.